jeudi 3 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2409545 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Oriane Cabaret, demande au juge des référés :
1°) statuant sur le fondement de l'article L. 911-7 du code de justice administrative, de liquider l'astreinte fixée par l'ordonnance du juge des référés du tribunal n° 2400736 du 8 avril 2024, pour la période du 9 mai 2024 jusqu'à la date de l'ordonnance à intervenir ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un mémoire enregistré le 23 septembre 2024, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- le 31 mai 2024, alors que M. A était en situation régulière sur le territoire français, il a décidé de délivrer à M. A une carte de résident valable du 13 mai 2024 au 12 mai 2034 ;
- le délai de fabrication de ce titre de séjour ne lui est pas imputable.
Vu :
- l'ordonnance n° 2400736 du 8 avril 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Lille ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Huguen, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 septembre 2024 :
- le rapport de M. Huguen ;
- les observations de Me Hau, pour le préfet du Nord, qui a conclu aux mêmes fins que son mémoire en défense par les mêmes moyens.
M. A n'étant ni présent ni représenté, Me Cabaret, empêchée et excusée.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant afghan, né le 15 avril 1992 à Jar-E-Khosk (Emirat islamique d'Afghanistan), est entré en France en 2019. Par une décision du 17 octobre 2021, le directeur général de l'office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) lui a reconnu la qualité de réfugié. M. A a sollicité la délivrance d'une carte de résident de dix ans en qualité de réfugié et été rendu destinataire d'un récépissé de cette demande, valable jusqu'au 15 décembre 2022, puis d'une attestation de prolongation d'instruction, valable du 4 octobre 2023 au 3 janvier 2024. Par une ordonnance n° 2400736 du 8 avril 2024, le juge des référés du tribunal administratif de Lille a, d'une part, suspendu l'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Nord sur la demande de M. A tendant à la délivrance de la carte de résident, d'autre part, enjoint au préfet du Nord de procéder à un nouvel examen de la demande de M. A et de prononcer une nouvelle décision expresse à son issue, dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance et, dans l'attente, de délivrer à l'intéressé dans le délai de trois jours à compter de cette notification, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, valable jusqu'à ce que ce nouvel examen ait été effectué, sous astreinte de 100 euros par jour de retard. Le 31 mai 2024, le préfet du Nord a décidé de délivrer à M. A une carte de résident valable du 13 mai 2024 au 12 mai 2034. M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 911-7 du code de justice administrative, d'ordonner la liquidation provisoire de l'astreinte prononcée par l'ordonnance n° 2400736 du 8 avril 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Lille, pour la période du 9 mai 2024 jusqu'à la date de l'ordonnance à intervenir.
Sur les conclusions tendant, sur le fondement de l'article L. 911-7 du code de justice administrative, à la liquidation de l'astreinte :
2. Aux termes de l'article L. 911-6 du code de justice administrative : " L'astreinte est provisoire ou définitive. Elle doit être considérée comme provisoire à moins que la juridiction n'ait précisé son caractère définitif. Elle est indépendante des dommages et intérêts ". Aux termes de son article L. 911-7 : " En cas d'inexécution totale ou partielle ou d'exécution tardive, la juridiction procède à la liquidation de l'astreinte qu'elle avait prononcée. / Sauf s'il est établi que l'inexécution de la décision provient d'un cas fortuit ou de force majeure, la juridiction ne peut modifier le taux de l'astreinte définitive lors de sa liquidation. / Elle peut modérer ou supprimer l'astreinte provisoire, même en cas d'inexécution constatée ".
3. L'astreinte a pour finalité de contraindre la personne qui s'y refuse à exécuter les obligations qui lui ont été assignées par une décision de justice. Sa liquidation a pour objet de tirer les conséquences du refus ou du retard mis à exécuter ces obligations. Il appartient au juge qui a assorti d'une astreinte l'injonction faite à l'une des parties, de statuer sur les conclusions tendant à ce que cette astreinte soit liquidée. Il peut alors procéder à cette liquidation s'il constate que les mesures qu'il avait prescrites n'ont pas été exécutées ou l'ont été tardivement. Il peut la modérer ou la supprimer compte tenu notamment des diligences accomplies par les parties en vue de procéder à l'exécution de la chose ordonnée, sans toutefois pouvoir remettre en cause les mesures décidées par le dispositif de la décision juridictionnelle dont l'exécution est demandée. Toutefois, si l'administration justifie avoir adopté, en lieu et place des mesures provisoires ordonnées par le juge des référés, des mesures au moins équivalentes à celles qu'il lui a été enjoint de prendre, le juge de l'exécution peut, compte tenu des diligences ainsi accomplies, constater que l'ordonnance du juge des référés a été exécutée.
4. Il résulte de l'instruction que le préfet du Nord a, le 31 mai 2024, décidé de délivrer à M. A un certificat de résidence de dix ans valable jusqu'au 12 mai 2034. Il résulte également de l'instruction que ce titre est en cours de fabrication par l'Imprimerie nationale. Dès lors, le préfet du Nord doit être regardé comme avoir, le 31 mai 2024, procédé à l'exécution complète de l'injonction prononcée par l'ordonnance du 8 avril 2024, soit avec un retard de 22 jours par rapport au délai qui lui avait été prescrit par l'ordonnance n° 2400736 du 8 avril 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Lille. Toutefois, il y a lieu, dès lors que le préfet du Nord a, antérieurement à l'introduction de la requête, pris la décision de délivrer à M. A une carte de résident avec, certes, un retard de 22 jours, de rejeter les conclusions de la requête tendant à la liquidation de l'astreinte fixée par l'ordonnance du juge des référés du tribunal n° 2400736 du 8 avril 2024.
Sur les frais liés au litige :
5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée à Me Oriane Cabaret et au préfet du Nord.
Fait à Lille, le 3 octobre 2024.
Le juge des référés,
signé
O. HUGUEN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026