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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2303097

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2303097

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2303097
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formationjuge unique (7)
Avocat requérantSELARL PHI LAW

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

Procédures contentieuses antérieures :

La société civile immobilière (SCI) Stezal et la société à responsabilité limitée (SARL) Lannutti France Transport ont demandé au tribunal administratif de Lille de prononcer la décharge des cotisations primitives de taxe d'enlèvement des ordures ménagères émises au profit de la communauté d'agglomération de Valenciennes Métropole auxquelles elles ont été assujetties au titre des années 2015 à 2019, à raison d'immeubles dont elles sont propriétaires sis Parc Lavoisier à Petite-Forêt.

Par un jugement Nos 1806192, 1807947, 2002198, 2002199 du 31 décembre 2021, le tribunal administratif de Lille a rejeté les requêtes.

Par une décision n° 461947 du 5 avril 2023, le Conseil d'Etat statuant au contentieux, saisi d'un pourvoi présenté par la SCI Stezal et la SARL Lannutti France Transport, a annulé le jugement du tribunal administratif de Lille du 31 décembre 2021 et a renvoyé l'affaire devant le même tribunal.

Procédures devant le tribunal :

I. Par une requête, enregistrée sous le n° 1806192 le 11 juillet 2018, et des mémoires, enregistrés les 6 mars 2019, 23 août 2019 et 18 janvier 2021, puis après renvoi par le Conseil d'Etat sous le n° 461947, et des mémoires enregistrés les 8 mai 2023 et 14 juillet 2023 sous le n° 2303097, la SCI Stezal, représentée par Me Bertrand, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations de taxe d'enlèvement des ordures ménagères émises au profit de la communauté d'agglomération de Valenciennes Métropole auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015, 2016 et 2017 à raison d'immeubles dont elle est propriétaire sis Parc Lavoisier à Petite-Forêt ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la communauté d'agglomération de Valenciennes Métropole ne justifie ni que la commune de Petite-Forêt, sur laquelle sont situés les locaux à raison desquels elle a été assujettie à la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, lui a transféré la compétence optionnelle pour la collecte des déchets assimilés, en application de l'article L. 2224-13 du code général des collectivités territoriales, ni que la délibération adoptée le 10 octobre 2001 a été implicitement approuvée en application des dispositions de l'article L. 5211-17 de ce code ;

- aucune délibération de la communauté d'agglomération de Valenciennes Métropole n'a légalement institué la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour financer la collecte et le tri des déchets non ménagers ;

- en l'absence de notification par la communauté d'agglomération de Valenciennes Métropole aux services fiscaux des décisions relatives au taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, en méconnaissance des dispositions de l'article 1639 A bis du code général des impôts, les impositions litigieuses ne pouvaient pas être recouvrées ;

- ses locaux ne sont pas desservis par le service d'enlèvement des ordures ménagères, dont elle ne bénéficie pas ;

- le montant de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères est disproportionné par rapport aux dépenses de collecte et de traitement ; il y a lieu d'exclure pour le calcul de ce rapport les dépenses relatives à la collecte des déchets assimilés, qui ne sont pas concernés par la délibération adoptée par la communauté d'agglomération de Valenciennes Métropole.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 18 janvier 2019, 26 juin 2023 et 21 août 2023, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société Stezal ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 juin 2019, 14 décembre 2020, 22 février 2021, 4 juillet 2023 et 14 septembre 2023, la communauté d'agglomération de Valenciennes Métropole, représentée par Me Noel, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Stezal la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par la société Stezal ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 15 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 octobre 2023.

II. Par une requête, enregistrée sous le n° 1807947 le 31 août 2018, et des mémoires, enregistrés les 4 juillet 2019, 23 août 2019 et 18 janvier 2021, puis après renvoi par le Conseil d'Etat sous le n° 461947, et des mémoires enregistrés les 8 mai 2023 et 14 juillet 2023 sous le n° 2303309, la SARL Lannutti France Transport, représentée par Me Bertrand, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations de taxe d'enlèvement des ordures ménagères émises au profit de la communauté d'agglomération de Valenciennes Métropole auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015, 2016 et 2017 à raison de locaux dont elle est propriétaire sis Parc Lavoisier à Petite-Forêt ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la communauté d'agglomération de Valenciennes Métropole ne justifie ni que la commune de Petite-Forêt, sur laquelle sont situés les locaux à raison desquels elle a été assujettie à la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, lui a transféré la compétence optionnelle pour la collecte des déchets assimilés, en application de l'article L. 2224-13 du code général des collectivités territoriales, ni que la délibération adoptée le 10 octobre 2001 a été implicitement approuvée en application des dispositions de l'article L. 5211-17 de ce code ;

- aucune délibération de la communauté d'agglomération de Valenciennes Métropole n'a légalement institué la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour financer la collecte et le tri des déchets non ménagers ;

- en l'absence de notification par la communauté d'agglomération de Valenciennes Métropole aux services fiscaux des décisions relatives au taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, en méconnaissance des dispositions de l'article 1639 A bis du code général des impôts, les impositions litigieuses ne pouvaient pas être recouvrées ;

- ses locaux ne sont pas desservis par le service d'enlèvement des ordures ménagères, dont elle ne bénéficie pas ;

- le montant de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères est disproportionné par rapport aux dépenses de collecte et de traitement ; il y a lieu d'exclure pour le calcul de ce rapport les dépenses relatives à la collecte des déchets assimilés, qui ne sont pas concernés par la délibération adoptée par la communauté d'agglomération de Valenciennes Métropole.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 1er avril 2019, 26 juin 2023 et 21 août 2023, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la société Lannutti France Transport ne démontre pas avoir présenté, avant le 31 décembre 2016, une réclamation préalable portant sur la taxe d'enlèvement des ordures ménagères à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2015 ; ses conclusions tendant à la décharge de la cotisation primitive de taxe d'enlèvement des ordures ménagères établie au titre de l'année 2015 sont dès lors irrecevables ;

- en tout état de cause, les moyens soulevés par la société Lannutti France Transport ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 juin 2019, 14 décembre 2020, 22 février 2021, 4 juillet 2023 et 14 septembre 2023, la communauté d'agglomération de Valenciennes Métropole, représentée par Me Noel, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Lannutti France Transport la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par la société Lannutti France Transport ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 15 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 octobre 2023.

III. Par une requête, enregistrée sous le n° 2002198 le 12 mars 2020, et un mémoire enregistré le 18 janvier 2021, puis après renvoi par le Conseil d'Etat sous le n° 461947, et des mémoires enregistrés sous le n° 2303310 les 8 mai 2023 et 14 juillet 2023, la SCI Stezal, représentée par Me Bertrand, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations primitives de taxe d'enlèvement des ordures ménagères auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2018 et 2019, à raison d'immeubles dont elle est propriétaire sis parc Lavoisier à Petite-Forêt ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la communauté d'agglomération de Valenciennes Métropole ne justifie ni que la commune de Petite-Forêt, sur laquelle sont situés les locaux à raison desquels elle a été assujettie à la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, lui a transféré la compétence optionnelle pour la collecte des déchets assimilés, en application de l'article L. 2224-13 du code général des collectivités territoriales, ni que la délibération adoptée le 10 octobre 2001 a été implicitement approuvée en application des dispositions de l'article L. 5211-17 de ce code ;

- aucune délibération de la communauté d'agglomération de Valenciennes Métropole n'a légalement institué la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour financer la collecte et le tri des déchets non ménagers ;

- en l'absence de notification par la communauté d'agglomération de Valenciennes Métropole aux services fiscaux des décisions relatives au taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, en méconnaissance des dispositions de l'article 1639 A bis du code général des impôts, les impositions litigieuses ne pouvaient pas être recouvrées ;

- ses locaux ne sont pas desservis par le service d'enlèvement des ordures ménagères, dont elle ne bénéficie pas ;

- le montant de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères est disproportionné par rapport aux dépenses de collecte et de traitement ; il y a lieu d'exclure pour le calcul de ce rapport les dépenses relatives à la collecte des déchets assimilés, qui ne sont pas concernés par la délibération adoptée par la communauté d'agglomération de Valenciennes Métropole, conformément à la jurisprudence du Conseil d'Etat et aux développements du paragraphe n° 27 du BOI-IF-AUT-90-30-10-2015062.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 novembre 2020, 26 juin 2023 et 21 août 2023, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société Stezal ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 14 décembre 2020, 22 février 2021, 4 juillet 2023 et 14 septembre 2023, la communauté d'agglomération de Valenciennes Métropole, représentée par Me Noel, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Stezal la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par la société Stezal ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 15 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 octobre 2023.

IV. Par une requête, enregistrée sous le n° 2002199 le 12 mars 2020, et un mémoire, enregistré le 18 janvier 2021, puis après renvoi par le Conseil d'Etat sous le n° 461947, et des mémoires enregistrés sous le n° 2303311 les 8 mai 2023 et 14 juillet 2023, la SARL Lannutti France Transport, représentée par Me Bertrand, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations primitives de taxe d'enlèvement des ordures ménagères auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2018 et 2019, à raison de locaux dont elle est propriétaire sis parc Lavoisier à Petite-Forêt ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la communauté d'agglomération de Valenciennes Métropole ne justifie ni que la commune de Petite-Forêt, sur laquelle sont situés les locaux à raison desquels elle a été assujettie à la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, lui a transféré la compétence optionnelle pour la collecte des déchets assimilés, en application de l'article L. 2224-13 du code général des collectivités territoriales, ni que la délibération adoptée le 10 octobre 2001 a été implicitement approuvée en application des dispositions de l'article L. 5211-17 de ce code ;

- aucune délibération de la communauté d'agglomération de Valenciennes Métropole n'a légalement institué la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour financer la collecte et le tri des déchets non ménagers ;

- en l'absence de notification par la communauté d'agglomération de Valenciennes Métropole aux services fiscaux des décisions relatives au taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, en méconnaissance des dispositions de l'article 1639 A bis du code général des impôts, les impositions litigieuses ne pouvaient pas être recouvrées ;

- ses locaux ne sont pas desservis par le service d'enlèvement des ordures ménagères, dont elle ne bénéficie pas ;

- le montant de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères est disproportionné par rapport aux dépenses de collecte et de traitement ; il y a lieu d'exclure pour le calcul de ce rapport les dépenses relatives à la collecte des déchets assimilés, qui ne sont pas concernés par la délibération adoptée par la communauté d'agglomération de Valenciennes Métropole, conformément à la jurisprudence du Conseil d'État et aux développements du paragraphe n° 27 du BOI-IF-AUT-90-30-10-2015062.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 novembre 2020, 26 juin 2023 et 21 août 2023, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société Lannutti France Transport ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 14 décembre 2020, 22 février 2021, 4 juillet 2023 et 14 septembre 2023, la communauté d'agglomération de Valenciennes Métropole, représentée par Me Noel, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Lannutti France Transport la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par la société Lannutti France Transport ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 15 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 octobre 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- les conclusions de Mme Dang, rapporteure publique ;

- les observations de Me Gibert, avocat substituant Me Noel, représentant la communauté d'agglomération de Valenciennes Métropole.

Considérant ce qui suit :

1. Par quatre requêtes, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement, la société Stezal et la société Lannutti France Transport demandent au tribunal de prononcer la décharge des cotisations primitives de taxe d'enlèvement des ordures ménagères auxquelles elles ont été assujetties au titre des années 2015 à 2019, à raison d'immeubles sis Parc Lavoisier à Petite-Forêt.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. En premier lieu, d'une part, en vertu de l'article L. 2224-13 du code général des collectivités territoriales, les communes peuvent transférer à un établissement public de coopération intercommunale soit l'ensemble de la compétence de collecte et de traitement des déchets des ménages, soit la partie de cette compétence comprenant le traitement, ainsi que les opérations de transport qui s'y rapportent. En vertu du 4° du II de l'article L. 5216-5 du code général des collectivités territoriales, dans sa version en vigueur à la date de création de la communauté d'agglomération de Valenciennes Métropole, la compétence " élimination et valorisation des déchets des ménages et déchets assimilés " figurent parmi les cinq compétences optionnelles qu'une communauté d'agglomération doit exercer aux lieu et place des communes membres.

3. D'autre part, aux termes du I de l'article 1520 du code général des impôts, dans sa version applicable à l'année d'imposition 2015 : " Les communes qui assurent au moins la collecte des déchets des ménages peuvent instituer une taxe destinée à pourvoir aux dépenses du service dans la mesure où celles-ci ne sont pas couvertes par des recettes ordinaires n'ayant pas le caractère fiscal. / () ". La loi n° 2015-2786 du 29 décembre 2015 a modifié les dispositions précitées du I de l'article 1520 du code général des impôts, lesquelles prévoient, dans leur rédaction applicable aux années d'imposition 2016 à 2019, que : " Les communes qui assurent au moins la collecte des déchets des ménages peuvent instituer une taxe destinée à pourvoir aux dépenses du service de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales, dans la mesure où celles-ci ne sont pas couvertes par des recettes ordinaires n'ayant pas le caractère fiscal. / () ". Les déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales sont les déchets non ménagers que les collectivités peuvent, eu égard à leurs caractéristiques et aux quantités produites, collecter et traiter sans sujétions techniques particulières.

4. Il résulte de l'instruction, et notamment de la délibération en date du 10 octobre 2011 par laquelle le conseil communautaire de la communauté d'agglomération de Valenciennes Métropole a instauré une taxe d'enlèvement des ordures ménagères à compter du 1er janvier 2002 à un taux unique, que, depuis sa création, cet établissement public exerce aux lieu et place de ses communes membres la compétence optionnelle " élimination des déchets ménagers et assimilés y compris collectes ". Dans ces circonstances, la communauté d'agglomération de Valenciennes Métropole, substituée aux communes membres en application des dispositions du VI de l'article 1379-0 bis du code général des impôts, était compétente pour instaurer une taxe destinée à pourvoir aux dépenses du service de collecte et de traitement des déchets ménagers. Par suite, le moyen tiré de ce que la communauté d'agglomération de Valenciennes Métropole n'était pas compétente pour instaurer la taxe d'enlèvement des ordures ménagères manque en fait et doit être écarté. La circonstance que la délibération en date du 10 octobre 2011 indique que le taux unique de cette taxe est " destiné à financer l'intégralité du coût de l'élimination des déchets ménagers et assimilés ", alors que, à la date d'adoption de cette délibération, le produit de la taxe ne pouvait légalement être destiné qu'à pourvoir aux dépenses du service de collecte et de traitement des seuls déchets des ménages, est par elle-même sans incidence sur la compétence de la communauté d'agglomération de Valenciennes Métropole pour instituer une telle taxe.

5. En deuxième lieu, aux termes du II de l'article 1639 A bis du code général des impôts : " 1. Les délibérations des communes et de leurs établissements publics de coopération intercommunale instituant la taxe d'enlèvement des ordures ménagères () doivent être prises avant le 15 octobre d'une année pour être applicables à compter de l'année suivante. Elles sont soumises à la notification prévue à l'article 1639 A au plus tard quinze jours après la date limite prévue pour leur adoption. / () ". Aux termes de l'article 1639 A de ce code : " I. Sous réserve des dispositions de l'article 1639 A bis, les collectivités locales et organismes compétents font connaître aux services fiscaux () les décisions relatives soit aux taux, soit aux produits, selon le cas, des impositions directes perçues à leur profit. / () ". En vertu des dispositions du III de cet article, la notification a lieu par l'intermédiaire des services préfectoraux pour les collectivités locales et leurs groupements.

6. Il résulte de l'instruction que la délibération du 19 décembre 2014 fixant le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour 2015 a été reçue le 29 décembre 2014 par les services préfectoraux, soit avant le 15 avril 2015, que la délibération du 18 décembre 2015 fixant le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour 2016 a été reçue le 22 décembre 2015 par les services préfectoraux, soit avant le 15 avril 2016, que la délibération du 16 décembre 2016 fixant le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour 2017 a été reçue le 21 décembre 2016 par les services préfectoraux, soit avant le 15 avril 2017, que la délibération du 15 décembre 2017 fixant le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour 2018 a été reçue le 27 décembre 2017 par les services préfectoraux, soit avant le 15 avril 2019, et que la délibération du 7 décembre 2018 fixant le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour 2019 a été reçue le 17 décembre 2018 par les services préfectoraux, soit avant le 15 avril 2019. Il n'est pas sérieusement contesté que ces délibérations ont été transmises aux services fiscaux. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 1639 A bis du code général des impôts manque en fait et doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 1521 du code général des impôts : " I. La taxe porte sur toutes les propriétés soumises à la taxe foncière sur les propriétés bâties ou qui en sont temporairement exonérées (). / () / III. 1. Les conseils municipaux déterminent annuellement les cas où les locaux à usage industriel ou commercial peuvent être exonérés de la taxe. () / () / 4. Sauf délibération contraire des communes ou des organes délibérants de leurs groupements, les locaux situés dans la partie de la commune où ne fonctionne pas le service d'enlèvement des ordures sont exonérés de la taxe ". Il résulte de ces dispositions ainsi que de celles précitées de l'article 1520 du même code que la taxe d'enlèvement des ordures ménagères a le caractère d'une imposition de toute nature, et non celui d'une redevance pour services rendus.

8. Il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit au point 4, que, par une délibération en date du 10 octobre 2001, le conseil communautaire de la communauté d'agglomération de Valenciennes Métropole a instauré une taxe d'enlèvement des ordures ménagères sur l'ensemble de son territoire. Alors que le règlement de collecte des déchets ménagers ne définit aucune zone où il ne serait pas assuré, il ne résulte pas de l'instruction que le service d'enlèvement des ordures ménagères n'était pas assuré, au cours des années d'imposition en litige, dans la partie de la communauté d'agglomération de Valenciennes Métropole où se trouvent les locaux des sociétés requérantes. Dans ces circonstances, et alors même que les sociétés Stezal et Lannutti France Transport n'auraient pas eu recours à ce service, c'est à bon droit que l'administration fiscale les a assujetties à la taxe d'enlèvement des ordures ménagères.

9. En quatrième lieu, il résulte des dispositions précitées des articles 1520 et 1521 du code général des impôts que le produit de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères et, par voie de conséquence, son taux ne doivent pas être manifestement disproportionnés par rapport au montant des dépenses exposées par les collectivités territoriales pour assurer l'enlèvement et le traitement des ordures ménagères, ainsi que, à compter du 1er janvier 2016, des déchets non ménagers, au sens de l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales.

10. Lorsque le juge de l'impôt est saisi, au soutien d'une contestation du bien-fondé de l'impôt, d'une exception d'illégalité de l'acte réglementaire sur la base duquel a été prise une décision individuelle d'imposition, il lui appartient de l'écarter lorsque cet acte réglementaire est, par l'effet d'un changement de circonstances, devenu légal à la date du fait générateur de l'imposition.

11. D'une part, s'agissant de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères à laquelle les sociétés Stezal et Lannutti France Transport ont été assujetties au titre de l'année 2015, il résulte de l'instruction, et notamment de l'annexe au budget primitif général de la communauté d'agglomération de Valenciennes Métropole pour l'exercice 2015 portant sur la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, que le montant prévisionnel des dépenses s'élevait à 22 589 404 euros. Ce montant comprenant, outre les dépenses d'enlèvement et de traitement des ordures ménagères, les coûts d'enlèvement et de traitement des déchets non ménagers, lesquels ne pouvaient pas être couverts par la taxe d'enlèvement des ordures ménagères en 2015, il y a lieu de déduire de ce montant la proportion de 20 % correspondant aux dépenses d'enlèvement et de traitement des déchets non ménagers, telle qu'elle résulte du rapport de l'ADEME et n'est pas sérieusement contestée. Il y a lieu également de déduire du montant de dépenses ainsi obtenu le montant des recettes non fiscales de l'exercice 2015, lesquelles étaient évaluées à 2 752 000 euros. Il résulte par ailleurs de l'instruction que le produit prévisible de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour l'année 2015 s'élevait à 16 800 000 euros. Il en résulte que le produit de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères au titre de l'année 2015, qui excède de 9,66 % le montant des charges que cette taxe avait pour objet de couvrir, ne peut être regardé comme manifestement disproportionné.

12. D'autre part, il résulte de l'instruction que le montant prévisionnel des dépenses du budget annexe de collecte et de traitement des ordures ménagères et déchets assimilés s'élevait, pour l'année 2016, à 22 802 941 euros, duquel il y a lieu de déduire le montant des recettes non fiscales s'élevant à 2 605 000 euros. La taxe d'enlèvement des ordures ménagères ayant également pour objet de couvrir, à compter du 1er janvier 2016, les dépenses relatives à l'enlèvement des déchets non ménagers, il n'y pas lieu de déduire de ce montant les dépenses d'enlèvement et de traitement de ces déchets. Le produit prévisionnel de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, qui s'élevait pour l'année 2016 à 17 300 000 euros, étant ainsi inférieur au montant des dépenses, le taux de cette taxe n'est pas manifestement disproportionné. Il résulte également de l'instruction que le montant net des dépenses de collecte et de traitement des déchets ménagers et assimilés, diminué du montant des recettes non fiscales, s'élevait à 20 597 190 euros en 2017, soit à un niveau supérieur au produit de la taxe, lequel était évalué à 17 769 428 euros, de sorte que le taux n'est pas manifestement disproportionné. S'agissant de l'année 2018, le montant net des dépenses de collecte et de traitement des ordures ménagères et des déchets non ménagers, diminué des recettes non fiscales, s'élevait à 20 712 137 euros, soit à un niveau supérieur au produit de la taxe, qui s'établissait à 17 773 977 euros. Enfin, s'agissant de l'année 2019, le montant prévisionnel des dépenses de collecte et de traitement des déchets ménagers et assimilés s'élevait, déduction faite des recettes non fiscales, à 21 470 340 euros, soit à un niveau supérieur au produit de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, qui était de 18 500 000 euros, de sorte que le taux n'est pas manifestement disproportionné.

13. En dernier lieu, les sociétés Stezal et Lannutti France Transport ne sont pas fondées à se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des développements du paragraphe 27 du BOI-IF-AUT-90-30-10, lesquels ne contiennent aucune interprétation formelle de loi fiscale différente de celle dont il est fait application par le présent jugement.

14. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord aux conclusions de la société Lannutti France Transport tendant à la décharge de la cotisation primitive de taxe d'enlèvement des ordures ménagères établie au titre de l'année 2015, que les sociétés Stezal et Lannutti France Transport ne sont pas fondées à demander la décharge des impositions en litige.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement des sommes que les sociétés Stezal et Lannutti France Transport demandent au titre des frais qu'elles ont exposés.

16. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des sociétés Stezal et Lannutti France Transport le versement à la communauté d'agglomération de Valenciennes Métropole d'une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : Les requêtes de la société Stezal et de la société Lannutti France Transport sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions présentées par la communauté d'agglomération de Valenciennes Métropole au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Stezal, à la société à responsabilité limitée Lannutti France Transport, au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord et à la communauté d'agglomération de Valenciennes Métropole.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

M. A La greffière,

Signé

A. BEGUE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nos 2303097 et autres

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