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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2410055

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2410055

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2410055
TypeDécision
RecoursPlein contentieux

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Lille, saisi en référé sur le fondement de l'article L. 279 du livre des procédures fiscales, était amené à se prononcer sur le refus du comptable public d'accepter une garantie hypothécaire offerte par M. A pour obtenir un sursis de paiement de cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu. En cours d'instance, l'administration a annulé sa décision de refus et accordé le sursis de paiement sollicité. Par conséquent, le juge a constaté qu'il n'y avait plus lieu de statuer sur les conclusions relatives à la suffisance de la garantie. Il a en revanche rejeté comme irrecevables les conclusions tendant à l'annulation de la décision initiale et à la restitution de sommes, rappelant que son office se limite à apprécier les garanties et non la légalité de la décision du comptable.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 septembre 2024 et le 16 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Guey, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 279 du livre des procédures fiscales, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 11 septembre 2024 par laquelle le responsable du pôle recouvrement spécialisé d'Arras a refusé la garantie qu'il a offerte à l'appui de sa demande de sursis au paiement de cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu et prélèvements sociaux au titre des années 2016 à 2018 ;

2°) de dire que cette garantie est suffisante ;

3°) d'ordonner la restitution de la somme de 60 538,31 euros ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est recevable dans la mesure où un dixième des sommes contestées est déjà consigné, les sommes saisies dans le cadre des avis à tiers détenteurs devant être regardées comme valant consignation ;

- l'hypothèque du bien proposée à titre de garantie est suffisante, compte tenu de l'évolution du prix de l'immobilier, de ce que l'immeuble en cause a été remis à neuf, et de ce que le comptable public a pris des hypothèques sur d'autres immeubles lui appartenant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 octobre 2024, le directeur départemental des finances publiques du Pas-de-Calais doit être regardé comme concluant à ce qu'il n'y ait lieu de statuer sur la requête, et, subsidiairement, à son rejet.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que le montant des sommes versées par M. A avant la réclamation assimilables à une consignation ne respecte pas la condition fixée par l'article L. 279 du livre des procédures fiscales ;

- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la décision du 11 septembre 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Terme, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Lors de l'audience publique qui s'est tenue le 16 octobre 2024 en présence de M. Metallaghi, greffier, M. Terme, juge des référés, a lu son rapport et entendu les observations de Me Guey, représentant M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A a fait l'objet de rehaussements d'impôt sur les revenus et prélèvements sociaux au titre des années 2016, 2017 et 2018. Le 6 août 2024, il a formé une réclamation d'assiette assortie d'une demande de sursis légal de paiement concernant les impositions relatives à 2017 et 2018. Par courrier électronique du 6 août 2024, il a proposé à titre de garantie la prise d'une hypothèque sur un immeuble situé 72, rue Wantiez à Loison-sous-Lens (62118). Par un courrier du 11 septembre 2024, le comptable public du pôle de recouvrement spécialisé d'Arras a jugé cette garantie insuffisante.

Sur les conclusions tendant à ce que les garanties offertes soient jugées suffisantes :

2. Aux termes de l'article L. 279 du livre des procédures fiscales : " En matière d'impôts directs et de taxes sur le chiffre d'affaires, lorsque les garanties offertes par le contribuable ont été refusées, celui-ci peut, dans les quinze jours de la réception de la lettre recommandée qui lui a été adressée par le comptable, porter la contestation, par simple demande écrite, devant le juge du référé administratif, qui est un membre du tribunal administratif désigné par le président de ce tribunal. / Cette demande n'est recevable que si le redevable a consigné auprès du comptable, à un compte d'attente, une somme égale au dixième des impôts contestés. Une caution bancaire ou la remise de valeurs mobilières cotées en bourse peut tenir lieu de consignation. / Le juge du référé décide dans le délai d'un mois si les garanties offertes répondent aux conditions prévues à l'article L. 277 et si, de ce fait, elles doivent être ou non acceptées par le comptable. Il peut également, dans le même délai, décider de dispenser le redevable de garanties autres que celles déjà constituées. / () Lorsque le juge du référé estime suffisantes les garanties initialement offertes, les sommes consignées sont restituées. Dans le cas contraire, les garanties supplémentaires à présenter sont diminuées à due concurrence ".

3. Dans son mémoire en défense, le directeur départemental des finances publiques du Pas-de-Calais indique que la décision du 11 septembre 2024 a été annulée et qu'il fait droit à la demande de sursis de paiement de M. A, ce que le requérant ne conteste pas. Par suite, les conclusions de M. A tendant à ce que le juge des référés décide que la garantie qu'il proposée était suffisante ayant perdu leur objet, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur la recevabilité des conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

4. Il revient au juge du référé fiscal, en application des dispositions précitées de l'article L. 279 du livre des procédures fiscales, non de statuer sur la légalité de la décision du comptable, mais d'apprécier si les garanties offertes répondent aux conditions prévues à l'article L. 277 du même livre. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 11 septembre 2024 et à ce que soit ordonnée la restitution de la somme de 60 538,31 euros en application de l'article R. 277-3-1 du livre des procédures fiscales sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 800 euros au bénéfice de M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à ce que soit constaté le caractère suffisant des garanties offertes par M. A.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : L'État versera à M. A une somme de 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au directeur départemental des finances publiques du Pas-de-Calais.

Fait à Lille, le 18 octobre 2024.

Le juge des référés,

signé

D. TERME

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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