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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2306393

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2306393

vendredi 28 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2306393
TypeDécision
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantDEWAELE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2023, M. C H A, représenté par Me Dewaele, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 avril 2023 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire national pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de séjour temporaire, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

- il a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'une insuffisance de motivation ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que l'avis du collège des médecins de l'OFII ait été rendu à la suite d'une délibération collégiale ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein du collège des médecins de l'OFII s'étant prononcé sur son état de santé ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions des article L. 425-9 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 janvier 2024, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une décision du 5 juin 2023, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lille a accordé à M. A l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 mars 2025 :

- le rapport de M. Paganel, président-rapporteur ;

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 5 juin 1997, déclare être entré en France le 7 octobre 2016. Par une décision du 21 décembre 2018, notifiée le 3 janvier 2019, la Cour nationale du droit d'asile a définitivement rejeté sa demande d'asile. Par une demande déposée le 27 janvier 2022 auprès des services de la préfecture du Nord, M. A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " pour raisons de santé. M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 avril 2023 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire national pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que par un arrêté du 14 avril 2023, régulièrement publié le même jour au recueil n° 092 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à M. B F, adjoint à la cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers, à l'effet de signer, notamment les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

3. En second lieu, la décision portant refus de titre de séjour mentionne, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement pour mettre utilement le requérant en mesure de discuter les motifs de cet arrêté et le juge d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. Elle est ainsi suffisamment motivée pour l'application des dispositions des articles L. 211-2 et L. 212-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par ailleurs, l'obligation de quitter le territoire français ayant été prise en conséquence d'un refus de titre de séjour suffisamment motivé et édicté sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte en application des dispositions de l'article L. 613-1 du même code.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / () L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'office ". Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016 pris pour l'application de ces dispositions : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport. () ". Enfin, aux termes de l'article 6 du même arrêté : " () un collège de médecins () émet un avis () précisant : a) si l'état de santé du demandeur nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / () / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

5. Il résulte de ces dispositions que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration prévu par les dispositions précitées est rendu par trois médecins, au vu du rapport établi par un quatrième médecin, le cas échéant après examen du demandeur. Il constitue donc une garantie pour l'étranger. Les médecins signataires de l'avis ne sont pas tenus, pour répondre aux questions posées, de procéder à des échanges entre eux, l'avis résultant de la réponse apportée par chacun à des questions auxquelles la réponse ne peut être qu'affirmative ou négative. Par suite, la circonstance que, dans certains cas, ces réponses n'aient pas fait l'objet de tels échanges, oraux ou écrits, est sans incidence sur la légalité de la décision prise par le préfet au vu de cet avis.

6. M. A soutient que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), produit par le préfet, ait été rendu à la suite d'une délibération collégiale et qu'il n'est pas établi que le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein du collège. Toutefois, il ressort des mentions de l'avis du collège des médecins de l'OFII, qui font foi jusqu'à preuve du contraire, que cet avis a été rendu par trois médecins, les docteurs Quille, Netillard et Millet, au vu d'un rapport établi par un quatrième médecin, le docteur D, qui n'a pas siégé au sein du collège. Par suite, et sans qu'il soit besoin de solliciter l'administration pour que soient communiqués les extraits du logiciel de traitement informatique Themis utilisé par l'OFII, les moyens doivent être écartés.

7. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des autres pièces du dossier, que le préfet du Nord ne se serait pas livré à un examen sérieux de la situation de M. A. Par suite, le moyen tiré de ce que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un tel examen doit être écarté.

8. En troisième lieu, il ressort des dispositions précitées au point 4 qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII, que cette décision ne peut avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque ce défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'intéressé fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou en l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

9. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

10. Pour refuser de faire droit à la demande de titre de séjour présentée par M. A, le préfet du Nord s'est notamment fondé sur l'avis du collège des médecins de l'OFII du 30 mai 2022, lequel conclut, d'une part, que l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, d'autre part, qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.

11. Pour contester cette appréciation, M. A, qui souffre d'un syndrome dépressif majeur compliquant un état de stress post-traumatique faisant suite à des violences physiques subies dans son pays d'origine, fait valoir qu'il ne pourrait pas bénéficier en Guinée, compte tenu de l'offre de soins prévalant dans ce pays, du traitement médicamenteux, notamment le médicament Sertraline, dont il bénéfice en France. Toutefois, ni les données qu'il fournit sur le système de santé et les offres de soins prévalant en Guinée, à savoir notamment le rapport annuel de 2021 émis par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) concernant la Guinée ou encore un article paru au sein de la revue de la santé publique en 2019, ni le courrier électronique du laboratoire Biogaran du 11 juillet 2023, indiquant que le Sertraline est indisponible en Guinée, ne sauraient suffire à infirmer l'appréciation du collège des médecins de l'OFII et démontrer que M. A ne pourrait pas bénéficier effectivement dans ce pays d'un traitement adapté à son état de santé. En particulier, le requérant n'allègue pas le caractère non substituable du traitement médicamenteux qui lui est prescrit en France. Il ne ressort pas des éléments du dossier l'impossibilité d'accéder de manière effective à des médicaments aux effets thérapeutiques équivalents ou similaires en Guinée, le courriel du 11 juillet 2023 émanant du laboratoire Biogaran faisant état de la probable existence d'un médicament générique au Sertraline mis à disposition par d'autres laboratoires pharmaceutiques dans ce pays. En outre, le requérant n'apporte aucun élément concernant le coût d'une prise en charge médicale adaptée à ses pathologies en Guinée, ni ne fournit de précision sur ses ressources personnelles. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

12. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur les fondements des articles L. 423-23 et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi qu'en atteste le formulaire de demande de délivrance de titre de séjour produit par le préfet en défense. Si le requérant verse au dossier une lettre datée du 27 janvier 2022 dans laquelle il aurait demandé à l'autorité préfectorale, à titre infiniment subsidiaire, de l'admettre exceptionnellement au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du même code, il n'établit pas avoir effectivement communiqué ce document à l'autorité préfectorale. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

13. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

14. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France au cours du mois d'octobre 2016. Si l'intéressé se prévaut de la présence sur le territoire national de son cousin, M. E A, avec lequel il déclare vivre au quotidien et entretenir des liens d'une particulière intensité, il ne l'établit pas. M. A fait par ailleurs état de la présence en France de sa concubine, Mme G A, compatriote guinéenne. Cependant, d'une part, il n'apporte à l'appui de cette allégation aucune justification permettant d'établir qu'il entretiendrait avec cette dernière des liens d'une stabilité et d'une intensité particulière. D'autre part, il n'est pas établi que la cellule familiale ne pourrait se reconstituer dans le pays d'origine de l'intéressé, dès lors que le couple a la nationalité guinéenne. M. A fait en outre valoir qu'il a fixé le centre de sa vie privée et familiale en France, dès lors qu'il est parfaitement intégré. A cet égard, il se prévaut de son investissement en tant que bénévole dans plusieurs associations ainsi que de l'obtention d'un diplôme d'études en langue française de niveau A1 et d'un CAP maçonnerie en 2021 et en 2022. L'intéressé produit également un certificat de travail faisant état d'un emploi en tant que façadier du 11 avril au 10 novembre 2022 ainsi qu'une promesse d'embauche en contrat à durée déterminée d'une durée de deux ans. Toutefois, ces éléments ne permettent pas de caractériser une insertion tant sociale que professionnelle particulièrement intense sur le territoire français. En outre, il ne ressort pas des éléments du dossier que M. A serait isolé en cas de retour dans son pays d'origine, où il a vécu la majorité de sa vie et où résident ses trois enfants. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance par le préfet du Nord des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 21 avril 2023 par laquelle le préfet du Nord a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 15 que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour ne peut qu'être écarté.

17. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () ".

18. Compte tenu de ce qui a été dit au point 11, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

19. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 14, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent également être écartés.

20. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 21 avril 2023 par laquelle le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant octroi d'un délai de départ volontaire :

21. Il résulte de ce qui a été dit au point 20 que le moyen tiré de ce que la décision portant octroi d'un délai de départ volontaire doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté. M. A n'est, dès lors, pas davantage fondé à demander l'annulation de cette décision.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant fixation du pays de destination :

22. Il résulte de ce qui a été dit au point 20 que le moyen tiré de ce que la décision portant fixation du pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté. M. A n'est, dès lors, pas plus fondé à demander l'annulation de cette décision.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

23. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

24. Si M. A a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, prononcée par le préfet du Nord le 27 novembre 2020, à laquelle il n'a pas déféré, il ressort des pièces du dossier qu'il résidait en France depuis plus de six ans à la date de l'arrêté contesté et a justifié une volonté d'insertion sociale et professionnelle. Alors en outre que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public, le préfet du Nord, dans ces conditions, a commis une erreur d'appréciation en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

25. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 21 avril 2023 par laquelle le préfet du Nord a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

26. L'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent ainsi être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

27. M. A ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Dewaele, conseil de M. A, d'une somme de 1 200 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 21 avril 2023 par laquelle le préfet du Nord a interdit à M. A le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est annulée.

Article 2 : L'Etat versera à Me Dewaele une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Dewaele renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C H A, à Me Dewaele et au préfet du Nord.

Copie sera adressée pour information au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Paganel, président-rapporteur,

- Mme Barre, conseillère,

- M. Jouanneau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2025.

Le président - rapporteur,

Signé

M. PAGANELL'assesseure la plus ancienne,

Signé

C. BARRE

La greffière,

Signé

D. WISNIEWSKI

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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**Sujet principal** : Demande d'annulation du refus de la préfète du Rhône de fixer un rendez-vous pour le dépôt d'une demande de titre de séjour. **Juridiction** : Tribunal Administratif de Lyon (7ème chambre). **Solution retenue** : Le tribunal donne acte du désistement de la requête de la demanderesse. Ce désistement est prononcé car, ayant annoncé un mémoire complémentaire dans sa requête sommaire, elle ne l'a pas produit dans le délai légal de quinze jours. **Textes appliqués** : L'article R. 911-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoit la sanction du désistement en cas de non-production d'un mémoire complémentaire annoncé dans le délai imparti.

03/04/2026

CAA75excès de pouvoir

Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA03088

03/04/2026

CAA75excès de pouvoir

Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA03164

03/04/2026

CAA75excès de pouvoir

Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA03165

03/04/2026

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