Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2406025

mardi 25 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2406025
TypeDécision
RecoursPlein contentieux

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 juin 2024, la société Ambulances de l'Avesnois, représentée par Me Bianchi, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 17 avril 2024 par laquelle le directeur général de l'Agence régionale de santé Hauts-de-France a refusé le transfert d'autorisations de mise en service de deux véhicules automobiles immatriculés FY-963-ZK et FY-833-ZK de la société Nord Aisne Ambulance vers la société Ambulances de l'Avesnois, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) de mettre à la charge de l'Agence régionale de santé Hauts-de-France la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- La condition d'urgence est satisfaite dès lors que depuis la cession du fonds de commerce de la société Nord Aisne Ambulance intervenue le 1er février 2024 elle n'a eu la possibilité de ne faire circuler que 4 véhicules parmi les 6 qui lui ont été cédés. Elle perdrait 270 000 euros sur l'année si la situation perdurait, fragilisant ainsi sa situation financière. La décision litigieuse porte en outre atteinte aux objectifs fixés par la réglementation et notamment par ceux prévus à l'article R. 6312-30 du code de la santé publique ;

- La décision litigieuse est entachée d'un vice d'incompétence ;

- En considérant que le transfert de l'autorisation de mise en service (AMS) au profit du cessionnaire n'était pas possible dès lors que le cédant n'était pas propriétaire des véhicules au moment de la cession, l'ARS ne s'est pas conformée à l'application de l'article R. 6312-17 II 2° du code de la santé publique, ajoutant d'elle-même un motif de refus qui n'est pas prévu ;

- En exigeant que la cession du véhicule soit obligatoirement effectuée par le " titulaire de l'autorisation de mise en service ", l'administration s'est méprise sur l'application de l'article R. 6312-17 II 1° du code de la santé publique. Il était indifférent que la cession desdits véhicules soit effectuée via la société BCPE LEASE ou par la société Nord Aisne Ambulance ;

- Les autorisations de mise en service restant attachées au véhicule et non à la personne détenant l'agrément, le transfert du droit d'usage résultait du transfert de propriété au bénéfice du cessionnaire ;

- Le cessionnaire agréé comme entreprise de transports sanitaires par l'ARS étant devenu propriétaire de véhicules disposant d'autorisations initiales de mise en service, il était demandé de manière conforme le transfert à l'ARS ;

- La décision litigieuse porte une atteinte disproportionnée aux objectifs prévus par l'article R. 6312-30 du code de la santé publique mais également à la situation financière d'une entreprise de transports sanitaires agréée.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 juin 2024, l'Agence régionale de santé Hauts-de-France, représentée par son directeur, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- La condition d'urgence n'est pas satisfaite dès lors que la requérante n'apporte à l'appui de sa requête aucun élément relatif notamment à sa situation financière permettant de justifier que la décision du directeur général de l'ARS du 17 avril 2024 mettrait en péril de façon sérieuse la poursuite de son activité ou entraînerait un préjudice difficilement réparable. De plus, elle n'apporte aucun élément permettant de montrer une tension particulière pour la prise en charge des patients via ce type de véhicule sur le secteur concerné ;

- Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque en fait ;

- C'est le II de l'article R. 6312-37 du code de la santé publique qui précise les conditions dans lesquelles une AMS peut être transférée dans le cadre d'une cession ;

- Les modifications apportées à la cession initialement prévue par la promesse de vente du fonds de commerce ont rendu impossible le transfert des AMS faute d'une cession des véhicules ou de leur droit d'usage entre la requérante et le cédant, bénéficiaire des AMS. Les liens entre la société Nord Aisne Ambulances et ces véhicules étaient rompus, faute de reprise du crédit-bail par la requérante permettant à la société Nord Aisne Ambulances de céder le droit d'usage. Ainsi, le directeur général de l'ARS n'étant pas soumis aux motifs listés à l'article R. 6312-37 du code de la santé publique, il n'a pas commis d'erreur de droit en refusant les transferts sollicités ;

- Du fait qu'il n'y a eu ni cession de ces véhicules ni cession de leur droit d'usage entre la société Nord Aisne Ambulances, titulaire des AMS, et la requérante, cette dernière ne pouvait plus se prévaloir des dispositions de l'article R. 6312-37 du code de la santé publique pour obtenir la délivrance des AMS qui concernaient anciennement ces véhicules. Par ailleurs, une AMS est liée à une personne qui doit être titulaire d'un agrément de transport sanitaire, et non à un véhicule. Ce n'est que dans le cadre d'une cession du véhicule ou du droit d'usage de celui-ci que l'AMS peut changer de titulaire, sur accord du directeur général de l'ARS ;

- Le principe de proportionnalité ne peut trouver à s'appliquer puisqu'il ne s'agit ni d'une sanction, ni de l'édiction d'une norme, ni encore de l'atteinte à un droit fondamental.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 11 juin 2024 sous le n° 2406032 par laquelle la société Ambulances de l'Avesnois demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 25 juin 2024 à 10h30 en présence de Mme Blanc, greffière d'audience, M. B a lu son rapport et entendu :

- Les observations de Me Bianchi, avocat représentant la société Ambulances de l'Avesnois, qui a développé son argumentation écrite ;

- Les observations de Mme A, juriste au sein du service des affaires juridiques de la direction de la stratégie et des territoires de l'ARS, représentant l'ARS, qui a développé son argumentation écrite.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La société Ambulances de l'Avesnois demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 17 avril 2024 par laquelle le directeur général de l'Agence régionale de santé Hauts-de-France a refusé le transfert à son profit d'autorisations de mise en service de deux véhicules automobiles immatriculés FY-963-ZK et FY-833-ZK.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

" Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués par la société Ambulances de l'Avesnois n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition d'urgence est remplie, les conclusions à fin de suspension de l'exécution de ladite décision doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

4. La société Ambulances de l'Avesnois étant partie perdante dans la présente instance, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Agence régionale de santé Hauts-de-France soit condamnée à verser une somme au titre desdites dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la société Ambulances de l'Avesnois est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Ambulances de l'Avesnois, au directeur général de l'Agence régionale de santé Hauts-de-France et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Fait à Lille, le 25 juin 2024.

Le juge des référés,

Signé

M. B

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,