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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2410290

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2410290

vendredi 25 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2410290
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Lille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 27 août 2024 ordonnant la fermeture administrative de l'établissement "O PIZZA" pour trois mois. La société Casa Presto, nouveau repreneur, invoquait l'urgence financière et un doute sérieux sur la légalité de la décision, notamment pour insuffisance de motivation et erreur de droit. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas établie, faute pour la société de démontrer une atteinte grave et immédiate à sa situation, et a relevé que les moyens soulevés n'étaient pas de nature à créer un doute sérieux. La décision s'appuie sur les articles L. 8272-2 et L. 8211-1 du code du travail relatifs à la lutte contre le travail illégal.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 octobre 2024 et le 23 octobre 2024, la société Casa Presto, représentée par Me Lagarde, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 27 août 2024 par lequel le préfet du Nord a prononcé la fermeture administrative de l'établissement à l'enseigne " O PIZZA " pour une durée de trois mois à compter de sa date de notification ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision attaquée l'empêche de s'acquitter des obligations qu'elle a contractées envers son bailleur, que sa situation financière est compromise à court terme et qu'elle ne peut plus rémunérer ses salariés ;

- la décision attaquée :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle n'est pas l'auteure des infractions qui ont motivé l'arrêté.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 octobre 2024, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 8 octobre 2024 sous le n°2410306 par laquelle Société Casa Presto demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Terme, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer en matière de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 23 octobre 2024 en présence de M. Metallaghi, greffier d'audience, M. Terme a lu son rapport et entendu les observations de Me Lagarde, représentant la société Casa Presto. Le préfet du Nord n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

2. Par un arrêté du 27 août 2024, le préfet du Nord a prononcé la fermeture, pour une durée de trois mois, de l'établissement " O pizza ", situé 8 rue Georges Herbaut à Orchies (59310), exploité par la société O'pizza dont le gérant était M. B A. La société Casa presto, dont le gérant est M. D C, a repris l'exploitation de cet établissement à compter de mai 2024, à l'enseigne " Casa presto ". Elle demande au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 27 août 2024.

3. L'urgence justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Il lui appartient également, l'urgence s'appréciant objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, de faire apparaître dans sa décision tous les éléments qui, eu égard notamment à l'argumentation des parties, l'ont conduit à considérer que la suspension demandée revêtait ou non un caractère d'urgence.

4. Aux termes de l'article L. 8272-2 du code du travail : " Lorsque l'autorité administrative a connaissance d'un procès-verbal relevant une infraction prévue aux 1° à 4° de l'article L. 8211-1 ou d'un rapport établi par l'un des agents de contrôle mentionnés à l'article L. 8271-1-2 constatant un manquement prévu aux mêmes 1° à 4°, elle peut, si la proportion de salariés concernés le justifie, eu égard à la répétition ou à la gravité des faits constatés, ordonner par décision motivée la fermeture de l'établissement ayant servi à commettre l'infraction, à titre temporaire et pour une durée ne pouvant excéder trois mois. Elle en avise sans délai le procureur de la République () ". L'article L. 8211-1 du même code prévoit que : " Sont constitutives de travail illégal, dans les conditions prévues par le présent livre, les infractions suivantes : / 1° Travail dissimulé ; / () 4° Emploi d'étranger non autorisé à travailler () ".

5. D'une part, à supposer même que la fermeture ordonnée par le préfet puisse être regardée comme constituant un manquement aux dispositions de l'article 12 du bail commercial dont la société requérante est titulaire, lesquelles prévoient notamment que le locataire s'engage à maintenir les biens loués en état permanent d'exploitation effective et normale, la société Casa presto ne produit aucun élément indiquant que le bailleur lui aurait adressé, ainsi que le prévoient les stipulations de l'article 16 de ce bail relatives à la clause résolutoire, un commandement d'exécuter cette clause, ni même qu'il envisage de se prévaloir de ces dernières dispositions. D'autre part, si la société Casa presto fait valoir qu'elle a été immatriculée au registre du commerce et des sociétés le 7 mai 2024, emploie cinq salariés, et que, compte tenu de la faible durée de son activité et de son absence de trésorerie, la décision attaquée met en péril son équilibre financier, elle produit seulement à l'appui de ces affirmations les contrats de travail de ces salariés ainsi qu'un extrait Kbis, mais aucune fiche de paye ni aucun document bancaire ou comptable. Enfin, il résulte de l'instruction que la société Casa presto a conclu le 15 mai 2024 de nouveaux contrats de travail avec MM. Moshen Arjoun, Khaled Arjoun et Faouz Agil, salariés dont les conditions d'emploi fondent la décision attaquée, et la société requérante, qui ne conteste pas les affirmations du préfet selon lesquelles leurs conditions d'emploi sont toujours constitutives des infractions précédemment relevées, a convenu à l'audience qu'elle n'était pas en mesure de fournir les pièces exigées par les dispositions de l'article L. 8211-1 du code du travail précitées les concernant. Au regard de l'ensemble de ces éléments, et eu égard à l'intérêt public qui s'attache au respect des dispositions de l'article L. 8272-2 du code du travail, la condition d'urgence ne peut être regardée comme remplie.

6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'existence d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté la requête de la société Casa presto doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la société Casa presto est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Casa presto et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera transmise au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 25 octobre 2024.

Le juge des référés,

Signé

D. TERME

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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