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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2308702

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2308702

vendredi 17 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2308702
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantSELARL BRUNET VENIEL GUISLAIN LAUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 octobre 2023, et deux mémoires, enregistrés les 18 et 19 octobre 2023, la A AetE E et M. B E, représentés par Me Verague, demandent au juge des référés :

1°) statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 10 novembre 2022 par lequel le maire de Gauchin-le-Gal a délivré à M. F un permis de construire une maison d'habitation sur les parcelles cadastrées ZC 59 et ZC 60 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Gauchin-le-Gal la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent

Sur l'intérêt à agir, que :

- le permis en litige autorise la construction d'une maison d'habitation qui sera située dans le périmètre de 100 mètres autour des bâtiments de l'installation classée, et que ce projet nuira ainsi à l'activité d'élevage exercée par la A dès lors que les futurs occupants de cette maison seront amenés, compte tenu d'une part des nuisances nécessairement issues de cette activité et d'autre part de ce que les animaux continueront à paître sur la parcelle ZD 43, donc en limite de la parcelles ZC 60, à s'en plaindre auprès d'eux ;

Sur l'urgence, que :

- cette condition est réputée satisfaite s'agissant d'un permis de construire ; ils continuent de bénéficier de cette présomption dès lors que les travaux ont commencé en mai 2023 et, après un temps d'arrêt, ont repris à la fin de l'été, et que l'ouvrage n'est pas encore achevé ;

Sur le doute sérieux, que :

- le dossier de demande du permis en litige ne comprend pas les informations et pièces exigées par l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme ;

- eu égard au degré d'avancement, à la date de délivrance du certificat d'urbanisme délivré le 20 mai 2021 aux anciens propriétaires des parcelles du projet en litige, du projet d'approbation du plan local d'urbanisme, qui classait ces parcelles en zone agricole, le maire aurait pu opposer, dès cette date, un sursis à statuer sur la demande de permis de construire portant sur ces parcelles, de sorte qu'étaient applicables à cette demande les dispositions issues du nouveau plan ;

- à supposer applicable le règlement national d'urbanisme, le permis en litige méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2023, la commune de Gauchin-le-Gal, représentée par la SELARL Ingelaere Partners, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mis à la charge de la A AetE E et de M. B E au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la A AetE E ne justifie pas d'un intérêt à agir dès lors que les requérants n'apportent aucun élément à l'appui de leur allégation relative au risque de nuisances résultant de l'exploitation agricole et qui seraient subies par les futurs occupants de la construction projetée, alors en outre que les bâtiments agricoles sont éloignés des parcelles d'assiette du projet de plus de 100 mètres ;

- M. E ne justifie pas non plus d'un intérêt à agir dès lors que, s'il est propriétaire de la parcelle ZD 43 à Caucourt, attenante aux parcelles d'assiette du projet, il a mis cette parcelle à disposition de la A AetE E et alors que la construction d'une maison d'habitation en limite de cette parcelle, servant au pâturage des bovins, n'en affecte pas les conditions d'utilisation ;

- aucun des moyens de la requête n'est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 19 octobre 2023, M. C F et Mme D F, représentés par Me Laur, concluent au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la A AetE E et de M. B E au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la A AetE E et M. E ne justifient pas d'un intérêt à agir, en l'absence de vue directe sur la construction projetée et alors, par ailleurs, que celle-ci ne se situe pas dans le périmètre des 100 mètres autour d'un bâtiment agricole, qui s'apprécie de bâtiment à bâtiment, et à l'intérieur aucune nouvelle habitation ne peut être construite ;

- la présomption d'urgence est renversée par la circonstance que les requérants ont attendu près d'un an après le démarrage des travaux avant de demander la suspension de l'arrêté en litige ;

- aucun des moyens de la requête n'est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

Vu :

- la copie de la requête à fin d'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Robbe, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 19 octobre 2023 à 14h30, en présence de Mme Deregnieaux, greffière, M. Robbe, juge des référés, a lu son rapport et entendu :

- Me De Lamarlière, représentant la A AetE E et M. B E, qui reprend les conclusions et moyens de la requête et ajoute que la construction autorisée par le permis en litige, située à moins de 100 mètres autour des bâtiments d'élevage, pourrait empêcher leur extension par application de la règle en vertu de laquelle de tels bâtiments sont implantés à une distance minimale de 100 mètres des habitations ;

- Me Robiquet, représentant la commune de Gauchin-le-Gal, qui reprend les conclusions et arguments du mémoire en défense ;

- et Me Laur, représentant M. et Mme F, qui reprend les conclusions et arguments du mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 10 novembre 2022, le maire de Gauchin-le-Gal a délivré à M. F un permis de construire une maison d'habitation sur les parcelles cadastrées ZC 59 et ZC 60. La A AetE E et M. E demandent au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'en suspendre l'exécution.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Lorsque l'acte administratif objet du litige n'est pas susceptible de recours par le requérant, cette irrecevabilité affecte tant la demande d'annulation de cet acte que la demande tendant à sa suspension.

3. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'État, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou les travaux sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le code de l'urbanisme, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

4. La A AetE E exerce une activité d'élevage de bovins et de porcs en exploitant notamment des bâtiments d'élevage dont elle est propriétaire et relevant de la législation des installations classées pour la protection de l'environnement, situés sur les parcelles cadastrées ZC 67 et ZC 40 à Gauchin-le-Gal, séparées des parcelles d'assiette du projet par une distance d'environ 100 mètres, couvrant trois parcelles, dont deux supportent, chacune, une maison d'habitation. Cette société exploite par ailleurs, également pour l'exercice de son activité, la parcelle cadastrée ZD 43 à Caucourt, attenante aux parcelles cadastrées ZC 67 et ZC 40 précitées ainsi qu'aux parcelles d'assiette du projet, servant au pâturage des bovins, et dont M. E est propriétaire.

5. Pour justifier de leur intérêt à agir, la A AetE E et M. E soutiennent, en premier lieu, que la construction autorisée par le permis en litige sera située dans le périmètre de 100 mètres autour des bâtiments d'élevage, et que ce projet nuira ainsi à l'activité exercée par la A dès lors que les futurs occupants de cette maison seront amenés, compte tenu d'une part des nuisances nécessairement induites par cette activité et d'autre part de ce que les animaux continueront à paître sur la parcelle ZD 43, attenante à la parcelle ZC60, à s'en plaindre respectivement auprès de la A AetE E et de M. E. Cependant, l'atteinte ainsi alléguée ne peut être regardée comme portée par la construction projetée elle-même ou par ses conditions normales d'utilisation. En tout état de cause, les éventuels reproches qui, en raison de ces nuisances, seraient adressés à l'encontre des requérants par les futurs occupants de la construction projetée sont insusceptibles, par eux-mêmes, d'affecter directement les conditions d'utilisation et de jouissance de l'installation exploitée par la A AetE E et du terrain dont M. E est propriétaire.

6. Au titre de leur intérêt à agir, les requérants soutiennent, en second lieu, que la construction autorisée par le permis en litige, selon eux située à moins de 100 mètres autour des bâtiments d'élevage, pourrait empêcher leur extension par application de la règle en vertu de laquelle de tels bâtiments sont implantés à une distance minimale de 100 mètres des habitations. Cependant, ce projet d'extension revêt un caractère purement hypothétique à la date de la présente ordonnance et il ressort par ailleurs des pièces du dossier que les bâtiments d'élevage en cause sont d'ores et déjà entourés de deux maisons d'habitation, à une distance inférieure à ce périmètre de non-constructibilité réciproque.

7. Dans ces conditions, en l'état de l'instruction, et ainsi que le font valoir en défense la commune de Gauchin-le-Gal et M. et Mme F, la A G E et M. E ne justifient pas d'un intérêt à agir contre l'arrêté en litige. Par suite, leur requête n'est pas recevable.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Gauchin-le-Gal, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme réclamée au titre des frais du procès par la A AetE E et M. E. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge solidaire de la A AetE E et de M. E A une somme de 800 euros à verser à la commune de Gauchin-le-Gal, ainsi qu'une somme identique à verser aux époux F, au titre de ces mêmes dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la A AetE E et de M. E est rejetée

Article 2 : La A AetE E et M. E verseront solidairement à la commune de Gauchin-le-Gal et aux époux F la somme de 800 (huit cents) euros, chacun, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la A AetE E, à M. B E, à la commune de Gauchin-le-Gal et à M. et Mme C et D F.

Fait à Lille, le 17 novembre 2023.

Le juge des référés,

Signé

J. ROBBE

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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