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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2305692

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2305692

mercredi 2 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2305692
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantDELSOL AVOCATS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une décision du 15 mai 2023, le Conseil d'Etat statuant au contentieux a transmis au tribunal administratif de Lille la requête présentée par l'association Fédération départementale des associations ADMR du Nord (ADMR Nord).

Par cette requête et un mémoire, enregistrés le 18 juillet 2022 et le 6 mai 2024 sous le numéro 2305692, l'association Fédération départementale des associations ADMR du Nord (ADMR Nord), représentée par la SELARL Delsol avocats, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la délibération du 22 mars 2022 par laquelle la commission permanente du conseil départemental du Nord a alloué aux services d'aide et d'accompagnement à domicile (SAAD) un financement d'un montant global de 2 936 703,70 euros d'allocation personnalisée d'autonomie (APA) et de 1 112 448,03 euros de prestation de compensation du handicap (PCH) au titre de la compensation financière de la perte d'activité liée à la pandémie de COVID-19 et a autorisé le président du conseil départemental à signer avec eux des conventions relatives à l'attribution de ces dotations ou avenants à ces conventions et, dans ce cadre, lui a accordé la somme de 43 713 euros ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental du Nord d'inscrire à l'ordre du jour de la prochaine séance de la commission permanente le versement, à titre principal, d'un financement à hauteur de 439 301,65 euros en ce qui la concerne, dont 380 343,17 euros au titre de l'APA et 58 957,91 euros au titre de la PCH, ou à titre subsidiaire, une somme complémentaire de 395 588,65 euros en ce qui la concerne, dont 340 572,17 euros au titre de l'APA et 55 015,91 euros au titre de la PCH, portant ainsi le montant total des sommes allouées aux SAAD du département à la somme de 4 444 740,43 euros, dont 3 277 275,90 euros au titre de l'APA et 1 167 463,90 euros au titre de la PCH ;

3°) à défaut de séance de la commission départementale dans un délai de quinze jours, d'enjoindre au président du conseil départemental de convoquer cette commission dans un tel délai ;

4°) de mettre à la charge du département du Nord une somme de 8 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le département du Nord n'avait pas compétence pour fixer des critères de financement des SAAD dans sa délibération du 22 novembre 2021, contestée par ailleurs, ainsi que pour la période du 1er juillet 2020 au 1er juin 2021 ;

- la délibération attaquée est entachée d'une erreur de droit, dès lors que la réglementation sur le dispositif de compensation de la sous-activité subie pendant l'épidémie de COVID-19 par les SAAD part du postulat que cette sous-activité est liée à cette affection, sans condition de preuve de l'état de santé des salariés ou des usagers atteints du COVID-19 ;

- la délibération attaquée méconnaît les dispositions prévues par l'ordonnance du 25 mars 2020, celle du 9 décembre 2020 et les décrets des 29 juin 2020 et du 2 avril 2021, dès lors qu'elle subissait effectivement une perte d'activité à cette période en lien avec le contexte sanitaire de la pandémie de COVID-19, qui n'est pas uniquement liée à des usagers symptomatiques ou positifs à cette affection, que la clause de la convention relative à la période de mars 2020 à juin 2020 mentionnant une reprise d'activité effective dès juillet 2020, invoquée par le département du Nord, qui fait partie d'un contrat d'adhésion non spécifique à l'association requérante, est abusive et a été consentie sous la contrainte, et que les critères utilisés par le département du Nord, outre qu'ils sont illégaux pour incompétence et méconnaissance des dispositions des ordonnances et décrets, méconnaissent le secret médical, et ne peuvent matériellement être mis en œuvre dès lors qu'il n'est pas possible de déterminer la part de la baisse d'activité liée à la crise sanitaire et celle qui lui est étrangère ;

- le nombre de cas symptomatiques ou positifs au COVID-19 retenu par le département du Nord est erroné et n'est pas justifié ; les questionnaires qui lui ont été adressés avaient été présentés comme un indicateur de l'évolution de la situation sanitaire, non comme un élément de calcul de la sous-activité résultant du covid-19 ;

- le mode de calcul de la dotation n'est pas précisé, et l'allégation du département selon laquelle une majoration de 15 % aurait été appliquée au coût moyen du plan d'aide hebdomadaire en 2019 afin de tenir compte de l'inflation, avancée pour la première fois au contentieux, ne permet pas d'expliquer la somme retenue ; en outre, cet élément est absent des ordonnances et décrets précités ;

- dans les faits, depuis 2017, elle n'est pas habilitée à l'aide sociale mais est autorisée à intervenir auprès des bénéficiaires de l'APA et de la PCH, prestations en nature constituant un mode de tiers-payant, de sorte qu'elle n'est pas soumise à tarification ; en prévoyant, dans les conventions, une possibilité de récupération des financements alloués, le département regarde l'association comme un SAAD non tarifé ;

- la compensation financière de la perte d'activité dans le cadre de la pandémie de COVID-19 ne présente pas de caractère subsidiaire, et le dispositif de chômage partiel n'était pas adapté à l'activité des SAAD, de sorte qu'elle ne pouvait recourir davantage à ce dispositif ;

- le département du Nord reste redevable à son égard d'une somme de 395 588,65 euros au titre de la compensation de la sous-activité pour la période du 1er juillet 2020 au 31 mai 2021, dont 340 572,17 euros au titre de l'APA et 55 015,91 euros au titre de la PCH ; la perte n'est pas contestable puisque attestée par un expert-comptable ;

- la signature d'une convention avec le département pour les mois de mars 2020 à juin 2020, dans un contexte contraignant de dépendance économique, ne fait pas obstacle à ce qu'elle sollicite le paiement des sommes qu'elle estime lui être dues pour la période postérieure ; il ne peut donc lui être opposé le fait qu'elle avait accepté que les mesures de maintien de trésorerie prennent fin au 30 juin 2020.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2024, le département du Nord, représenté par Me Lefevre, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 400 euros soit mise à la charge de la Fédération départementale des associations ADMR au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les conclusions tendant à ce qu'il lui soit enjoint d'inscrire à l'ordre du jour d'une prochaine commission permanente la fixation d'une somme de 439 301,65 euros à titre principal, ou de 395 588,65 euros à titre subsidiaire, au bénéfice de la Fédération départementale des associations ADMR sont irrecevables dès lors qu'elles outrepassent les pouvoirs du juge de l'excès de pouvoir ;

- les moyens tirés de l'illégalité de la délibération du 22 novembre 2021 doivent être écartés dès lors qu'elle n'est plus recevable à contester la légalité de cette délibération ;

- les autres moyens soulevés par la Fédération départementale des associations ADMR ne sont pas fondés.

II. Par une décision du 15 mai 2023, le Conseil d'Etat statuant au contentieux a transmis au tribunal administratif de Lille la requête présentée par l'Association de soins et services à domicile (ASSAD) de Dunkerque.

Par cette requête et un mémoire, enregistrés le 20 juillet 2022 et le 6 mai 2024 sous le numéro 2305695, l'Association de soins et services à domicile (ASSAD), représentée par la SELARL Delsol avocats, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la délibération du 22 mars 2022 par laquelle la commission permanente du conseil départemental du Nord a alloué aux services d'aide et d'accompagnement à domicile (SAAD) un financement d'un montant global de 2 936 703,70 euros d'allocation personnalisée d'autonomie (APA) et de 1 112 448,03 euros de prestation de compensation du handicap (PCH) au titre de la compensation financière de la perte d'activité liée à la pandémie de COVID-19 et a autorisé le président du conseil départemental à signer avec eux des conventions relatives à l'attribution de ces dotations ou avenants à ces conventions et, dans ce cadre, lui a accordé la somme de 37 518,44 euros ;

2°) d'enjoindre au département du Nord d'inscrire à l'ordre du jour de la prochaine séance de la commission permanente le versement, à titre principal, d'un financement à hauteur de 161 745 euros en ce qui la concerne, dont 75 464 euros au titre de l'APA et 86 281 euros au titre de la PCH, ou à titre subsidiaire, une somme complémentaire de 124 226,56 euros, dont 46 367,20 euros au titre de l'APA et 77 859,36 euros au titre de la PCH, portant ainsi le montant total des sommes allouées aux SAAD du département à la somme de 4 173 378,29 euros, dont 3 012 167,70 euros au titre de l'APA et 1 198 729,03 euros au titre de la PCH ;

3°) à défaut de séance de la commission départementale dans un délai de quinze jours, d'enjoindre le président du conseil départemental de convoquer cette commission dans un tel délai ;

4°) de mettre à la charge du département du Nord une somme de 9 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le département du Nord n'avait pas compétence pour fixer des critères de financement des SAAD dans sa délibération du 22 novembre 2021, contestée par ailleurs, ainsi que pour la période du 1er juillet 2020 au 1er juin 2021 ;

- les critères utilisés par le département du Nord pour la détermination des financements complémentaires accordés par la délibération attaquée ne sont pas mentionnés et ne correspondent pas à ceux prévus par l'ordonnance du 25 mars 2020, celle du 9 décembre 2020 et les décrets des 29 juin 2020 et du 2 avril 2021 ;

- la délibération attaquée est entachée d'une erreur de droit, dès lors que la réglementation sur le dispositif de compensation de la sous-activité subie pendant l'épidémie de COVID-19 par les SAAD part du postulat que cette sous-activité est liée à cette affection, sans condition de preuve de l'état de santé des salariés ou des usagers atteints du COVID-19, et sans qu'il soit nécessaire de soustraire une supposée baisse d'activité constatée en 2018 ou 2019 ; les modalités de calcul les plus favorables, concernant la période de référence, doivent lui être appliquées ;

- la délibération attaquée méconnaît les dispositions prévues par l'ordonnance du 25 mars 2020, celle du 9 décembre 2020 et les décrets des 29 juin 2020 et du 2 avril 2021, dès lors qu'elle subissait effectivement une perte d'activité à cette période en lien avec le contexte sanitaire de la pandémie de COVID-19, qui n'est pas uniquement liée à des usagers symptomatiques ou positifs à cette affection, et que les critères utilisés par le département du Nord, outre qu'ils sont illégaux pour incompétence et méconnaissance des dispositions des ordonnances et décrets, méconnaissent le secret médical, et ne peuvent matériellement être mis en œuvre dès lors qu'il n'est pas possible de déterminer la part de la baisse d'activité liée à la crise sanitaire et celle qui lui est étrangère ;

- le département du Nord lui est redevable d'une somme de 161 745 euros, au titre de la compensation de la sous-activité pour la période du 1er juillet 2020 au 31 mai 2021, dont 75 464 euros au titre de l'APA et 86 281 euros au titre de la PCH ; la perte n'est pas contestable puisque attestée par un expert-comptable ;

- la signature d'une convention avec le département pour les mois de mars 2020 à juin 2020, dans un contexte contraignant de dépendance économique, ne fait pas obstacle à ce qu'elle sollicite le paiement des sommes qu'elle estime lui être dues pour la période postérieure ; il ne peut donc lui être opposé le fait qu'elle avait accepté que les mesures de maintien de trésorerie prennent fin au 30 juin 2020.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2024, le département du Nord, représenté par Me Lefevre, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 400 euros soit mise à la charge de l'Association de soins et services à domicile (ASSAD) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les conclusions tendant à ce qu'il lui soit enjoint d'inscrire à l'ordre du jour d'une prochaine commission permanente la fixation d'une somme de 161 745 euros à titre principal, ou de 124 226,56 euros à titre subsidiaire, au bénéfice de l'Association de soins et services à domicile (ASSAD) sont irrecevables dès lors qu'elles outrepassent les pouvoirs du juge de l'excès de pouvoir ;

- les autres moyens soulevés par l'Association de soins et services à domicile (ASSAD) ne sont pas fondés.

III. Par une décision du 15 mai 2023, le Conseil d'Etat statuant au contentieux a transmis au tribunal administratif de Lille la requête présentée par l'association d'aide à domicile en activités regroupées - ADAR Flandre-Métropole.

Par cette requête et un mémoire, enregistrés le 8 août 2022 et le 7 mai 2024 sous le numéro 2305696, l'association d'aide à domicile en activités regroupées - ADAR Flandre-Métropole, représenté par la SELARL Delsol avocats, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la délibération du 22 mars 2022 par laquelle la commission permanente du conseil départemental du Nord a alloué aux services d'aide et d'accompagnement à domicile (SAAD) un financement d'un montant global de 2 936 703,70 euros d'allocation personnalisée d'autonomie (APA) et un financement d'un montant global de 1 112 448,03 euros de prestation de compensation du handicap (PCH) au titre de la compensation financière de la perte d'activité liée à la pandémie de COVID-19 et a autorisé le président du conseil départemental à signer avec eux des conventions relatives à l'attribution de ces dotations ou avenants à ces conventions et, dans ce cadre, lui a accordé la somme de 11 455,64 euros ;

2°) d'enjoindre au département du Nord d'inscrire à l'ordre du jour de la prochaine séance de la commission permanente le versement à titre principal d'un financement à hauteur de 479 578,64 euros en ce qui la concerne, dont 476 736,70 euros au titre de l'APA et 2 841,94 euros au titre de la PCH, ou à titre subsidiaire, une somme complémentaire de 465 281,06 euros en ce qui la concerne au titre de l'APA, portant ainsi le montant total des sommes allouées aux SAAD du département à la somme de 4 514 432 euros, dont 3 742 557 euros au titre de l'APA et 1 167 463,90 euros au titre de la PCH ;

3°) à défaut de séance de la commission départementale dans un délai de quinze jours, d'enjoindre le président du conseil départemental de convoquer cette commission dans un tel délai ;

4°) de mettre à la charge du département du Nord une somme de 8 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le département du Nord n'avait pas compétence pour fixer des critères de financement des SAAD dans sa délibération du 22 novembre 2021, contestée par ailleurs, ainsi que pour la période du 1er juillet 2020 au 1er juin 2021 ;

- les critères utilisés par le département du Nord pour la détermination des financements complémentaires accordés par la délibération attaquée ne sont pas mentionnés et ne correspondent pas à ceux prévus par l'ordonnance du 25 mars 2020, celle du 9 décembre 2020 et les décrets des 29 juin 2020 et du 2 avril 2021 ;

- la délibération attaquée est entachée d'une erreur de droit, dès lors que la réglementation sur le dispositif de compensation de la sous-activité subie pendant l'épidémie de COVID-19 par les SAAD part du postulat que cette sous-activité est liée à cette affection, sans condition de preuve de l'état de santé des salariés ou des usagers atteints du COVID-19, et sans qu'il soit nécessaire de soustraire une supposée baisse d'activité constatée en 2018 ou 2019 ; les modalités de calcul les plus favorables, concernant la période de référence, doivent lui être appliquées ;

- la délibération attaquée méconnaît les dispositions prévues par l'ordonnance du 25 mars 2020, celle du 9 décembre 2020 et les décrets des 29 juin 2020 et du 2 avril 2021, dès lors qu'elle subissait effectivement une perte d'activité à cette période en lien avec le contexte sanitaire de la pandémie de COVID-19, qui n'est pas uniquement liée à des usagers symptomatiques ou positifs à cette affection, et que les critères utilisés par le département du Nord, outre qu'ils sont illégaux pour incompétence et méconnaissance des dispositions des ordonnances et décrets, méconnaissent le secret médical, et ne peuvent matériellement être mis en œuvre, dès lors qu'il n'est pas possible de déterminer la part de la baisse d'activité liée à la crise sanitaire et celle qui lui est étrangère ;

- la compensation financière de la perte d'activité dans le cadre de la pandémie de COVID-19 ne présente pas de caractère subsidiaire, et le dispositif de chômage partiel n'était pas adapté à l'activité des SAAD, de sorte qu'elle ne pouvait recourir davantage à ce dispositif ;

- le département du Nord lui est redevable d'une somme de 479 578, 64 euros au titre de la compensation de la sous-activité pour la période du 1er juillet 2020 au 31 mai 2021, dont 476 736,70 euros au titre de l'APA et 2 841,94 euros au titre de la PCH ; la perte n'est pas contestable puisque attestée par un expert-comptable ;

- le département du Nord l'a traitée comme un SAAD non tarifé et elle a perçu l'APA et la PCH, prestations en nature constituant un mode de tiers-payant, de sorte qu'elle n'est pas soumise à tarification ;

- la signature d'une convention avec le département pour les mois de mars 2020 à juin 2020, dans un contexte contraignant de dépendance économique, ne fait pas obstacle à ce qu'elle sollicite le paiement des sommes qu'elle estime lui être dues pour la période postérieure ; il ne peut donc lui être opposé le fait qu'elle avait accepté que les mesures de maintien de trésorerie prennent fin au 30 juin 2020.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2024, le département du Nord, représenté par Me Lefevre, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 400 euros soit mise à la charge de l'association d'aide à domicile en activités regroupées - ADAR Flandre-Métropole.

Il soutient que :

- les conclusions tendant à ce qu'il lui soit enjoint d'inscrire à l'ordre du jour d'une prochaine commission permanente la fixation d'une somme de 479 578,64 euros à titre principal, ou de 465 281,06 euros à titre subsidiaire, au bénéfice de l'association d'aide à domicile en activités regroupées - ADAR Flandre-Métropole sont irrecevables dès lors qu'elles outrepassent les pouvoirs du juge de l'excès de pouvoir ;

- les autres moyens soulevés par l'association d'aide à domicile en activités regroupées - ADAR Flandre-Métropole ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- l'ordonnance n° 2020-313 du 25 mars 2020 ;

- l'ordonnance n° 2020-346 du 27 mars 2020 ;

- l'ordonnance n° 2020-1553 du 9 décembre 2020 ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le décret n° 2020-822 du 29 juin 2020 ;

- le décret n° 2021-392 du 2 avril 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Fougères,

- les conclusions de Mme Bruneau, rapporteure publique,

- et les observations de Me Doulain, substituant Me Lefevre, représentant le département du Nord.

Considérant ce qui suit :

1. Afin de soutenir les services d'aide et d'accompagnement à domicile (SAAD) durant la période de crise sanitaire due à l'épidémie de Covid-19, le conseil départemental du Nord a, par une délibération du 16 novembre 2020, décidé le versement d'une dotation pour couvrir la perte d'activité constatée entre les mois de mars et juin 2020. Par une délibération du 22 novembre 2021, il a décidé le versement d'une deuxième dotation pour la période du 17 octobre 2020 au 1er juin 2021. Constatant que la dotation versée ne permettait pas de couvrir en totalité la baisse d'activité, la commission permanente du conseil départemental du Nord a, par une délibération du 22 mars 2022, accordé aux services d'aide et d'accompagnement à domicile (SAAD) un financement complémentaire d'un montant global de 2 936 703,70 euros d'allocation personnalisée d'autonomie (APA) et de 1 112 448,03 euros de prestation de compensation du handicap (PCH) au titre de la compensation financière de la perte d'activité liée à la pandémie de COVID-19 et a autorisé le président du conseil départemental à signer avec eux des conventions relatives à l'attribution de ces dotations ou avenants à ces conventions. Cette même délibération a réparti le montant de la dotation entre 171 SAAD, qu'ils aient déjà reçus une dotation par la délibération précédente ou non. Estimant insuffisantes les compensations reçues, l'association Fédération départementale des associations ADMR du Nord (ADMR Nord), l'Association de soins et services à domicile (ASSAD) de Dunkerque et l'association d'aide à domicile en activités regroupées - ADAR Flandre-Métropole (ADAR Flandre-Métropole) ont chacune présenté un recours gracieux rejeté implicitement. Par les présentes requêtes, elles demandent chacune au tribunal d'annuler la délibération de la commission permanente du conseil départemental du Nord du 22 mars 2022.

2. Les requêtes susvisées n° 2305692, n° 2305695 et n° 2305696, présentées par l'ADMR Nord, l'ASSAD et l'ADAR Flandre-Métropole, concernent une même délibération. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

3. L'article L. 312-1 du code de l'action sociale et des familles dispose : " I.- Sont des établissements et services sociaux et médico-sociaux, au sens du présent code, les établissements et les services, dotés ou non d'une personnalité morale propre, énumérés ci-après : / () / 6° Les établissements et les services qui accueillent des personnes âgées ou qui leur apportent à domicile une assistance dans les actes quotidiens de la vie, des prestations de soins ou une aide à l'insertion sociale ; / () ".

4. Aux termes du IV de l'article 1er de l'ordonnance du 25 mars 2020 relative aux adaptations des règles d'organisation et de fonctionnement des établissements sociaux et médico-sociaux, dont le contenu a été repris par le IV de l'article 7 de l'ordonnance du 9 décembre 2020 : " En cas de sous-activité ou de fermeture temporaire résultant de l'épidémie de covid-19, le niveau de financement des établissements et services mentionnés au I de l'article L. 312-1 du code de l'action sociale et des familles ainsi que des lieux de vie et d'accueil mentionnés au III du même article n'est pas modifié. Pour la partie de financement des établissements et services sociaux et médico-sociaux mentionnés au I du même article L. 312-1 qui ne relève pas de dotation ou de forfait global, la facturation est établie à terme mensuel échu sur la base de l'activité qui aurait prévalu en l'absence de sous-activité ou de fermeture temporaire résultant de l'épidémie de covid-19. / La partie de l'allocation mentionnée à l'article L. 232-3 du code de l'action sociale et des familles et de la prestation mentionnée à l'article L. 245-6 du même code affectées à la rémunération d'un service d'aide et d'accompagnement à domicile est versée par le département aux bénéficiaires ou aux services d'aide et d'accompagnement à domicile sur la base des plans d'aide établis antérieurement à l'état d'urgence sanitaire déclaré par l'article 4 de la loi du 23 mars 2020 susvisée, selon des modalités et conditions définies par décret. / () / Par dérogation aux dispositions des articles L. 313-12 IV ter, L. 313-12-2 et L. 314-2 du même code, il n'est pas procédé en 2021 à la modulation des financements en fonction de l'activité constatée en 2020. / () ". Il résulte des dispositions de l'article 2 de l'ordonnance du 25 mars 2020 précitée et du V de l'article 7 de l'ordonnance du 9 décembre 2020 que ce dispositif était applicable du 12 mars 2020 jusqu'à la fin de l'état d'urgence sanitaire, soit le 1er juin 2021.

5. En vertu de l'article 1er des décrets du 29 juin 2020 et du 2 avril 2021 précisant les modalités de financement des services d'aide et d'accompagnement à domicile dans le cadre de l'épidémie de covid-19 : " () le montant des financements versés aux services d'aide et d'accompagnement à domicile par les présidents des conseils départementaux correspond : / 1° Au maintien de la dotation prévisionnelle versée par douzième sur la base du dernier budget arrêté sans qu'il soit tenu compte de la sous-activité pour les services d'aide et d'accompagnement à domicile financés par dotation globale en application de l'article R. 314-135 du code de l'action sociale et des familles dans le cadre d'une convention ou d'un contrat pluriannuel d'objectifs et de moyens ; / 2° Au versement par douzième à terme mensuel échu sur la base de l'activité prévisionnelle validée par le président du conseil départemental pour les services d'aide et d'accompagnement à domicile financés en tarifs horaires en application des articles R. 314-130 à R. 314-134 du code de l'action sociale et des familles. / II. - Pour les services d'aide et d'accompagnement à domicile ayant conclu un contrat pluriannuel d'objectifs et de moyens mentionné à l'article L. 313-11-1 du code de l'action sociale et des familles, le montant des financements versés aux services d'aide et d'accompagnement à domicile par les présidents des conseils départementaux correspond au maintien des financements sur la base de l'activité prévue au contrat, sans qu'il soit tenu compte de la sous-activité et notamment des mécanismes d'ajustements à la baisse prévus par le contrat. / III. - Pour les services d'aide et d'accompagnement à domicile mentionnés à l'article L. 313-1-2 du code de l'action sociale et des familles qui n'auraient pas conclu le contrat pluriannuel d'objectifs et de moyens mentionné à l'article L. 313-11-1 du même code, l'activité prévisionnelle dont il est tenu compte pour le calcul des financements correspond : / - au nombre moyen d'heures mensuelles réalisées auprès de bénéficiaires de l'allocation personnalisée d'autonomie et de la prestation de compensation du handicap dans le cadre de la mise en œuvre de leur plan d'aide ou de leur plan de compensation sur l'année 2019 ; / - au nombre moyen d'heures réalisées auprès de ces mêmes bénéficiaires au mois de janvier 2020 dans le cadre de la mise en œuvre de leur plan d'aide ou de compensation ; / - au nombre d'heures qui étaient prévues contractuellement entre le service et ces mêmes bénéficiaires sur le mois de mars 2020 pour la mise en œuvre de leur plan d'aide ou de compensation en application du X de l'article D. 311 du code de l'action sociale et des familles. / La modalité la plus favorable au service d'aide et d'accompagnement à domicile est retenue par le président du conseil départemental après concertation avec le service d'aide et d'accompagnement à domicile. / Le financement correspond à la valorisation de ces heures sur la base du ou des tarifs départementaux applicables, déduction faite de la part correspondant à la participation des bénéficiaires. () ".

6. Il résulte des dispositions précitées qu'afin de maintenir le niveau de financement durant la période d'épidémie de Covid-19 pour tous les établissements sociaux et médico-sociaux, trois modalités d'accompagnement ont été prévues selon le statut de l'établissement. Pour les SAAD financés par tarification horaire ou dotation globale, il est prévu le maintien d'un versement par douzième mensuel sur la base de l'activité prévisionnelle validée par le président du conseil départemental. Pour les SAAD ayant conclu un contrat pluriannuel d'objectifs et de moyens, les financements sont maintenus sur la base de l'activité prévue à ce contrat. Enfin, pour les SAAD non tarifés qui n'ont pas conclu de contrat pluriannuel, il est tenu compte du nombre moyen d'heures mensuelles réalisées auprès des bénéficiaires de l'allocation personnalisée d'autonomie ou de la prestation de compensation du handicap au cours soit de l'année 2019 soit du mois de janvier 2020 soit du mois de mars 2020, selon la modalité la plus favorable au service.

7. Par une délibération du 16 novembre 2020, la commission permanente du conseil départemental du Nord a décidé, pour déterminer le montant de la compensation financière de la perte d'activité allouée à l'ensemble des services d'aide et d'accompagnement à domicile dans le cadre de l'épidémie de covid-19 pour la période du 12 mars au 30 juin 2020, d'appliquer les dispositions du décret du 29 juin 2020 relatives aux services d'aide et d'accompagnement à domicile non habilités à recevoir des bénéficiaires de l'aide sociale. Puis, par la délibération attaquée du 22 novembre 2021, cette même commission permanente a " adapté ", pour la période du 17 octobre 2020 au 1er juin 2021, le dispositif de compensation financière de la perte d'activité prévu par les dispositions du décret du 29 juin 2020, prolongées par le décret du 2 avril 2021, en fixant forfaitairement son montant à l'équivalent de sept jours de perte d'activité par usager déclaré par chaque service d'aide et d'accompagnement à domicile comme étant symptomatique ou positif au virus et en prévoyant une compensation à hauteur du coût moyen du plan d'aide hebdomadaire de 2019. Enfin, par la délibération attaquée, la commission permanente du conseil départemental du Nord a décidé de verser une nouvelle dotation pour la seconde période d'état d'urgence sanitaire à des SAAD n'ayant pas encore reçu de compensation comme l'Association de soins et services à domicile (ASSAD) de Dunkerque et l'association d'aide à domicile en activités regroupées - ADAR Flandre-Métropole (ADAR Flandre-Métropole) ou à des SAAD ayant déjà bénéficié d'une compensation par la délibération précédente, comme l'association Fédération départementale des associations ADMR du Nord (ADMR Nord).

8. En premier lieu, il ressort des pièces des dossiers enregistrés sous les numéros 2305695 et 2305696, et notamment de la convention figurant en annexe 1 de la délibération attaquée ainsi que des propres écritures du département du Nord, que pour déterminer le montant de la compensation due au titre de la sous-activité des associations ASSAD de Dunkerque et ADAR Flandre-Métropole, le département du Nord a pris en compte la baisse d'activité constatée sur les deux années précédant la crise sanitaire et a appliqué à la période de référence qu'il retenait pour le calcul de cette compensation une minoration, respectivement de 1,53 % et de 5,62%, déterminée par comparaison entre la moyenne mensuelle des heures réalisée en 2018 et la moyenne mensuelle des heures réalisée avant le mois de mars 2020, ce que ne prévoyait pas les décrets précités. En procédant ainsi, ce qui revient à considérer que cette baisse d'activité allait nécessairement se poursuivre pendant la période en litige dans des proportions identiques, le département du Nord a méconnu les dispositions citées au point 5.

9. En second lieu, il ressort des pièces des dossiers que les associations requérantes sont des SAAD financés en tarifs horaires, de sorte que le montant de la compensation due par le département du Nord devait en principe être fixé " sur la base de l'activité prévisionnelle validée par le président du conseil départemental ", conformément au 2° du I) précité. Alors que les associations requérantes produisent des éléments chiffrés, étayés par des attestations de commissaires aux comptes pour établir la réalité de la sous-activité qu'elles ont subie du 1er juillet 2020 au 30 juin 2021 et l'insuffisance des compensations fixées par la délibération attaquée au regard des compensations déjà accordées par la délibération du 22 novembre 2021 et des sommes perçues dans le cadre du dispositif de chômage partiel, le département du Nord, qui ne détaille aucunement les éléments chiffrés ayant permis de calculer les compensations qu'il a déterminées, ne justifie pas avoir calculé ces compensations conformément aux dispositions des décrets précités.

10. Il résulte de ce qui précède que la délibération du 22 mars 2022 de la commission permanente du département du Nord doit, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes, être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Aux termes de l'article 3 des décrets du 29 juin 2020 et du 2 avril 2021susvisés : " Le président du conseil départemental fixe le montant définitif alloué aux services au titre du maintien de leurs financements () ". Au regard de ces dispositions, une délibération du conseil départemental ou de sa commission permanente n'apparaît pas nécessaire. Par suite et sans qu'il soit besoin de répondre à la fin de non-recevoir opposée en défense, le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soient mises à la charge des associations ADMR du Nord, ASSAD de Dunkerque et ADAR Flandre-Métropole, qui ne sont pas les parties perdantes dans les présentes instances, les sommes que le département du Nord demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du département du Nord une somme de 1 500 euros à verser à chacune des associations requérantes au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La délibération de la commission permanente du conseil départemental du Nord du 22 mars 2022 est annulée.

Article 2 : Le département du Nord versera aux associations ADMR du Nord, ASSAD de Dunkerque et ADAR Flandre-Métropole une somme de 1 500 euros chacune au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association Fédération départementale des associations ADMR du Nord, à l'Association de soins et services à domicile (ASSAD) de Dunkerque, à l'association d'aide à domicile en activités regroupées - ADAR Flandre-Métropole et au département du Nord.

Délibéré après l'audience du 11 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cotte, président,

M. Fougères, premier conseiller,

M. Goujon, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

V. Fougères

Le président,

signé

O. Cotte La greffière,

signé

J. Vandewyngaerde

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

Nos 2305692 - 2305695 - 2305696

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