mercredi 23 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2409172 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 avril 2024, Mme B A demande au tribunal d'annuler la décision du 21 février 2024 par laquelle le conseil départemental du Pas-de-Calais a refusé toute participation aux frais d'hébergement de sa mère, Paulette C, dans l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) de Doullens.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu la délégation donnée par le président du tribunal administratif de Lille à M. Cotte, vice-président, en application des dispositions du décret n° 2015-233 du 27 février 2015 relatif au Tribunal des conflits et aux questions préjudicielles, et notamment le 1er alinéa de son article 32.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'organisation judiciaire et, notamment, le tableau IV et le tableau VIII-III annexés ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le décret n° 2015-233 du 27 février 2015 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 21 février 2024, le président du conseil départemental du Pas-de-Calais a refusé de participer au financement des frais d'hébergement de Mme C au sein de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) de Doullens. Par sa requête, Mme A, fille de Mme C et désignée tutrice de sa mère par ordonnance du juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire d'Arras, demande au tribunal d'annuler cette dernière décision.
2. D'une part, aux termes de l'article 205 du code civil : " Les enfants doivent des aliments à leurs père et mère ou autres ascendants qui sont dans le besoin ". Aux termes de l'article L. 132-6 du code de l'action sociale et des familles : " Les personnes tenues à l'obligation alimentaire instituée par les articles 205 et suivants du code civil sont, à l'occasion de toute demande d'aide sociale, invitées à indiquer l'aide qu'elles peuvent allouer aux postulants et à apporter, le cas échéant, la preuve de leur impossibilité de couvrir la totalité des frais / () / La proportion de l'aide consentie par les collectivités publiques est fixée en tenant compte du montant de la participation éventuelle des personnes restant tenues à l'obligation alimentaire. La décision peut être révisée sur production par le bénéficiaire de l'aide sociale d'une décision judiciaire rejetant sa demande d'aliments ou limitant l'obligation alimentaire à une somme inférieure à celle qui avait été envisagée par l'organisme d'admission. La décision fait également l'objet d'une révision lorsque les débiteurs d'aliments ont été condamnés à verser des arrérages supérieurs à ceux qu'elle avait prévus ".
3. D'une part, aux termes de l'article L. 134-3 du code de l'action sociale et des familles : " Le juge judiciaire connaît des litiges : 1° Résultant de l'application de l'article L. 132-6 () ". Aux termes de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire : " Des tribunaux judiciaires spécialement désignés connaissent : () 2° Des litiges relevant de l'admission à l'aide sociale mentionnés à l'article L. 134-3 du code de l'action sociale et des familles () ".
4. Il résulte de la combinaison des dispositions citées ci-dessus qu'il n'appartient qu'au tribunal judiciaire spécialement désigné de connaître des recours des obligés alimentaires qui entendent contester les décisions prises par l'Etat ou le département quant à la fixation de leur participation en fonction de celle des personnes restant tenues à l'obligation alimentaire. La décision contestée rejette la demande d'aide sociale à l'hébergement à compter du 1er janvier 2024, au motif que les ressources de Mme C augmentées de l'aide possible des obligés alimentaires permettent de faire face aux frais d'hébergement. Mme A qui fait valoir qu'il manque 700 euros par mois pour financer l'EHPAD et que ses parents ont eu quatorze enfants demande que l'ensemble de ses frères et sœurs soient déclarés redevables d'une participation au financement des frais d'hébergement de sa mère. Ce litige implique que soient déterminées toutes les personnes tenues à une obligation alimentaire envers Mme C, ainsi que le montant qu'ils sont en mesure d'allouer pour couvrir la totalité des frais d'hébergement. Dès lors, la requête de Mme A, dirigée contre cette décision, ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative mais de celle du juge judiciaire.
5. Aux termes de l'article 32 du décret n° 2015-233 du 27 février 2015 : " Lorsqu'une juridiction de l'ordre judiciaire ou de l'ordre administratif décline la compétence de l'ordre de juridiction auquel elle appartient au motif que le litige ne ressortit pas à cet ordre, elle renvoie les parties à saisir la juridiction compétente de l'autre ordre de juridiction. Toutefois, lorsque la juridiction est saisie d'un contentieux relatif à l'admission à l'aide sociale tel que défini par le code de l'action sociale et des familles ou par le code de la sécurité sociale, elle transmet le dossier de la procédure, sans préjuger de la recevabilité de la demande, à la juridiction de l'autre ordre de juridiction qu'elle estime compétente par une ordonnance qui n'est susceptible d'aucun recours. () ". L'article R. 142-10 du code de la sécurité sociale prévoit, en ce qui concerne la procédure applicable aux litiges mentionnés à l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire précité, que : " Le tribunal compétent est celui dans le ressort duquel se trouve le domicile du bénéficiaire () ".
6. En application de ces dispositions et de celles des tableaux IV et VIII-III annexés au code de l'organisation judiciaire, il y a lieu de transmettre sans délai au tribunal judiciaire d'Amiens la requête de Mme A.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A est transmise avec le dossier au tribunal judiciaire de Amiens.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée au président du tribunal judiciaire de Amiens et à Mme B A.
Fait à Lille, le 23 octobre 2024.
Le président,
signé
O. Cotte
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026