mercredi 24 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2302910 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Avocat requérant | SCP BIGNON LEBRAY & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 mars 2023, et un mémoire, enregistré le
13 avril 2023, la société Coquart.Eu, représentée par Me Jamais, demande, dans le dernier état de ses écritures, au juge des référés :
1°) statuant sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, d'annuler la procédure d'attribution de l'accord-cadre lancée par le SIDEN-SIAN et ayant pour objet la réalisation de forages dirigés ou tarières pour les réseaux d'eau potable et d'assainissement sous pression et gravitaires, ou, à défaut, statuant sur le fondement des articles L. 551-5 et L. 551-6 du code de justice administrative, d'enjoindre au SIDEN-SIAN, d'une part, de suspendre immédiatement l'exécution de toute décision relative à l'attribution des lots n° 1 et n° 2 de cet accord-cadre, et, d'autre part, de reprendre la procédure de passation corrigée de l'intégralité des manquements relevés, à titre principal au stade de l'avis d'appel public à la concurrence, à titre subsidiaire au stade de la négociation, et à titre encore plus subsidiaire au stade de l'analyse des offres, dans le délai de 10 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 6 000 euros par jour de retard,
2°) de mettre à la charge du SIDEN-SIAN le versement d'une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les éléments d'appréciation pris en compte pour évaluer les offres au titre de chaque critère de sélection sont dépourvus de tout lien avec les critères dont ils permettent l'évaluation ;
' concernant la composante " personnel affecté au marché (moyens humains) et organisation spécifique du marché " du sous-critère a1 : cet intitulé laisse entendre que deux éléments seront pris en compte mais le règlement de la consultation précise que cette composante sera appréciée " sur la base du nombre de personnes affectées au marché pour réaliser la prestation " ; or, la note de 12/20 lui a été attribuée aux motifs que le personnel affecté n'a pas fait l'objet d'une identification nominative, et que la procédure de gestion des commandes est peu détaillée, alors que ces motifs ne correspondent pas à la méthode d'évaluation de cette composante ; en outre, l'offre de la société FTCS a également été évaluée sur des critères ne correspondant pas non plus à cette méthode ;
' concernant la composante " modalités de gestion des boues, déblais et déchets de chantier " du sous-critère a1 : l'offre de la société FTCS a été valorisée au seul motif qu'elle précise qu'elle sera fonctionnelle, ce qui révèle que cette composante a également été évaluée sur la base d'éléments d'appréciation dépourvus de tout lien avec le critère dont elle permet l'évaluation ;
' concernant la composante " dispositions anti-endommagement " du sous-critère a1 : elle a été évaluée sur la base d'une distinction de ces dispositifs selon le type de forage, ce qui est sans lien avec le critère évalué ;
' concernant la composante " responsabilité sociétale de l'entreprise " du sous-critère a2 : seule la dimension environnementale de la RSE a été évaluée ;
- les modalités d'évaluation des critères de sélection ont été de nature à priver de leur portée ces critères et à conduire à ce que la meilleure offre ne soit pas la mieux classée ;
' concernant la composante " personnel affecté au marché (moyens humains) et organisation spécifique du marché " et la composante " qualifications du personnel " du sous-critère a1 : la distinction entre ces deux composantes fait perdre toute portée effective à ces critères dès lors qu'elle revient à valoriser l'offre proposant davantage de personnels sous-qualifiés au détriment de celle proposant un nombre moins important mais plus qualifié de personnels ;
' concernant la composante " moyens matériels affectés au marché " et la composante " modalités de gestion des boues, déblais et déchets de chantier " du sous-critère a1 : l'évaluation de la première est fondée sur l'absence de présentation des moyens spécifiques mis en place pour la gestion et le recyclage des boues de forage alors que cet élément relève de la seconde composante et qu'elle a été évalué au titre de celle-ci ;
' concernant les deux composantes " Qualité/Hygiène/Sécurité/Environnement " et " Responsabilité sociétale de l'entreprise " du sous-critère a2 : il n'est pas possible de dissocier la thématique environnementale et sociétale de l'entreprise ;
- les sous-critères d'appréciation de la valeur technique sont à ce point imprécis qu'ils confèrent à l'acheteur un pouvoir discrétionnaire dans l'appréciation des mérites des différents candidats ;
' concernant la composante " personnel affecté au marché (moyens humains) et organisation spécifique du marché " du sous-critère a1 : le règlement de la consultation indique que cette composante sera appréciée " sur la base du nombre de personnes affectées au marché pour réaliser la prestation " ; or, l'analyse de cette composante figurant dans le rapport d'analyse des offres révèle qu'elle est fondée sur les motifs que le personnel affecté n'a pas fait l'objet d'une identification nominative, et que la procédure de gestion des commandes est peu détaillée, alors que ces motifs ne correspondent pas à la méthode d'évaluation de cette composante ;
' concernant la composante " qualifications du personnel " du sous-critère a1 : elle justifie de formations plus qualitatives que celles de la société déclarée attributaire ;
' concernant la composante " dispositions anti-endommagement " du sous-critère a1 : l'imprécision de ce critère a permis à l'acheteur public d'apprécier son offre en relevant l'absence de distinction selon le type de forage alors que la mise en place d'un seul protocole est plus efficace ;
' concernant le sous-critère a2 : son imprécision est telle que l'appréciation littérale portée sur les offres ne permet pas de saisir les motifs précis pour lesquels les notes sont à ce point différentes.
- l'analyse des offres est entachée de plusieurs erreurs matérielles.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2023, le syndicat mixte d'assainissement et de distribution d'eau du Nord (SIDEN-SIAN), et ses régies à simple autonomie financière SIDEN-SIAN Noréade Assainissement et SIDEN-SIAN Noréade Eau, représentés par Me Landot, concluent au rejet de la requête et à ce la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils font valoir que
- le contrat contesté ayant été passé par une entité adjudicatrice, le juge des référés ne dispose pas du pouvoir d'annuler le contrat ni aucune décision se rapportant à la procédure de passation de celui-ci ;
- le SIDEN-SIAN a communiqué les motifs de rejet de son offre à la société Coquart.Eu et s'est conformé à la demande de communication d'information complémentaire formulée dans la requête ;
- le SIDEN-SIAN a été transparent sur les critères et sous-critères de notation ; en effet, l'avis d'appel public à la concurrence et le règlement de la consultation mentionnent que les offres seront jugées au regard de deux critères, celui de la valeur technique et celui du prix, et la section XI du règlement de la consultation précise les sous-critères d'analyse de la valeur technique ainsi que leur pondération et leurs éléments d'appréciation, ces derniers ne souffrant d'aucune imprécision ni d'aucune contradiction ; à supposer ces éléments d'appréciation trop imprécis, les candidats pouvaient se reporter à la section XV du règlement de la consultation, dressant la liste des éléments d'informations devant être présentées dans le mémoire technique ;
- le SIDEN-SIAN n'était pas tenu de communiquer la méthode de notation ;
- la méthode d'évaluation des offres et les éléments d'appréciation retenue étaient réguliers ; en effet, ces éléments d'appréciation sont en lien avec les sous-critères et les critères annoncés ; ces éléments ont été portés à la connaissance des candidats ainsi que leur pondération ;
- la société requérante n'établit pas que les irrégularités qu'elle invoque sont susceptibles de l'avoir lésée ; elle ne peut avoir été lésée par le manquement qu'elle tire de l'absence de communication des motifs de rejet de son offre dès lors qu'elle a pu utilement saisir le juge des référés et qu'elle a ensuite et dans les meilleurs délais été destinataire de ces motifs ; elle ne peut non plus avoir été lésée par le manquement qu'elle tire de l'absence de précisions des critères et sous-critères dès lors en particulier qu'elle n'aurait pu obtenir la note maximale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2023, la société FTCS Forage, représentée par Vamour, conclut au rejet de la requête et à ce la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les conclusions à fin d'annulation présentées par la société requérante sont irrecevables, le juge des référés précontractuel saisi d'un marché conclu par une entité adjudicatrice ne disposant pas de ce pouvoir d'annulation ;
- s'agissant du manquement tiré de l'irrégulière imprécision des sous-critères d'appréciation de la valeur technique des offres ; l'acheteur n'est pas tenu de communiquer la méthode de notation des offres ; la société requérante n'établit ni les incohérences des sous-critères, ni qu'ils conduiraient à retenir une offre économiquement la moins avantageuse ; le premier élément d'appréciation du sous-critère a1, relatif au " personnel affecté au marché (moyens humains) et organisation spécifique du marché ", jugé " sur la base du nombre de personnes affectées au marché pour réaliser la prestation ", ne comporte aucune incohérence ; il n'est pas établi, à propos du deuxième élément d'appréciation de ce même sous-critère, relatif aux qualifications du personnel, que l'absence de liste exhaustive de celles-ci aurait faussé l'analyse des offres ; l'acheteur n'était pas tenu de préciser la manière dont il entendait évaluer le troisième élément d'appréciation de ce même sous-critère ; les deux éléments d'appréciation du sous-critère a2 étaient suffisamment précisés, et il était possible de dissocier la thématique environnementale de la responsabilité sociétale ; en tout état de cause, la société requérante, qui n'a posé aucune question afin d'obtenir des précisions sur les points qu'elle estime insuffisamment précis, n'établit pas en quoi elle aurait été empêchée de présenter une offre et qu'elle aurait été lésée par ce manquement qu'elle invoque ;
- s'agissant du manquement tiré de la mise en œuvre irrégulière d'une technique de notation tendant à attribuer une note maximale au critère technique ou au prix de la meilleure offre : à supposer que, sur le critère de la valeur technique, la société FTCS ait obtenu la note de 60/60 à raison de l'attribution de la note maximale à l'offre classée première (notation relative), cette méthode est régulière ; à supposer que la société FTCS ait obtenu cette note dès lors qu'elle était conforme en tous points au règlement de la consultation, (notation objective) il n'appartient pas au juge des référés de se prononcer sur l'appréciation portée par le SIDEN-SIAN sur ce point ; la société requérante a elle-même bénéficié de la notation relative dès lors qu'elle a obtenu la note de 40/40 sur le critère du prix.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Robbe, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 13 avril 2023 à 15h00, en présence de Mme Benkhedim, greffière, M. Robbe, juge des référés, a lu son rapport et entendu :
- Me Jamais, représentant la société Coquart.Eu ;
- Me Ifcic, substituant Me Landot, représentant le syndicat mixte d'assainissement et de distribution d'eau du Nord (SIDEN-SIAN), et ses régies à simple autonomie financière SIDEN-SIAN Noréade Assainissement et SIDEN-SIAN Noréade Eau ;
- et Me Thoor, substituant Me Vamour, représentant la société FTCS Forage.
Les parties ont été informées au cours de l'audience que la clôture de l'instruction était différée au 14 avril 2023 à 16 heures.
Par un nouveau mémoire, enregistré le 14 avril 2023 à 15h26, le SIDEN-SIAN et ses régies à simple autonomie financière SIDEN-SIAN Noréade Assainissement et SIDEN-SIAN Noréade Eau, représentés par Me Landot, demandent à titre infiniment subsidiaire, dans le cas où les moyens de la société requérante seraient jugés fondés, que seule soit prononcée la suspension de la procédure de passation des deux lots en cause, et à disposer d'un délai de 60 jours pour reprendre la procédure au stade de l'analyse des offres après négociation, sans astreinte.
Ils ajoutent que :
- la société requérante n'a, pendant la procédure de passation, posé aucune question sur les éléments ou informations contenues dans le règlement de la consultation ;
- la détention par la société requérante de la certification SNCF a été prise en compte ainsi qu'il apparaît dans le rapport d'analyse des offres ;
- en tout état de cause, la société n'établit pas, s'agissant de la plupart des éléments d'appréciation et en particulier de ceux relatifs au " personnel affecté au marché ", qu'elle aurait pu obtenir une note identique ou supérieure à celle attribuée à la société FTCS.
Par un nouveau mémoire, enregistré le 14 avril 2023 à 15h53, la société FTCS Forage, représentée par Vamour, maintient ses conclusions, par les mêmes moyens.
Elle ajoute que :
- il est contradictoire, de la part de la société requérante, d'invoquer le caractère imprécis des sous-sous-critères, et de contester leur mise en œuvre sur des points très précis ;
- il n'est pas établi que le tableau nominatif du personnel aurait été joint par la société Coquart.Eu à son offre ;
- la dénaturation des offres n'est pas établie.
Une note en délibéré présentée pour la société Coquart.Eu, représentée par Me Jamais, a été enregistrée le 14 avril 2029 à 18h55, postérieurement à la clôture de l'instruction, qui n'a pas été communiqué.
Considérant ce qui suit :
1. Par un avis d'appel public à la concurrence envoyé à la publication le 21 novembre 2022, le syndicat mixte d'assainissement et de distribution d'eau du Nord (SIDEN-SIAN), et ses régies à simple autonomie financière SIDEN-SIAN Noréade Assainissement et SIDEN-SIAN Noréade Eau ont lancé une consultation, en vue de l'attribution, selon une procédure avec négociation, d'un accord-cadre à bons de commande, composé de deux lots répartis géographiquement, relatif à la réalisation de forages dirigés ou tarières pour les réseaux d'eau potable et d'assainissement sous pression et gravitaires. La société Coquart.Eu, dont l'offre pour l'attribution des deux lots a été rejetée au profit de celle présentée par la société FTCS Forage, demande au juge des référés précontractuels, d'une part, d'annuler cette procédure d'attribution ou, à défaut, de suspendre immédiatement l'exécution de toute décision relative à l'attribution des lots n° 1 et n° 2, de reprendre la procédure de passation corrigée de l'intégralité des manquements relevés, à titre principal au stade de l'avis d'appel public à la concurrence, à titre subsidiaire au stade de la négociation, et à titre encore plus subsidiaire au stade de l'analyse des offres.
Sur les conclusions présentées, à titre principal, sur le fondement des articles L. 551-1 et L. 551-2 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 1212-1 du code de la commande publique : " Les entités adjudicatrices sont : 1° Les pouvoirs adjudicateurs qui exercent une des activités d'opérateur de réseaux définies aux articles L. 1212-3 et L. 1212-4 ; () ". Aux termes de l'article L. 1212-3 du même code : " Sont des activités d'opérateur de réseaux : () / 1° La mise à disposition, l'exploitation ou l'alimentation de réseaux fixes destinés à fournir un service au public dans le domaine de la production, du transport ou de la distribution : () / c) d'eau potable. / L'alimentation de réseaux comprend la production, la vente en gros et la vente de détail. / Sont également considérées comme des activités d'opérateurs de réseaux lorsqu'elles sont liées aux activités mentionnées au présent 1°, l'évacuation ou le traitement des eaux usées ainsi que les projets de génie hydraulique, d'irrigation ou de drainage, pour autant que le volume d'eau utilisé pour l'alimentation en eau potable représente plus de 20 % du volume total d'eau utilisé pour ces projets ; () ".
3. Aux termes de l'article L. 551-5 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les entités adjudicatrices de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique. / Le juge est saisi avant la conclusion du contrat. ". Aux termes de l'article L. 551-6 du même code : " Le juge peut ordonner à l'auteur du manquement de se conformer à ses obligations en lui fixant un délai à cette fin. Il peut lui enjoindre de suspendre l'exécution de toute décision se rapportant à la passation du contrat ou à la constitution de la société d'économie mixte à opération unique. Il peut, en outre, prononcer une astreinte provisoire courant à l'expiration des délais impartis. () ". Aux termes de l'article L. 551-7 de ce code : " Le juge peut toutefois, en considération de l'ensemble des intérêts susceptibles d'être lésés et notamment de l'intérêt public, écarter les mesures énoncées au premier alinéa de l'article L. 551-6 lorsque leurs conséquences négatives pourraient l'emporter sur leurs avantages. ".
4. Le SIDEN-SIAN est un établissement public de coopération intercommunale qui a la qualité de pouvoir adjudicateur au sens du 2° de l'article L. 1211-1 du code de la commande publique. Selon ses statuts, il exerce notamment les compétences suivantes : " production par captages ou pompages, protection des points de prélèvement, traitement, transport et stockage d'eau destinée à la consommation humaine ", et " Distribution d'eau destinée à la consommation humaine ", relevant de l'activité d'opérateur de réseaux au sens et pour l'application du 1° de l'article L. 1212-1 du code de la commande publique. Le SIDEN-SIAN a ainsi agi, pour mettre en œuvre la procédure de passation du marché en litige, en qualité d'entité adjudicatrice au sens de l'article L. 1212-1 précité du code de la commande publique et le juge du référé précontractuel ne peut donc être saisi que sur le fondement des articles L. 551-5 et suivants du code de justice administrative. En conséquence, les conclusions à fin d'annulation de cette procédure, présentées par la société Coquart.Eu sur le fondement des articles L. 551-1 et L. 551-2 du code de justice administrative, lesquels ne trouvent à s'appliquer qu'aux pouvoirs adjudicateurs, sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions présentées, à titre subsidiaire, sur le fondement des articles L. 551-5 à L. 551-7 du code de justice administrative :
5. Il appartient au juge administratif, saisi en application des articles L. 551-5 à L. 551-7 du code de justice administrative, de se prononcer sur le respect des obligations de publicité et de mise en concurrence incombant à l'entité adjudicatrice. En vertu de l'article L. 551-10, les personnes habilitées à agir pour mettre fin aux manquements de l'entité adjudicatrice à ses obligations de publicité et de mise en concurrence sont celles qui sont susceptibles d'être lésées par de tels manquements. Il appartient, dès lors, au juge des référés précontractuels de rechercher si l'opérateur économique qui le saisit se prévaut de manquements qui, eu égard à leur portée et au stade de la procédure auquel ils se rapportent, sont susceptibles de l'avoir lésé ou risquent de le léser, fût-ce de façon indirecte en avantageant un opérateur économique concurrent.
En ce qui concerne le degré de précision des critères de sélection :
6. Pour assurer le respect des principes de liberté d'accès à la commande publique, d'égalité de traitement des candidats et de transparence des procédures, l'information appropriée des candidats sur les critères d'attribution d'un marché public est nécessaire, dès l'engagement de la procédure d'attribution du marché, dans l'avis d'appel public à concurrence ou le cahier des charges tenu à la disposition des candidats. Dans le cas où l'acheteur public souhaite retenir d'autres critères que celui du prix, il doit porter à la connaissance des candidats la pondération ou la hiérarchisation de ces critères. Il doit également porter à la connaissance des candidats la pondération ou la hiérarchisation des sous-critères dès lors que, eu égard à leur nature et à l'importance de cette pondération ou hiérarchisation, ils sont susceptibles d'exercer une influence sur la présentation des offres par les candidats ainsi que sur leur sélection et doivent en conséquence être eux-mêmes regardés comme des critères de sélection. Il n'est, en revanche, pas tenu d'informer les candidats de la méthode de notation des offres.
7. Le règlement de la consultation dispose que l'offre économiquement la plus avantageuse sera appréciée en fonction de deux critères, le premier, pondéré à 40 %, relatif au prix, et le second, pondéré à 60 %, relatif à la valeur technique, ce second critère étant lui-même jugé sur la base de l'analyse du mémoire technique et apprécié à travers deux sous-critères. Il résulte également du règlement de la consultation que le sous-critère a1, intitulé " Pertinence de l'organisation des moyens humains et matériels mis en œuvre pour la réalisation des travaux ", pondéré à 40 %, a été jugé à travers cinq sous-sous-critères : 1) " personnel affecté au marché (moyens humains) et organisation spécifique du marché ", pondéré à 20 % et " jugé sur la base du nombre de personnes affectées au marché pour réaliser la prestation " ; 2) " qualifications du personnel ", pondéré à 5 % et " jugé sur la base du nombre de personnes disposant des qualifications [AIPR / habilitations électriques / autres] et des justificatifs fournis " ; 3) " moyens matériels affectés au marché ", pondéré à 5 % et " jugé sur la base du parc matériel affecté au marché pour réaliser la prestation " ; 4) " modalités de gestion des boues, déblais et déchets de chantier ", pondéré à 8 % et " jugé sur la base de la pertinence, l'exhaustivité et la précision de la réponse ainsi que les justificatifs fournis " ; 5) " dispositions anti-endommagement ", pondéré à 2 % et " jugé sur la base de la pertinence, l'exhaustivité et la précision de la réponse ". Le sous-critère a2, intitulé " Pertinence des mesures de prévention et de contrôle des risques à la qualité, l'hygiène/sécurité et l'environnement mis en œuvre pour la réalisation des travaux objets du marché ", pondéré à 20 %, a été jugé à travers deux sous-sous-critères : 1) " qualité/hygiène/sécurité/environnement ", pondéré à 10 % et " jugé en fonction de la pertinence et de la précision de la réponse " apportée relativement aux " mesures prévues pour assurer la qualité et les mesures de contrôle prévues ; 2) " responsabilité sociétale de l'entreprise ", pondéré à 10 % et " jugé en fonction de la pertinence et de la précision de la réponse " apportée relativement à la " certification de l'entreprise, au degré d'intégration de la démarche RSE dans la gouvernance, au processus de gestion partenariale ". En outre, le règlement de consultation comporte une section XV intitulée " Autre renseignements ", dont le point 8 précise le contenu attendu du mémoire technique.
8. Ainsi, les sous-critères du critère de la valeur technique étaient, contrairement à ce que soutient la société requérante, suffisamment précis pour lui permettre de présenter une offre dans le cadre de la procédure en cause avec négociation, et pendant laquelle elle n'a, d'ailleurs, soulevé aucune question visant à remédier à cette imprécision alléguée. Doit ainsi être écarté le moyen tiré de ce que l'imprécision des critères de sélection aurait conféré à l'acheteur un pouvoir discrétionnaire dans l'appréciation des mérites des différents candidats.
En ce qui concerne la régularité de la méthode de notation :
9. L'acheteur public définit librement la méthode de notation pour la mise en œuvre de chacun des critères de sélection des offres qu'il a définis et rendus publics. Il peut ainsi déterminer tant les éléments d'appréciation pris en compte pour l'élaboration de la note des critères que les modalités de détermination de cette note par combinaison de ces éléments d'appréciation. Une méthode de notation est toutefois entachée d'irrégularité si, en méconnaissance des principes fondamentaux d'égalité de traitement des candidats et de transparence des procédures, les éléments d'appréciation pris en compte pour noter les critères de sélection des offres sont dépourvus de tout lien avec les critères dont ils permettent l'évaluation ou si les modalités de détermination de la note des critères de sélection par combinaison de ces éléments sont, par elles-mêmes, de nature à priver de leur portée ces critères ou à neutraliser leur pondération et sont, de ce fait, susceptibles de conduire, pour la mise en œuvre de chaque critère, à ce que la meilleure note ne soit pas attribuée à la meilleure offre, ou, au regard de l'ensemble des critères pondérés, à ce que l'offre économiquement la plus avantageuse ne soit pas choisie. Il en va ainsi alors même que l'acheteur public, qui n'y est pas tenu, aurait rendu publique, dans l'avis d'appel à concurrence ou les documents de la consultation, une telle méthode de notation.
Quant aux moyens tirés de ce que les éléments d'appréciation pris en compte pour noter les critères de sélection des offres sont dépourvus de tout lien avec ceux-ci :
10. S'agissant du sous-sous-critère " personnel affecté au marché (moyens humains) et organisation spécifique du marché " du sous-critère a1, le rapport d'analyse des offres mentionne, d'une part s'agissant de l'offre de la société Coquart.Eu, que les équipes dédiées au chantier ne sont pas identifiées nominativement et que la procédure de gestion de commande par le responsable d'études est peu détaillée, et, d'autre part s'agissant de l'offre de la société FTCS, qu'ont également été pris en compte les certifications dont elle dispose ainsi que l'organisation spécifique du chantier. S'agissant du sous-sous-critère " modalités de gestion des boues, déblais et déchets de chantier " du sous-critère a1, le rapport d'analyse des offres mentionne, d'une part s'agissant de l'offre de la société Coquart.Eu, que la gestion des boues fait l'objet d'une procédure peu détaillée, et, d'autre part s'agissant de l'offre de la société FTCS, que cette gestion est assurée par des unités de recyclage au débit adapté au chantier. S'agissant du sous-sous-critère " dispositions anti-endommagement " du sous-critère a1, le rapport d'analyse des offres mentionne, d'une part s'agissant de l'offre de la société Coquart.Eu, que les disposition anti-endommagement sont présentées succinctement sans distinction selon le type de forages. Et s'agissant du sous-sous-critère " responsabilité sociétale de l'entreprise " du sous-critère a2, le rapport d'analyse des offres mentionne, d'une part s'agissant de l'offre de la société Coquart.Eu, que " le rôle sociétal de l'entreprise est assimilé aux éléments Qualité, Sécurité, et Environnement " et, d'autre part s'agissant de l'offre de la société FTCS, que cette dernière " présente une revalorisation des déchets spécifiques pour les besoins du marché ".
11. Contrairement à ce que soutient la société requérante, ces mentions du rapport d'analyse des offres ne révèlent pas que les éléments d'appréciation pris en compte pour noter les sous-critères de sélection des offres seraient, eu égard à la teneur de ces sous-critères, dépourvus de tout lien avec ceux-ci.
Quant aux moyens tirés de ce que les éléments d'appréciation pris en compte pour noter les critères de sélection des offres ont privé de portée ces critères et ont conduit à ce que à ce que l'offre économiquement la plus avantageuse ne soit pas choisie :
12. Ainsi qu'il a déjà été indiqué, le sous-critère a1 " Pertinence de l'organisation des moyens humains et matériels mis en œuvre pour la réalisation des travaux " comporte un sous-sous-critère " personnel affecté au marché (moyens humains) et organisation spécifique du marché " et un sous-sous-critère " qualifications du personnel ". Cette distinction, qui repose sur un critère objectif, ne prive pas de portée ce sous-critère. Si la société requérante soutient que la pondération de ces deux sous-sous-critères conduit à ce que l'offre économiquement la plus avantageuse ne soit pas choisie, cette argumentation, qui ne porte pas sur les modalités de détermination de la note des critères de sélection, est sans incidence sur la régularité de la méthode de notation.
13. L'évaluation de l'offre de la société Coquart.Eu en ce qui concerne le sous-sous-critère " moyens matériels affectés au marché " du sous critère a1 est fondée sur l'absence de présentation des moyens spécifiques mis en place pour la gestion et le recyclage des boues de forage. La société requérante soutient qu'il en résulte que ce sous-critères a été privé de portée et que sa pondération a été neutralisée dès lors qu'un autre sous-sous-critère se rapporte aux " modalités de gestion des boues, déblais et déchets de chantier ", conduisant à évaluer deux fois des mêmes éléments d'appréciation. Cependant, pour l'évaluation du sous-sous-critère " moyens matériels affectés au marché ", l'ensemble des moyens matériels, y compris ceux spécifiquement dédiés à la gestion et le recyclage des boues de forage, pouvait être pris en compte, et le sous-sous-critère " modalités de gestion des boues, déblais et déchets de chantier ", ne peut, eu égard à son objet, être regardé comme impliquant une évaluation en partie identique.
14. Ainsi qu'il a déjà été indiqué, le sous-critère a2 intitulé " Pertinence des mesures de prévention et de contrôle des risques à la qualité, l'hygiène/sécurité et l'environnement mis en œuvre pour la réalisation des travaux objets du marché ", est décomposé en deux sous-sous-critères : 1) " qualité/hygiène/sécurité/environnement " ; 2) " responsabilité sociétale de l'entreprise ". Si la société requérante conteste la pertinence de cette distinction, celle-ci, reposant sur un critère objectif, ne prive pas de portée ce sous-critère, peu important à cet égard que la démarche dite RSE (" responsabilité environnementale des entreprises ") intègre trois piliers (sociétal, social, et environnemental), l'acheteur public n'étant pas tenu de reprendre, dans les critères de sélection d'un critère, le cadre de cette démarche.
En ce qui concerne la dénaturation des offres :
15. Il n'appartient pas au juge du référé précontractuel, qui doit seulement se prononcer sur le respect, par l'acheteur public, des obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation d'un contrat, de se prononcer sur l'appréciation portée sur la valeur d'une offre ou les mérites respectifs des différentes offres. Il lui appartient, en revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'acheteur public n'a pas dénaturé le contenu d'une offre en en méconnaissant ou en en altérant manifestement les termes et procédé ainsi à la sélection de l'attributaire du contrat en méconnaissance du principe fondamental d'égalité de traitement des candidats.
16. Au titre du sous-sous-critère " personnel affecté au marché (moyens humains) et organisation spécifique du marché " du sous-critère a1, la note maximale attribuée à la société FTCS est justifiée ainsi " L'offre de la société FTCS est conforme au cahier des charges ; elle met à disposition du marché plus de moyens humains. La société FTCS dispose de la certification SNCF tous types de forages en cours de validité. L'organisation spécifique du marché est détaillée selon différents niveaux hiérarchiques avec un support QSE ". La circonstance que la lettre indiquant à la société Coquart.Eu les motifs du rejet de son offre ne mentionne pas le fait qu'elle dispose également de cette certification ne suffit pas à établir que les offres auraient été dénaturées, alors en tout état de cause qu'il y est fait référence dans le rapport d'analyse des offres.
17. Au titre du sous-sous-critère " qualifications du personnel " du sous-critère a1, le rapport d'analyse des offres indique qu'au sein de la société Coquart.Eu seuls quatre personnes disposent de l'autorisation d'intervention à proximité des réseaux et que les équipes ne sont pas identifiées nominativement. Si la société requérante établit que tous ces salariés disposent de cette autorisation et soutient qu'un tableau nominatif avait été fourni, il résulte cependant de l'instruction que, même si la note maximale lui avait été attribuée sur ce sous-sous-critère, le classement final de son offre n'aurait pas été affecté.
18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par la société Coquart.Eu au titre des articles L. 551-5 à L. 551-7 du code de justice administrative doivent être rejetées.
Sur les frais liés du litige :
19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du SIDEN-SIAN, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme réclamée au titre des frais du procès par la société Coquart.Eu.
20. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions du SIDEN-SIAN et de la société FTCS tendant à l'application à leur profit des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société Coquart.Eu est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du SIDEN-SIAN et de la société FTCS présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Coquart.Eu, au SIDEN-SIAN et à la société FTCS.
Fait à Lille, le 24 mai 2023.
Le juge des référés,
Signé
J. ROBBE
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2302910
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026