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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2300694

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2300694

lundi 17 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2300694
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formationjuge unique (6)
Avocat requérantCABINET DUCHATEAU-SCHOEMAECKER-ANDRIEUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 janvier 2023, Mme A B née C, représentée par Me Schoemaecker, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 septembre 2022 par laquelle le président du conseil départemental du Nord a rejeté sa demande de carte de mobilité inclusion, mention " stationnement " ;

2°) de lui délivrer la carte de mobilité inclusion, mention " stationnement " ;

3°) de mettre à la charge de la maison départementale des personnes handicapées du Nord le versement à Me Schoemaecker, avocate de Mme B, de la somme de 1 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que ses déplacements extérieurs nécessitent systématiquement le recours à une aide humaine, un appareillage ou un véhicule.

La requête a été communiquée au département du Nord qui n'a pas produit de mémoire.

Par un courrier du 10 octobre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision du 21 septembre 2022 du président du conseil départemental du Nord, la décision implicite née du silence gardé par le département du Nord rejetant le recours administratif préalable obligatoire s'étant substituée à la décision attaquée.

Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Cotte, vice-président, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Cotte a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après l'appel de l'affaire lors de l'audience, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a sollicité l'attribution de la carte de mobilité inclusion, mention " stationnement ", le 23 mai 2022. Le président du conseil départemental du Nord a rejeté sa demande le 21 septembre 2022. Le 8 novembre 2022, l'intéressée a formé un recours administratif préalable obligatoire, reçu le 14 novembre 2022, contre la décision de refus. En l'absence de réponse, une décision implicite de rejet est née. Par la présente requête, Mme B doit être regardée comme demandant l'annulation de cette décision qui s'est substituée à celle du 21 septembre 2022.

Sur l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article L. 241-6 du code de l'action sociale et des familles : " I.- La commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées est compétente pour : () 3° Apprécier : / a) Si l'état ou le taux d'incapacité de la personne handicapée justifie l'attribution (), pour l'adulte, () de la carte "mobilité inclusion " mentionnée à l'article L. 241-3 du présent code ; () ". Aux termes de l'article R. 241-17-1 du même code : " Le recours préalable obligatoire formé contre une décision relative à la carte " mobilité inclusion " destinée aux personnes physiques est formé, par tout moyen lui conférant date certaine, devant le président du conseil départemental. () Le silence gardé pendant plus de deux mois par l'auteur de la décision, à partir de la date à laquelle le recours préalable obligatoire a été présenté auprès du président du conseil départemental, vaut décision de rejet de la demande ".

3. Il résulte de ces dispositions que la personne qui entend contester une décision relative à la carte mobilité inclusions doit obligatoirement, avant de saisir le juge, former un recours administratif préalable devant l'autorité compétente. Seule la décision prise à la suite de ce recours administratif préalable obligatoire est susceptible d'être déférée devant le tribunal, en ce qu'elle se substitue à la décision initiale.

4. En l'espèce, il résulte de l'instruction que l'intéressée, par un courrier du 8 novembre 2022, a contesté la décision du 21 septembre 2022 lui refusant la délivrance d'une carte de mobilité inclusion, mention " stationnement ". Ce recours a été rejeté implicitement. Cette décision, prise sur recours, s'est substituée à celle du 21 septembre 2022. Il s'ensuit que les conclusions visant à l'annulation de la décision du 21 septembre 2022 sont irrecevables et que la requérante doit être regardée, comme indiqué au point 1, comme contestant la décision implicite de rejet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles, applicable au litige : " I.- La carte " mobilité inclusion " destinée aux personnes physiques est délivrée par le président du conseil départemental au vu de l'appréciation, sur le fondement du 3° du I de l'article L. 241-6, de la commission mentionnée à l'article L. 146-9 [c'est-à-dire de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées de la maison départementale des personnes handicapées]. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1° à 3° du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée. / () / 3° La mention " stationnement pour personnes handicapées " est attribuée à toute personne atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu'elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements. / () ". Aux termes de l'article R. 241-12-1 du même code : " I.- La demande de carte mobilité inclusion mentionnée au I de l'article R. 241-12 donne lieu à une évaluation par l'équipe pluridisciplinaire mentionnée à l'article L. 146-8, qui, dans le cadre de son instruction, peut, le cas échéant, convoquer le demandeur afin d'évaluer sa capacité de déplacement. / () ".

6. L'annexe de l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans un déplacement individuel, pris pour l'application de l'article R. 2411-12-1 précité, prévoit que le critère relatif à la " réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied " est rempli soit lorsque la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres, soit lorsqu'elle a systématiquement recours à une aide humaine, à une prothèse de membre inférieur, à une canne ou à tout autre appareillage manipulé à l'aide d'un ou des deux membres supérieurs, par exemple à un déambulateur, à un véhicule pour personnes handicapées, notamment un fauteuil roulant, soit enfin lorsqu'elle a recours, lors de tous ses déplacements extérieurs, à une oxygénothérapie.

7. Il résulte de ces dispositions que l'arrêté du 3 janvier 2017 définit, en application du IV de l'article R. 241-12-1 du code de l'action sociale et des familles, les modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, de sorte que seule peut être regardée comme ayant droit à l'attribution de la carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " une personne qui satisfait aux critères fixés par cet arrêté, c'est-à-dire, s'agissant du critère de réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied, qui se trouve dans l'une des trois situations qu'il prévoit.

8. Mme B fait valoir qu'elle a été prise en charge pour des antécédents portant sur une neuropathie des membres inférieurs à la suite d'une paraparésie, une thyroïdite, une hystérectomie, ainsi qu'une anémie macrocytaire. Les pièces médicales versées dans la présente instance qui font état de céphalées, de douleurs lombaires, de consultations pour une thyroïde, d'apnée du sommeil sans syndrome des jambes de repos ne démontrent pas que son périmètre de marche serait inférieur à 200 mètres. En outre, s'il résulte de la consultation en podologie du 29 juin 2022 qu'elle présente une boiterie de la jambe gauche, il résulte de cette même pièce qu'il y a une amélioration de sa boiterie entraînant la modification des orthèses plantaires. Ainsi, cette seule pièce qui fait état de l'utilisation d'un appareillage pour sa boiterie, sans qu'il soit précisé du caractère systématique de l'aide, n'est pas à elle seule de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le président du conseil départemental sur sa demande. Dans ces conditions, aucun document médical ne permet d'établir que l'intéressée souffrirait d'une déficience physique réduisant de manière importante et durable sa capacité à se déplacer à pied sur une distance inférieure à 200 mètres. Il n'est pas davantage prouvé qu'elle doive recourir systématiquement à une aide humaine, à un appareillage, à un véhicule pour personnes handicapées ou à une oxygénothérapie pour ses déplacements extérieurs, ni qu'elle souffrirait d'une altération de ses fonctions mentales, cognitives, psychiques ou sensorielles nécessitant l'accompagnement constant d'une tierce personne

9. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de reconnaître de droit à Mme B à la carte mobilité inclusion, mention " stationnement ". Sa requête doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B née C et au département du Nord.

Copie pour information sera adressée à la maison départementale des personnes handicapées du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2025.

Le magistrat désigné,

signé

O. Cotte

La greffière,

signé

B. Deltour

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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