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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2406864

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2406864

vendredi 9 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2406864
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantCOLSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 et 16 juillet 2024, M. et Mme B A, représentés par la société Edifices avocats, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 7 septembre 2023 par lequel le maire de la commune du Touquet-Paris-Plage a délivré à M. D C un permis de construire une habitation individuelle avec piscine sur un terrain situé 129 allée des Roses sur le territoire communal, ainsi que celle de la décision portant rejet de leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune du Touquet-Paris-Plage une somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les formalités prévus par l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ont été accomplies ;

- le délai de recours contentieux a été prorogé eu égard au recours gracieux rejeté par décision du 18 décembre 2023 ;

- ils disposent d'un intérêt à agir en leur qualité de propriétaires voisins immédiats du terrain d'assiette du projet ;

- la condition d'urgence est présumée satisfaite en application des dispositions de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme dès lors que la décision attaquée constitue un permis de construire et qu'aucune circonstance particulière n'est de nature à faire échec à cette présomption ;

- l'arrêté attaqué signé par la sixième adjointe en charge de l'urbanisme qui n'était pas compétente, le maire, qui était présent sur le territoire de la commune le 7 septembre 2023 pour assister à l'inauguration d'un complexe hôtelier, et ses cinq premiers adjoints n'étant pas empêchés le jour de son édiction ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 421-4 du code de l'urbanisme en raison de l'illégalité de l'arrêté de déclaration préalable en date du 18 août 2023 par lequel le maire ne s'est pas opposé à la coupe et l'abattage de nombreux arbres sur le terrain d'assiette du projet ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 425-6 du code de l'urbanisme en l'absence d'autorisation de défrichement, sans que les circonstances que les parcelles constituant le terrain d'assiette du projet soient classées en zone urbaine, qu'elles appartiennent à un lotissement et que les arbres aient déjà été détruits n'aient d'incidence sur leur destination forestière et alors qu'elles sont situées en continuité d'une vaste surface boisée dénommée " la plaine aux Biches " qui est un espace boisé classé pour l'application du plan local d'urbanisme (PLU) communal ;

- il a été délivré en méconnaissance du dispositif de " clause-filet " prévu à l'article R. 122-2-1 du code de l'environnement eu égard aux incidences du projet sur l'environnement tenant au défrichement qu'il induit ;

- le projet litigieux, dont le terrain d'assiette constitue un " espace paysager protégé " pour l'application des articles L. 151-19 et L. 151-23 du code de l'urbanisme, méconnaît les dispositions générales des chapitres 2 et 3 du règlement du PLU en tant qu'il ne prévoit pas de mesure de compensation à la suppression de l'espace végétalisé qu'il induit et de mesures de remplacement des 88 arbres de haute tige abattus ;

- il méconnaît les dispositions générales du règlement du PLU qui ont pour objet de préserver la dominante végétale de la parcelle et les plantations existantes en tant qu'est autorisé l'abattage de nombreux arbres de haute tige implantés sur le terrain d'assiette du projet ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions du point 3.2 du règlement du PLU applicable en zone Udb et les dispositions générales de ce même règlement dès lors que le terrain d'assiette du projet n'est pas raccordé par des canalisations souterraines au réseau collectif d'assainissement et que le projet prévoit un système d'assainissement non collectif, sans que le pétitionnaire ne puisse utilement se prévaloir de l'absence de réseau d'assainissement collectif et des termes du rapport de présentation du PLU qui n'est pas opposable à la délivrance d'une autorisation d'urbanisme ni invoquer une éventuelle illégalité du PLU sur ce point dès lors qu'en application des dispositions combinées des articles L. 1331-1 et suivants du code de la santé publique et des articles L. 2224-8 et L. 2224-10 du code général des collectivités territoriales, la collectivité publique compétente est tenue de prendre en charge les travaux d'extension du réseau public d'assainissement, le terrain d'assiette du projet étant classé dans une zone d'assainissement collectif ;

- l'arrêté attaqué a été obtenu par fraude en raison d'une présentation tronquée des travaux envisagés qui, après leur réalisation, aboutissent à un déboisage de plus de 2 000 m² ;

- le projet méconnaît les dispositions applicables au sein du site patrimonial remarquable secteur " forêt " en tant qu'il prévoit la suppression de 40% de la végétation des parcelles ;

- le PLU communal, dont l'illégalité est invoquée par voie d'exception, est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en tant qu'il ne classe pas les parcelles cadastrées 826 AV 29 et 30 en tant qu'espace boisé classé pour l'application de l'article L. 121-27 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté litigieux méconnaît les dispositions de l'article R. 121-4 du code de l'urbanisme en tant que le terrain d'assiette du projet constitue un espace remarquable eu égard notamment à son intérêt biologique en raison de la présence sur celui-ci d'une espèce protégée, la primevère acaule, de deux espèces patrimoniales, le daphné lauréaole et le peuplier noir et alors que 11 espèces d'oiseaux ont été dénombrées sur le site dont 8 protégés ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions du règlement du PLU applicable en zone UDb dès lors que l'emprise au sol du projet est supérieure à 15% de la surface du terrain d'assiette, les terrasses à construire devant être prises en compte pour déterminer cette emprise en raison de leur surélévation par rapport au niveau naturel du sol.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2024, la commune du Touquet-Paris-Plage, représentée par Me Colson, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient :

- à titre principal, que la requête en annulation n'est pas recevable en raison de l'absence d'intérêt pour agir des requérants et que leur demande de suspension est par suite manifestement mal fondée ;

- à titre subsidiaire, que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens invoqués n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juillet 2024, M. D C, représenté par la SELARL Delahousse et associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête en annulation n'est pas recevable en raison de l'absence d'intérêt pour agir des requérants et leur demande de suspension est par suite manifestement mal fondée ;

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- aucun des moyens invoqués n'est de nature à créer un doute sérieux en ce qui concerne la légalité de l'arrêté contesté.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 19 février 2024 sous le n° 2401737 par laquelle M. et Mme A demandent l'annulation de l'arrêté attaqué.

Vu :

- le code forestier ;

- le code de l'environnement ;

- le code du patrimoine ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Chevaldonnet, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 16 juillet 2024 à 14h15, M. Chevaldonnet a lu son rapport et entendu ;

- les observations de Me Balaÿ et Me Roels, représentant M. et Mme A, qui concluent aux mêmes fins que leur requête par les mêmes moyens ;

- les observations de Me Colson, représentant la commune du Touquet-Paris-Plage, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures par les mêmes moyens ;

- les observations de Me Delahousse, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré présentée pour M. et Mme A a été enregistrée le 19 juillet 2024.

Une note en délibéré présentée pour M. C a été enregistrée le 22 juillet 2024.

Une note en délibéré présentée pour la commune du Touquet-Paris-Plage a été enregistrée le 22 juillet 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Par leur requête, M. et Mme A demandent au juge des référés, d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 7 septembre 2023 par lequel le maire de la commune du Touquet-Paris-Plage a délivré à M. C un permis de construire une habitation individuelle avec piscine sur un terrain situé 129 allée des Roses sur le territoire communal, ainsi que celle de la décision portant rejet de leur recours gracieux ;

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens mentionnés dans les visas de la présente ordonnance n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.

4. Par suite et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'une situation d'urgence, les conclusions à fin de suspension présentées par M. et Mme A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. et Mme A la somme que la commune du Touquet-Paris-Plage et M. C demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les dispositions du même article font par ailleurs obstacle à ce que la somme demandée à ce titre par M. et Mme A soit mise à la charge de la commune du Touquet-Paris-Plage, qui n'est pas la partie perdante.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune du Touquet-Paris-Plage et de M. C présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme B A, à la commune du Touquet-Paris-Plage et à M. D C.

Fait à Lille, le 9 août 2024.

Le juge des référés,

Signé

B. Chevaldonnet

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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