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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2301063

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2301063

jeudi 9 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2301063
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSCP GROS-HICTER ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, et deux mémoire complémentaires, enregistrés, les 6 février 2023, 28 février 2023 et 3 mars 2023, M. E A et Mme B D, représentés par Me Jamais, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative,

la suspension de l'exécution de l'arrêté du 27 mai 2022 par lequel le maire de la commune de Merris ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de travaux n° DP 059 399 22 00015 portant sur un projet d'édification d'un abri de jardin, sur un terrain situé 31 Abbé G, sur le territoire communal de Merris, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Merris la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable ; ils ne sont pas tardifs ; ils contestent l'existence d'un affichage continu de deux mois de l'arrêté de non opposition à la déclaration de travaux ; les attestations produites par le pétitionnaire ne sont pas probantes dès lors qu'elles émanent de parents d'élèves de l'école dirigée par Mme C ; par ailleurs un cliché photographique du pétitionnaire devant le panneau d'affichage de l'arrêté en cause tenant un journal daté du 3 octobre 2022 n'établit pas que l'affichage de la décision attaquée a bien débuté à cette même date ; le nom du fichier concernant la photographie ne peut pas davantage établir la réalité du début du prétendu affichage de la décision sur le terrain ; l'affichage n'est pas régulier ; de nombreuses erreurs sont à relever ; le nom du pétitionnaire, la date de délivrance de l'autorisation, la hauteur du projet sont erronées et la superficie du terrain n'est pas mentionnée ; les tiers n'ont pas été en mesure d'apprécier la portée et la consistance du projet ; il n'est pas établi que les voies et délais de recours ont été affichés de manière lisible puisque la végétation recouvrait le bas du panneau ; la théorie de la connaissance acquise ne peut pas leur être opposée puisqu'ils n'ont formé aucun recours juridictionnel préalablement à celui-ci ; ils ont un intérêt à agir dès lors qu'ils sont voisins immédiats du projet ; eu égard du lieu d'implantation de l'abri de jardin, ils portent atteinte aux conditions d'occupation et de jouissance de leur bien ;

- la condition de l'urgence est présumée ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit ; le projet a été autorisé sur la base d'un dossier de demande d'autorisation d'urbanisme qui méconnaît les dispositions des articles R.431-35 à R.431-37 du code de l'urbanisme ; le dossier ne mentionne pas les surfaces de plancher préexistantes et les dimensions et l'implantation réelles du projet ; le pétitionnaire a induit en erreur le maire de Merris par ses déclarations verbales sur les prétendues contraintes techniques liées au lieu d'implantation de l'abri de jardin qui a été choisi dans le dossier ;

- la décision attaquée méconnaît les articles 7 et 11 du règlement du permis d'aménager du lotissement à l'intérieur duquel se situe le terrain des pétitionnaires ; il ressort des dispositions de ce règlement que les abris de jardin compris au sein des lots 14 à 18 doivent être édifiés dans un polygone d'implantation figurant sur un plan annexé ; le polygone d'implantation ou pavé d'implantation permet de faire respecter un retrait minimum entre les constructions nouvelles et les limites séparatives des terrains voisins ; M. C est propriétaire du lot 16 et ne bénéficie pas de dérogation aux règles d'implantation ainsi prévues par l'article 7 du règlement du lotissement ; aucune construction ne peut être édifiée à moins de 3 mètres des limites séparatives du lot 15 leur appartenant ; le projet prévoit pourtant une implantation à 30 cm des limites séparatives ; contrairement aux affirmations de la commune, les dispositions de l'article 7 du règlement du lotissement prévoyant que les abris pourront être implantés en dehors du pavé d'implantation à un mètre maximum des limites ne peuvent pas être interprétées comme permettant une implantation en dehors du pavé à un mètre des limites du polygone d'implantation mais bien à un mètre des limites séparatives des parcelles ; par ailleurs, conformément à l'article L. 442-14 du code de l'urbanisme, le projet doit être apprécié à l'aune du règlement du PLU approuvé le 30 juin 2009 ; l'article I AUa 7 du règlement du PLU approuvé le 30 juin 2009 prévoit qu'une annexe doit être implantée à une distance minimale d'un mètre par rapport aux limites séparatives ; le projet en cause ne respecte pas davantage le règlement actuelle du PLUi qui précise que l'implantation des abris de jardin et des serres non accolés à l'habitation et de 20 m² de surface de plancher maximum est autorisée à un mètre minimum des limites séparatives ;

- La décision attaquée méconnaît le règlement du permis d'aménager du lotissement le " domaine du Moulin " qui prévoit que le lot 16 appartenant au pétitionnaire ne peut pas accueillir des constructions de plus de 160 m² de surface de plancher ; l'abri de jardin de 10 m² de surface de plancher venant s'ajouter à l'habitation principale entraîne un dépassement de cette limite de 160 m² ;

- La décision attaquée méconnaît le règlement du permis d'aménager du lotissement qui interdit les toitures-terrasses sauf pour les annexes et qui imposent les toitures comprenant au minimum deux pans ; le projet en cause prévoit une toiture en mono-pente qui n'est ni une toiture-terrasse ni une toiture double pans.

Par un mémoire enregistré le 21 février 2023, la commune de Merris, représenté par la SCP Manuel Gros, Héloïse Hicter, Audrey Dhalluin et associés, conclut au rejet de la requête et à e qu'il soit mis à la charge de M. A et de Mme D la somme de 1 500 euros.

Elle soutient que :

- la décision de non opposition à la déclaration de travaux n'est pas insuffisamment motivée dès lors que l'autorisation en cause qui est une décision favorable n'est assortie d'aucune prescription ou dérogation aux règles d'urbanisme en application des 1° à 6° de l'article L.152-6 du code de l'urbanisme ; le dossier de demande d'édification d'un abri de jardin du pétitionnaire ne méconnaît pas les dispositions des articles R.431-35 à R.431-37 du code de l'urbanisme ; aucune disposition du code de l'urbanisme ne prévoit que le dossier de déclaration préalable de travaux comporte la surface de plancher des constructions existantes sur le terrain qui ne sont pas modifiées par le projet ; les déclarations mensongères du pétitionnaire sur les contraintes techniques justifiant le choix du lieu d'implantation sont sans incidence sur la régularité du dossier de déclaration préalable et sur la légalité de la décision de non-opposition, dès lors que le projet en cause est conforme aux règles d'urbanisme, quel qu'en soit la réalité des contraintes techniques qu'il avait pu ainsi avancer ; ces déclarations n'ont donc pas d'incidence sur l'appréciation que le maire de la commune devait porter sur le projet au regard des règles d'urbanisme ; la dérogation prévue à l'article 11 du règlement du lotissement prévoyant que les abris de jardin peuvent être implantés en dehors du pavé d'implantation auquel l'article 7 du même règlement fait référence s'applique à tous les lots ; si ce même article 11 vise les lots 14 à 18 concernant les abris de jardin et les annexes, c'est pour en limiter les dimensions et en interdire l'implantation dans les zones non constructibles ; l'abri de jardin est bien implanté à un mètre maximum des limites du pavé d'implantation car le règlement du lotissement en fixant une distance maximale d'un mètre par rapport aux limites visent les limites du pavé d'implantation non celles des parcelles ; l'abri de jardin mesure moins de 15 m² au sol et présente une hauteur inférieure à 2,50 m ; aucun élément du dossier ne permet de penser que son implantation impliquera un empiètement sur la parcelle voisine ; en tout état de cause, un éventuel empiètement sur la parcelle voisine n'implique pas une méconnaissance des règles d'urbanisme ; le projet ne méconnaît pas les règles de construction concernant chaque lot et notamment la surface maximale autorisée sur chaque parcelle ; il n'y a pas méconnaissance des règles définissant les toitures des abris de jardin puisqu'une toiture mono-pente peut être regardée comme une toiture terrasse si la pente est très faible ; la pente de l'abri de jardin projeté est de moins de 10 %, en l'espèce.

Par un mémoire et des pièces complémentaires enregistrés les 1er et 3 mars 2023, M. F C, représenté par la SCP Capitani et Moritz, société d'avocats, conclut au rejet de la requête de M. A et Mme D et à ce qu'il soit mis à leur charge une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'ils ont procédé à un affichage continu depuis le 3 octobre 2022 de l'arrêté de non opposition de la déclaration de travaux ; le délai de recours s'est achevé le 3 décembre 2022 ; le recours contentieux n'a été enregistré que le 6 février 2023 ; les erreurs mentionnées sur le panneau d'affichage ne sont pas de nature à faire obstacle à une information suffisante des tiers quant à la l'importance et à la consistance du projet ; les requérants étaient parfaitement informés du projet puisqu'ils ont proposé une modification de celui-ci.

Le président du tribunal a désigné Lassaux, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 mars 2023 à 10h30 :

- le rapport de M. Lassaux, juge des référés ;

- les observations de Me Jamais, représentant les requérants qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens que la requête ; il soutient par ailleurs que la décision attaquée est illégale dès lors qu'elle est fondée sur le règlement du lotissement qui méconnaît lui-même les règles du PLU en matière d'implantation des constructions au regard des limites séparatives ;

- les observations de Me Capitani, représentant M. C qui conclut au rejet de la requête et reprend le contenu de ses écritures en défense ;

- et les observations orales de Me Dubois-Catty, représentant la commune de Merris qui conclut au rejet de la requête et reprend le contenu de ses écritures en défense ; elle soutient qu'il n'est pas possible d'exciper de l'illégalité d'un permis d'aménager d'un lotissement au regard d'un PLU pour contester une autorisation d'urbanisme portant sur un lot dudit lotissement comme l'a jugé le Conseil d'Etat le 22 décembre 2022 dans un arrêt n°458524 ; elle soutient par ailleurs que les dispositions de l'article R.123-10-1 du code de l'urbanisme devenues l'article R. 151-21 du code de l'urbanisme prévoient que " dans le cas d'un lotissement ou dans celui de la construction, sur une unité foncière ou sur plusieurs unités foncières contiguës, de plusieurs bâtiments dont le terrain d'assiette doit faire l'objet d'une division en propriété ou en jouissance, l'ensemble du projet est apprécié au regard de la totalité des règles édictées par le plan local d'urbanisme, sauf si le règlement de ce plan s'y oppose " ; le Conseil d'Etat considère que la seule édiction d'une règle imposant une distance minimale par rapport aux limites séparatives, faute de prescription contraire, ne s'opposait pas à son application aux seules relations avec les parcelles situées à l'extérieur du périmètre du lotissement.

La clôture de l'instruction a été différée le 6 mars 2023 à 10 heures.

Par un mémoire, enregistré le 6 mars 2023 à 9 h00, la commune de Merris, représentée par la SCP SCP Manuel Gros, Héloïse Hicter, Audrey Dhalluin et associés, conclut aux mêmes fins et reprend ses écritures en défense. Elle soutient que le projet d'implantation d'un abri de jardin ne conduit pas à dépasser la surface maximale de plancher de la parcelle dès lors que l'habitation principale présente une surface de plancher de 138 m², le R+1 étant sous combles.

Par un mémoire enregistré le 6 mars 2023 à 9h29, M. C, représenté par la SCP Capitani et Moritz, société d'avocats, conclut aux mêmes fins et reprend le contenu de ses écritures en défense.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a déposé, le 22 avril 2022, un dossier de déclaration préalable de travaux de construction d'un abri de jardin, sur un terrain situé 31 Abbé G, sur le territoire communal de Merris. Par un arrêté du 27 juin 2022, le maire de la commune de Merris ne s'est pas opposé à cette déclaration préalable de travaux formés par le pétitionnaire. Par la présente requête, M. E A et Mme B D, voisins du terrain en cause, demandent au juge des référés de suspendre l'exécution de cette décision du 27 juin 2022 de non-opposition aux travaux projetés par M. C.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du même code : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

3. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des moyens soulevés par les requérants tels que visés par la présente ordonnance, n'est propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

4. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer la fin de non-recevoir opposée par M. C et sur la condition d'urgence, les conclusions à fin de suspension présentées par les requérants doivent être rejetées dans leur intégralité.

Sur les frais liés à l'instance :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Merris, qui n'est pas la partie perdante à l'instance, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants la somme que la commune Merris et M. C demandent chacun sur le fondement des mêmes dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. E A et Mme B D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Merris et M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E A et Mme B D, à M. F C et à la commune de Merris.

Copie en sera transmise au procureur de la République de Lille.

Lille, le 9 mars 2023.

Le juge des référés,

Signé

P. LASSAUX

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2301063

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