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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2410323

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2410323

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2410323
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantHEYTE - AARPI KERAS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 octobre 2024, et un mémoire enregistré le 24 octobre 2024, M. C B, Mme A D et la société civile immobilière (SCI) MIMS, représentés par Me Lou Deldique, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 9 août 2024 par laquelle la directrice de la société par actions simplifiées (SAS) Attractive Maubeuge a acquis, par la voie de préemption, un bien immobilier enregistré au cadastre sous la référence section N n° 74 et situé au n° 17 de l'avenue Jean Mabuse à Maubeuge.

2°) de mettre à la charge de la SAS Attractive Maubeuge le versement de la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors, qu'elle est, en matière de droit de préemption, présumée pour l'acquéreur évincé, sauf impératif de réalisation rapide du projet par l'autorité préemptrice ;

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente pour ce faire, dès lors que, d'une part, la convention du 14 mars 2024 conclue entre la communauté d'agglomération de Maubeuge Val de Sambre, titulaire du droit de préemption urbain et la chambre de commerce et d'industrie (CCI) des Hauts-de-France, d'autre part, que le contrat de concession d'aménagement du 14 mars 2024 conclu entre la CCI et la SAS Attractive Maubeuge n'ont fait l'objet d'aucune publication ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme, dès lors qu'elle ne leur a été notifiée que le 13 août 2024, soit au-delà de la date d'expiration du délai de préemption ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur d'appréciation, dès lors que leur projet s'inscrivait dans le cadre de la politique d'aménagement de la communauté d'agglomération.

Par un mémoire enregistré le 23 octobre 2024, la société Attractive Maubeuge, représentée par Me Laurent Heyte, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge solidaire des requérant le versement de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie, en ce que, d'une part, les requérants, qui ne démontrent pas que la décision contestée préjudicierait de manière suffisamment grave et immédiate à leur situation, se borne à produire un compromis de vente qui ne concerne pas le bien préempté, d'autre part, ils ont concouru, en tardant à présenter leur requête, à la création d'une situation d'urgence, enfin, la décision attaquée vise à répondre à un objectif d'intérêt public et, en tout état de cause, la société Kel West a renoncé à la vente du bien considéré ;

- aucun moyen n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ;

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2410336 enregistrée le 9 octobre 2024 par laquelle M. B, Mme D et la société MIMS demandent l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Huguen, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 octobre 2024 à 9h30 en présence de M. Metallaghi, greffier d'audience :

- le rapport de M. Huguen ;

- les observations de Me Deldique, représentant M. B, Mme D et la société MIMS, qui a conclu aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens. Me Deldique a informé le juge des référés renoncer au moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée ;

- les observations de Me Cuvillier, pour la société Attractive Maubeuge, qui a conclu aux mêmes fins que son mémoire en défense par les mêmes moyens.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin de suspension :

1. Le 6 mai 2024, M. C B, agent en assurances, Mme A D, son épouse, et la société civile immobilier (SCI) MIMS se sont portés acquéreurs auprès de la SCI Kel West d'un bien immobilier enregistré au cadastre sous la référence section N n° 74 et situé au n° 17 de l'avenue Jean Mabuse à Maubeuge, dans une zone de préemption urbaine. Ils ont, le 13 mai 2024, par voie dématérialisée, adressé à la commune de Maubeuge une déclaration d'intention d'aliéner. Le 12 juillet 2024, la société par actions simplifiées (SAS) Attractive Maubeuge, délégataire du droit de préemption urbain, a visité le bien. Par une lettre du 9 août 2024, notifiée le 13 août 2024, la société Attractive Maubeuge a informé les requérants de sa décision de préempter le bien considéré. M. B, Mme D et la SCI MIMS demandent au juge des référés de prononcer la suspension de cette décision.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

3. Eu égard à l'objet d'une décision de préemption et à ses effets à l'égard de l'acquéreur évincé, la condition d'urgence doit en principe être regardée comme remplie lorsque celui-ci demande la suspension d'une telle décision. Il en va, toutefois, autrement dès lors que le propriétaire du bien préempté, faisant usage du droit que lui confèrent les dispositions des articles L. 213-7 et R. 213-10 du code de l'urbanisme en cas de désaccord sur le prix, a renoncé, implicitement ou explicitement, à l'aliénation de son bien, empêchant ainsi la collectivité publique titulaire du droit de préemption de l'acquérir. Dans cette hypothèse, l'urgence ne peut plus être regardée comme remplie au profit de l'acquéreur évincé que si celui-ci fait état de circonstances caractérisant la nécessité pour lui de réaliser immédiatement le projet envisagé sur la parcelle préemptée.

4. Aux termes de l'article R. 213-10 du code de l'urbanisme : " A compter de la réception de l'offre d'acquérir faite en application des articles R. 213-8 (c) ou R. 213-9 (b), le propriétaire dispose d'un délai de deux mois pour notifier au titulaire du droit de préemption : / a) Soit qu'il accepte le prix ou les nouvelles modalités proposés en application des articles R. 213-8 (c) ou R. 213-9 (b) ; /b) Soit qu'il maintient le prix ou l'estimation figurant dans sa déclaration et accepte que le prix soit fixé par la juridiction compétente en matière d'expropriation ; / c) Soit qu'il renonce à l'aliénation. /Le silence du propriétaire dans le délai de deux mois mentionné au présent article équivaut à une renonciation d'aliéner ".

5. Il résulte de l'instruction que, par une lettre du 9 août 2024, la société Attractive Maubeuge a informé la société Kel West de sa décision d'exercer son droit de préemption sur le bien immobilier dont elle est propriétaire, enregistré au cadastre sous la référence section N n° 74 et situé au n° 17 de l'avenue Jean Mabuse à Maubeuge. Par une lettre du 18 septembre 2024, la société Kel West a sollicité de la société Attractive le retrait de sa décision de préemption aux motifs, selon elle, de son illégalité et de la circonstance qu'elle avait trouvé un acquéreur pour un montant de 210 000 euros. Ce faisant, la société Kel West ne saurait être regardée comme avoir renoncé à l'aliénation de son bien. Dès lors, et nonobstant la circonstance que les requérants n'ont formé leur requête en référé que le 9 octobre 2024, l'urgence doit être regardée comme remplie au profit des acquéreurs évincés.

En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :

6. Aux termes de l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme : " Toute aliénation visée à l'article L. 213-1 est subordonnée, à peine de nullité, à une déclaration préalable faite par le propriétaire à la mairie de la commune où se trouve situé le bien (). La déclaration d'intention d'aliéner peut être dématérialisée (). Le silence du titulaire du droit de préemption pendant deux mois à compter de la réception de la déclaration mentionnée au premier alinéa vaut renonciation à l'exercice du droit de préemption. Le délai est suspendu à compter de la réception de la demande mentionnée au premier alinéa ou de la demande de visite du bien. Il reprend à compter de la réception des documents par le titulaire du droit de préemption, du refus par le propriétaire de la visite du bien ou de la visite du bien par le titulaire du droit de préemption. Si le délai restant est inférieur à un mois, le titulaire dispose d'un mois pour prendre sa décision. Passés ces délais, son silence vaut renonciation à l'exercice du droit de préemption. Lorsqu'il envisage d'acquérir le bien, le titulaire du droit de préemption transmet sans délai copie de la déclaration d'intention d'aliéner au responsable départemental des services fiscaux. La décision du titulaire fait l'objet d'une publication. Elle est notifiée au vendeur, au notaire et, le cas échéant, à la personne mentionnée dans la déclaration d'intention d'aliéner qui avait l'intention d'acquérir le bien. Le notaire la transmet aux titulaires de droits d'emphytéose, d'habitation ou d'usage, aux personnes bénéficiaires de servitudes, aux fermiers et aux locataires mentionnés dans la déclaration d'intention d'aliéner ".

7. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

8. Les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant satisfaites, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision attaquée jusqu'à ce que le tribunal ait statué sur la requête tendant à son annulation.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge solidaire de M. B, de Mme D et de la société MIMS, qui ne sont pas la partie perdante, la somme que demande la société Attractive Maubeuge sur leur fondement. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Attractive Maubeuge la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 9 août 2024 par laquelle la directrice de la société Attractive Maubeuge a acquis, par la voie de préemption, un bien immobilier enregistré au cadastre sous la référence section N n° 74 et situé au n° 17 de l'avenue Jean Mabuse à Maubeuge est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : La société Attractive Maubeuge versera à M. B, Mme D et la société MIMS, solidairement, la somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : les conclusions de la société Attractive Maubeuge tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B, à Mme D, à la société MIMS et à la société Attractive Maubeuge.

Fait à Lille, le 31 octobre 2024.

Le juge des référés,

signé

O. HUGUEN

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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