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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2303591

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2303591

jeudi 25 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2303591
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS VEDESI - SCP SCHMIDT VERGNON PELISSIER THIERRY EARD-AMINTHAS & TISSOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 avril 2023, et un mémoire, enregistré le 4 mai 2023, Mme C B, représentée par Me Stienne-Duwez, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution, d'une part, de la décision du 22 février 2023 par laquelle le président du conseil départemental du Pas-de-Calais a suspendu son agrément d'assistante familiale pour une durée de quatre mois, et, d'autre part, de la décision du 27 février 2023 par laquelle le président du conseil départemental du Nord a réorienté en urgence les trois enfants en accueil chez elle et prolongé de trois mois, soit jusqu'au 28 avril, la procédure d'évaluation des risques de danger en accueil familial concernant l'enfant Ylona ;

2°) de mettre à la charge du département du Pas-de-Calais et du département du Nord le versement d'une somme de 2 400 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient :

Sur l'urgence, que :

- les décisions en litige la privent de la rémunération mensuelle qu'elle percevait en qualité d'assistante familiale, soit environ 5 287 euros, sans que l'indemnité qu'elle perçoit désormais, soit environ 1 305 euros, ne suffise à couvrir ses charges fixes ;

- le département du Pas-de-Calais n'établit pas l'intérêt public qui s'attacherait à ce que la décision soit immédiatement exécutée dans l'intérêt des enfants accueillis ;

Sur le doute sérieux, que :

- la décision du 22 février 2023 :

' est entachée d'incompétence ;

' est entachée d'une insuffisance de motivation ;

' a été adoptée au terme d'une procédure irrégulière, la commission consultative paritaire départementale n'ayant pas été informée, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 421-4 du code de l'action sociale et des familles ;

' repose sur des faits matériellement inexacts ;

- la décision du 27 février 2023 :

' est entachée d'incompétence ;

' repose sur la décision du 22 février 2023, elle-même illégale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2023, le département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2023, le département du Pas-de-Calais, représenté par Me Vergnon, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir :

Sur la mesure du 27 février 2023 portant prolongation de la procédure d'évaluation des risques de danger en accueil familial, que :

- les conclusions dirigées à leur encontre sont irrecevables, cet acte ne faisant pas grief ;

- ces conclusions sont devenus sans objet, la procédure ayant été prolongée jusqu'au 28 avril 2023 ;

Sur la décision du 22 février 2022 portant suspension d'agrément, que :

- l'urgence de l'affaire n'est pas caractérisée, eu égard à l'intérêt public qui s'attache à ce que la décision soit immédiatement exécutée dans l'intérêt des enfants accueillis et compte tenu de l'indemnité dont l'intéressée bénéficie ;

- aucun des moyens de la requête n'est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

Vu :

- la copie de la requête à fin d'annulation des décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Robbe, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 4 mai 2023 à 14h30, en présence de Mme Benkhedim, greffière, M. Robbe, juge des référés, a lu son rapport et entendu :

- Me Stienne-Duwez, représentant Mme B, qui reprend les conclusions et moyens de la requête, et déclare se désister de ses conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la décision du 27 février 2023 du président du conseil départemental du Nord en tant qu'elle prolonge de trois mois la procédure d'évaluation des risques de danger en accueil familial ;

- Me Laurent, substituant Me Vergnon, représentant le département du Pas-de-Calais, qui reprend les conclusions et arguments du mémoire en défense.

- et Mme A, représentant le département du Nord.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B bénéficie d'un agrément en qualité d'assistante familiale, d'abord pour l'accueil de trois enfants, puis d'un enfant supplémentaire depuis un arrêté du président du conseil départemental du Pas-de-Calais du 21 septembre 2021. Une procédure d'évaluation des risques de danger en accueil familial (dire ERDAF) a été ouverte à compter du

28 octobre 2022, pour une durée de trois mois devant ainsi s'achever le 27 janvier 2023. Dans le dernier état de ses conclusions énoncées lors de l'audience, Mme B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution, d'une part, de la décision du 22 février 2023 par laquelle le président du conseil départemental du Pas-de-Calais a suspendu son agrément d'assistante familiale pour une durée de quatre mois, et, d'autre part, de la décision du 27 février 2023 par laquelle le président du conseil départemental du Nord a réorienté en urgence les trois enfants en accueil chez elle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne le doute sérieux :

3. Aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel () est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside. () L'agrément est accordé () si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs () accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne () ". Aux termes de l'article L. 421-6 du même code : " () Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait. En cas d'urgence, le président du conseil départemental peut suspendre l'agrément. Tant que l'agrément reste suspendu, aucun enfant ne peut être confié. / Toute décision de retrait de l'agrément, de suspension de l'agrément ou de modification de son contenu doit être dûment motivée et transmise sans délai aux intéressés. () ". Aux termes de l'article L. 423-8 de ce code : " En cas de suspension de l'agrément, l'assistant maternel ou l'assistant familial relevant de la présente section est suspendu de ses fonctions par l'employeur pendant une période qui ne peut excéder quatre mois. Durant cette période, l'assistant maternel bénéficie d'une indemnité compensatrice qui ne peut être inférieure à un montant minimal fixé par décret. Durant la même période, l'assistant familial suspendu de ses fonctions bénéficie du maintien de sa rémunération, hors indemnités d'entretien et de fournitures ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe au président du conseil départemental de s'assurer que les conditions d'accueil chez l'assistant familial garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants accueillis et de procéder au retrait de l'agrément si ces conditions ne sont plus remplies. A cette fin, dans l'hypothèse où il est informé de suspicions de comportements susceptibles de compromettre la santé, la sécurité ou l'épanouissement d'un enfant, de la part du bénéficiaire de l'agrément ou de son entourage, il lui appartient de tenir compte de tous les éléments portés à la connaissance des services compétents du département ou recueillis par eux et de déterminer si ces éléments sont suffisamment établis pour lui permettre raisonnablement de penser que l'enfant est exposé à de tels comportements ou risque de l'être. Une mesure de suspension doit se fonder sur des éléments suffisamment précis et vraisemblables, permettant de suspecter que les conditions d'accueil garantissant la sécurité, la santé et l'épanouissement du ou des enfants accueillis ne sont plus remplies.

5. La décision du 22 février 2023 est fondée sur une suspicion de faits de maltraitance qui auraient été commis par l'intéressée sur les enfants qu'elle accueille et ayant fait l'objet d'un signalement auprès de l'autorité judiciaire. Mme B conteste formellement ces faits, sur lesquels le département du Pas-de-Calais, en dépit d'une demande en sens faite exprimée lors de l'audience publique, n'entend donner aucune précision, et à propos desquels il ne produit aucun élément de preuve, l'existence d'un signalement ne pouvant suffire à cet égard. Le moyen tiré de ce que le motif de cette décision est matériellement inexact est ainsi propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de cette décision, et, par conséquent, de la décision du 27 février 2023, fondée sur le même motif.

En ce qui concerne l'urgence :

6. Il appartient au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative d'une demande tendant à la suspension d'une décision administrative, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de cette décision sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence, qui doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. L'office du juge des référés, saisi de conclusions à fin de suspension, le conduit à porter sur l'urgence une appréciation objective, concrète et globale, au vu de l'ensemble des intérêts en présence, afin de déterminer si, dans les circonstances particulières de chaque affaire, il y a lieu d'ordonner une mesure conservatoire à effet provisoire dans l'attente du jugement au fond de la requête à fin d'annulation de la décision contestée.

7. Les décisions en litige privent provisoirement Mme B de son emploi, entrainant ainsi pour elle de graves répercussions sociales et morales. Si le département du Pas-de-Calais invoque l'intérêt public qui s'attacherait à ce que la décision de suspension d'agrément soit immédiatement exécutée dans l'intérêt des enfants gardés par Mme B, il ne résulte pas de l'instruction que la sécurité, la santé et l'épanouissement de ces enfants ne seraient pas garantis, en l'absence, ainsi qu'il a été indiqué au point 5, de tout élément probant à cet égard. Si le départent du Pas-de-Calais fait également valoir que Mme B bénéfice, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 423-8 du code de l'action sociale et des familles, d'une indemnité compensatrice, le montant mensuel de cette dernière, soit environ 1 300 euros, alors que Mme B percevait environ 5 200 euros, ne suffit pas à couvrir ses charges fixes. Ces décisions entrainent donc également de graves répercussion financières. Ainsi, et sans qu'y fasse obstacle la circonstance que la demande en référé n'a pas été introduite immédiatement après la notification des décisions en litige, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

8. Les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant satisfaites, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution des décisions en litige jusqu'à ce que le tribunal ait statué sur la requête tendant à son annulation.

Sur les frais du litige :

9. D'une part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre respectivement à la charge du département du Pas-de-Calais et du département du Nord, parties perdantes dans la présente instance, le versement d'une somme de 800 euros, chacun, au titre des frais que la requérante a exposés dans la présente instance. D'autre part, ces mêmes dispositions font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de Mme B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le département du Pas-de-Calais demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 22 février 2023 du président du conseil départemental du Pas-de-Calais et de la décision du 27 février 2023 du président du conseil départemental du Nord est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : Le département du Pas-de-Calais et le département du Nord verseront, chacun, à Mme B la somme de 800 (huit cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par le département du Pas-de-Calais au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B, au département du Pas-de-Calais et au département du Nord.

Fait à Lille, le 25 mai 2023.

Le juge des référés,

Signé

J. ROBBE

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais et au préfet du Nord chacun en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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