jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2406706 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 juin 2024, le centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) de Lille demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion de Mme C A et de tous les occupants de son chef du logement qu'elle occupe sans droit ni titre dans la résidence universitaire Bas Liévin, située 48/50 rue du Bas-Liévin à Lille (59000) ;
2°) d'ordonner à Mme A de lui restituer les clés du logement et de la boîte aux lettres ainsi que son badge d'accès.
Il fait valoir que :
- les arriérés de loyers impayés depuis plusieurs mois ont justifié la mise en œuvre d'une procédure d'exclusion de son droit à occuper le logement et une mise en demeure, restée vaine, de le quitter et d'en restituer les clés ;
- son maintien dans les lieux nuit à la continuité du service public du logement étudiant et les règles applicables en matière de gestion du domaine public font obstacle à ce que soit accordé un délai pour libérer les lieux.
Par un mémoire enregistré le 12 juillet 2024, Mme C A demande au juge des référés de suspendre l'exécution de la mesure d'expulsion et de lui accorder un délai pour s'acquitter des dettes accumulées.
Elle fait valoir que l'arriéré de loyers est du à la perte de son emploi " étudiant " et à des dépenses médicales imprévues, qu'elle a commencé à rembourser sa dette selon un échéancier mis en place avec le service du recouvrement et que son expulsion aurait des conséquences désastreuses sur sa situation académique et personnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus lors de l'audience publique qui s'est tenue le 15 juillet 2024, en présence de Mme Baudry, greffière :
- le rapport de M. Kolbert, juge des référés ;
- les observations de Mme B, représentant le CROUS, qui reprend le contenu de ses écritures et actualise le montant de la dette à 2 180 euros en juillet 2024 ;
- et les observations de Mme A qui reprend les explications présentées dans son mémoire.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré, présentée par Mme A, a été enregistrée le 17 juillet 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.
2. Il incombe au juge administratif, saisi d'un litige relatif à l'expulsion d'un occupant d'un logement situé dans une résidence gérée par un CROUS, de prendre en compte, d'une part, la nécessité d'assurer le fonctionnement normal et la continuité du service public dont cet établissement public a la charge et, d'autre part, la situation de l'occupant en cause ainsi que les exigences qui s'attachent au respect de sa dignité et de sa vie privée et familiale. Il en va notamment ainsi lorsque, saisi d'une demande d'expulsion en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, le juge des référés apprécie, pour décider s'il y a lieu d'y faire droit, si les conditions d'utilité et d'urgence posées par cet article sont remplies.
3. D'une part, il résulte de l'instruction que Mme A a bénéficié, à compter du 14 novembre 2022, d'une convention d'occupation d'un logement au sein de la résidence Bas Liévin (59000) gérée par le CROUS de Lille. Elle a été destinataire, le 9 janvier 2024, d'une décision l'excluant de ce logement pour défaut persistant et cumulé de paiement de son loyer. Depuis le 1er février 2024, elle occupe ce logement sans droit ni titre et demeure débitrice à l'égard du CROUS d'une somme de 2 180 euros correspondant à ses loyers impayés. Elle n'a pas davantage déféré à la mise en demeure de quitter le logement en date du 15 mars 2024. Si Mme A explique cette situation par la perte de son emploi étudiant et des ennuis de santé, elle n'en justifie pas et n'établit pas davantage que le plan de remboursement de sa dette, à raison de 50 euros par mois, lui permettrait d'en apurer le montant à brève échéance. En conséquence, la demande présentée par le CROUS de Lille doit être regardée comme ne se heurtant à aucune contestation sérieuse et ne portant pas atteinte au respect de la dignité et de la vie privée de l'intéressée.
4. D'autre part, l'évacuation de Mme A présente un caractère d'urgence et d'utilité, eu égard notamment à la circonstance que sa présence dans les lieux fait obstacle à l'accomplissement de la mission de service public de logement des étudiants dont est chargé l'établissement public, qui se trouve empêché de disposer du logement en cause pour pourvoir aux nombreuses demandes émanant d'autres étudiants en attente d'un logement.
5. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à Mme A d'évacuer le logement qu'elle occupe, y compris ses biens, de restituer les clefs du logement et de la boîte aux lettres ainsi que le badge d'accès à la résidence, au plus tard le 31 juillet 2024, le CROUS de Lille étant autorisé, à défaut d'exécution de celle-ci, à procéder à son expulsion ainsi qu'à celle de tous occupants de son chef aux frais, risques et périls de l'intéressée.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à Mme A de libérer, au plus tard le 31 juillet 2024, le logement qu'elle occupe sans droit ni titre dans la résidence universitaire Bas Liévin, située 48/50 rue du Bas-Liévin à Lille (59000). A défaut pour elle de déférer à cette injonction dans le délai imparti, le CROUS de Lille pourra procéder à son expulsion, ainsi qu'à celle de tous occupants de son chef, aux frais, risques et périls de l'intéressée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée au centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) et à Mme C A.
Fait à Lille, le 18 juillet 2024.
Le juge des référés,
signé
E. Kolbert
La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026