mercredi 22 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2309424 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | DEWAELE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Dewaele, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, un récépissé l'autorisant à travailler, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de quinze jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, en application des articles L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que son maintien en situation irrégulière ne résulte pas de son inaction ; il a effectué toutes les diligences nécessaires pour éviter cette situation ; il travaillait dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée dans une entreprise où il a travaillé pendant plus de trois ans ; il réside en France depuis plus de sept ans ; l'administration refuse d'examiner sa situation au regard de sa vie privée et familiale et la plateforme de la main d'œuvre étrangère refuse de prendre en considération la demande de son employeur ; depuis qu'il n'exerce plus d'activité professionnelle, ses dettes s'accumulent et il risque de se faire expulser de son logement ; son employeur précise qu'il l'intégrera dans son entreprise dès réception d'un récépissé l'autorisant à travailler ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors que :
* Elle est entachée d'incompétence ;
* Elle est insuffisamment motivée, notamment en application des articles
L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
* Elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
* Elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
* Elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
* Elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
* Elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 novembre 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie.
Vu :
- la copie de la requête à fin d'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Bergerat, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 9 novembre 2023 à 14h30, en présence de Mme Dérégnieaux, greffière, Mme Bergerat, juge des référés, a lu son rapport et entendu :
- Me Lescène, substituant Me Dewaele, représentant M. A, qui reprend les conclusions et moyens de la requête ;
- le préfet du Nord n'est ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, né le 6 janvier 2000, de nationalité guinéenne, est entré en France le 21 mars 2016 à l'âge de seize ans. Il a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance jusqu'à sa majorité. Il a été muni de plusieurs cartes de séjour temporaire portant la mention " étudiant " dont la dernière a expiré le 14 février 2022. Le 15 novembre 2021, il a sollicité la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un courrier du 17 janvier 2023, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a renvoyé son dossier de demande et l'a invité à présenter une demande de titre de séjour portant la mention " salarié ". Le 22 mars 2023, M. A a déposé une demande en vue de la délivrance, sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour, d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". Il demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite née du silence gardé par l'administration sur cette demande et par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui délivrer ce titre de séjour.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence à statuer sur sa requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'urgence :
4. Pour l'application des dispositions précitées du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme dans le cas d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
5. Pour justifier l'urgence qui s'attache à suspendre l'exécution de la décision litigieuse, M. A fait valoir que le contrat à durée indéterminée conclu le 28 juillet 2021, au sein de l'entreprise où il a effectué son apprentissage à compter de 2019, a été suspendu en raison de l'expiration, le 6 septembre 2022, du dernier récépissé de demande de titre de séjour qui lui a été délivré. Si, comme le fait valoir le préfet du Nord, la suspension de ce contrat ne résulte pas de l'intervention de la décision litigieuse, M. A fait toutefois valoir par ailleurs que, depuis, faute de ressources, il ne peut plus s'acquitter de son loyer qui s'élève, chaque mois, à environ 400 euros charges comprises. Il produit à cette fin la copie de l'assignation à comparaître devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Lille, du 13 juillet 2023, pour non-paiement des loyers d'un montant de plusieurs milliers d'euros. En outre, l'attestation du 23 octobre 2023 de son conseil, l'assistant dans le cadre de cette procédure, indique, qu'afin d'éviter la résiliation du bail et l'expulsion locative, il est nécessaire que M. A reprenne le paiement de son loyer d'ici l'audience prévue le 18 janvier 2024. Enfin, par un courrier du 26 octobre 2023, son ancien employeur, d'ailleurs présent à l'audience, atteste qu'il réintègrera M. A dans ses effectifs dès sa régularisation. Au surplus, la décision implicite litigieuse, qui maintient l'intéressé dans une situation irrégulière, est née d'une demande de titre de séjour suscitée par la préfecture du Nord dans les conditions précisées au point 1. Par suite, dans les circonstances particulières de l'espèce, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux :
6. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
7. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui réside en France depuis sept ans, est entré en France en 2016 à l'âge de seize ans, a été confié à l'aide sociale à l'enfance, a obtenu un CAP " carreleur mosaïste " en juin 2019 et a poursuivi son activité au sein de l'entreprise qui l'a accueilli pour son apprentissage, notamment au moyen d'un contrat à durée indéterminée, jusqu'en septembre 2022. L'attestation du 26 octobre 2023 de l'employeur du requérant qui indique souhaiter le réintégrer dès sa régularisation et sa présence à l'audience témoignent de l'implication et de l'intégration professionnelle de M. A. Dans ces conditions, ce dernier justifie de motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions, et pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
8. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions prévues à l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont réunies. Par suite, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet du Nord a refusé de faire droit à la demande de délivrance du titre de séjour sollicité par M. A, jusqu'à ce que le tribunal ait statué sur la requête tendant à son annulation.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
9. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ". Aux termes de l'article L. 911-1 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".
10. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Nord de procéder au réexamen de la situation de M. A, dans un délai d'un mois, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, valable le temps de ce réexamen. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais du litige :
11. Il résulte de ce qui précède que M. A est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Dewaele, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Dewaele de la somme de 800 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à M. A.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet du Nord a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la situation de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, valable pendant ce réexamen.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Dewaele renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Dewaele, avocat de M. A, une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à M. A.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Dewaele et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie sera adressée, pour information, au préfet du Nord.
Fait à Lille, le 22 novembre 2023.
La juge des référés,
signé
S. BERGERAT
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026