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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2302902

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2302902

lundi 30 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2302902
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBEHRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés les 30 mars 2023 et 11 avril 2023, Mme G E épouse C, représentée par Me Behra, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 27 février 2023 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans les mêmes conditions de délai ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un défaut de motivation en droit et en fait ;

- il est entaché d'une " erreur manifeste d'appréciation " ;

- il est entaché d'un " défaut de base légale " ;

- il méconnaît les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 612-1, L. 612-7 et L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle a été prise sans que la commission du titre de séjour ait été saisie en application de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation à défaut d'admission exceptionnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- la décision attaquée est illégale en conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision attaquée est illégale en conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et octroi d'un délai de départ volontaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2023, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme E épouse C ne sont pas fondés.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a produit des pièces, enregistrées le 25 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E épouse C, ressortissante ivoirienne née le 25 mars 1970, est entrée en France pour la dernière fois le 4 décembre 2021 sous couvert d'un visa de court séjour valable du 18 novembre 2021 au 17 novembre 2022. Le 4 août 2022, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité " d'étranger malade ". Par un arrêté du 27 février 2023, le préfet du Pas-de-Calais lui a refusé la délivrance du titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Mme E épouse C demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre Mme E épouse C, en application des dispositions précitées, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

4. Par un arrêté du 26 décembre 2022, régulièrement publié le 27 décembre suivant au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture du Pas-de-Calais n° 173, le préfet du Pas-de-Calais a donné délégation à M. F D, directeur des migrations et de l'intégration, signataire de l'arrêté contesté, à l'effet de signer, notamment, les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ".

6. La décision contestée, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments de la situation de la requérante, vise notamment le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise les motifs de fait, propres à la situation de Mme E épouse C, pour lesquels le préfet du Pas-de-Calais a rejeté la demande de l'intéressée tendant à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 de ce code. Ces considérations sont suffisamment développées pour permettre à la requérante d'en comprendre et d'en discuter les motifs, et pour permettre au juge d'exercer son contrôle. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () ".

8. Il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que cette décision ne peut avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'intéressé fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou en l'absence de modes de prises en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

9. Le collège des médecins de l'OFII, dont l'avis est requis préalablement à la décision du préfet relative à la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit émettre son avis dans les conditions fixées par l'arrêté du 27 décembre 2016, au vu notamment du rapport médical établi par un médecin de l'OFII. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'OFII. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'OFII, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

10. Pour refuser à Mme E épouse C un titre de séjour en tant qu'étranger malade, le préfet du Pas-de-Calais a estimé, en suivant l'avis émis le 21 février 2023 par le collège des médecins de l'OFII, que l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, qu'elle est en mesure de voyager sans risque, ajoutant qu'il n'est pas établi que la requérante ne pourrait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

11. Il ressort des pièces du dossier que Mme E épouse C, qui a levé le secret médical dans le cadre de la présente instance, souffre d'un syndrome d'apnée du sommeil modéré pour lequel elle bénéficie d'un suivi au service de pneumologie du centre hospitalier de Béthune. Par ailleurs, elle souffre d'une néphropathie hypertensive (sans insuffisance rénale) et d'une gonarthrose. Elle bénéficie d'un suivi mensuel au pôle cardiologie et néphrologique du centre hospitalier de Lens. Elle a été hospitalisée dans le service cardiologie de cet établissement entre le 19 avril 2022 et le 4 mai 2022 pour la prise en charge de cette hypertension artérielle sévère. Il ressort du compte-rendu du Dr A établi le 7 février 2023 que la requérante se voit prescrire cinq médicaments à savoir du Ramipril, de l'Amlodipine, de l'Eupressyl, de l'Esidrex et de l'Aténolol. Il ressort de la liste des médicaments essentiels en Côte d'Ivoire, produite par le préfet du Pas-de-Calais, que le traitement dont bénéficie la requérante est disponible dans ce pays à l'exception de l'Eupressyl. Toutefois, le préfet du Pas-de-Calais, soutient sans être contesté, que l'Eupressyl peut être remplacé par un antihypertenseur central, à savoir le Méthyldopa Aldomet, disponible en Côte d'Ivoire. Le certificat du médecin généraliste de Mme E épouse C, du 31 mars 2023, selon lequel l'état de santé de la requérante nécessite " un suivi médical régulier qui serait optimal si poursuivi sur le territoire français " n'est pas de nature à démontrer qu'elle ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable à la date du litige : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles () L. 425-9, () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / () ". Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues aux articles cités par le 1° et le 2° de cet article L. 432-13 et auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité, et non du cas de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions.

13. Ainsi qu'il a été dit au point 11, Mme E épouse C ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de ce que la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière en l'absence d'avis de la commission du titre de séjour doit, dès lors, être écarté.

14. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

15. Il ressort des pièces du dossier que Mme E épouse C est entrée en France pour la dernière fois le 4 décembre 2021, soit depuis moins de 18 mois à la date de la décision attaquée. Elle est veuve et a un fils qui réside aux Etats-Unis. Si elle participe activement aux activités du Secours Catholique depuis mars 2023, cette circonstance est insuffisante pour caractériser une insertion sociale ou professionnelle particulière sur le territoire français. La requérante communique quatre attestations dont il ressort qu'elle travaille à titre gratuit au titre de la garde d'enfants une à deux fois par mois et qu'elle participe à des activités paroissiales. Toutefois, ces attestations ne sont pas de nature à démontrer l'existence de liens personnels intenses et stables sur le territoire français. Ainsi, alors que Mme E épouse C allègue avoir transféré l'ensemble de ses intérêts en France, elle ne produit aucune pièce de nature à étayer ses allégations. Par ailleurs, la requérante, qui ne soutient pas qu'elle serait isolée en cas de retour en Côte d'Ivoire, n'établit pas qu'elle serait dans l'incapacité de se réinsérer socialement et professionnellement dans ce pays où elle a vécu jusqu'à l'âge de 51 ans et où elle pourrait bénéficier d'un traitement approprié. Il suit de là que, compte tenu de la durée et des conditions du séjour de Mme E épouse C en France, la décision attaquée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

16. En cinquième lieu, au regard des éléments évoqués précédemment, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation à défaut de ne pas avoir régularisé la situation de l'intéressée par une admission exceptionnelle, doit être écarté.

17. En dernier lieu, les moyens invoqués dans la requête sommaire tirés du défaut de motivation en droit et en fait, du défaut de base légale, de l'erreur manifeste d'appréciation, sans autre précision, de la méconnaissance des dispositions du 3° de l'article L. 611-1, des articles L. 612-1, L. 612-7, L. 612-12 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne sont pas assortis de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé et doivent, par suite, être écartés.

18. Il résulte de ce qui précède que Mme E épouse C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

19. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable à la date du litige : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ". Aux termes de l'article L. 611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". Enfin, selon l'article L. 611-3 de ce code, dans sa version applicable à la date du litige : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () ".

20. En l'espèce, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée qu'elle a été prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par conséquent, le préfet du Pas-de-Calais n'avait pas à citer les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 de ce code. L'autorité administrative qui, ainsi qu'il a été énoncé précédemment, a suffisamment motivé la décision par laquelle il a refusé à Mme E épouse C la délivrance d'un titre de séjour, n'avait pas à motiver spécifiquement la décision par laquelle il a obligé l'intéressée à quitter le territoire français. Le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait insuffisamment motivée doit, dès lors, être écarté.

21. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision attaquée, invoqué par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, doit être écarté.

22. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que si une absence de prise en charge médicale de Mme E épouse C est de nature à entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du 9° de l'article L. 611- 3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

23. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 15, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences que la décision attaquée emporterait sur la situation personnelle de Mme E épouse C doivent être écartés.

24. En dernier lieu, les moyens invoqués dans la requête sommaire tirés du défaut de motivation en droit et en fait, du défaut de base légale, de l'erreur manifeste d'appréciation, de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9, du 3° de l'article L. 611-1, des articles L. 612-1, L. 612-7, L. 612-12 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne sont pas assortis de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé et doivent, par suite, être écartés.

25. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision octroyant un délai de départ volontaire :

26. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision attaquée, invoqué par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

27. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ".

28. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier, ni n'est même allégué par Mme E épouse C, qu'elle ait sollicité du préfet du Pas-de-Calais, en faisant état de circonstances particulières tirées de sa situation, l'octroi d'un délai supérieur au délai de départ volontaire de droit commun de trente jours fixé par ces dispositions. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

29. En dernier lieu, les moyens invoqués dans la requête sommaire tirés du défaut de motivation en droit et en fait, du défaut de base légale, de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9, du 3° de l'article L. 611-1, des articles L. 612-1, L. 612-7, L. 612-12 et

L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne sont pas assortis de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé et doivent, par suite, être écartés.

30. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision octroyant un délai de départ volontaire doivent être rejetées.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :

31. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision attaquée, invoqué par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et octroi d'un délai de départ volontaire doit être écarté.

32. En dernier lieu, les moyens invoqués dans la requête sommaire tirés du défaut de motivation en droit et en fait, de l'erreur manifeste d'appréciation, du défaut de base légale, de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9, du 3° de l'article L. 611-1, des articles L. 612-1, L. 612-7, L. 612-12 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne sont pas assortis de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé et doivent, par suite, être écartés.

33. Il résulte de ce qui précède que Mme E épouse C n'est pas fondée à solliciter l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

34. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution, de telle sorte que les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

35. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Mme E épouse C une somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Mme E épouse C est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme G E épouse C et au préfet du Pas-de-Calais.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

-M. Riou, président,

-Mme B, première conseillère,

-Mme Denys, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2024.

La rapporteure,

Signé

C. B

Le président,

Signé

J.-M. Riou La greffière,

Signé

S. Ranwez

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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TA44Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606981

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. C..., un ressortissant libyen, qui contestait le refus de l'OFII de lui accorder les conditions matérielles d'accueil pour demandeur d'asile. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence et d'insuffisance de motivation, jugeant la décision suffisamment fondée en droit et en fait. Il a également estimé que l'OFII n'avait pas commis d'erreur de droit en refusant l'accueil au seul motif que M. C... avait présenté une demande de réexamen, et que le requérant n'avait pas démontré que sa vulnérabilité ou la dignité humaine avaient été méconnues. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 551-15, et la directive 2013/33/UE.

01/06/2026

TA44Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606983

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme A..., ressortissante burkinabée, qui contestait l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire ordonnant son transfert vers la Belgique pour l'examen de sa demande d'asile. Le tribunal a jugé que la décision de transfert était suffisamment motivée, en application de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et a écarté les moyens tirés de la méconnaissance des articles 4, 5, 21 et 3 du règlement (UE) n°604/2013. La solution retenue confirme la légalité de la procédure de détermination de l'État responsable, fondée sur le visa délivré par les autorités belges.

01/06/2026

TA44Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606985

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. E..., ressortissant érythréen, qui contestait l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire ordonnant son transfert vers la Suisse, pays responsable de l'examen de sa demande d'asile en application du règlement (UE) n° 604/2013. Le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment l'incompétence du signataire, le défaut de motivation, la violation des droits à l'information et à l'entretien individuel, ainsi que l'existence de défaillances systémiques en Suisse. Il a jugé que la décision était suffisamment motivée et que la situation personnelle de l'intéressé ne justifiait pas l'application de la clause discrétionnaire de l'article 17 du règlement. En conséquence, la demande d'annulation et les conclusions accessoires ont été rejetées.

01/06/2026

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