mercredi 26 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2405525 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SCP GROS-HICTER ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 mai et le 19 juin 2024, M. A B, désormais représenté par Me Dermenghem, de l'AARPI Géo Avocats demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 25 octobre 2023 par lequel la maire d'Evin-Malmaison a délivré au Syndicat mixte d'élimination et de valorisation des déchets (SYMEVAD) un permis de construire n° PC0623212300008 pour la construction d'un nouveau bâtiment et l'extension d'un bâtiment existant au 60 rue Mirabeau Prolongée, dans le cadre de la modernisation du centre de tri existant à cet emplacement ;
2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision par laquelle la maire a implicitement rejeté le recours gracieux qu'il a formé contre cet arrêté ;
3°) de condamner les parties adverses à lui verser une somme globale de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il peut justifier d'un intérêt donnant qualité pour contester le permis attaqué en ce que sa maison d'habitation se trouve située à 26 mètres du carrefour permettant d'accéder à ce site et à 340 mètres du terrain d'assiette, que les travaux autorisés par ce permis, comportant des excavations de terre polluée, qui ont débuté, ont pour effet de permettre l'envol des poussières chargées de plomb et de cadmium de cet ancien site industriel classé en zone 1 du projet d'intérêt général de protection de l'ancien site de Métaleurop, jusque dans son jardin alors qu'il a deux enfants en bas âge, que deux mesures d'expertise, dont l'une récente, a révélé la présence de poussières de plomb sur des éléments de ce jardin, et qu'enfin les merlons devant être créés à partir de terres contaminées seront également exposés aux vents, y compris après les travaux ;
- l'urgence qui découle déjà du commencement des travaux est en outre présumée eu égard aux dispositions combinées des articles L. 521-1 du code de justice administrative et L. 600-3 du code de l'urbanisme, la requête en référé ayant été introduite avant le délai de cristallisation des moyens présentés dans le cadre de sa requête au fond ;
- en outre, le centre de tri n'ayant pas encore atteint ses pleines capacités de traitement, il n'y a aucun intérêt public à ce que la réalisation du projet litigieux, qui n'a pas pour objet une augmentation de ces capacités, ne soit pas empêchée ;
- le permis de construire aurait dû être précédé, eu égard à la modification substantielle des conditions d'exploitation de l'installation classée constituée par le centre de tri, par une nouvelle procédure d'enregistrement à l'initiative du préfet, en application des dispositions de l'article R. 512-46-23 du code de l'environnement alors que les travaux prévoient en outre d'excaver environ 4096,5 mètres cubes de terres contaminées au plomb et au cadmium pour les stocker en merlons, cette dernière opération relevant au demeurant même de la procédure d'autorisation au titre d'un stockage de déchets dangereux ;
- le dossier de demande de permis de construire ne comportait ni le récépissé de la demande d'enregistrement, ni la notice d'incidence ou l'étude d'impact propre au régime d'autorisation et au demeurant, la case correspondante de l'imprimé Cerfa produit au dossier n'est pas cochée, ni davantage de plan de masse ou les différents éléments exigés par le projet d'intérêt général en cas d'excavation ou de confinement des terres polluées ;
- le permis délivré méconnaît les dispositions de l'arrêté préfectoral du 7 octobre 2015 instaurant le projet d'intérêt général (PIG) Métaleurop dès lors que les travaux qu'il autorise prévoient un décaissement de terrain en méconnaissance avec la règle d'interdiction des exhaussements des sols au moyen de terres polluées, le terrain se trouvant au sein de la zone 1 où la concentration dans les sols en plomb et en cadmium est la plus importante ;
- la réalisation de merlons au moyen des terres polluées décaissées ne peut être assimilée à un remblaiement, qui constitue le seul mode de réutilisation des terres polluées excavées ;
- le plan local d'urbanisme intercommunal applicable a été mis en compatibilité avec le PIG Métaleurop et dans ces conditions, ce dernier est opposable au permis contesté ;
- la version du PIG Métaleurop sur laquelle le bureau d'études a travaillé et qui est invoquée en défense, est datée de 2005, n'est plus actuelle depuis 2015, en particulier sur les zonages et les différents seuils de pollution, n'intégrant pas, en outre, la pollution du terrain au cadmium, et, par suite, en ne formulant pas des préconisations adaptées sur les conditions de réalisation des travaux d'excavation, de constitution des merlons, en particulier afin de prévenir l'envol de poussières polluées, et dans ces conditions, le service instructeur a examiné la demande sur la base de données erronées ou incomplètes, en particulier sur l'appréciation des risques ;
- le permis est, au demeurant, contraire aux dispositions de l'article R.111-2 du code de l'urbanisme eu égard au danger d'envols des poussières polluées et de stockage en merlons de déchets dangereux ;
- la décision refusant de retirer le permis contesté est elle-même illégale.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 18 et 19 juin 2024, le Syndicat mixte d'élimination et de valorisation des déchets (SYMEVAD), représenté par la SCP Manuel Gros, Héloïse Hicter, Audrey D'Halluin et associés, conclut au rejet de la requête et à la condamnation du requérant à lui verser une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le requérant ne peut se prévaloir de la qualité de voisin immédiat du projet et ne fait état d'aucun élément de nature à affecter les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien ce qui le prive d'intérêt à agir pour contester le permis attaqué, les considérations tenant au déroulement du chantier ne pouvant, à cet égard, être utilement invoquées, et alors que les capacités de l'installation, qui seront identiques, n'induiront donc aucune augmentation du trafic routier ;
- l'urgence ne peut procéder de la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision et par ailleurs, la nécessité de favoriser les mesures d'élargissement des consignes de tri des emballages plastiques, dans laquelle s'inscrit l'opération contestée, permet d'estimer qu'il existe un intérêt public à ce que la construction projetée soit achevée dans les plus brefs délais ;
- le préfet est seul compétent pour apprécier si une nouvelle demande d'enregistrement doit être déposée en cas de modification des conditions d'exploitation d'une installation classée et, en l'espèce, alors que le SYMEVAD a bien porté à la connaissance du préfet son projet, le préfet n'a pas estimé nécessaire de lui faire déposer une nouvelle demande d'enregistrement de sorte que le dossier de demande de permis de construire n'avait pas à comporter le récépissé correspondant ;
- le moyen tiré de l'insuffisance du dossier s'agissant du plan de masse ou des conditions de respect du PIG n'est pas davantage fondé ;
- le projet est situé en zone 1 AUe du plan local d'urbanisme et en zone 1 du PIG de Métaleurop, et si les articles 3.1 et 3.2. de ce dernier document permettent les exhaussements de sols avec des matériaux non pollués ils prévoient que les terres décapées peuvent être confinées sur place avec possibilité d'utilisation comme remblaiement alors en outre que le merlon envisagé sera recouvert de 50 cm de terres saines et de végétaux ;
- pour le même motif, le projet ne méconnaît pas les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;
- l'erreur du bureau d'études Artelia quant au classement du site est sans incidence sur la gestion des terres concernées, les modalités étant au demeurant identiques, quel que soit le classement et en outre, elle n'a pas induit en erreur ni la DREAL qui a émis un avis favorable ni le service instructeur sur les modalités proposées, à savoir un confinement sur place.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 juin 2024, la commune d'Evin-Malmaison représentée par Me Bodart, du cabinet Montesquieu Avocats, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de M. B à lui verser une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable, faute d'intérêt à agir de M. B dont l'habitation est éloignée de 350 mètres du site concerné, séparée de plusieurs obstacles naturels ou artificiels alors qu'il n'est pas établi que le projet affecterait ses conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien ;
- la condition d'urgence n'est pas présente, eu égard à l'intérêt public s'attachant à la réalisation du projet ;
- en vertu du principe d'indépendance des législations, le moyen tiré de l'absence de procédure d'enregistrement, à supposer cette procédure nécessaire, serait inopérant ;
- en tout état de cause, la procédure du porter à connaissance n'a pas conduit le préfet à estimer les modifications suffisamment substantielles pour exiger un nouvel enregistrement ;
- s'agissant de la gestion sur site des terres excavées, notamment en ce qui concerne les merlons, il ne s'agit pas d'une opération de stockage de déchets ;
- le moyen tiré du caractère incomplet du dossier n'est pas fondé ;
- le projet en lui-même n'est pas interdit dans la zone 1 du PIG où il est implanté ;
- le PIG autorise le confinement des terres possiblement polluées dès lors qu'elles permettent d'éviter les migrations et le projet de réalisation de merlons répond à cette faculté dès lors qu'est prévue leur couverture par une couverture verte pérenne d'au moins 20 cm d'épaisseur, ce plan de gestion ayant reçu l'avis favorable de la DREAL.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 24 avril 2024 sous le n° 2404299 par laquelle M. B demande l'annulation de l'arrêté du 25 octobre 2023.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 juin 2024 :
-le rapport de M. C ;
- les observations de Me Dermenghem, représentant M. B qui reprend le contenu de ses écritures, insistant en outre, sur le fait que c'est la question sanitaire qui justifie aussi bien son intérêt à agir, en particulier les poussières émises lors des travaux et susceptibles de l'être du fait des merlons à créer, que l'urgence à statuer, alors que les travaux ont commencé et qu'aucun intérêt public n'est susceptible de justifier leur poursuite, s'agissant seulement de moderniser et non d'accroître les capacités d'accueil du centre de tri ; s'agissant des moyens sérieux, le dossier ne comporte rien sur la manière de limiter les envols de poussières polluées durant les travaux ; pour l'interprétation du PIG, on ne saurait assimiler un exhaussement et un remblaiement ; la DREAL a validé un document établi par le bureau Artelia ne tenant pas compte de la réelle concentration de polluants dans le terrain, le plan de gestion à envisager devant nécessairement être adapté à cette dernière ;
- les observations de Me Bodart, représentant la commune d'Evin-Malmaison qui reprend le contenu de ses écritures, insistant en outre sur le fait que le lien de causalité entre les éléments polluants constatés chez le requérant et le déroulement du chantier n'est pas prouvé de sorte que son intérêt à agir n'est pas établi ;
- les observations de Me Hicter, représentant le SYMEVAD, qui reprend le contenu de ses écritures, insistant également sur le fait que n'est pas prouvé le lien de causalité entre les travaux et les pollutions constatées sur le terrain du requérant qui lui-même était inclus dans le périmètre du PIG, avant qu'il s'y installe ; il est nécessaire, en vertu de l'arrêté ministériel du 15 mars 2022 pris en application de la loi AGEC, de mettre en œuvre rapidement le nouveau dispositif de tri de déchets, ce qui doit être pris en considération s'agissant de l'appréciation de la condition d'urgence ; la réalisation de merlons par voie de remblaiement des terres polluées faisant l'objet d'un confinement répond aux prescriptions du PIG ; les imperfections du rapport Artelia sont sans incidence sur le choix de la mesure de confinement choisie ; la réception des travaux est prévue pour septembre 2024.
La clôture de l'instruction est intervenue, conformément à l'article R. 521-8 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
2. En l'état de l'instruction, aucun des moyens présentés par M. B à l'appui de sa requête tendant à l'annulation du permis de construire délivré le 25 octobre 2023 au SYMEVAD pour l'extension et la modernisation du centre de tri d'Evin-Malmaison, et, par voie de conséquence, de la décision de la maire de cette commune rejetant le recours gracieux formé contre ce permis, n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de ces décisions.
3. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer ni sur l'intérêt à agir de M. B ni sur la condition d'urgence, la requête en référé de M. B doit être rejetée.
4. M. B étant partie perdante à la présente instance, les conclusions qu'il présente sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la commune d'Evin-Malmaison et le SYMEVAD sur le même fondement.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune d'Evin-Malmaison et le SYMEVAD sur le fondement des dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à la commune d'Evin-Malmaison, et au Syndicat mixte d'élimination et de valorisation des déchets.
Fait à Lille, le 26 juin 2024
Le juge des référés
Signé
E. C
N°2405525
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026