lundi 6 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2309584 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | SCHMIDT-SARELS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 et 5 novembre 2023, Mme A B, représentée par Me Vincent Domnesque, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension des arrêtés des 26 octobre et 2 novembre 2023 par lesquels le maire de Sequedin a ordonné l'euthanasie du chien dénommé " Toby " et a mis à sa charge les frais afférents aux opérations de garde et d'euthanasie de l'animal ;
2°) d'enjoindre à la commune de Sequedin de statuer sur le permis de détention et lui remettre le chien dénomme " Toby " dans les plus brefs délais afin qu'elle fasse procéder à une évaluation comportementale de l'animal à l'extérieur de la fourrière ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Sequedin une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les arrêtés en litige portent une atteinte grave et manifestement illégale à son droit de propriété et au droit à la vie de l'animal ;
- la situation d'urgence est constituée par l'euthanasie de son chien devant intervenir à bref délai ;
- le maire de Sequedin n'était pas compétent pour prendre les arrêtés attaqués ;
- l'arrêté du 2 novembre 2023 est entaché d'une insuffisance de motivation ;
- les arrêtés sont intervenus à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence de l'avis préalable du vétérinaire désigné par le préfet prévu par les dispositions de l'article L. 211-11 du code rural et de la pêche maritime ;
- la décision d'euthanasier son chien est entachée d'une erreur d'appréciation quant au danger grave et imminent qu'il présente ;
- le placement de son chien en fourrière et son euthanasie présentent un caractère disproportionné.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 novembre 2023, la commune de Sequedin, représentée par Me Chloé Schmidt-Sarels, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de Mme B de la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- le droit à la vie de l'animal ne constitue pas une liberté fondamentale ;
- les moyens invoqués quant à l'existence d'une atteinte grave et manifestement illégale au droit de propriété ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Stefanczyk, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 6 novembre 2023 à 9h30, en présence de Mme Benkhedim, greffière, Mme Stefanczyk, juge des référés, a lu son rapport et entendu :
- Me Stathoulias, substituant Me Domnesque, représentant Mme B, qui reprend les conclusions et moyens de la requête ;
- Me Schmidt-Sarels, représentant la commune de Sequedin, qui conclut au rejet de la requête.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B est propriétaire depuis le 1e septembre 2022 d'un chien dénommé " Toby ", de race rottweiler. A la suite de morsures dont ont été victimes plusieurs personnes sur la voie publique, le maire de Sequedin a ordonné, le 18 octobre 2023, le placement de l'animal dans un lieu de dépôt adapté à l'accueil et à la garde de celui-ci, auprès de la société protectrice des animaux (SPA) de Lille puis, le 19 octobre 2023, auprès de la Ligue protectrice des animaux du Nord de la France. Il a ensuite, par un arrêté du
26 octobre 2023, autorisé l'euthanasie du chien " Toby " dans les plus brefs délais et a mis à la charge de Mme B les frais afférents aux opérations de garde et d'euthanasie de l'animal. Par un arrêté du 2 novembre 2023, il a annulé son précédent arrêté du
26 octobre 2023 et a, de nouveau, autorisé l'euthanasie de l'animal dans les plus brefs délais et a mis à la charge de Mme B les frais afférents aux opérations de garde et d'euthanasie. Par la présente requête, Mme B, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de ces deux arrêtés.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
3. Aux termes de l'article L. 211-1 du code rural et de la pêche maritime : " () / II.-En cas de danger grave et immédiat pour les personnes ou les animaux domestiques, le maire ou à défaut le préfet peut ordonner par arrêté que l'animal soit placé dans un lieu de dépôt adapté à la garde de celui-ci et, le cas échéant, faire procéder à son euthanasie. / Est réputé présenter un danger grave et immédiat tout chien appartenant à une des catégories mentionnées à l'article L. 211-12, qui est détenu par une personne mentionnée à l'article
L. 211-13 ou qui se trouve dans un lieu où sa présence est interdite par le I de l'article
L. 211-16, ou qui circule sans être muselé et tenu en laisse dans les conditions prévues par le II du même article, ou dont le propriétaire ou le détenteur n'est pas titulaire de l'attestation d'aptitude prévue au I de l'article L. 211-13-1. / L'euthanasie peut intervenir sans délai, aprés avis d'un vétérinaire désigné par le préfet. Cet avis doit être donné au plus tard quarante-huit heures après le placement de l'animal. A défaut, l'avis est réputé favorable à l'euthanasie. / III.-Les frais afférents aux opérations de capture, de transport de garde et d'euthanasie de l'animal sont intégralement et directement mis à la charge de son propriétaire ou de son détenteur. " Aux termes de l'article L. 211-16 du même code : " () / II.-Sur la voie publique, dans les parties communes des immeubles collectifs, les chiens de la première et de la deuxième catégorie doivent être muselés et tenus en laisse par une personne majeure. Il en est de même pour les chiens de la deuxième catégorie dans les lieux publics, les locaux ouverts au public et les transports en commun. () "
4. Le droit à la vie de l'animal invoqué par la requérante ne constitue pas une liberté fondamentale. Par ailleurs, si le fait pour une autorité publique d'ordonner l'euthanasie d'un animal constitue, pour son propriétaire ou son détenteur, par nature et quels que soient les motifs d'une telle mesure, une atteinte grave à son droit de propriété, il résulte toutefois des termes mêmes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative que l'usage par le juge des référés des pouvoirs qu'il tient de cet article est subordonné au caractère manifestement illégal de l'atteinte ainsi portée à une liberté fondamentale.
5. D'une part, les moyens tirés de ce que, d'une part, le maire de Sequedin n'était pas compétent pour prendre les arrêtés litigieux, d'autre part, l'arrêté attaqué du 2 novembre 2023 est entaché d'une insuffisance de motivation et, enfin, l'avis préalable du vétérinaire désigné par le préfet n'aurait pas été requis, ne sont pas, en tout état de cause, de nature à caractériser une illégalité manifeste à une liberté fondamentale. Par suite, de tels moyens doivent être écartés.
6. D'autre part, Mme B soutient que l'appréciation portée par le maire de Sequedin quant au danger grave et immédiat que présente son chien serait entachée d'erreur manifeste et que la décision de procéder à l'euthanasie de l'animal serait disproportionnée au regard des nécessités de sauvegarde de l'ordre public. Il résulte de l'instruction que le chien " Toby ", âgé de vingt-deux mois et appartenant à la requérante, s'est échappé
le 18 octobre 2023 de son domicile puis a poursuivi des enfants sur la voie publique avant de mordre le mollet d'une petite fille et la main d'une automobiliste, qui était descendue de son véhicule pour lui venir en aide, cette dernière morsure ayant nécessité une intervention chirurgicale le même jour. Le vétérinaire ayant procédé, à la demande du maire de Sequedin, à l'évaluation de dangerosité du chien, le 20 octobre 2023, a estimé que l'animal devait être classé au niveau de risque 3/4 dès lors qu'il présentait actuellement, compte tenu des modalités de garde, un risque critique de dangerosité. Il a ainsi précisé, d'une part, que le danger concernait en priorité les enfants, d'autre part, que le chien devait être en permanence sous la surveillance de sa propriétaire en cas de contact avec les enfants, membres de sa famille ou, à défaut, être mis à part dans une pièce fermée à clef que seule la propriétaire devait détenir et, enfin, qu'il devait être attaché et muselé lors des sorties, les abords des écoles et les jardins publiques étant à proscrire. Si Mme B fait valoir que l'évaluation comportementale du 6 octobre 2023 démontrait que son chien présentait un niveau de dangerosité de 1/4, il résulte toutefois du compte-rendu de l'évaluation du 20 octobre 2023 que cette précédente évaluation avait été réalisée en présence de l'intéressée, le vétérinaire mentionnant que l'incident du 18 octobre 2023 mettait en évidence le fait que le chien devenait incontrôlable et une menace évidente pour les enfants lorsqu'il était en extérieur sans la présence sécurisante de la propriétaire et sans repère. La requérante, qui assure la garde du chien " Toby " à son domicile à Sequedin depuis le 1er septembre 2023, ne peut davantage se prévaloir des attestations de proches indiquant ne pas avoir remarqué un comportement agressif de la part son chien alors que ces constats ont été effectués lorsque sa mère où elle-même était à proximité du chien. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient Mme B, l'incident du 18 octobre 2023 ne présente pas un caractère isolé dès lors qu'il résulte de l'instruction et notamment de la plainte d'une habitante de la commune de Sequedin en date du 2 octobre 2023, que le chien " Toby " avait mordu le 30 septembre 2023 un chien de race jack russel au niveau du flan et de l'arrière train. Dès lors, compte tenu de la réitération des morsures, de l'appréciation portée par le vétérinaire sur la dangerosité du chien et alors qu'il n'est pas établi que l'animal aurait mordu dans un but défensif et que les personnes qu'il a attaquées auraient eu des gestes agressifs à son encontre et eu égard à la circonstance que les mesures proposées par Mme B consistant à poser une caméra de surveillance et des barreaux aux fenêtres de son domicile et à se rapprocher d'associations de protection animale sont insuffisantes pour diminuer l'agressivité de son chien vis-à-vis de certaines personnes à l'extérieur qu'il ne connaît pas dont des enfants, le maire de Sequedin, en ordonnant l'euthanasie du chien " Toby ", n'a pas porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit de propriété de la requérante.
7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'une situation d'urgence, que les conclusions présentées par Mme B au titre l'article L. 521-2 ne peuvent ainsi qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Sequedin, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la requérante la somme demandée par la commune au même titre.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Sequedin présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et à la commune de Sequedin.
Fait à Lille, le 6 novembre 2023.
La juge des référés,
signé
S. STEFANCZYK
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026