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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2304117

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2304117

mardi 13 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2304117
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantDELGORGUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 mai 2023, et un mémoire, enregistré le 22 mai 2023, la société Nautilus, représentée par Me Mas, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté du 18 avril 2023 par lequel la maire de Lille a interdit, sur certaines voies, la circulation des véhicules dont le tonnage est supérieur à 3,5 tonnes, à l'exception des véhicules de collecte d'ordures ménagères et de tri sélectif, des véhicules des services municipaux, de police, de gendarmerie, de secours, et des véhicules bénéficiant d'autorisations particulières délivrés par la commune ;

2°) d'enjoindre à la commune de Lille de procéder à l'enlèvement de toute signalisation éventuellement implantée en exécution de cet arrêté, dans le délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 250 euros par jour de retard ;

3°) d'ordonner la publication de l'ordonnance à intervenir dans le journal La Voix du Nord, dans le délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 250 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Lille le versement d'une somme de 4 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient :

Sur l'intérêt à agir, que :

- elle dispose d'un tel intérêt dès lors qu'elle est tenue, en qualité de propriétaire de l'ensemble immobilier et à l'égard des preneurs à bail, à une obligation de délivrance devant assurer une jouissance paisible, alors que l'arrêté en litige fait obstacle à l'exploitation de cet ensemble par ces preneurs à bail ;

Sur l'urgence, que :

- l'impossibilité dans laquelle se trouvent les preneurs à bail de poursuivre leur activité porte une atteinte grave et immédiate à leurs intérêts et, par ricochet, aux siens en qualité de propriétaire leur ayant consenti à chacun un bail commercial ;

Sur le doute sérieux, que :

- l'arrêté en litige, qui n'est pas justifié par la nécessité de prévenir un trouble à la sécurité ou la tranquillité publique, porte une atteinte disproportionnée à la liberté du commerce et de l'industrie.

Par un mémoire en défense, enregistré 19 mai 2023, la commune de Lille, représentée par Me Delgorgue, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la société Nautilus.

Elle fait valoir que :

- la société requérante ne justifie pas d'un intérêt à agir suffisant à l'encontre de l'arrêté en litige ;

- l'urgence de l'affaire n'est pas caractérisée ;

- aucun des moyens de la requête n'est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

Vu :

- la copie de la requête à fin d'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Robbe, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 22 mai 2023 à 10h30, en présence de M. Potet, greffier, M. Robbe, juge des référés, a lu son rapport et entendu :

- Me Calmels, substituant Me Mas, représentant la société Nautilus ;

- et Me Delgorgue, représentant la commune de Lille.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté 18 avril 2023, le maire de Lille a interdit, sur certaines voies, la circulation des véhicules dont le tonnage est supérieur à 3,5 tonnes, à l'exception des véhicules de collecte d'ordures ménagères et de tri sélectif, des véhicules des services municipaux, de police, de gendarmerie, de secours, et des véhicules bénéficiant d'autorisations particulières délivrés par la commune. La société Nautilus demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Il appartient au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative d'une demande tendant à la suspension d'une décision administrative, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de cette décision sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence, qui doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. L'office du juge des référés, saisi de conclusions à fin de suspension, le conduit à porter sur l'urgence une appréciation objective, concrète et globale, au vu de l'ensemble des intérêts en présence, afin de déterminer si, dans les circonstances particulières de chaque affaire, il y a lieu d'ordonner une mesure conservatoire à effet provisoire dans l'attente du jugement au fond de la requête à fin d'annulation de la décision contestée.

4. La société civile immobilière Nautilus est propriétaire de l'ensemble immobilier, affecté à usage d'entrepôt et de bureau, situé pour partie rue Louis Braille à Mons-en-Barœul, et pour l'autre rue Gutenberg à Lille. Pour justifier de l'urgence qui s'attache, selon elle, à suspendre l'exécution de l'acte contesté, la société Nautilus soutient que les sociétés à qui elle a consenti des baux commerciaux sur cet ensemble ne pourront plus y exercer leur activité dès lors que l'interdiction de circuler sur la rue César Franck rend impossible toute sortie des poids-lourds, y compris au niveau de la rue Louis Braille. Cependant, cette impossibilité alléguée, qui affecterait directement l'activité des preneurs à bail, ne porte, dans cette mesure, aucune atteinte immédiate à la situation de la société Nautilus, qui n'exerce pas d'activité industrielle ou commerciale sur le site. La requérante, qui n'a pas qualité pour défendre les intérêts des preneurs à bail, soutient également que son activité de location de cet ensemble immobilier pourrait être compromise, dès lors qu'en sa qualité de bailleur, elle est tenue à certaines obligations, dont celle de fournir un bien conforme à la destination prévue au bail. Cependant, le risque invoqué que ces preneurs à bail cessent, compte tenu de l'impossibilité de faire circuler leurs poids-lourds, de verser à la société Nautilus le loyer dû présente, en l'état de l'instruction, un caractère purement éventuel. Pour la même raison, l'atteinte au droit de propriété également alléguée ne présente pas, non plus, le caractère d'immédiateté exigé pour caractériser l'urgence au sens des dispositions ci-dessus reproduites de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense, et sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition tenant à l'urgence est remplie, qu'il y a lieu de rejeter la requête, y compris les conclusions tendant au prononcé d'une injonction.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Lille, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme réclamée au titre des frais du procès par la société Nautilus. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Nautilus une somme de 1 000 euros à verser à la commune de Lille, au titre de ces mêmes dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la société Nautilus est rejetée

Article 2 : la société Nautilus versera à la commune de Lille la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Nautilus et à la commune de Lille.

Fait à Lille, le 13 juin 2023.

Le juge des référés,

Signé

J. ROBBE

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2304117

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