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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2307098

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2307098

jeudi 31 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2307098
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantCABINET MONTESQUIEU AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 3 et 12 août 2023, l'atelier d'architecture B demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :

1°) d'annuler les décisions du 1er et du 10 août 2023 par lesquelles Partenord Habitat a rejeté son offre dans le cadre de la procédure d'attribution du marché public de maîtrise d'œuvre pour la construction d'une caserne de gendarmerie à Avesnes-les-Aubert ;

2°) d'annuler la phase de sélection des offres et toutes les décisions subséquentes en ce compris la décision d'attribution du marché ;

3°) de mettre à la charge de Partenord Habitat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il justifie d'un intérêt à agir dès lors que la décision prise préjudicie à ses intérêts ;

- le pouvoir adjudicateur a dénaturé le contenu de l'offre qu'elle a présentée ;

- aucune ambiguïté d'un document présenté à l'appui de sa candidature ne justifiait le rejet de celle-ci sans analyse de son offre ;

- la substitution de motif sollicitée est de nature à le priver d'une garantie procédurale ;

- il a respecté les exigences posées à l'article 8.2.2 du règlement de la consultation ;

- la conformité ou la non-conformité d'une offre doit s'apprécier à l'aune des exigences formulées dans les documents de la consultation et non à leur interprétation par l'acheteur ; en l'espèce, la règle posée à l'article 8.2.2 exigeait des références en rapport avec les éléments de mission du marché et non une implication personnelle de l'intervenant principal ; une lecture plus restrictive méconnaitrait le principe de liberté d'accès à la commande publique ;

- Partenord Habitat ne rapporte pas la preuve de l'absence de références suffisantes de M. B en matière de mission DET et OPC ; en effet, il était le supérieur hiérarchique de l'intervenant et à ce titre, il supervisait son travail et a participé à des réunions de chantier.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 11 et 16 août 2023, l'office public de l'habitat du Nord, Partenord Habitat, représenté par Me Lorthiois, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du requérant de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- au motif initial de rejet a été substitué, après nouvel examen de l'offre réalisé dans le cadre du recours gracieux introduit par le requérant, un nouveau motif porté à la connaissance de la société requérante par courrier du 10 août 2023 ;

- le requérant ne justifie pas de son intérêt à agir dès lors que son offre était irrégulière et qu'il était par suite tenu de l'écarter ; en l'espèce, les renseignements portés au dossier relatifs aux références qualitatives étaient fausses ou mensongères ;

- l'éviction du requérant est conforme au règlement de la consultation ;

- la substitution de motif demandée pourra être accueillie dès lors qu'elle ne prive le requérant d'aucune garantie.

Le président du tribunal a désigné Mme Leguin, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- l'arrêté du 22 mars 2019 fixant la liste des renseignements et des documents pouvant être demandés aux candidats aux marchés publics ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 17 août 2023 à 10 heures, Mme Leguin a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Pilette, substituant Me Lorthiois, représentant Partenord Habitat, qui confirme ses précédentes écritures et précise qu'à supposer même qu'il n'aurait pas été légalement possible d'écarter l'offre du requérant sans procéder à son analyse, ce dernier n'a de toute façon pas été lésé dès lors qu'il aurait dû recevoir la note éliminatoire de zéro au titre de l'article 6.2 du règlement de la consultation ;

- l'atelier d'architecture B n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. L'office public de l'habitat du Nord, Partenord Habitat, a lancé, au début de l'année 2023, un avis d'appel public à la concurrence en vue de l'attribution d'un marché de maîtrise d'œuvre relatif à la construction d'une caserne de gendarmerie sur le territoire de la commune d'Avesnes-les-Aubert. L'atelier d'architecture B a déposé une offre dans le délai imparti. Par un courrier du 1er août 2023, le pouvoir adjudicataire a informé l'atelier d'architecture B de ce que son offre avait été jugée irrégulière au motif qu'elle nommait deux intervenants pour l'exécution d'un même élément de mission, en méconnaissance du règlement de la consultation. Par courrier du 10 août 2023, Partenord Habitat a modifié le motif du rejet de la candidature en adoptant le nouveau motif tiré de ce que " les références mentionnées au sein du cadre du mémoire ne sont pas celles de la personne désignée notamment pour les phases DET et OPC s'agissant des chantiers de Solre-le-Château, Bettignies et Maroilles " et que le marché était attribué au groupement Sites d'architecture-SELARL d'architecture Philippe-Berim. Par la présente requête, l'atelier d'architecture B demande au juge des référés précontractuels d'annuler la procédure.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir tirée du défaut de qualité à agir de la société requérante :

2. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique. () Le juge est saisi avant la conclusion du contrat ". En vertu de cet article, les personnes habilitées à agir pour mettre fin aux manquements du pouvoir adjudicateur à ses obligations de publicité et de mise en concurrence sont celles qui sont susceptibles d'être lésées par de tels manquements. Il appartient, dès lors, au juge des référés précontractuels de rechercher si l'opérateur économique qui le saisit se prévaut de manquements qui, eu égard à leur portée et au stade de la procédure auquel ils se rapportent, sont susceptibles de l'avoir lésé ou risquent de le léser, fût-ce de façon indirecte en avantageant un opérateur économique concurrent. A supposer même que l'ensemble des manquements dont se prévaut l'entreprise ne seraient pas susceptibles de l'avoir lésée ou ne risqueraient pas de la léser, il n'appartient pas au juge des référés précontractuels de constater, de ce fait, l'irrecevabilité des conclusions présentées par ladite entreprise, mais seulement d'en tirer les conséquences en déclarant inopérants les moyens tirés de tels manquements. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.

En ce qui concerne les conclusions tendant à l'annulation de la procédure :

3. Aux termes de l'article R. 2181-1 du code de la commande publique : " L'acheteur notifie sans délai à chaque candidat ou soumissionnaire concerné sa décision de rejeter sa candidature ou son offre. " et aux termes de l'article R. 2181-3 du même code : " La notification prévue à l'article R. 2181-1 mentionne les motifs du rejet de la candidature ou de l'offre. () ". Ces dispositions n'interdisent pas au pouvoir adjudicateur, après avoir communiqué les motifs justifiant le rejet d'une candidature ou d'une offre, de procéder ultérieurement à une nouvelle communication pour compléter ou préciser ces motifs, voire pour procéder à une substitution de motifs. Il en résulte que Partenord Habitat pouvait régulièrement, et sans priver l'atelier d'architecture B d'une garantie, substituer au motif initial de rejet de son offre, tel qu'énoncé dans le courrier du 1er août 2023, le motif nouveau énoncé dans le courrier du 10 août 2023.

4. Aux termes de l'article L. 2152-2 du code de la commande publique : " Une offre irrégulière est une offre qui ne respecte pas les exigences formulées dans les documents de la consultation, en particulier parce qu'elle est incomplète, ou qui méconnaît la législation applicable notamment en matière sociale et environnementale. " et aux termes de l'article R. 2152-1 du même code : " Dans les procédures adaptées sans négociation et les procédures d'appel d'offres, les offres irrégulières, inappropriées ou inacceptables sont éliminées. () ". Aux termes de l'article R. 2144-1 de ce code : " L'acheteur vérifie les informations qui figurent dans la candidature, y compris en ce qui concerne les opérateurs économiques sur les capacités desquels le candidat s'appuie. Cette vérification est effectuée dans les conditions prévues aux articles R. 2144-3 à R. 2144-5. " Il résulte de ces dispositions que le pouvoir adjudicateur ne peut attribuer un marché à un candidat qui ne respecterait pas une des prescriptions imposées par le règlement de la consultation. Le juge du référé précontractuel ne peut censurer l'appréciation portée par le pouvoir adjudicateur, en application de cet article, sur les garanties et capacités techniques que présentent les candidats à un marché public, ainsi que sur leurs références professionnelles, que dans le cas où cette appréciation est entachée d'une erreur manifeste.

5. Aux termes de l'article R. 2143-3 du code de la commande publique : " Le candidat produit à l'appui de sa candidature : () / 2° Les renseignements demandés par l'acheteur aux fins de vérification de l'aptitude à exercer l'activité professionnelle, de la capacité économique et financière et des capacités techniques et professionnelles du candidat. ". L'article 3 de l'arrêté du 22 mars 2019 dispose que l'acheteur peut exiger une liste des travaux exécutés au cours des cinq dernières années.

6. Dans son point 8.2.2, le règlement particulier de la consultation exigeait des candidats qu'ils joignent à leur offre " les références en rapport avec le(s) élément(s) de mission du marché dont l'intervenant aura la charge ou auquel(s) il participera, réalisées ou en cours, afin de justifier de son expérience. Ces références indiqueront la nature de l'opération (ex. logement neuf ou réhabilitation), et ses caractéristiques principales (ex. nombre de logements, montant des travaux), l'année de réalisation, la part réellement prise dans la réalisation du projet. "

7. Contrairement à ce que soutient l'atelier d'architecture B, Partenord Habitat n'a pas entendu imposer aux candidats de ne faire figurer au titre des références que celles dont l'intervenant aurait eu ou aurait la responsabilité complète. Le point 8.2.2 permet, dans sa rédaction, de faire valoir toute expérience en rapport avec la mission du marché dont l'intervenant aura la charge, à la condition de préciser la part réellement prise dans la réalisation du projet dont il entend se prévaloir. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le règlement de la consultation méconnaîtrait le principe d'égal accès à la commande publique.

8. Il ressort du courrier du 10 août 2023 de rejet de l'offre présentée par l'atelier d'architecture B que Partenord Habitat a entendu retenir le caractère irrégulier de l'offre en raison du caractère mensonger des déclarations faites sur les références professionnelles de M. A B, notamment pour les phases Direction de l'exécution des travaux et Ordonnancement pilotage et coordination.

9. Il résulte de l'instruction que M. B a fait figurer dans ses références professionnelles trois opérations pour lesquelles il n'était pas en charge des phases OPC et DET. S'il fait valoir que l'intervenant en charge de ces phases était placé sous sa responsabilité hiérarchique et qu'à ce titre, il lui rendait compte de l'avancée des travaux, et qu'il a lui-même été amené à substituer à plusieurs reprises son ingénieur dans le suivi direct des travaux, il lui appartenait de préciser, dans son offre, " la part réellement prise dans la réalisation du projet ", comme l'invitait à le faire le règlement de la consultation. Dans ces conditions, Partenord Habitat n'a pas entaché ce second motif de rejet de la candidature d'une erreur manifeste d'appréciation ni dénaturé les pièces qui lui étaient soumises.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de l'atelier d'architecture B tendant à l'annulation de la procédure de passation du marché public de maîtrise d'œuvre en vue de la construction d'une caserne de gendarmerie doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à que soit mise à la charge de Partenord Habitat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que demande l'atelier d'architecture B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'atelier d'architecture B le versement à Partenord Habitat d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de ces dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentée par l'atelier d'architecture B est rejetée.

Article 2 : L'atelier d'architecture B versera à Partenord Habitat une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à l'atelier d'architecture B, à l'office public de l'habitat du Nord et au groupement Sites d'architecture-SELARL d'architecture Philippe-Berim.

Lille, le 31 août 2023.

La juge des référés,

signé

AM. LEGUIN

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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