jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2409915 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | VERGNOLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 septembre 2024, le préfet du Nord demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, en application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion, sans délai, de Mme H C et de son fils E A du logement mis à leur disposition par le dispositif d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile (HUDA) de la structure d'accueil ADOMA à Saint-Pol-sur-Mer ;
2°) de l'autoriser à donner toute instruction utile au gestionnaire du lieu d'hébergement dédié aux demandeurs d'asile afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant à défaut pour les occupants irréguliers de les avoir emportés.
Il soutient que :
Sur l'urgence et l'utilité de la mesure :
- le maintien de Mme C et de son fils dans le logement considéré, qui fait obstacle à l'accueil de nouveaux arrivants dont 677 figurent en liste d'attente en 2023, porte atteinte au bon fonctionnement du service ;
Sur l'absence de contestation sérieuse :
- Mme C et son fils, en dépit d'une mise en demeure restée sans effet, occupent irrégulièrement le logement considéré depuis le 1er juillet 2024.
Par un mémoire enregistré le 10 octobre 2024, Me H C, représentée par Me Marion Vergnole, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit accordé un délai de 6 mois pour quitter les lieux et, en tout état de cause, d'enjoindre au préfet du Nord de leur désigner un hébergement préalablement à leur expulsion. Mme C demande également son admission, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle et de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil, sous réserve de renoncer à la part contributive de l'Etat, de la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.
Elle fait valoir que :
- elle présente une situation d'exceptionnelle vulnérabilité, dès lors qu'elle rencontre ainsi que son enfant en bas-âge des problèmes de santé, à savoir un état de stress post-traumatique pour lequel elle bénéficie d'un suivi à l'EPSM des Flandres à Bailleul et au centre médico-psychologique de Dunkerque, qui nécessitent son maintien dans un logement et qu'aucune solution effective d'hébergement ne peut lui être apportée ;
- le préfet n'établit pas la réalité de ses allégations sur l'état des structures d'accueil dans le département ;
- la mesure demandée par le préfet ne remplit pas la condition de l'urgence ni celle de l'utilité.
.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- la convention internationale relatives aux droits de l'enfant ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Huguen, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 octobre 2024 :
- le rapport de M. Huguen ;
- les observations de Mme B G et de Mme D F, dûment mandatées, pour le préfet du Nord, qui ont conclu aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;
- les observations de Me Ségolène Normand, substituant Me Vergnole, représentant Mme C, qui a conclu aux mêmes fins que son mémoire en défense par les mêmes moyens. Me Normand a soutenu également que la demande du préfet du Nord était contraire aux stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ".
2. En raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre Mme C, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
3. D'une part, selon l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile " accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". L'article L. 551-1 du même code dispose que : " L'hébergement des demandeurs d'asile () prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". Le deuxième alinéa de l'article L. 542-1 du même code dispose que : " Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 552-15 du même code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement (), l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu (). / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
5. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
6. Il résulte de l'instruction que Mme H C, ressortissante ivoirienne, née le 19 février 1997 à Abidjan (République de Côte d'Ivoire), accompagnée de son fils, E A, ressortissant marocain, né le 24 avril 2020 au Royaume du Maroc, a, le 27 avril 2023, présenté une demande d'asile en France. Par une décision du 15 mai 2024, notifiée le 21 mai 2024, la cour nationale du droit d'asile a validé la décision du 29 décembre 2023 par laquelle le directeur général de l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) avait refusé de faire droit à la demande de Mme C. Par une lettre du 28 mai 2024, notifiée le 31 mai 2024, la directrice territoriale de l'OFPRA a enjoint à Mme C de quitter le lieu d'hébergement mis à sa disposition par la structure d'accueil ADOMA à Saint-Pol-sur-Mer au plus tard le 30 juin 2024. Par une lettre du 31 mai 2024, notifiée le même jour, le directeur de la structure d'accueil, dans les mêmes termes que ceux de la lettre du 28 mai 2024, lui a rappelé son obligation de quitter les lieux avant le 30 juin 2024 et l'a informée qu'elle pouvait bénéficier du dispositif d'accompagnement de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) consistant, notamment, en une aide au retour dans son pays d'origine. Faute pour Mme C de s'être conformée à cette obligation et d'avoir répondu favorablement à la proposition d'une aide au retour, le préfet du Nord, par une lettre du 9 septembre 2024, notifiée le même jour, a mis en demeure l'intéressée de quitter son logement avant l'expiration du délai de 15 jours, soit, au plus tard, le 25 septembre 2024. Mme C n'a pas satisfait à cette mise en demeure.
7. Le préfet du Nord soutient, sans être utilement contredit, que, en dépit des efforts de l'Etat pour renforcer l'offre d'hébergement d'urgence dédiée aux migrants, 677 personnes figuraient, à la date de sa requête, en liste d'attente pour bénéficier d'un hébergement d'urgence. Dès lors, la libération des lieux par Mme C présente, eu égard aux besoins d'accueil des demandeurs d'asile et au nombre de places disponibles dans les lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile dans le département du Nord, un caractère d'urgence et d'utilité.
8. Toutefois, il résulte également de l'instruction que Mme C présente, compte tenu de son état de santé et de sa situation de mère isolée d'un enfant âgé de seulement quatre ans, qui bénéficie également d'un suivi psychiatrique, une situation de vulnérabilité, il y a lieu de lui accorder un délai supplémentaire pour quitter le logement mis à sa disposition avec l'exécution de la mesure d'expulsion.
9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de faire droit aux conclusions de la requête du préfet du Nord tendant à ce qu'il soit enjoint à Mme C et à son fils de libérer le logement qu'ils occupent, dans le délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance. A l'expiration de ce délai, le préfet du Nord sera autorisé à donner toutes instructions utiles au gestionnaire de la structure d'accueil afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme C, à défaut pour elle d'avoir emporté ses effets personnels.
O R D O N N E :
Article 1er : Il y a lieu d'admettre Mme C, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Il est enjoint à Mme C et à son fils de libérer le logement mis à leur disposition par le dispositif d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile (HUDA) par la structure d'accueil ADOMA à Saint-Pol-sur-Mer et de le libérer de ses biens s'y trouvant dans le délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : A l'expiration de ce délai, le préfet du Nord est autorisé à donner toutes instructions utiles afin de faire débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant à défaut pour les occupants irréguliers de les avoir emportés.
Article 4 : Le surplus des conclusions de Mme C est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur, à Mme H C et à Me Marion Vergnole.
Copie en sera adressée au préfet du Nord.
Fait à Lille, le 17 octobre 2024.
Le juge des référés,
Signé,
O. HUGUEN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026