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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2409630

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2409630

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2409630
TypeDécision
RecoursPlein contentieux

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille, statuant en référé, a été saisi par un étudiant en médecine contestant la délibération du jury de seconde session de deuxième année qui l'a ajourné, l'empêchant d'accéder à la troisième année. Le requérant invoquait notamment l'absence de convocation à une épreuve de rattrapage et une méconnaissance du principe d'égalité. Le juge des référés a rejeté la demande de suspension, estimant que la condition d'urgence n'était pas suffisamment établie, car le requérant n'a pas démontré que la décision contestée portait une atteinte grave et immédiate à sa situation, au regard notamment de son état de santé et des conséquences financières alléguées. La décision s'appuie sur l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 septembre 2024, M. D A, représenté par Me Antoine Fouret, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la délibération du jury de seconde session de deuxième année du premier cycle des études médicales de l'université catholique de Lille, révélée par son bulletin de notes du 21 août 2024 ;

2°) d'enjoindre à l'université catholique de Lille de reconvoquer le jury afin de faire naître une nouvelle délibération validant sa deuxième année de formation générale en sciences médicales pour l'autoriser à poursuivre ses études en troisième année ;

3°) à défaut, d'enjoindre à l'université catholique de Lille, d'une part, de le convoquer à une épreuve de remplacement des rattrapages de l'unité d'enseignement (UE) " anatomie ", d'autre part, de convoquer le jury pour délibérer sur les résultats de cette épreuve de remplacement ;

4°) à défaut, d'enjoindre à l'université catholique de Lille de procéder à un nouvel examen de sa situation ;

5°) de mettre à la charge de l'université catholique de Lille le versement de la somme de 3 600 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors, d'une part, que la délibération attaquée compromet son passage en troisième année dont les cours ont débuté le 2 septembre 2024 et dont les premiers examens se dérouleront entre le 20 septembre 2024 et le 7 octobre 2024, d'autre part, que le redoublement d'une année constitue un obstacle dans la poursuite de son cursus universitaire et entraîne des conséquences financières lourdes, enfin, que son état de santé, à savoir un trouble de l'attention et de l'hyperactivité, s'est trouvé altéré par le stress chronique engendré par cette situation ;

- n'avoir pas été rendu destinataire de la convocation à l'épreuve de rattrapage de l'UE " anatomie " :

- n'avoir pas été mis en mesure de s'assurer de la nécessité de se présenter à l'épreuve de rattrapage de l'UE " anatomie " ;

- aucune convocation aux épreuves écrites de session de rattrapage n'a été effectuée par voie d'affichage sur des panneaux réservés à cet effet ;

- les résultats ont été publiés en méconnaissance des dispositions de l'article 11 de l'arrêté du 22 mars 2011 relatif au régime des études en vue du diplôme de formation générale en sciences médicales, en ce que la publication des résultats a été effectuée le 29 juillet 2024, soit postérieurement à la session des épreuves de rattrapage ;

- la compensation aurait dû lui permettre de valider la deuxième année de ses études médicales, conformément à l'article 15 de l'arrêté du 1er août 2011 régissant les licences en l'absence de règles particulières ;

- la délibération attaquée a été prise en méconnaissance du principe d'égalité, dès lors que seuls 18 des 50 étudiants qui ne répondaient pas aux conditions de validation de la deuxième année des études de médecine, ont été admis à redoubler.

Vu :

- les autres pièces du dossier, et notamment les pièces produites par l'université catholique de Lille à l'audience ;

- la requête n° 2409637 enregistrée le 17 septembre 2024 par laquelle M. A demande l'annulation de la délibération attaquée ;

Vu :

- le code de l'éducation ;

- l'arrêté du 22 mars 2011 relatif au régime des études en vue du diplôme de formation générale en sciences médicales ;

- l'arrêté du 1er août 2011 régissant les licences en l'absence de règles particulières ;

- le règlement des études pour l'année universitaire 2023/2024 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Huguen, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 octobre 2024 :

- le rapport de M. Huguen ;

- les observations de Me Barrau Azema, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens ;

- les observations de Mme B et de Mme C, en qualité de sachantes, pour l'université catholique de Lille ;

- les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin de suspension :

1. M. D A, lors de l'année universitaire 2023/2024, était étudiant de deuxième année du premier cycle des études médicales de l'université catholique de Lille. Par une délibération révélée par son bulletin de notes du 21 août 2024, le jury de seconde session de deuxième année de la formation générale en sciences médicales de l'université catholique de Lille a ajourné le passage en troisième année de M. A au motif que, faute de s'être présenté à l'épreuve de rattrapage de l'unité d'enseignement (UE) " anatomie ", il n'avait pas validé cette unité. M. A demande au juge des référés de prononcer la suspension de l'exécution de cette délibération.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. Considérant que la délibération du jury de seconde session de deuxième année de la formation générale en sciences médicales de l'université catholique de Lille a pour effet de priver M. A de la possibilité de poursuivre ses études en troisième année du premier cycle des études médicales, la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit, compte tenu de la circonstance que la rentrée universitaire 2024/2025 a eu lieu le 2 septembre 2024 et que les premiers examens doivent se dérouler entre le 20 septembre 2024 et le 7 octobre 2024, être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité de la délibération attaquée :

5. Il résulte de l'instruction que, à la suite d'un dysfonctionnement ponctuel du portail Agora, l'université catholique de Lille a, par un courrier électronique du 20 juin 2024, adressé à l'ensemble des étudiants le relevé de leurs notes par unité d'enseignement. Le courrier électronique adressé à M. A, qui mentionnait " Résultat : non validé ", énumérait les notes obtenues dans 13 unités d'enseignement, dont la note de 9,589 sur 20 dans l'unité d'enseignement " anatomie ". Le 25 juin 2024, l'université catholique de Lille a publié sur le portail Agora le calendrier de la seconde session, qui indiquait notamment que l'épreuve de rattrapage de l'unité d'enseignement " anatomie " se déroulerait le 15 juillet 2024 de 13h30 à 14h30. Cette publication, dont les modalités peuvent être regardées comme équivalentes à l'affichage sur des panneaux, mentionnait également qu'elle tenait lieu de convocation et qu'aucune convocation individuelle ne serait éditée. Le 5 juillet 2024, soit antérieurement au déroulement des épreuves de rattrapage, l'université catholique de Lille a publié sur le portail Agora la docimologie des épreuves relatives à la deuxième année de la formation générale en sciences médicales au titre de l'année universitaire 2023-2024 qui mentionnait, d'une part, que la validation du semestre d'études était conditionnée à la réunion de trois conditions, à savoir une moyenne générale supérieure ou égale à 10 sur 20, l'absence de note éliminatoire et la validation des matières soumises à " validation ", d'autre part, que le seuil de la note éliminatoire pour l'unité d'enseignement " anatomie " était de 9 sur 20. M. A, qui avait obtenu une note éliminatoire dans l'unité d'enseignement " psychologie médicale ", s'est présenté à l'épreuve de rattrapage et obtenu une note supérieure à la moyenne. En revanche, il ne s'est pas présenté à l'épreuve de rattrapage de l'unité d'enseignement " anatomie " aux motifs que la note qu'il avait obtenue lors de la première session, de 9,589 sur 20, était supérieure au seuil de la note éliminatoire prévue par la docimologie et, dès lors, suffisante pour obtenir une moyenne générale supérieure à 10 sur 20. Toutefois, la docimologie mentionne que " L'étudiant ajourné aura à repasser en 2e session toutes les UE du semestre non validé pour lesquelles il n'aura pas obtenu une moyenne au moins égale [à] 10/20 ". Dans ces conditions, les moyens invoqués par M. A et énoncés dans les visas de la présente ordonnance ne sont, en l'état de l'instruction, pas propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la délibération contestée.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusion à fin de suspension de l'exécution de la délibération de la délibération du jury de seconde session de deuxième année du premier cycle des études médicales de l'université catholique de Lille. Il y a également lieu, par voie de conséquences, de rejeter les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A et à l'université catholique de Lille.

Copie en sera adressée à Me Antoine Fouret.

Fait à Lille, le 10 octobre 2024.

Le juge des référés,

Signé,

O. HUGUEN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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