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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2301821

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2301821

mercredi 23 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2301821
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formationjuge unique (6)
Avocat requérantSELARL ROBERT ET LOONIS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a examiné la demande de Mme B, représentée par son tuteur, visant à contester le refus du département du Pas-de-Calais de lui accorder l'aide sociale à l'hébergement. Le tribunal a rejeté les conclusions dirigées contre la décision initiale du 5 octobre 2021, celle-ci ayant été remplacée par la décision du 26 décembre 2022. Il a également rejeté la demande visant à déclarer le jugement opposable à l'EHPAD, jugeant cette procédure inutile. Sur le fond, le tribunal a considéré que le département avait commis une erreur de droit en refusant l'aide au motif que Mme B pouvait être soutenue par ses obligés alimentaires, alors que le département dispose d'un recours direct contre ces derniers. La solution retenue est fondée sur les articles L. 132-1 et suivants du code de l'action sociale et des familles, ainsi que sur les principes régissant l'obligation alimentaire.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 février 2023, l'association tutélaire du Pas-de-Calais (l'ATPC), agissant en qualité de tutrice de Mme C B, veuve A, représentée par Me Loonis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 octobre 2021 par laquelle le président du conseil départemental du Pas-de-Calais a refusé d'admettre Mme B au bénéfice de l'aide sociale à l'hébergement ;

2°) d'annuler la décision du 26 décembre 2022 par laquelle le président du conseil départemental du Pas-de-Calais a confirmé la décision précitée ;

3°) de déclarer le jugement commun et opposable à l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EPHAD) " Les Orchidées " situé à Carvin ;

4°) de dire que ses frais d'hébergement seront pris en charge au titre de l'aide sociale à compter du 6 mai 2021, avec, en cas de fixation d'une participation financière des enfants, une prise en charge à hauteur du montant du déficit budgétaire mensuel résiduel à compter de la décision du juge aux affaires familiales de Béthune ;

5°) de mettre à la charge du président du conseil départemental du Pas-de-Calais le versement à l'ATPC d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur de droit, dès lors que l'aide sociale a été refusée en raison de l'aide que Mme B pourrait recevoir de ses obligés alimentaires, alors que le président du conseil départemental dispose d'une possibilité de recours à leur égard en cas de versement de l'aide sociale ;

- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation, dès lors que les ressources de Mme B ne lui permettent pas de faire face à ses charges depuis son entrée à l'EPHAD.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2024, le département du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- les conclusions dirigées contre la décision du 5 octobre 2021 sont irrecevables, la décision du 26 décembre 2022 s'étant substituée à cette décision initiale ;

- les autres moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Fougères, premier conseiller, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Fougères a été entendu au cours de l'audience publique à l'issue de laquelle l'instruction a été close, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après l'appel de l'affaire à l'audience, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Depuis le 6 mai 2021, Mme B réside à l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) " Les Orchidées ", situé sur la commune de Carvin. Le 11 mai 2021, Mme D, sa fille, a déposé auprès du centre communal d'action sociale (CCAS) de la commune de Carvin une demande de prise en charge des frais d'hébergement à compter de l'entrée de sa mère en établissement. Par une ordonnance du 12 juillet 2021, Mme B a été placée sous sauvegarde de justice et l'association tutélaire du Pas-de-Calais (l'ATPC) a été désignée en qualité de mandataire spécial. Par un courrier du 5 octobre 2021, le Président du conseil départemental du Pas-de-Calais a décidé de ne pas admettre Mme B à l'aide sociale à l'hébergement compte tenu de ses ressources, augmentées de l'aide possible de ses obligés alimentaires. L'ATPC a formé le 30 novembre 2021 le recours administratif préalable obligatoire prévu par l'article L. 134-2 du code de l'action sociale et des familles à l'encontre de la décision du 5 octobre 2021. Par un jugement du tribunal de proximité de Lens du 27 janvier 2022, Mme B a été placée sous la tutelle de l'ATPC. Par une décision du 26 décembre 2022, le président du conseil départemental du Pas-de-Calais a maintenu sa décision initiale. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur la déclaration de jugement commun et opposable à l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes " Les Orchidées " :

2. Si la requérante demande au tribunal de déclarer le présent jugement commun et opposable à l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes où elle réside, cet établissement n'a pas à être appelé à la cause dans un litige concernant une prise en charge d'une partie des frais d'hébergement. Dans ces conditions, les conclusions en ce sens de la requérante ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 5 octobre 2021 :

3. L'article L. 134-1 du code de l'action sociale et des familles dispose : " Le contentieux relevant du présent chapitre comprend les litiges relatifs aux décisions du président du conseil départemental et du représentant de l'Etat dans le département en matière de prestations légales d'aide sociale prévues par le présent code ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 134-2 de ce code : " Les recours contentieux formés contre les décisions mentionnées à l'article L. 134-1 sont précédés d'un recours administratif préalable exercé devant l'auteur de la décision contestée. L'auteur du recours administratif préalable, accompagné de la personne ou de l'organisme de son choix, est entendu, lorsqu'il le souhaite, devant l'auteur de la décision contestée. / () ". Aux termes de l'article L. 412-7 du code des relations entre le public et l'administration : " La décision prise à la suite d'un recours administratif préalable obligatoire se substitue à la décision initiale. "

4. Il résulte de l'instruction que l'ATPC a formé, pour le compte de Mme B, par un courrier recommandé du 19 novembre 2021, reçu le 30 novembre 2021 par les services du département du Pas-de-Calais, le recours administratif préalable obligatoire prévu par les dispositions précitées de l'article L. 134-2 du code de l'action sociale et des familles à l'encontre de la décision du 5 octobre 2021 notifiant un refus de prise en charge des frais d'hébergement de Mme B. Par suite, la décision du 26 décembre 2022 prise dans le cadre de ce recours administratif préalable obligatoire s'est substituée à la décision initiale antérieurement à l'enregistrement de la présente requête, de sorte que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 5 octobre 2021 doivent être rejetées comme étant irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 26 décembre 2022 et la demande d'admission à l'aide sociale :

5. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration détermine les droits d'une personne à l'aide sociale, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette prestation d'aide sociale qu'à sa qualité de juge de plein contentieux d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement. Il en va toutefois autrement lorsque le juge administratif statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans se prononcer sur les droits de l'intéressé à l'aide sociale, a rejeté sa demande au motif de l'incomplétude de son dossier. Dans ce cas, il lui appartient seulement, à la date à laquelle il statue, d'annuler, s'il y a lieu, cette décision et de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à l'examen de ses droits sauf à ce qu'il puisse par ailleurs se prononcer, à la date à laquelle il statue sur les droits de l'intéressé, compte tenu des circonstances de fait résultant de l'instruction.

6. D'une part, aux termes de l'article L. 132-6 du code de l'action sociale et des familles : " Les personnes tenues à l'obligation alimentaire instituée par les articles 205 et suivants du code civil sont, à l'occasion de toute demande d'aide sociale, invitées à indiquer l'aide qu'elles peuvent allouer aux postulants et à apporter, le cas échéant, la preuve de leur impossibilité de couvrir la totalité des frais. / () La proportion de l'aide consentie par les collectivités publiques est fixée en tenant compte du montant de la participation éventuelle des personnes restant tenues à l'obligation alimentaire. La décision peut être révisée sur production par le bénéficiaire de l'aide sociale d'une décision judiciaire rejetant sa demande d'aliments ou limitant l'obligation alimentaire à une somme inférieure à celle qui avait été envisagée par l'organisme d'admission. La décision fait également l'objet d'une révision lorsque les débiteurs d'aliments ont été condamnés à verser des arrérages supérieurs à ceux qu'elle avait prévus ".

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 132-7 du même code : " En cas de carence de l'intéressé, le représentant de l'Etat ou le président du conseil départemental peut demander en son lieu et place à l'autorité judiciaire la fixation de la dette alimentaire et le versement de son montant, selon le cas, à l'Etat ou au département qui le reverse au bénéficiaire, augmenté le cas échéant de la quote-part de l'aide sociale ". Cette action, exercée par le représentant de l'État ou le président du conseil départemental, au besoin à titre conservatoire, aux lieu et place du créancier en cas de carence de celui-ci vis-à-vis des personnes tenues à l'obligation alimentaire à son égard sur le fondement des articles 205 et suivants du code civil, emprunte tous ses caractères à l'action alimentaire. Enfin, sauf si le demandeur prouve son état de besoin et établit qu'il n'est pas resté inactif ou qu'il a été dans l'impossibilité d'agir, il résulte de l'article 208 du code civil en vertu duquel " les aliments ne sont accordés que dans la proportion de celui qui les réclame, et de la fortune de celui qui les doit " que le juge civil n'impose, le cas échéant, le versement d'une pension par le créancier d'aliments que pour la période postérieure à la demande en justice.

8. Il résulte de ces dispositions et des articles L. 134-1 et L. 134-3 du code de l'action sociale et des familles que le juge administratif, à qui il appartient de déterminer dans quelle mesure les frais d'hébergement dans un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes sont pris en charge par les collectivités publiques au titre de l'aide sociale, est compétent pour fixer, au préalable, le montant de la participation aux dépenses laissée à la charge du bénéficiaire de l'aide sociale et, le cas échéant, de ses débiteurs alimentaires. En revanche, il n'appartient qu'à l'autorité judiciaire d'assigner à chacune des personnes tenues à l'obligation alimentaire le montant et la date d'exigibilité de leur participation à ces dépenses ou, le cas échéant, de décharger le débiteur de tout ou partie de la dette alimentaire lorsque le créancier a manqué gravement à ses obligations envers celui-ci. Dans le cas où cette autorité a, par une décision devenue définitive, statué avant que le juge administratif ne se prononce sur le montant de la participation des obligés alimentaires, ce dernier est lié par la décision de l'autorité judiciaire. S'agissant de la période antérieure à la date à laquelle la décision de l'autorité judiciaire contraint les obligés alimentaires à verser une participation, il revient au juge administratif, en sa qualité de juge de plein contentieux, de s'assurer qu'il ne résulte pas manifestement des circonstances de fait existant à la date à laquelle il statue que la contribution postulée par le département n'a pas été ou ne sera pas versée spontanément par les obligés alimentaires.

En ce qui concerne la période à compter du 14 octobre 2022 :

9. Il résulte de l'instruction que, par un jugement du 7 mars 2023 du juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Béthune, le déficit mensuel du budget de Mme B a été fixé à 1 079 euros et a été réparti entre les six enfants et les quatre beaux-enfants de la requérante en capacité de verser une pension alimentaire. Les dix pensions alimentaires ont été fixées à compter du 14 octobre 2022, date d'enrôlement des exploits introductifs d'instance, et ont été indexées sur l'indice mensuel des prix à la consommation des ménages urbains dont le chef est ouvrier ou employé publié par l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE). Il résulte de ce qui a été dit au point 8 que Mme B ne peut prétendre au bénéfice de l'aide sociale à l'hébergement pour la période à compter du 14 octobre 2022.

En ce qui concerne la période comprise entre le 6 mai 2021 et le 13 octobre 2022 :

10. En premier lieu, l'article R. 132-9 du même code dispose que : " Pour l'application de l'article L. 132-6, le postulant fournit, au moment du dépôt de sa demande, la liste nominative des personnes tenues envers lui à l'obligation alimentaire définie par les articles 205 à 211 du code civil, lorsqu'il sollicite l'attribution d'une prestation accordée en tenant compte de la participation de ses obligés alimentaires./ Ces personnes sont invitées à fixer leur participation éventuelle aux dépenses susceptibles d'être engagées en faveur du postulant ou à l'entretien de ce dernier./ La décision prononcée dans les conditions prévues par l'article L. 131-2 est notifiée à l'intéressé et, le cas échéant, aux personnes tenues à l'obligation alimentaire en avisant ces dernières qu'elles sont tenues conjointement au remboursement de la somme non prise en charge par le service d'aide sociale et non couverte par la participation financière du bénéficiaire. A défaut d'entente entre elles ou avec l'intéressé, le montant des obligations alimentaires respectives est fixé par l'autorité judiciaire de la résidence du bénéficiaire de l'aide sociale ".

11. Il résulte des dispositions précitées des articles L. 132-6 et R. 132-9 du code de l'action sociale et des familles, autorisant le président du conseil départemental à tenir compte de la participation éventuelle des personnes tenues à l'obligation alimentaire, et de ce qui a été dit au point 8 que le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

12. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 131-4 du code de l'action sociale et des familles : " Les décisions attribuant une aide sous la forme d'une prise en charge de frais d'hébergement peuvent prendre effet à compter de la date d'entrée dans l'établissement à condition que l'aide ait été demandée dans un délai fixé par voie réglementaire ". L'article R. 131- 2 du même code précise que : " Sauf dispositions contraires, les demandes tendant à obtenir le bénéfice de l'aide sociale prévue aux titres III et IV du livre II prennent effet au premier jour de la quinzaine suivant la date à laquelle elles ont été présentées. / Toutefois, pour la prise en charge des frais d'hébergement des personnes accueillies dans un établissement social ou médico-social, habilité à recevoir des bénéficiaires de l'aide sociale ou dans un établissement de santé dispensant des soins de longue durée, la décision d'attribution de l'aide sociale peut prendre effet à compter du jour d'entrée dans l'établissement si la demande a été déposée dans les deux mois qui suivent ce jour. () ".

13. D'autre part, aux termes de l'article L. 132-1 du code de l'action sociale et des familles : " Il est tenu compte, pour l'appréciation des ressources des postulants à l'aide sociale, des revenus professionnels et autres et de la valeur en capital des biens non productifs de revenu, qui est évaluée dans les conditions fixées par voie réglementaire () ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 132-3 du même code : " Les ressources de quelque nature qu'elles soient à l'exception des prestations familiales, dont sont bénéficiaires les personnes placées dans un établissement au titre de l'aide aux personnes âgées ou de l'aide aux personnes handicapées, sont affectées au remboursement de leurs frais d'hébergement et d'entretien dans la limite de 90 %. Toutefois les modalités de calcul de la somme mensuelle minimum laissée à la disposition du bénéficiaire de l'aide sociale sont déterminées par décret ". Aux termes de l'article R. 231-6 du même code : " La somme minimale laissée mensuellement à la disposition des personnes placées dans un établissement au titre de l'aide sociale aux personnes âgées, par application des dispositions des articles L. 132-3 et L. 132-4 est fixée, lorsque l'accueil comporte l'entretien, à un centième du montant annuel des prestations minimales de vieillesse, arrondi à l'euro le plus proche. Dans le cas contraire, l'arrêté fixant le prix de journée de l'établissement détermine la somme au-delà de laquelle est opéré le prélèvement de 90 % prévu audit article L. 132-3. Cette somme ne peut être inférieure au montant des prestations minimales de vieillesse ". L'article D. 344-35 de ce code ajoute : " Lorsque l'établissement assure un hébergement et un entretien complet, y compris la totalité des repas, le pensionnaire doit pouvoir disposer librement chaque mois : / 1° S'il ne travaille pas, de 10 % de l'ensemble de ses ressources mensuelles et, au minimum, de 30 % du montant mensuel de l'allocation aux adultes handicapés ; / () ". Il résulte des articles L. 132-3 et R. 231-6 du code de l'action sociale et des familles que les personnes âgées hébergées en établissement et prises en charge au titre de l'aide sociale doivent pouvoir disposer librement de 10 % de leurs ressources et que la somme ainsi laissée à leur disposition ne peut être inférieure à 1 % du montant annuel des prestations minimales de vieillesse. Ces dispositions doivent être interprétées comme devant permettre à ces personnes de subvenir aux dépenses qui sont mises à leur charge par la loi et sont exclusives de tout choix de gestion. Il suit de là que la contribution de 90 % prévue à l'article L. 132-3 du code de l'action sociale et des familles doit être appliquée sur une assiette de ressources diminuée de ces dépenses.

14. Il résulte de ce qui a été dit au point 1 que Mme B réside à l'EPHAD " Les orchidées " depuis le 6 mai 2021 et qu'une demande de prise en charge de ses frais d'hébergement a été déposée dès le 11 mai 2021 auprès du centre communal d'action sociale (CCAS) de la commune de Carvin. Il résulte de l'instruction que les ressources de la requérante en 2021 étaient constituées d'une pension de retraite versée par la caisse d'assurance retraite et de la santé au travail (CARSAT) d'un montant mensuel de 1 043,78 euros, d'une pension complémentaire versée par Ircantec d'un montant de 116,64 euros par trimestre, soit 38,88 euros par mois, et d'une pension complémentaire versée par Malakoff Humanis d'un montant mensuel de 116,30 euros, soit des ressources mensuelles d'un montant total de 1 198,96 euros, dont il convient de déduire la somme de 45 euros correspondant aux frais mensuels de tutelle et la somme de 64 euros au titre des frais de mutuelle. Il s'ensuit que les revenus disponibles de Mme B pour faire face à ses frais d'hébergement, s'élèvant à la somme de 2 070,49 euros en 2021 pour un mois comportant 31 jours, correspondent à 90 % de la somme de 1 089,96 euros (1 198,96 - 45 - 64), soit 980,96 euros. Par conséquent, le déficit budgétaire mensuel de Mme B sur la période litigieuse s'élève au plus, les mois comportant 31 jours, à 1 089,53 euros.

15. Au regard des seize formulaires destinés à l'évaluation de l'aide alimentaire susceptible d'être apportée à Mme B spontanément retournés par les proches de la requérante entre les mois de mai 2021 et août 2021 et des informations communiquées par ceux-ci sur leurs revenus et charges, le président du conseil départemental du Pas-de-Calais a pu, sans commettre d'illégalité, considérer que les ressources de l'intéressée et les contributions des obligés alimentaires pouvaient couvrir la différence entre le coût de l'hébergement et les ressources.

16. Il résulte de ce qui précède que la requête de l'ATPC doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de l'ATPC est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'association tutélaire du Pas-de-Calais et au département du Pas-de-Calais.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juillet 2025.

Le magistrat désigné,

signé

V. Fougères

La greffière,

signé

C. Lejeune

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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