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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2405612

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2405612

mercredi 19 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2405612
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantDANSET-VERGOTEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 mai 2024, le préfet du Pas-de-Calais demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion sans délai de Mme B C du lieu d'hébergement qu'elle occupe dans le cadre du programme régional d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, situé 12, allée Honoré de Balzac à Longuenesse (62219) ;

2°) de l'autoriser au recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du lieu d'hébergement dédié aux demandeurs d'asile afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme C à défaut pour les occupants irréguliers de les avoir emportés.

Il soutient que :

- il a qualité pour agir dès lors qu'il lui appartient de décider des mesures à mettre en œuvre pour faire cesser l'occupation sans titre d'un hébergement entrant dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 552-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les conditions relatives à l'urgence et à l'utilité de la mesure sont remplies, dès lors que les personnes qui se maintiennent dans les lieux alors qu'elles n'en ont pas le droit compromettent le fonctionnement normal du service public en ne permettant pas à ce dernier d'assurer l'objectif d'égal accès à ses usagers ;

- la demande d'expulsion, qui trouve son fondement dans les dispositions de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors que la Cour nationale du droit d'asile a rejeté le recours formé par Mme C le 15 février 2024 et que par un courrier du 29 avril 2024, notifié par accusé réception le 6 mai 2024, elle a été mise en demeure de quitter l'appartement qu'elle occupe avec ses enfants.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2024, Mme C représentée par Me Danset-Vergoten, demande au juge des référés :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) de rejeter la requête du préfet du Pas-de-Calais ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle fait valoir que :

- il appartient au préfet du Pas de Calais de démontrer que la famille en se maintenant dans le logement qui lui a été attribué empêche l'accès à un hébergement à d'autres demandeurs d'asile ;

- la mesure sollicitée méconnaît les dispositions de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles dès lors qu'aucune solution d'hébergement d'urgence adaptée à sa situation personnelle ne lui est proposée ;

- la mesure sollicitée par le préfet est attentatoire à son droit constitutionnel au logement ;

- cette mesure méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les dispositions de l'article L. 552-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues dès lors qu'elle présente une situation de particulière vulnérabilité, eu égard à son parcours migratoire très difficile et aux séquelles psychologiques qui en résultent.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Féménia, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 18 juin 2024 à 10h00, en présence de M. Deraoui, greffier, Mme Féménia, juge des référés, a lu son rapport et entendu M. A, représentant le préfet du Pas-de-Calais et Me Nadji substituant Me Danset-Vergoten, représentant Mme C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet du Pas-de-Calais demande au juge des référés saisi en application de

l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion sans délai de Mme C, ressortissante congolaise née le 13 décembre 2003, du lieu d'hébergement qu'elle occupe dans le cadre du programme régional d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, situé 12, allée Honoré de Balzac à Longuenesse.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus, relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce et compte tenu de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence, et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen " ; aux termes de l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 " ; aux termes de l'article L. 552-15 du même code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".

6. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

7. Il est constant que la mise en demeure de quitter les lieux adressée à Mme C, à la suite du rejet définitif de sa demande d'asile, est restée infructueuse. Ainsi, Mme C occupe sans droit ni titre le logement situé 12, allée Honoré de Balzac à Longuenesse mis à disposition par le CADA Mahra Le Toit. Par ailleurs, l'intéressée ne pouvait ignorer depuis la confirmation par la Cour nationale du droit d'asile du rejet de sa demande d'asile le 15 février 2024, qu'elle n'avait plus le droit d'occuper un lieu d'hébergement destiné à l'accueil de demandeurs d'asile.

8. La libération des lieux par l'intéressée de ce logement présente un caractère d'urgence et d'utilité eu égard à la circonstance que le maintien indu en centre d'accueil d'une personne dont la demande d'asile a été rejetée lèse le droit d'un demandeur d'asile en le privant notamment de l'accès à un hébergement en centre d'accueil et de l'accompagnement social et administratif durant le déroulement de la procédure d'asile, compte tenu, notamment, du nombre limité de places d'accueil dans le département du Pas-de-Calais et du nombre de demandeurs d'asile et compromet le fonctionnement normal de ce centre d'accueil.

9. Les moyens tirés de ce que la mesure d'expulsion porterait atteinte à la vie privée et familiale de Mme C ou méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'aucune solution de relogement ne lui est proposée et qu'elle se retrouvera sans solution de logement, au-delà de la prise en charge de trois jours dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence exceptionnel financé par l'Etat sont inopérants à l'appui de sa contestation relative à son droit à occuper un logement destiné aux demandeurs d'asile. Son expulsion ne se heurte ainsi à aucune contestation sérieuse.

10. En deuxième lieu, la libération des lieux par Mme C présente, eu égard aux besoins d'accueil des demandeurs d'asile et au nombre de places disponibles dans les lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile dans le département du Pas-de-Calais, un caractère d'urgence et d'utilité. Si Mme C fait état d'un parcours migratoire très difficile et de séquelles psychologiques en résultant, cette circonstance ne saurait suffire, à elle seule, à caractériser l'existence d'une situation d'extrême vulnérabilité de nature à faire obstacle au prononcé de la mesure demandée par le préfet du Pas-de-Calais. Elle ne justifie ainsi d'aucun droit à se maintenir sur le territoire français.

11. En troisième lieu, Mme C ne peut utilement se prévaloir, pour faire obstacle à la présente demande d'expulsion, du droit à l'hébergement d'urgence qu'elle tiendrait du principe constitutionnel du droit au logement de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles dès lors qu'il est constant qu'elle n'a pas formulé une telle demande. En tout état de cause, d'une part, le droit à l'hébergement d'urgence est ouvert aux personnes sans abri, ce qui n'est pas le cas de Mme C et, d'autre part, les ressortissants étrangers qui font l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ou dont la demande d'asile a été définitivement rejetée et qui doivent ainsi quitter le territoire en vertu des dispositions de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ont pas vocation à bénéficier du dispositif d'hébergement d'urgence, sauf circonstances exceptionnelles dont l'intéressée ne se prévaut pas en l'espèce.

12. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de faire droit aux conclusions du préfet du Pas-de-Calais tendant à ce que soit enjoint la libération par Mme C du logement qu'elle occupe dans le cadre du programme régional d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, situé 12, allée Honoré de Balzac à Longuenesse. Faute pour l'intéressée d'avoir libéré les lieux, l'autorité préfectorale est autorisée à donner toutes instructions utiles au gestionnaire de la structure d'accueil, afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme C à défaut pour elle d'avoir emporté ses effets personnels.

Sur les frais du litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme réclamée au titre des frais du procès par Mme C.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme C est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint à Mme C de quitter sans délai l'hébergement pour demandeurs d'asile qu'elle occupe dans le cadre du programme régional d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, situé 12, allée Honoré de Balzac à Longuenesse.

Article 3 : À défaut pour Mme C de déférer à l'injonction prononcée à l'article 2 ci-dessus, le préfet du Pas-de-Calais pourra procéder à son expulsion et à l'évacuation de ses biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls de l'intéressée.

Article 4 : Le préfet du Pas-de-Calais est autorisé à donner toutes instructions utiles afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme C, à défaut pour cette dernière d'avoir emporté ses effets personnels.

Article 5 : Les conclusions présentées par Mme C au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Une copie sera adressée pour information au préfet du Pas-de-Calais et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Fait à Lille, le 18 juin 2024.

La juge des référés,

Signé

J. FEMENIA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2405612

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