mercredi 2 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2303523 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | DELSOL AVOCATS |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une décision du 14 avril 2023, le Conseil d'Etat statuant au contentieux a transmis au tribunal administratif de Lille la requête présentée par l'association Aide à domicile en activités regroupées en Sambre-Avesnois.
Par cette requête et des mémoires, enregistrés le 22 janvier 2022 et le 15 mars 2024 sous le numéro 2303523, l'association Aide à domicile en activités regroupées (ADAR) en Sambre-Avesnois, représentée par Me Becquart, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la délibération du 22 novembre 2021 par laquelle la commission permanente du conseil départemental du Nord a prévu un dispositif de soutien au secteur de l'aide à domicile pour la seconde période d'état d'urgence covid-19, en tant qu'elle a seulement accordé aux services d'aide et d'accompagnement à domicile (SAAD) un financement d'un montant global de 593 494 euros d'allocation personnalisée d'autonomie et un financement d'un montant global de 227 772 euros de prestation de compensation du handicap au titre de la compensation financière de la perte d'activité dans le cadre de la pandémie de COVID-19 et a autorisé le président du conseil départemental à signer avec eux des conventions relatives à l'attribution de ces dotations ;
2°) dans l'hypothèse où une délibération du conseil départemental s'avérerait nécessaire :
* d'enjoindre au président du conseil départemental d'inscrire à l'ordre du jour de la prochaine séance de l'organe délibérant l'attribution des crédits aux services d'aide à domicile afin de leur verser la totalité des sommes qui leurs sont dues au titre de la compensation financière de la perte d'activité dans le cadre de la pandémie de COVID-19, la ratification à toutes fins utiles des crédits déjà versés sur la base de la délibération annulée, l'attribution des crédits nécessaires pour le versement du solde qui leur est dû et l'adoption d'un budget modificatif 2024 pour y inscrire les crédits correspondants ;
* si aucune séance de l'organe délibérant n'est prévue dans un délai d'un mois, d'enjoindre au président du conseil départemental de convoquer l'organe délibérant compétent dans un délai d'un mois à compter du jugement ;
3°) de mettre à la charge du département du Nord la somme de 8 994 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le tribunal administratif de Lille est compétent pour statuer sur la requête ;
- le département du Nord n'avait pas compétence pour fixer des critères de financement des SAAD pour la période du 1er juillet 2020 au 1er juin 2021 et prévoir d'autres conditions que celles prévues par les ordonnances des 25 mars et 9 décembre 2020 et les décrets des 29 juin 2020 et 2 avril 2021 ; alors que ces derniers ne renvoyaient pas à des décisions du département, celui-ci ne pouvait " adapter " les dispositions issues des ordonnances et décrets ;
- la délibération attaquée méconnaît les dispositions prévues par l'ordonnance du 25 mars 2020, celle du 9 décembre 2020 et les décrets des 29 juin 2020 et du 2 avril 2021, dès lors qu'elle exclut la période du 1er juillet 2020 au 16 octobre 2020, alors que l'association subissait effectivement une perte d'activité à cette période en lien avec le contexte sanitaire de la pandémie de COVID-19 et que la clause de la convention relative à la période de mars 2020 à juin 2020 mentionnant une reprise d'activité effective dès juillet 2020, invoquée par le département du Nord, qui fait partie d'un contrat d'adhésion non spécifique à l'association requérante, est abusive et a été consentie sous la contrainte ;
- la délibération attaquée méconnaît les dispositions prévues par l'ordonnance du 25 mars 2020, celle du 9 décembre 2020 et les décrets des 29 juin 2020 et du 2 avril 2021, dès lors que les critères utilisés par le département du Nord sont illégaux et ne peuvent matériellement être mis en oeuvre ;
- la compensation financière de la perte d'activité dans le cadre de la pandémie de COVID-19 ne présente pas de caractère subsidiaireet le dispositif de chômage partiel n'était pas adapté à l'activité des SAAD, de sorte qu'elle ne pouvait recourir davantage à ce dispositif.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2022, le département du Nord, représenté par Me Lefevre, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 600 euros soit mise à la charge de l'ADAR Sambre-Avesnois au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- par une délibération du 22 mars 2022, une dotation complémentaire a été attribuée aux SAAD pour la période du 1er juillet 2020 au 1er juin 2021 ;
- le dispositif de chômage partiel devait être sollicité prioritairement par les SAAD, la participation départementale ayant uniquement vocation à venir en complément ;
- les autres moyens soulevés par l'ADAR Sambre-Avesnois ne sont pas fondés.
II. Par une décision du 15 mai 2023, le Conseil d'Etat statuant au contentieux a transmis au tribunal administratif de Lille la requête présentée par l'association de soins et services à domicile (ASSAD) de Dunkerque.
Par cette requête et des mémoires, enregistrés le 28 janvier 2022, le 3 avril 2024 et le 6 mai 2024 sous le numéro 2305687, l'association de soins et services à domicile (ASSAD) de Dunkerque, représentée par Me Becquart, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la délibération du 22 novembre 2021 par laquelle la commission permanente du conseil départemental du Nord a prévu un dispositif de soutien au secteur de l'aide à domicile pour la seconde période d'état d'urgence covid-19, en tant qu'elle a accordé aux services d'aide et d'accompagnement à domicile (SAAD) un financement d'un montant global de 593 494 euros d'allocation personnalisée d'autonomie et un financement d'un montant global de 227 772 euros de prestation de compensation du handicap au titre de la compensation financière de la perte d'activité dans le cadre de la pandémie de COVID-19 et a autorisé le président du conseil départemental à signer avec eux des conventions relatives à l'attribution de ces dotations ;
2°) de mettre à la charge du département du Nord une somme de 9 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a subi une baisse d'activité concernant l'activité financée par le département du Nord à hauteur de 27 238,41 euros ;
- la délibération de mars 2022 a été prise sur la base des usagers déclarés symptomatiques et non sur la base de critères de baisse d'activité et n'a accordé qu'une somme inférieure à ce qui lui est due ;
- le département du Nord n'avait pas compétence pour fixer des critères de financement des SAAD pour la période du 1er juillet 2020 au 1er juin 2021 ;
- la délibération attaquée méconnaît les dispositions prévues par l'ordonnance du 25 mars 2020, celle du 9 décembre 2020 et les décrets des 29 juin 2020 et du 2 avril 2021, dès lors qu'elle exclut la période du 1er juillet 2020 au 16 octobre 2020, alors que l'association subissait effectivement une perte d'activité à cette période en lien avec le contexte sanitaire de la pandémie de COVID-19 et que la clause de la convention relative à la période de mars 2020 à juin 2020 mentionnant une reprise d'activité effective dès juillet 2020, invoquée par le département du Nord, qui fait partie d'un contrat d'adhésion non spécifique à l'association requérante, est abusive et a été consentie sous la contrainte ;
- la délibération attaquée méconnaît les dispositions prévues par l'ordonnance du 25 mars 2020, celle du 9 décembre 2020 et les décrets des 29 juin 2020 et du 2 avril 2021, dès lors que les critères utilisés par le département du Nord sont illégaux, en ce qu'ils contreviennent notamment au secret médical, ne sont pas adaptés et ne peuvent matériellement être mis en œuvre ;
- la compensation financière de la perte d'activité dans le cadre de la pandémie de COVID-19 ne présente pas de caractère subsidiaireet le dispositif de chômage partiel n'était pas adapté à l'activité des SAAD, de sorte qu'elle ne pouvait recourir davantage à ce dispositif.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 30 août 2022 et le 5 avril 2024, le département du Nord, représenté par Me Lefevre, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 400 euros soit mise à la charge de l'association de soins et services à domicile au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'ADAR n'est pas fondée à exciper de l'illégalité des modalités de compensation adoptées par la délibération du département du Nord du 16 novembre 2020, le délai de recours contentieux contre cette délibération étant expiré ;
- le moyen tiré de l'incompétence du département du Nord est inopérant ;
- le dispositif de chômage partiel devait être sollicité prioritairement par les SAAD, la participation départementale ayant uniquement vocation à venir en complément ;
- les autres moyens soulevés par l'association de soins et services à domicile ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- l'ordonnance n° 2020-313 du 25 mars 2020 ;
- l'ordonnance n° 2020-346 du 27 mars 2020 ;
- l'ordonnance n° 2020-1553 du 9 décembre 2020 ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le décret n° 2020-822 du 29 juin 2020 ;
- le décret n° 2021-392 du 2 avril 2021 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Fougères,
- les conclusions de Mme Bruneau, rapporteure publique,
- et les observations de Me Doulain, substituant Me Lefevre, représentant le département du Nord.
Considérant ce qui suit :
1. 1.Afin de soutenir les services d'aide et d'accompagnement à domicile (SAAD) durant la période de crise sanitaire due à l'épidémie de Covid-19, le conseil départemental du Nord a, par une délibération du 16 novembre 2020, décidé le versement d'une dotation pour couvrir la perte d'activité constatée entre les mois de mars et juin 2020. Par une délibération du 22 novembre 2021, la commission permanente du conseil départemental du Nord a, d'une part, précisé les modalités de calcul du montant de la compensation due notamment aux services d'aide et d'accompagnement à domicile (SAAD) au titre de la compensation financière de la perte d'activité dans le cadre de la pandémie de COVID-19, en fixant forfaitairement son montant à l'équivalent de sept jours par usager déclaré symptomatique ou positif au virus par chaque SAAD, d'autre part prévu, pour compenser les pertes d'activités à ce titre, une dotation aux SAAD d'un montant global de 593 494 euros en allocation personnalisée d'autonomie (APA), une dotation globale d'un montant global de 227 772 euros de prestation de compensation du handicap (PCH) pour ces mêmes services pour la période du 17 octobre 2020 au 1er juin 2021 et, enfin, autorisé le président du conseil départemental à signer avec eux des conventions relatives à l'attribution de ces dotations. Par les requêtes enregistrées sous les numéros 2303523 et 2305687, l'association Aide à domicile en activités regroupées (ADAR) en Sambre-Avesnois, estimant insuffisante la compensation qui lui a été accordée pour un montant total de 11 913 euros, et l'association de soins et services à domicile (ASSAD) de Dunkerque, qui n'a obtenu aucune compensation, sollicitent chacune l'annulation de cette délibération dans cette mesure.
2. Les requêtes n°2303523 et n°2305687 présentées par les associations ADAR et ASSAD, concernent la même délibération. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
3. L'article L. 312-1 du code de l'action sociale et des familles dispose : " I.- Sont des établissements et services sociaux et médico-sociaux, au sens du présent code, les établissements et les services, dotés ou non d'une personnalité morale propre, énumérés ci-après : / () / 6° Les établissements et les services qui accueillent des personnes âgées ou qui leur apportent à domicile une assistance dans les actes quotidiens de la vie, des prestations de soins ou une aide à l'insertion sociale ; / () ".
4. Les décrets des 29 juin 2020 et 2 avril 2021, pris en application respectivement de l'ordonnance du 25 mars 2020 relative aux adaptations des règles d'organisation et de fonctionnement des établissements sociaux et médico-sociaux et de l'ordonnance du 9 décembre 2020 prolongeant, rétablissant ou adaptant diverses dispositions sociales pour faire face à l'épidémie de covid-19, ont précisé les modalités de financement des services d'aide et d'accompagnement à domicile dans le cadre de l'épidémie de covid-19.
5. Aux termes du IV de l'article 7 de l'ordonnance du 9 décembre 2020 prolongeant, rétablissant ou adaptant diverses dispositions sociales pour faire face à l'épidémie de covid-19 : " En cas de sous-activité ou de fermeture temporaire résultant de l'épidémie de covid-19, le niveau de financement des établissements et services mentionnés au I de l'article L. 312-1 du code de l'action sociale et des familles ainsi que des lieux de vie et d'accueil mentionnés au III du même article n'est pas modifié. Pour la partie de financement des établissements et services sociaux et médico-sociaux mentionnés au I du même article L. 312-1 qui ne relève pas de dotation ou de forfait global, la facturation est établie à terme mensuel échu sur la base de l'activité qui aurait prévalu en l'absence de sous-activité ou de fermeture temporaire résultant de l'épidémie de covid-19. Les résidents absents des établissements pour des motifs liés à une fermeture temporaire ou à une réduction de l'activité dues à l'épidémie ne sont pas redevables d'une contribution financière. / La partie de l'allocation mentionnée à l'article L. 232-3 du code de l'action sociale et des familles et de la prestation mentionnée à l'article L. 245-6 du même code affectées à la rémunération d'un service d'aide et d'accompagnement à domicile est versée par le département aux bénéficiaires ou aux services d'aide et d'accompagnement à domicile sur la base des plans d'aide établis antérieurement à l'état d'urgence sanitaire déclaré par l'article 4 de la loi du 23 mars 2020 susvisée, selon des modalités et conditions définies par décret. " Le V de ce même article dispose : " Les dispositions du IV du présent article sont applicables à compter du 11 octobre 2020 et jusqu'à la fin de l'état d'urgence sanitaire déclaré par le décret du 14 octobre 2020 susvisé, prorogé dans les conditions prévues à l'article L. 3131-13 du code de la santé publique. () ". Aux termes de l'article 1er du décret du 2 avril 2021 précisant les modalités de financement des services d'aide et d'accompagnement à domicile dans le cadre de l'épidémie de covid-19 : " I. - En application du IV de l'article 7 de l'ordonnance du 9 décembre 2020 susvisée, le montant des financements versés aux services d'aide et d'accompagnement à domicile par les présidents des conseils départementaux correspond : / 1° Au maintien de la dotation prévisionnelle versée par douzième sur la base du dernier budget arrêté sans qu'il soit tenu compte de la sous-activité pour les services d'aide et d'accompagnement à domicile financés par dotation globale en application de l'article R. 314-135 du code de l'action sociale et des familles dans le cadre d'une convention ou d'un contrat pluriannuel d'objectifs et de moyens ; / 2° Au versement par douzième à terme mensuel échu sur la base de l'activité prévisionnelle validée par le président du conseil départemental pour les services d'aide et d'accompagnement à domicile financés en tarifs horaires en application des articles R. 314-130 à R. 314-134 du code de l'action sociale et des familles. / II. - Pour les services d'aide et d'accompagnement à domicile ayant conclu un contrat pluriannuel d'objectifs et de moyens mentionné à l'article L. 313-11-1 du code de l'action sociale et des familles, le montant des financements versés aux services d'aide et d'accompagnement à domicile par les présidents des conseils départementaux correspond au maintien des financements sur la base de l'activité prévue au contrat, sans qu'il soit tenu compte de la sous-activité et notamment des mécanismes d'ajustements à la baisse prévus par le contrat. / III. - Pour les services d'aide et d'accompagnement à domicile mentionnés à l'article L. 313-1-2 du code de l'action sociale et des familles qui n'auraient pas conclu le contrat pluriannuel d'objectifs et de moyens mentionné à l'article L. 313-11-1 du même code, l'activité prévisionnelle dont il est tenu compte pour le calcul des financements correspond : / - au nombre moyen d'heures mensuelles réalisées auprès de bénéficiaires de l'allocation personnalisée d'autonomie et de la prestation de compensation du handicap dans le cadre de la mise en œuvre de leur plan d'aide ou de leur plan de compensation sur l'année 2019 ; / - au nombre moyen d'heures réalisées auprès de ces mêmes bénéficiaires au mois de janvier 2020 dans le cadre de la mise en œuvre de leur plan d'aide ou de compensation ; / - au nombre d'heures qui étaient prévues contractuellement entre le service et ces mêmes bénéficiaires sur le mois de mars 2020 pour la mise en œuvre de leur plan d'aide ou de compensation en application du X de l'article D. 311 du code de l'action sociale et des familles. / La modalité la plus favorable au service d'aide et d'accompagnement à domicile est retenue par le président du conseil départemental après concertation avec le service d'aide et d'accompagnement à domicile. / Le financement correspond à la valorisation de ces heures sur la base du ou des tarifs départementaux applicables, déduction faite de la part correspondant à la participation des bénéficiaires. Il intervient au plus tard le 15 avril 2021 pour la période du 11 octobre 2020 au 15 mars 2021 et intervient ensuite à terme mensuel échu. / Les services d'aide et d'accompagnement à domicile ne facturent pas les bénéficiaires lorsque les interventions n'ont pas été réalisées, en dehors des possibilités prévues contractuellement en cas d'annulation par le bénéficiaire ". Enfin, aux termes de l'article 3 de ce même décret : " Le président du conseil départemental fixe le montant définitif alloué aux services au titre du maintien de leurs financements (). / Ce montant tient compte des recettes perçues au titre des mesures d'aide aux entreprises prises en application de l'ordonnance du 27 mars 2020 susvisée. / La prise en compte des recettes perçues ne donne lieu à récupération par le président du conseil départemental que lorsque le cumul entre ces recettes et les financements alloués par le département a eu pour effet le versement de financements supérieurs au prix de facturation du service sur le périmètre d'activité dont le financement est maintenu pour la période d'application du présent décret. / La récupération peut être effectuée sur une période pluriannuelle en fonction de la situation financière du service. / () Pour les services soumis à tarification en application de l'article L. 314-1 du code de l'action sociale et des familles, les tarifs applicables au titre de l'exercice budgétaire 2021 ne peuvent être minorés à raison des recettes perçues au titre des mesures d'aide aux entreprises prises en application de l'ordonnance du 27 mars 2020 susvisée. "
6. Il résulte des dispositions précitées qu'afin de maintenir le niveau de financement durant la période d'épidémie de Covid-19 pour tous les établissements sociaux et médico-sociaux, trois modalités d'accompagnement ont été prévues selon le statut de l'établissement. Pour les SAAD financés par tarification horaire ou dotation globale, il est prévu le maintien d'un versement par douzième mensuel sur la base de l'activité prévisionnelle validée par le président du conseil départemental. Pour les SAAD ayant conclu un contrat pluriannuel d'objectifs et de moyens, les financements sont maintenus sur la base de l'activité prévue à ce contrat. Enfin, pour les SAAD non tarifés qui n'ont pas conclu de contrat pluriannuel, il est tenu compte du nombre moyen d'heures mensuelles réalisées auprès des bénéficiaires de l'allocation personnalisée d'autonomie ou de la prestation de compensation du handicap au cours soit de l'année 2019 soit du mois de janvier 2020 soit du mois de mars 2020, selon la modalité la plus favorable au service.
7. Par une délibération du 16 novembre 2020, la commission permanente du conseil départemental du Nord a décidé, pour déterminer le montant de la compensation financière de la perte d'activité allouée à l'ensemble des services d'aide et d'accompagnement à domicile dans le cadre de l'épidémie de covid-19 pour la période du 12 mars au 30 juin 2020, d'appliquer les dispositions du décret du 29 juin 2020 relatives aux services d'aide et d'accompagnement à domicile non habilités à recevoir des bénéficiaires de l'aide sociale. Puis, par la délibération attaquée du 22 novembre 2021, cette même commission permanente a " adapté ", pour la période du 17 octobre 2020 au 1er juin 2021, le dispositif de compensation financière de la perte d'activité prévu par les dispositions du décret du 29 juin 2020, prolongées par le décret du 2 avril 2021, en fixant forfaitairement son montant à l'équivalent de sept jours de perte d'activité par usager déclaré par chaque service d'aide et d'accompagnement à domicile comme étant symptomatique ou positif au virus et en prévoyant une compensation à hauteur du coût moyen du plan d'aide hebdomadaire de 2019.
8. Les dispositions précitées de l'article 1er du décret du 2 avril 2021 ne conditionnent pas le maintien du financement des SAAD à la nécessité de ce que la sous-activité, intervenue pendant la période mentionnée au V de l'article 7 de l'ordonnance du 9 décembre 2020, soit directement en rapport avec une contamination au COVID-19. Il s'ensuit que le département du Nord n'était pas fondé à fixer les dotations définies par la délibération du 22 novembre 2021 attaquée, à partir du nombre d'usagers déclarés symptomatiques ou positifs au virus du COVID-19 et refusant les interventions du SAAD. Par ailleurs, il ressort des annexes de la délibération attaquée que les dotations en litige ont été fixées d'une manière forfaitaire sur la base de sept jours de perte d'activité par usager déclaré, alors que le dispositif de compensation cité au point 6 prévoit un maintien des financements sur la base de l'activité qui aurait prévalu en l'absence de sous-activité. Il s'ensuit que la délibération attaquée est entachée d'une erreur de droit. Pour justifier ces dispositions, le département fait valoir que les dotations en litige ont un caractère subsidiaire, les SAAD devant prioritairement solliciter une aide de l'Etat au titre du dispositif d'activité partielle prévu par l'ordonnance du 27 mars 2020 portant mesures d'urgence en matière d'activité partielle et proposé à tous les employeurs. Cependant, les dispositions de l'article 3 du décret du 2 avril 2021 précitées prévoient une possibilité de récupération par le président du conseil départemental des recettes perçues au titre des mesures d'aide aux entreprises à raison de leur activité partielle uniquement lorsque le cumul entre ces recettes et les financements alloués par le département a eu pour effet le versement de financements supérieurs au prix de facturation du service sur le périmètre d'activité dont le financement est maintenu pour la période concernée. Elles n'imposent pas à ces services de solliciter prioritairement une aide au titre de l'ordonnance du 27 mars 2020. En outre, le département fait valoir qu'il a adopté une délibération le 22 mars 2022 par laquelle il a complété la compensation de perte d'activité en lien avec la période Covid-19 pour la période du 1er juillet 2020 au 1er juin 2021, ce qui a conduit au versement d'une somme supplémentaire de 4 467,75 euros à l'ADAR en Sambre-Avesnois et d'une somme de 37 518,44 euros à l'ASSAD, de sorte que les associations requérantes ne seraient plus fondées à contester les modalités de calcul prévues par la délibération attaquée. Toutefois, ni la délibération du 22 mars 2022 ni ses annexes ne permettent de connaître les modalités de calcul ayant conduit à la détermination de ces versements. Par suite, il n'est pas établi, contrairement à ce que soutient le département, qu'il serait revenu sur la méthode de calcul du montant de la compensation prévue par la délibération attaquée.
9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes, que les associations ASSAD et ADAR en Sambre-Avesnois sont fondées à demander l'annulation de la délibération du 22 novembre 2021 en tant qu'elle fixe pour les SAAD un financement d'un montant global de 593 494 euros d'allocation personnalisée d'autonomie, un financement d'un montant global de 227 772 euros de prestation de compensation du handicap au titre de la compensation financière de la perte d'activité dans le cadre de la pandémie de COVID-19 et qu'elle autorise le président du conseil départemental à signer avec eux des conventions relatives à l'attribution de ces dotations.
Sur les conclusions de la requête n°2303523 à fin d'injonction :
10. Au regard des dispositions du décret du 2 avril 2021 citées au point 6 qui prévoient les modalités de calcul de la compensation, une délibération du conseil départemental ou de sa commission permanente n'apparaît pas nécessaire. Par suite, le présent jugement n'implique aucune injonction.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soient mises à la charge des associations ASSAD et ADAR, qui ne sont pas les parties perdantes dans les présentes instances, les sommes que le département du Nord demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du département du Nord la somme de 1 500 euros à verser d'une part à l'ASSAD et d'autre part à l'ADAR au titre des frais exposés par chacune d'elles et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La délibération de la commission permanente du conseil départemental du Nord du 22 novembre 2021 est annulée en tant qu'elle a fixé les modalités de la compensation financière de la perte d'activité subie par les SAAD dans le cadre de la pandémie de COVID-19.
Article 2 : Le département du Nord versera à l'association Aide à domicile en activités regroupées en Sambre-Avesnois une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le département du Nord versera à l'association de soins et services à domicile de Dunkerque une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de l'association Aide à domicile en activités regroupées en Sambre-Avesnois est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à l'association Aide à domicile en activités regroupées en Sambre-Avesnois, à l'association de soins et services à domicile de Dunkerque et au département du Nord.
Délibéré après l'audience du 11 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cotte, président,
M. Fougères, premier conseiller,
M. Goujon, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.
Le rapporteur,
signé
V. Fougères
Le président,
signé
O. Cotte La greffière,
signé
J. Vandewyngaerde
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Nos 2303523 - 2305687
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026