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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2409841

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2409841

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2409841
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantEKWALLA-MATHIEU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 septembre 2024, la société SNCF Réseau, représentée par Me Büsch, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner l'expulsion sans délai des occupants sans droit ni titre des parcelles cadastrées CY n° 936 et n° 791 au lieu-dit " La Rivière Neuve " à Calais ;

2°) de l'autoriser à solliciter, le cas échéant, le concours de la force publique, et à mettre au rebut l'ensemble des matériels, objets et détritus laissés à l'abandon.

Elle soutient que :

- la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse et ne fait obstacle à aucune décision administrative ;

- l'urgence est justifiée par le risque d'atteinte à l'ordre public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 octobre 2024, M. A, occupant des parcelles cadastrées CY n° 936 et 791, demande à être admis à titre provisoire à l'aide juridictionnelle et conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- les mesures demandées se heurtent à une contestation sérieuse dès lors qu'elles portent une atteinte excessive à son droit à mener une vie privée et familiale normale et à son domicile, et l'exposent à des traitements inhumains et dégradants.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Terme, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 16 octobre 2024 en présence de M. Metallaghi, greffier d'audience, M. Terme a lu son rapport et entendu :

- les observations de la SELARL Lexcase société d'avocats, représentant la société SNCF Réseau, qui rectifie ses conclusions et précise qu'elle demande l'expulsion des occupants des parcelles cadastrées section CY n° 935 et 791,

- les observations de Me Ekwalla-Mathieu, représentant M. A.

En application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été averties lors de l'audience de ce que le juge des référés était susceptible de retenir d'office un moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à ce qu'il autorise la société SNCF Réseau à solliciter le concours de la force publique en vue de l'expulsion des occupants sans droit ni titre.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Une note en délibéré, présentée pour la société SNCF Réseau, a été enregistrée le 17 octobre 2024.

Une note en délibéré, présentée pour M. A, a été enregistrée le 18 octobre 2024.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ".

2. En l'espèce, il y a lieu d'admettre M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Aux termes de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous. / () ".

4. Lorsqu'il est saisi, sur le fondement de ces dispositions, de conclusions tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un occupant sans titre du domaine public, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

5. Il résulte de l'instruction et notamment du constat du commissaire de justice dressé le 11 septembre 2024 qu'un campement de fortune a été installé sur les parcelles cadastrées section CY n° 935 et 791, situées lieu-dit " La Rivière Neuve " à Calais, appartenant au domaine public ferroviaire. Il résulte également de l'instruction, d'une part, que ce campement est situé à proximité immédiate d'une route départementale ainsi que d'un nœud ferroviaire supportant un important trafic, ainsi qu'il ressort du constat dressé le 25 avril 2024, qu'il génère une quantité importante de déchets déposés sur le sol, qu'il ne comporte aucune installation d'assainissement, ni sanitaire, ni de raccordement à l'électricité ou à l'eau courante, et que ses occupants ne sont approvisionnés en eau potable que par une cuve disposée à l'ouest de la parcelle 935 grâce à l'intervention de plusieurs associations caritatives. Ainsi, en dépit de l'intervention de ces associations, ce campement présente un danger pour ses occupants et les tiers.

6. Si M. A soutient que la mesure sollicitée porte à son droit au respect de la vie privée et familiale et de son domicile, et l'expose à des traitements inhumains et dégradants en ce qu'elle le priverait d'eau potable, il fait seulement valoir à cet égard qu'il est présent depuis plusieurs mois sur les lieux, sans apporter plus de précision sur cette durée, ni sur ses conditions d'occupation du site, et n'établit donc ni l'existence de liens suffisants et continus avec le terrain en cause qui permettraient de le qualifier de domicile, ni a fortiori de caractériser l'existence d'une atteinte excessive à son droit à la vie privée et familiale. Par ailleurs, les attestations versées au dossier, qui font état d'éléments généraux, sont insuffisantes à établir qu'il ne pourrait bénéficier d'une solution d'hébergement d'urgence, ni même, au demeurant, qu'il aurait effectué une quelconque démarche en ce sens.

7. Au regard de l'ensemble de ces éléments, la demande de la société SNCF Réseau ne se heurte à aucune contestation sérieuse, et le caractère utile et urgent de l'expulsion des occupants sans droit ni titre des parcelles cadastrées section CY n° 935 et 791 est établi.

8. Il résulte de ce qui précède, qu'il y a lieu d'enjoindre, à tous les occupants sans droit ni titre d'évacuer sans délai le domaine public ferroviaire de la SNCF Réseau, situé lieu-dit " La Rivière Neuve " à Calais, parcelles cadastrées section CY n° 935 et 791. La société SNCF Réseau est également autorisée à évacuer tous les matériels, mobiliers et marchandises entreposés sur les lieux.

9. En revanche, il n'entre pas dans l'office du juge administratif d'autoriser la société SNCF Réseau à demander à l'Etat, sur le fondement des dispositions du code des procédures civiles d'exécution, le concours de la force publique pour l'exécution de la présente ordonnance. Les conclusions correspondantes de la société SNCF Réseau sont par suite irrecevables.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Il est enjoint à tous les occupants sans droit ni titre du domaine public ferroviaire de la société SNCF Réseau, situé lieu-dit " La Rivière Neuve " à Calais, parcelle cadastrées section CY n° 935 et 791, d'évacuer les lieux sans délai à compter de la date de notification de la présente ordonnance et d'évacuer tous les matériels, mobiliers et détritus entreposés. A défaut d'exécution immédiate, la société SNCF Réseau est autorisée à faire évacuer et à mettre au rebut l'ensemble des objets, mobiliers et détritus laissés à l'abandon.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société SNCF Réseau et aux occupants sans droit ni titre présents sur les lieux.

Fait à Lille, le 18 octobre 2024.

Le juge des référés,

Signé,

D. TERME

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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