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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2400603

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2400603

jeudi 18 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2400603
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a rejeté la requête de M. B... contestant une cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux de 9 255 euros au titre de 2017, issue d'un contrôle sur pièces de sa situation personnelle et de la SCI du Pont. Le tribunal a écarté l'ensemble des moyens d'irrégularité de la procédure, jugeant notamment que l'erreur de plume dans une proposition de rectification était sans incidence et que le requérant ne pouvait se prévaloir d'un débat oral et contradictoire dans le cadre d'un contrôle sur pièces. La solution s'appuie sur le livre des procédures fiscales et le code général des impôts.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 18 janvier 2024, 21 janvier 2025 et 4 mars 2025, M. A... B... demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la cotisation supplémentaire d’impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux afférents à laquelle il a été assujetti au titre de l’année 2017, pour un montant total de 9 255 euros ;

2°) d’enjoindre au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord de lui restituer les sommes indûment mises en recouvrement, assorties des intérêts moratoires ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens, au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- sa requête est recevable, l’administration ayant indiqué dans un courrier du 22 septembre 2021 qu’elle n’opposerait aucun délai de forclusion, compte tenu de la multiplicité des associés ;
- la procédure d’imposition est irrégulière dès lors que les propositions de rectification et la réponse aux observations du contribuable du 7 janvier 2021 contiennent des mentions erronées concernant l’année d’imposition ;
- la procédure d’imposition est irrégulière dès lors qu’il n’a pu bénéficier d’un véritable débat oral et contradictoire ;
- la procédure est irrégulière dès lors qu’il n’a pas été mis en mesure d’introduire un recours hiérarchique ;
- la procédure est irrégulière dès lors que le rejet de sa réclamation est insuffisamment motivé ;
- la procédure est irrégulière dès lors que la réponse aux observations du contribuable est insuffisamment motivée ;
- la procédure d’imposition est irrégulière dès lors qu’elle s’est déroulée en violation des dispositions de l’article L. 51 du livre des procédures fiscales qui prévoit que l’administration ne peut pas revenir sur procédure de contrôle achevée ;
- les impositions étaient prescrites à la date des avis de mise en recouvrement dès lors que seule une proposition de rectification régulière interrompt le délai de prescription ;
- il entend se prévaloir des énonciations des paragraphes 420 et 450 du bulletin officiel des finances publiques du 30 octobre 2019 n° BOI-CF-PGR-30-10.

Par des mémoires en défense enregistrés le 7 février 2024 et le 28 février 2025, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :
- la requête est tardive ;
- les moyens soulevés par M. B... ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le livre des procédures fiscales et le code général des impôts ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Barre ;
- et les conclusions de Mme Courtois, rapporteure publique.


Considérant ce qui suit :

M. A... B... est gérant et associé de la société civile immobilière (SCI) du Pont, qui a pour objet la gestion et la location d’immeubles. La SCI du Pont a fait l’objet d’un contrôle sur pièces en 2018 à l’issue duquel, par une première proposition de rectification du 7 décembre 2018, le service a notifié à la SCI un rehaussement de son revenu foncier au titre de l’année 2015. La réclamation présentée par la SCI du Pont a donné lieu à une décision de dégrèvement du 10 janvier 2020. Par une proposition de rectification du 16 janvier 2019, le service a ensuite notifié à la SCI des rehaussements de ses revenus fonciers au titre des années 2016 et 2017. M. A... B... a fait des observations sur la proposition de rectification du 16 janvier 2019 en sa qualité de gérant de la SCI, auxquelles l’administration a répondu par un courrier du 3 août 2020, notifié le 11 septembre suivant. A l’issue d’un contrôle sur pièces de la situation fiscale personnelle de M. A... B..., par une proposition de rectification du 18 septembre 2020, une cotisation supplémentaire d’impôt sur le revenu au titre de l’année 2017 lui a été notifiée. M. A... B... a présenté des observations par un courrier du 21 novembre 2020, auxquelles il a été répondu par un courrier du 7 janvier 2021. Une cotisation supplémentaire d’impôt sur le revenu au titre de l’année 2017 et les prélèvements sociaux afférents, ont été mis en recouvrement le 30 avril 2021, pour un montant de 9 255 euros. M. A... B... a présenté une réclamation le 5 juin 2021, qui a été rejetée par une décision du 24 juin 2021. M. A... B... demande au tribunal de prononcer la décharge de l’imposition mise à sa charge.

En premier lieu, si la proposition de rectification du 16 janvier 2019 notifiant à la SCI du Pont des rehaussements de ses revenus fonciers pour les années 2016 et 2017, fait référence, en sa page 2, à l’année « 2015 », cette mention isolée doit, eu égard à l’ensemble du document et notamment aux tableaux récapitulant les conséquences financières du contrôle, qui mentionnent uniquement les années 2016 et 2017, être regardée que comme une simple erreur de plume, sans incidence sur la régularité de la procédure d’imposition de M. B... au titre de l’année 2017.

En deuxième lieu, le requérant ne peut utilement soutenir qu’il n’a pas pu bénéficier d’un véritable débat oral et contradictoire, lequel au demeurant a eu lieu, dès lors que les rehaussements qu’il conteste résultent de contrôles sur pièces et non d’une procédure de vérification ou d’examen de comptabilité.

En troisième lieu, d’une part, s’il résulte de l’instruction que la proposition de rectification du 7 décembre 2018 adressée à la SCI du Pont ne mentionnait pas la possibilité d’introduire un recours hiérarchique, cette proposition de rectification est afférente aux seuls revenus fonciers de la société au titre de l’année 2015, année d’imposition qui n’est pas en litige dans la présente instance. D’autre part, il est constant que la proposition de rectification du 16 janvier 2019 par laquelle le service a notifié des rehaussements de ses revenus fonciers à la société au titre des années 2016 et 2017 comportait bien la mention de ce recours hiérarchique, de même que la proposition de rectification adressée au requérant. Par suite, le moyen tiré de ce que M. A... B... n’aurait pas été mis en mesure de présenter un recours hiérarchique doit être écarté.

En quatrième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l’article L. 51 du livre des procédures fiscales, qui concerne les garanties attachées aux procédures de vérification ou d’examen de comptabilité, dès lors que les rehaussements qu’il conteste résultent uniquement de contrôles sur pièces.

Par ailleurs, en tout état de cause, il résulte de l’instruction, et notamment des termes des propositions de rectification adressées à la SCI du Pont et à M. B..., que les rehaussements des revenus fonciers de cette société au titre des années 2016 et 2017 résultent uniquement de la réintégration de certaines charges déduites par la SCI au titre des années 2016 et 2017, et non d’un report sur les années 2016 et 2017 d’une rectification des revenus fonciers de la société à la clôture de l’exercice 2015. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 51 du livre des procédures fiscales et du principe de non bis in idem qui s’opposeraient à ce qu’une même année d’imposition fasse l’objet de deux vérifications de comptabilité, doit être écarté.

En dernier lieu, d’une part, aux termes de l’article L. 169 du livre des procédures fiscales : « Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due. (…) ». Aux termes de l’article L. 189 de ce livre : « La prescription est interrompue par la notification d’une proposition de rectification (…) ». Eu égard à l’objet de ces dispositions, relatives à la détermination du délai dont dispose l’administration pour exercer son droit de reprise, la date d’interruption de la prescription est celle à laquelle le pli contenant la proposition de rectification a été présenté à l’adresse du contribuable.

D’autre part, aux termes de l’article L. 53 du livre des procédures fiscales : « En ce qui concerne les sociétés dont les associés sont personnellement soumis à l’impôt pour la part des bénéfices correspondant à leurs droits dans la société, la procédure de vérification des déclarations déposées par la société est suivie entre l’administration des impôts et la société elle-même. (…) ». Il ressort de la combinaison des dispositions et de celles de l’article 8 du code général des impôts que la notification régulière à une société de personnes imposable conformément à l’article 8 du code général des impôts de redressements apportés à ses résultats déclarés interrompt nécessairement la prescription à l’égard de ses associés, en tant que redevables de l’impôt sur la quote-part des résultats de la société correspondant à leurs droits dans celle-ci.

En l’espèce, il est constant que la proposition de rectification du 16 janvier 2019 concernant les revenus de la SCI du Pont au titre des années 2016 et 2017 a été notifiée à cette société le 19 janvier 2019. D’autre part, il résulte de ce qui est jugé au point 4 que la mention isolée de l’année 2015 constitue une simple erreur de plume sans incidence sur la régularité de cette proposition de rectification. Dans ces conditions, le requérant n’est pas fondé à soutenir que la proposition de rectification du 16 janvier 2019 n’aurait pas interrompu le délai de reprise de l’administration fiscale à son égard et qu’ainsi, l’imposition litigieuse était prescrite à la date de sa mise en recouvrement.

En sixième lieu, les irrégularités qui peuvent entacher la décision par laquelle l’administration fiscale rejette une réclamation contentieuse n'ont d'influence ni sur la régularité de la procédure d'imposition, ni sur le bien-fondé des impositions contestées.

En dernier lieu, aux termes de l’article L. 57 du livre des procédures fiscales : « L’administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. / (…) Lorsque l’administration rejette les observations du contribuable sa réponse doit également être motivée ».

Si M. A... B... soutient que la réponse aux observations qu’il a présentées par un courrier du 21 novembre 2020 est insuffisamment motivée dès lors que les remarques qu’il a exposées sur la déductibilité de certaines factures n’ont pas fait l’objet d’une réplique détaillée, d’une part, il résulte des termes de cette réponse du 7 janvier 2021 qu’elle précise que les observations faites par M. A... B... « ne permettent pas d’établir avec précision la nature et le lieu des travaux », répondant ainsi avec suffisamment de précision aux arguments du contribuable sur ce point, d’autre part, si le service indique que M. A... B... « n’apporte aucun élément nouveau », il ne résulte pas de l’instruction que ce dernier aurait apporté des pièces nouvelles à l’appui de ses observations. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation de la réponse aux observations de M. A... B... doit être écarté.











Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, que les conclusions à fin de décharge présentées par le requérant doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions relatives aux intérêts moratoires et à fin d’injonction, ains que celles présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. A... B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.


Délibéré après l'audience du 28 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Hamon, présidente,
- Mme Célino, première conseillère,
- Mme Barre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 décembre 2025.

La rapporteure,


Signé


C. BarreLa présidente,


Signé

P. Hamon
La greffière,

Signé


S. Ranwez

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,

La greffière


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