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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2305103

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2305103

jeudi 8 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2305103
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formationjuge unique (5)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille, statuant en juge unique, a examiné la demande de M. B... visant à obtenir une remise gracieuse totale d’un indu d’aide personnalisée au logement (APL) de 439 euros, après que la CAF du Nord ne lui a accordé qu’une remise partielle de 50 %. Le tribunal a écarté l’exception de non-lieu à statuer soulevée par la CAF, le solde de la dette étant soldé, et a rappelé qu’il lui appartient d’apprécier la situation de précarité et la bonne foi du requérant à la date de sa décision. En l’espèce, il a constaté que l’indu résultait d’un changement de situation professionnelle du fils de M. B..., sans manœuvre frauduleuse, et que le quotient familial du requérant était faible. Par conséquent, le tribunal a accordé à M. B... la remise gracieuse totale du solde restant de 219,50 euros, en application des articles L. 553-2 du code de la sécurité sociale et L. 823-9 du code de la construction et de l’habitation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 juin 2023, M. A... B... doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 9 mai 2025 de la directrice de la caisse d’allocations familiales du Nord en tant qu’elle ne lui a accordé qu’une remise partielle de son indu d’aide personnalisée au logement ;

2°) de lui accorder la remise gracieuse totale de cette dette.

Il soutient qu’il se trouve dans une situation de précarité financière qui ne lui permet pas de s’acquitter du montant dont il demeure débiteur.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juillet 2023, la caisse d’allocations familiales du Nord conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :
- une remise partielle a été accordée à M. B... en considération du motif de l’indu, des conditions de sa détection et de son quotient familial ;
- en tout état de cause, l’indu est, à ce jour, intégralement soldé.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Beaucourt, conseillère, pour statuer sur le litige en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Beaucourt, conseillère, a été entendu au cours de l’audience publique à l’issue de laquelle la clôture de l’instruction a été prononcée, en application de l’article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

La caisse d’allocations familiales du Nord a actualisé le droit de M. B... à l’aide personnalisée au logement à la suite de la demande de prime d’activité réalisée par son fils. Cette régularisation a entraîné un trop-perçu de 439 euros pour la période comprise entre les mois de novembre 2022 à janvier 2023, notifié par une décision du 20 mars 2023. Par une décision du 9 mai 2023 de la directrice de la caisse d’allocations familiales du Nord, une remise gracieuse de cette dette a été partiellement accordée à M. B..., sur sa demande, à hauteur de 50% du montant de l’indu, laissant à sa charge un solde de 219,50 euros. Par la présente requête, l’intéressé doit être regardé comme demandant l’annulation de cette décision en tant qu’elle ne lui accorde qu’une remise partielle de sa dette ainsi que la remise gracieuse du montant dont il demeure débiteur.

Sur l’exception de non-lieu à statuer :

Si la caisse d’allocations familiales du Nord indique dans ses écritures en défense que l’indu en litige est « à ce jour » soldé, une telle circonstance n’est toutefois pas de nature à priver le présent recours de son objet. Il s’ensuit que l’exception de non-lieu à statuer, à la supposer même soulevée par la caisse d’allocations familiales du Nord, doit être écartée.

Sur la demande de remise gracieuse :

Aux termes de l’article L. 821-1 du code de la construction et de l’habitation : « (…) Les aides personnelles au logement comprennent : / 1° L’aide personnalisée au logement (…) ». L’article L. 822-5 de ce code dispose que : « Les aides personnelles au logement ne sont dues qu’aux personnes payant un minimum de loyer, compte tenu de leurs ressources et de la valeur en capital de leur patrimoine, lorsque cette valeur est supérieure à un montant fixé par voie réglementaire (…) ». Par ailleurs, aux termes l’article L. 553-2 du code de la sécurité sociale, applicable au recouvrement d’indu d’aide personnelle au logement en vertu de l’article L. 823-9 du code de la construction et de l’habitation : « Tout paiement indu de prestations familiales est récupéré, sous réserve que l'allocataire n'en conteste pas le caractère indu, par retenues sur les prestations à venir ou par remboursement intégral de la dette en un seul versement si l'allocataire opte pour cette solution. (…) ». En vertu du cinquième alinéa de ce même article, la créance de l’organisme peut toutefois être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausse déclaration.
Lorsqu’il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d’un indu d’aide personnelle au logement, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu’à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d’examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d’être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l’une et l’autre parties à la date de sa propre décision. En particulier, lorsqu’il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d’un indu d’aide personnelle au logement, il appartient au juge administratif de rechercher si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise.

D’une part, il résulte des explications produites par la caisse d’allocations familiales en défense que l’indu en litige provient de la constatation, à la suite d’une demande de prime d’activité formée par le fils de M. B..., d’une modification de la situation professionnelle de ce dernier lequel n’est plus considéré comme étant à la charge du requérant au sens des prestations familiales.

D’autre part, le quotient familial actualisé du requérant pour le mois de septembre 2025, transmis par l’organisme payeur à la suite de la mesure d’instruction diligentée par le tribunal, s’élève à 651 euros. En l’absence d’éléments produits par M. B... en réponse à cette même mesure, l’intéressé, dont la bonne foi n’est pas remise en cause en l’espèce, n’établit pas se trouver, à la date du présent jugement, dans situation de précarité financière telle qu’il ne pourrait, sans compromettre durablement l’équilibre de son budget ou menacer la satisfaction des besoins élémentaires de son foyer, s’acquitter du solde d’aide personnelle au logement laissé à sa charge.

Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation et de remise gracieuse de la requête doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et à la caisse d’allocations familiales du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 janvier 2026.


La magistrate désignée,
Signé
P. Beaucourt
La greffière,
Signé
O. Monget


La République mande et ordonne au ministre de la ville et du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,
La greffière,

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