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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2210143

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2210143

vendredi 27 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2210143
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantRAPP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 décembre 2022, M. C G, B I G, B F D, B H E et M. A E, représentés par la Selarl Andreani-Humbert, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative,

la suspension de l'exécution de l'arrêté du 12 juillet 2022 par lequel le maire de la commune d'Annay a délivré à la société en nom collectif (SNC) Lidl un permis de construire modificatif pour la construction d'un magasin à dominante alimentaire, sur le territoire communal, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité ;

2°) de suspendre, par voie de conséquence, l'exécution du permis de construire initial pour la construction d'un magasin à dominante alimentaire de l'enseigne Lidl, sur le territoire communal, délivré le 12 avril 2021 ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Annay la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la requête est recevable, dès lors que la société Lidl a obtenu le 12 juillet 2022 le permis modificatif attaqué mais ne l'a pas communiqué dans le cadre de la présente instance ; ce permis modificatif ne leur a pas été davantage notifié ;

- ils ont une vue directe et immédiate sur le parking du magasin à édifier et sur les façades ; il y aura une augmentation du flux de circulation des voitures ; ils ont donc un intérêt à agir ;

- les conclusions dirigées contre le permis modificatif sont recevables, dès lors qu'aucun mémoire en défense n'a été produit en réponse à ces nouvelles conclusions ; par ailleurs, ils sont voisins immédiats du projet ; les travaux sur le terrain d'assiette du projet ont été lancés ; la condition d'urgence est remplie ;

- le permis méconnaît les dispositions de l'article R.425-4 du code de l'urbanisme, dès lors que le projet présente une surface commerciale de 1 000 m² ; il convient de réintégrer le sas d'entrée affecté à la circulation de la clientèle en tant que surface de vente ; la surface de vente du projet modifié n'est donc pas limitée à 987,10 m², comme le prévoit pourtant le dossier de permis de construire ; la surface de vente est en réalité de 1 035,75 m² ; le permis en cause méconnaît également les dispositions de l'article R.423-13-2 du code de l'urbanisme, dès lors que le maire de la commune d'Annay n'a pas transmis la demande de permis de construire au secrétariat de la commission départementale d'aménagement commercial, alors que la surface de vente dépasse 1 000 m² ;

- le permis modificatif méconnaît les dispositions de l'article L.111-19 du code de l'urbanisme, dès lors que la surface des aires de stationnement prévues qui doit nécessairement inclure la surface de voirie ne peut dépasser 75 % de la surface de plancher des bâtiments affectés au commerce ; le projet prévoit, après application des pondérations prévues par le code de l'urbanisme, une surface de parking de 3 972,43 m² alors que celui-ci ne pouvait excéder une superficie de 1 706 m² ;

- le permis de construire modificatif n'a pas régularisé les vices affectant le permis de construire initial ; il est donc possible de soulever une nouvelle fois les moyens qui avaient été invoqués dans l'instance au fond contre le permis initial ; le permis de construire ainsi délivré méconnaît les dispositions de l'article L.752-4 du code de commerce ; la commune n'a pas notifié la demande de permis de construire au président du syndicat mixte chargé de l'élaboration, de l'approbation, du suivi et de l'évolution du schéma de cohérence territoriales des agglomérations de Lens-Liévin et Hénin-Carvin ; il méconnaît également ces mêmes dispositions du code de commerce au motif que le maire de la commune aurait dû proposer au conseil municipal d'Annay de saisir la commission départementale d'aménagement commercial afin qu'elle statue sur la conformité du projet aux critères énoncés à l'article L.752-6 du même code, dès lors que le projet en cause porte atteinte à ces critères ; il ne satisfait pas aux exigences en matière de consommation économe de l'espace, ni à celles en lien avec la qualité environnementale du projet ; le préfet a un effet négatif sur l'animation de la vie urbaine ;

- le permis de construire a été délivré, alors que le dossier de demande de permis de construire initial est entaché de contradictions ; le dossier de demande de permis de construire comprend en annexe non pas une notice hydraulique mais trois notices hydrauliques ; le maire de la commune n'était donc pas en mesure de se prononcer sur la conformité du projet au regard des dispositions de l'article R.111-2 du code de l'urbanisme ;

- le permis de construire est incomplet au regard de l'article R.431-5 du code de l'urbanisme ; la surface totale du projet, augmentée de la surface correspondant à la partie du bassin naturel dont les écoulements sont interceptés par le projet, excède un hectare faisant entrer ledit projet dans la rubrique 2.1.5.0 du tableau annexé à l'article R.214-1 du code de l'environnement.

Par un mémoire enregistré le 19 janvier 2023, la SNC Lidl, représentée par la Selarl Leonem, conclut au rejet de la requête des requérants et à ce qu'il soit mis à leur charge la somme de 3 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conclusions dirigées contre le permis de construire initial sont irrecevables, dès lors que l'article L.600-3 du code de l'urbanisme limite dans le temps la possibilité de saisir le juge des référés aux fins de suspendre un permis de construire ; un référé suspension ne doit pas être introduit devant le juge au-delà de l'expiration du délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le juge du fond saisi en premier ressort ; le délai de cristallisation des moyens est déterminé par l'article R.600-5 du code de l'urbanisme ; la cristallisation des moyens à l'encontre du permis de construire initial est intervenue le 11 mai 2022 ; le référé suspension à l'encontre du permis de construire modificatif mais également du permis de construire initial a été introduit le 31 décembre 2022, soit au-delà du délai de cristallisation des moyens ;

- si l'article L.600-5-2 du code de l'urbanisme prévoit que le permis de construire modificatif doit être contesté dans la même instance que le permis de construire initial, cet article n'a pas pour effet de rouvrir le délai de cristallisation des moyens dirigés contre le permis initial ; le délai de cristallisation des moyens dirigés contre le permis de construire modificatif n'a pas commencé à courir, dès lors que les défendeurs n'ont pas encore été en mesure de produire un mémoire en défense dans l'instance au fond concernant la contestation de ce permis modificatif ; en tout état de cause, la présomption d'urgence prévue à l'article L.600-3 du code de l'urbanisme n'est pas irréfragable ; les requérants invoquent le commencement des travaux pour justifier de la satisfaction de la condition d'urgence ; toutefois, seules les opérations de désamiantage ont débuté ; en outre les modifications autorisées par le permis de construire modificatif sont mineures de telle sorte que ce permis ne préjudicie pas aux intérêts des requérants ; le permis de construire modificatif n'a aucun effet sur le permis de construire initial qui pourrait toujours être mis en œuvre ; la suspension du permis de construire modificatif, si elle était ordonnée, aurait nécessairement une portée limitée ;

- les requérants se contentent d'invoquer une vue directe sur le magasin et une augmentation du flux de circulation pour justifier de leur intérêt à agir ; ces allégations ne sont pas étayées ; un bâtiment important est déjà implanté sur le terrain d'assiette de telle sorte que l'environnement ne sera pas significativement modifié ;

- les requérants soutiennent à tort que le projet aurait dû inclure la surface du sas d'entrée dans le calcul de la surface de vente ce qui aurait alors porté celle-ci au-delà de 1 035,75 m² et impliquait l'obtention d'un avis favorable de la commission départementale d'aménagement commercial ; ce moyen est irrecevable, dès lors que cet argument concernait seulement le permis de construire initial ; par ailleurs, le défaut d'autorisation commerciale ressort de la conformité du permis de construire et non de sa légalité ; en tout état de cause, si ce moyen devait être regardé comme étant mal-fondé, la surface du sas d'entrée n'a pas à être retenue pour le calcul de la surface de vente au sens et pour l'application de l'article R.752-6 du code de commerce ;

- le projet en cause n'avait pas à être transmis au secrétariat de la commission départementale d'aménagement commercial, dès lors qu'il n'était pas soumis à autorisation d'exploitation commerciale ; les dispositions de l'article L.423-13-2 du code de l'urbanisme sont inopérantes ; il en est de même du moyen dirigé contre l'article l.111-19 du code de l'urbanisme ;

- les dispositions de l'article L.752-4 du code de commerce n'ont pas été méconnues ; par ailleurs, les requérants ne figurent pas au nombre des personnes mentionnées au I de l'article L.752-17 du code de commerce qui ont la qualité pour contester le permis de construire en tant qu'il vaut autorisation d'urbanisme ; ces moyens sont donc inopérants ;

- il n'existe aucune contradiction sur la gestion des eaux pluviales prévues par le dossier et les documents produits ; si le projet comprend trois notices d'assainissement, cela provient du fait qu'il est décomposé en trois bassins versants ;

- le permis de construire ne méconnaît pas les dispositions de l'article R.431-5 du code de l'urbanisme ; elle a déposé un dossier de déclaration loi sur l'eau le 30 juin 2020 et il n'y pas eu d'opposition ; en tout état de cause, si le dossier de déclaration loi sur l'eau n'avait pas été joint à la demande de permis de construire, ce manquement n'aurait pas eu d'incidence sur la légalité de l'autorisation d'urbanisme accordée.

Le président du tribunal a désigné M. Lassaux, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête par laquelle les requérants demandent l'annulation des décisions attaquées.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de commerce

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 janvier 2023 à 10 heures :

- le rapport de M. Lassaux, juge des référés ;

- les observations de Me Tosi, représentant les requérants, conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- les observations de Me Juliac-Degrelle, représentant la SNC Lidl qui conclut au rejet de la requête et reprend ses écritures en défense ;

- les observations de Me Rapp, représentant la commune d'Annay, qui conclut au rejet de la requête ; il soutient que la requête est irrecevable, dès lors qu'elle est introduite tardivement ; les conclusions à fin d'annulation présentées par les requérants l'ont été plus de deux mois après l'affichage de cet acte qui constituait une information suffisante pour les requérants ; dès lors qu'ils sont voisins du terrain d'assiette du projet, il n'était pas nécessaire de leur notifier le permis de construire modificatif ; les requérants ne sont recevables à contester que les modifications contenues dans le permis de construire modificatif et non des aspects du projet relevant du seul permis de construire initial ; les moyens développés par les requérants sont strictement les mêmes que ceux développés contre le permis de construire initial et sont, par suite, irrecevables ; le permis de construire modificatif n'a apporté que des changements marginaux au projet initial ; le bâtiment a simplement été légèrement agrandi pour permettre plus de confort dans la distribution intérieure sans aucune modification de l'implantation des ouvrages sur le terrain d'assiette ; le bâtiment projeté ne subit aucune modification de hauteur ; le sas d'entrée est agrandi de 2 m² et la distribution intérieure est améliorée ; la distribution des espaces verts et du parking est quasiment identique ; les places de parking sont redimensionnées et six places de parkings à borne électrique sont créées ; les requérants ne peuvent pas présenter une requête collective, dès lors qu'ils sont chacun placés dans une situation différente ; la requête est donc irrecevable à ce titre ; les requérants ont formé un recours gracieux ; il convient de vérifier que les formalités prévues à l'article R.600-1 du code de l'urbanisme ont été respectées à défaut d'être rejetées d'office ; ils n'ont pas d'intérêt à agir, dès lors qu'ils se situent dans une zone mixte destinée à l'habitat et aux commerces ; ils sont déjà exposés à des bâtiments commerciaux et à leur parking ; les bâtiments qui occupent la parcelle devant accueillir le projet sont actuellement en état de décrépitude ; il n'est pas établi que l'existence d'un commerce perturbera le flux de circulation ; les gênes résultant du chantier ne seront pas particulièrement fortes par rapport aux autres projets en cours dans cette partie de la commune ; des chantiers ont été lancés à proximité du terrain d'assiette du projet ;

- les requérants n'apportent aucun élément pour justifier de l'urgence à obtenir la suspension du permis modificatif ;

- enfin, aucun des moyens soulevés dans la requête n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

La clôture de l'instruction a été différée au 23 janvier 2023 à 10 heures.

Par un mémoire enregistré le 20 janvier 2023 à 12h11, la commune d'Annay, représentée par Me Rapp, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle repend l'ensemble de ses observations orales développées durant l'audience.

Par un mémoire, enregistré le 20 janvier 2023 à 17h02, la SNC Lidl, représentée par la Selarl Leonem, reprend ses écritures en défense. Elle soutient également que l'affichage du permis de construire modificatif a bien été effectué durant deux mois sur le terrain d'assiette du projet ; le permis de construire modificatif a fait l'objet d'une attestation de non retrait et de non recours délivré par le maire d'Annay le 7 novembre 2022 ; les dispositions de l'article L.111-19 du code de l'urbanisme n'ont pas été méconnues, dès lors qu'il convient pour calculer la surface des aires de stationnement de ne retenir que celles des places de stationnement, à l'exclusion des voies de dessertes et de circulation.

Une note en délibéré a été produite par M. C G, B I G, B F D, B H E et M. A E, représentés par la Selarl Andreani-Humbert, le 23 janvier 2023 à 10h09, postérieurement à la clôture de l'audience, et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. La SNC Lidl a déposé un dossier de demande de permis de construire le 27 novembre 2020 pour la construction d'un magasin à dominante alimentaire sur un terrain situé sis 212 route de Lille à Annay. Par un arrêté du 12 avril 2021, un permis de construire n° PC 062 033 20 00018 a été accordé à la SNC Lidl pour la construction de ce projet. M. et B G, M. et B E et B D, voisins du terrain d'assiette devant accueillir le projet de magasin, ont présenté des conclusions à fin d'annulation de ce permis construire, le 14 juin 2021. A sa demande, la société Lidl s'est vue délivrer, le 12 juillet 2022, un permis modificatif n° PC 062 033 00018 M1. Par cette requête, M. et B G, M. et B E et B D demandent la suspension de l'exécution de l'arrêté du 12 juillet 2022 par lequel le maire de la commune d'Annay a délivré à un permis de construire modificatif pour la construction d'un magasin à dominante alimentaire de l'enseigne Lidl, sur le territoire communal ainsi que, par voie de conséquence, celle de l'exécution du permis de construire initial, délivré le 12 avril 2021.

Sur les conclusions à fin de suspension :

En ce qui concerne le permis de construire initial délivré le 12 avril 2021 :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme : " Un recours dirigé contre une décision de non-opposition à déclaration préalable ou contre un permis de construire, d'aménager ou de démolir ne peut être assorti d'une requête en référé suspension que jusqu'à l'expiration du délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le juge saisi en premier ressort. " Il résulte de ces dispositions que l'expiration du délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés dans le cadre du recours au fond dirigé contre un permis de construire a pour effet de rendre irrecevable l'introduction d'une demande en référé tendant à la suspension de l'exécution de ce permis.

3. Selon l'article R. 600-5 du même code : " Par dérogation à l'article R. 611-7-1 du code de justice administrative, et sans préjudice de l'application de l'article R. 613-1 du même code, lorsque la juridiction est saisie d'une requête relative à une décision d'occupation ou d'utilisation du sol régie par le présent code, ou d'une demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant une telle décision, les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense. Cette communication s'effectue dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article R. 611-3 du code de justice administrative. " Il résulte de ces dispositions que la cristallisation des moyens qu'elles prévoient intervient à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense produit dans l'instance par l'un quelconque des défendeurs.

4. Il résulte des éléments versés au dossier que la requête n° 2104697 de B D et autres tendant à l'annulation pour excès de pouvoir du permis de construire délivré, le 12 avril 2021, à la société Lidl a été enregistrée le 14 juin 2021 et que le délai de deux mois au terme duquel intervient la cristallisation des moyens a commencé à courir le 11 mars 2022, date de la communication aux parties du premier mémoire produit par l'un des défendeurs à l'instance. Par suite, à la date à laquelle B D et autres ont présenté leurs conclusions aux fins de suspension de l'exécution du permis de construire initial, soit le 31 décembre 2022, le délai fixé pour la cristallisation des moyens était expiré. Dans ces conditions, les conclusions en référé tendant à la suspension du permis de construire initial délivré à la société Lidl le 12 avril 2021 étaient, à la date à laquelle elles ont été introduites, irrecevables par application des dispositions de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme. Elles doivent, par suite, être rejetées.

En ce qui concerne le permis modificatif délivré le 12 juillet 2022 :

5. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du même code : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-4 du même code : " Lorsque le projet est soumis à autorisation d'exploitation commerciale au sens de l'article L. 752-1 du code de commerce, le permis de construire tient lieu d'autorisation dès lors que la demande de permis a fait l'objet d'un avis favorable de la commission départementale d'aménagement commercial ou, le cas échéant, de la Commission nationale d'aménagement commercial. ". Aux termes de l'article L. 752-1 du code de commerce : " Sont soumis à une autorisation d'exploitation commerciale les projets ayant pour objet : 1° La création d'un magasin de commerce de détail d'une surface de vente supérieure à 1 000 mètres carrés, résultant soit d'une construction nouvelle, soit de la transformation d'un immeuble existant () ". Il résulte des termes mêmes de l'article L. 425-4 du code de l'urbanisme qu'un permis, même délivré pour un projet soumis à autorisation d'exploitation commerciale en vertu de l'article L. 752-1 du code de commerce, ne peut jamais tenir lieu d'une telle autorisation lorsque le projet n'a pas été, au préalable, soumis pour avis à une commission départementale d'aménagement commercial. Par ailleurs, les dispositions du code de commerce et du code de l'urbanisme constituent des législations indépendantes, répondant à des finalités distinctes.

7. En l'espèce, le permis de construire de construire modificatif attaqué a été délivré au vu d'une surface de vente déclarée de 987,10 m². Les requérants, qui se prévalent d'un intérêt urbanistique à l'encontre du permis de construire modificatif, ne peuvent utilement soutenir que cette surface est en réalité supérieure à 1 000 m² et implique que le maire de la commune saisisse au préalable le secrétariat de la commission départementale d'aménagement commercial et qu'il recueille un avis favorable de cette dernière. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de la méconnaissance des articles R.425-4 et R.423-13-2 du code de l'urbanisme ne sont pas de nature à créer un doute sérieux quant à légalité de la décision attaquée.

8. En deuxième lieu, aucun autre des moyens soulevés dans la requête et visés ci-dessus n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en cause.

9. Il résulte de tout ce qui ce qui précède, sans qu'il besoin de se prononcer sur la condition d'urgence et sur les autres fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions à fin de suspension de l'exécution du permis de construire modificatif délivré le 12 juillet 2022 à la SNC Lidl doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Annay et de la société Lidl, qui ne sont pas les parties perdantes à l'instance, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants la somme que les défendeurs demandent sur le fondement des mêmes dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la SNC Lidl et la commune d'Annay au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C G, à B I G, à B F D, à B H E, à M. A E, à la commune d'Annay et à la SNC Lidl.

Copie en sera transmise au procureur de la République de Lille.

Lille, le 27 janvier 2023.

Le juge des référés,

Signé

P. LASSAUX

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2210143

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