mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2308961 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | SELAS NAUSICA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 octobre 2023 et le 23 novembre 2023, le syndicat intercommunal à vocation multiple (SIVOM) de l'Artois, représenté par Me Meresse, demande au juge des référés :
1°) de condamner la commune d'Auchy-les-Mines (Pas-de-Calais) à lui verser une provision d'un montant de 254 865, 13 euros ;
2°) de mettre à la charge de la commune d'Auchy-les-Mines le versement d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Il soutient que :
- sa créance est non sérieusement contestable, en ce qu'elle est constatée par les titres exécutoires, devenus définitifs, qu'il a émis à l'encontre de la commune d'Auchy-les-Mines en vue du recouvrement des contributions obligatoires que cette dernière doit lui verser en qualité de commune membre du syndicat intercommunal, nonobstant la circonstance que certaines des compétences initiales du SIVOM, au demeurant expressément abandonnées par ses statuts en vigueur depuis le 16 octobre 2023, n'étaient plus exercées dans les faits, les contributions dues étant calculées sur la base des charges supportées pour l'exercice des compétences réellement assumées par le SIVOM ; les critiques relatives à la gestion du SIVOM sont sans incidence sur le caractère non sérieusement contestable de la créance ;
- le versement de cette provision est urgent en ce que les impayés de la commune d'Auchy-les-Mines, ainsi que d'une autre commune membre du SIVOM, mettent en péril la trésorerie de l'établissement public.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2023, la commune d'Auchy-les-Mines, représentée par Me Le Foyer de Costil, conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à la mise à la charge du SIVOM de l'Artois de la somme de 3 000 euros au titre de de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Elle fait valoir que la créance invoquée ne présente pas de caractère non sérieusement contestable, eu égard notamment à l'absence d'opposabilité des conditions de calcul de la contribution financière exigée par le SIVOM, alors même que celui-ci n'exerce plus la totalité des compétences qui lui avaient été initialement conférées, la gestion financière du syndicat étant d'ailleurs sujette à critique.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A, premier vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Le syndicat intercommunal à vocation multiple (SIVOM) de l'Artois compte au nombre de ses membres la commune d'Auchy-les-Mines (Pas-de-Calais). Le SIVOM de l'Artois perçoit, par l'exercice de ses compétences, les contributions versées par ses membres en application des dispositions du 1° de l'article L. 5212-19 et de l'article L. 5212-20 du code général des collectivités territoriales, les modalités de calcul de ces contributions étant fixées, pour la période en litige, par une délibération du comité syndical du 22 mars 2010. La commune d'Auchy-les-Mines, dans le cadre d'un conflit l'opposant au SIVOM et relatif à l'exercice effectif de l'ensemble de ses compétences par ce dernier, a cessé à compter de la fin du premier trimestre de l'année 2022 de verser au syndicat la contribution prévue par les dispositions précitées du code général des collectivités territoriales. Le SIVOM de l'Artois, qui a émis à l'encontre de la commune d'Auchy-les-Mines six titres exécutoires d'un montant unitaire de 42 477, 52 euros correspondant au montant de la contribution due par la commune au titre des deuxième, troisième et quatrième trimestres de l'année 2022 et des trois premiers trimestres de l'année 2023, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner la commune d'Auchy-les-Mines à lui verser une provision d'un montant de 254 865, 13 euros correspondant au montant total des créances constatées par ces titres de recettes.
Sur les conclusions tendant à l'octroi d'une provision :
2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ".
3. L'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales dispose : " 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. /Toutefois, l'introduction devant une juridiction de l'instance ayant pour objet de contester le bien-fondé d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local suspend la force exécutoire du titre () ".
4. En outre, aux termes de l'article L. 5212-18 du code général des collectivités territoriales : " Le budget du syndicat de communes pourvoit aux dépenses de création et d'entretien des établissements ou services pour lesquels le syndicat est constitué ". L'article
L. 5212-19 du même code dispose que : " Les recettes du budget du syndicat comprennent :
/ 1° La contribution des communes associées () ".
5. Enfin, l'article L. 1612-15 du code général des collectivités territoriales précise : " Ne sont obligatoires pour les collectivités territoriales que les dépenses nécessaires à l'acquittement des dettes exigibles et les dépenses pour lesquelles la loi l'a expressément décidé. / La chambre régionale des comptes saisie, soit par le représentant de l'Etat dans le département, soit par le comptable public concerné, soit par toute personne y ayant intérêt, constate qu'une dépense obligatoire n'a pas été inscrite au budget ou l'a été pour une somme insuffisante. Elle opère cette constatation dans le délai d'un mois à partir de sa saisine et adresse une mise en demeure à la collectivité territoriale concernée. / Si, dans un délai d'un mois, cette mise en demeure n'est pas suivie d'effet, la chambre régionale des comptes demande au représentant de l'Etat d'inscrire cette dépense au budget et propose, s'il y a lieu, la création de ressources ou la diminution de dépenses facultatives destinées à couvrir la dépense obligatoire. Le représentant de l'Etat dans le département règle et rend exécutoire le budget rectifié en conséquence. S'il s'écarte des propositions formulées par la chambre régionale des comptes, il assortit sa décision d'une motivation explicite. ".
6. Il résulte des dispositions de l'article L. 1612-5 du code général des collectivités territoriales que la chambre régionale des comptes ne peut constater qu'une dépense vis-à-vis d'un syndicat de communes est obligatoire pour une commune et mettre celle-ci en demeure de l'inscrire à son budget qu'en ce qui concerne les dettes échues, certaines, liquides, non sérieusement contestées dans leur principe et dans leur montant, découlant de la loi, d'un contrat, d'un délit ou d'un quasi-délit ou de toute autre source d'obligations. Lorsqu'elle est saisie d'une demande qui fait l'objet d'une contestation sérieuse de la part de la commune, elle est tenue de rejeter cette demande. Cependant, la circonstance que la procédure prévue par l'article L. 1612-15 ait été engagée ne fait pas obstacle à ce que le syndicat de communes introduise devant le juge administratif un recours tendant à ce que la commune soit condamnée à lui verser les sommes non perçues. En l'absence d'opposition formée au sens de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, le syndicat de communes peut, par ailleurs, demander au juge des référés le versement d'une provision sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative pour obtenir la part non sérieusement contestable des sommes litigieuses.
7. Il résulte de l'instruction que, saisie le 7 juillet 2023 par le préfet du Pas-de-Calais aux fins de déterminer le caractère obligatoire des créances émises par le SIVOM de l'Artois à l'encontre de la commune d'Auchy-les-Mines, la chambre régionale des comptes des Hauts-de-France a conclu, par une décision du 7 août 2023, à l'absence de caractère liquide des créances soumises à son examen, celles-ci ayant été calculées selon la formule arrêtée par la délibération du comité syndical du 22 mars 2010 modifiant sur ce point l'article 6 des statuts du SIVOM, inopposable en l'espèce dès lors que cette modification statutaire n'a pas été arrêtée par le préfet du Pas-de-Calais, en méconnaissance du dernier alinéa de l'article L. 5211-20 du code général des collectivités territoriales. Le SIVOM de l'Artois ne conteste pas cette circonstance, qui a conduit, en l'espèce, à établir la contribution demandée à la commune d'Auchy-les-Mines selon des règles de calcul inapplicables et qui, comme le fait valoir sans être contredite la commune, diffèrent de celles figurant à l'article 6 des statuts du SIVOM dans sa version initiale et qui, en l'espèce, trouvaient à s'appliquer. Ainsi, et sans qu'y fasse obstacle le fait que la commune n'ait pas contesté le bien-fondé des créances litigieuses ni formé opposition aux titres exécutoires constatant leur existence, ces créances ne présentent pas, en l'état de l'instruction, de caractère non sérieusement contestable.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête du SIVOM de l'Artois tendant au versement d'une provision par la commune d'Auchy-les-Mines ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais du litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune d'Auchy-les-Mines, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme réclamée par le SIVOM de l'Artois au titre de ces dispositions. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du SIVOM de l'Artois la somme de 1 500 euros qui sera versée à la commune d'Auchy-les-Mines au titre des mêmes dispositions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête du SIVOM de l'Artois est rejetée.
Article 2 : Le SIVOM de l'Artois versera la somme de 1 500 euros à la commune d'Auchy-les-Mines au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au syndicat intercommunal à vocation multiple de l'Artois et à la commune d'Auchy-les-Mines.
Copie en sera adressée, pour leur information, au préfet du Pas-de-Calais et au président de la chambre régionale des comptes des Hauts-de-France.
Fait à Lille, le 15 octobre 2024.
Le juge des référés,
Signé,
Y. A
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026