Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2405929

mercredi 19 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2405929
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 juin 2024, la société FIMJ, représentée par Me Coquerel, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution du contrat conclu entre la commune d'Ostricourt et la société MSI, ayant pour objet la location et la maintenance de matériel informatique ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Ostricourt la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu :

- la copie de la requête à fin d'annulation du contrat attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Robbe, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. La commune d'Ostricourt a lancé une consultation en vue de la passation, selon une procédure adaptée, d'un marché ayant pour objet la location et la maintenance de matériel informatique. Par la présente requête, la société FIMJ, dont l'offre a été rejetée le 27 mars 2024, au profit de celle déposée par la société MSI, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution du contrat conclu à la suite de cette procédure entre la commune d'Ostricourt et la société MSI.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

3. Pour l'application des dispositions ci-dessus reproduites de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire. Lorsqu'une collectivité publique a signé un marché malgré l'injonction du juge du référé administratif précontractuel, saisi en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, d'en suspendre la signature, et que l'entreprise évincée introduit, sur le fondement de l'article L. 521-1 du même code, un référé tendant à la suspension de l'exécution du marché, comme elle en a la faculté, la condition d'urgence posée par ces dernières dispositions est présumée établie.

4. En l'espèce, ainsi que l'avait déjà relevé le juge des référés du tribunal administratif de Lille dans son ordonnance n° 2403577 du 13 mai 2024, l'acte d'engagement du marché en litige, pour l'attribution duquel la société FIMJ avait présenté une offre, a été signé avec la société MSI le 29 mars 2024, soit antérieurement à l'enregistrement de sa requête tendant à l'annulation de la procédure de passation sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative. Dans ces conditions, la présomption d'urgence mentionnée au point précédent ne trouve pas à s'appliquer.

5. Pour justifier l'urgence qui s'attache, selon elle, à suspendre l'exécution du contrat en litige, la société FIMJ, titulaire du précédent marché de location et de maintenance de matériel informatique de la commune, soutient que la société MSI ne dispose pas des capacités techniques pour exécuter le marché en litige, de sorte que, à terme, l'incapacité de la société MSI à exécuter ses obligations contractuelles entraînera un blocage complet du fonctionnement des services de la commune. Toutefois, ces seuls éléments, se rapportant exclusivement à la situation de la commune, ne permettent pas d'établir, en l'absence de documents comptables ou financiers, que l'exécution du marché en cause porterait une atteinte suffisamment grave et immédiate à la situation financière ou à l'exercice même de l'activité de la société requérante, seules circonstances étant à même de caractériser l'existence d'une situation d'urgence. Par suite, la condition d'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition tenant au doute sérieux est remplie, qu'il y a lieu de rejeter la requête, y compris les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la société FIMJ est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société FIMJ.

Une copie sera adressée pour information à la commune d'Ostricourt.

Fait à Lille, le 19 juin 2024.

Le juge des référés,

Signé

J. ROBBE

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2405929