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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2412149

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2412149

jeudi 8 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2412149
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formationjuge unique (5)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a été saisi par Mme D... d’un recours en annulation contre la décision du 7 novembre 2024 de la commission de médiation du Nord, qui avait rejeté sa demande de reconnaissance comme prioritaire et urgente pour un logement social, fondée sur le II de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation. Le tribunal a constaté que Mme D... avait été expulsée de son logement avec le concours de la force publique le 15 avril 2025, ce qui a rendu sans objet sa demande initiale de reconnaissance de priorité et d’urgence. En conséquence, le tribunal a prononcé un non-lieu à statuer sur la requête, appliquant les dispositions des articles L. 300-1 et L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 27 novembre 2024, les 12 et
19 février 2025, Mme A... D... demande au tribunal d’annuler la décision du 7 novembre 2024 par laquelle la commission de médiation du Nord a rejeté son recours tendant à ce que sa demande de logement social soit reconnue comme prioritaire et urgente en application du II de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation.

Elle soutient que :
- son fils figure bien sur son avis d’imposition et que la seule fois où ce ne fut pas le cas, il se trouvait alors en détention ;
- elle n’était pas tenue de respecter le jugement d’expulsion compte tenu de l’effacement de sa dette par la Banque de France ;
- son bailleur ne respecte pas le jugement du tribunal judiciaire du 1er juin 2023 prononçant l’expulsion du logement qu’elle occupe ;
- elle tente de s’acquitter de son loyer.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er décembre 2025, le préfet du Nord conclut au non-lieu à statuer.

Il faut valoir que Mme D... a été expulsée de son logement avec le concours de la force publique le 15 avril 2025.




Vu :
- les autres pièces du dossier ;

Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Féménia, vice-présidente, en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.
La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Au cours de l’audience publique, Mme Féménia a présenté son rapport et entendu les observations de M. B..., représentant le préfet du Nord.

La clôture de l’instruction a été prononcée après ces observations orales en application des dispositions de l’article R. 772-9 du code de justice administrative.


Considérant ce qui suit :

Mme D... a formé le 31 mai 2024 auprès de la commission de médiation du Nord un recours tendant à ce que sa demande de logement social soit reconnue comme prioritaire et urgente en application du II de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation au motif qu’elle était menacée d’expulsion sans relogement. Par sa requête, Mme D... demande au tribunal d’annuler la décision du 7 novembre 2024 par laquelle la commission de médiation du Nord a rejeté son recours.

Aux termes de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation :
« Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l’article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l’Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d’Etat, n’est pas en mesure d’y accéder par ses propres moyens ou de s’y maintenir. / Ce droit s’exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles
L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ». Aux termes de l’article L.441-2-3 du même code, dans sa version applicable au litige : « I. - Dans chaque département, une ou plusieurs commissions de médiation sont créées auprès du représentant de l'Etat dans le département (…) / II. - La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux.
Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap.
Elle peut aussi être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur ou une personne à sa charge est logé dans un logement non adapté à son handicap, au sens du même article L. 114. ». Aux termes de l’article R. 441-14-1 de ce code : « La commission, saisie sur le fondement du II (…) de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement (…), en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département (…) / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : -être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur logé ou hébergé par ses ascendants en tenant notamment compte de son degré d'autonomie, de son âge, de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portées à sa connaissance ; / -être logées dans des locaux impropres à l'habitation, ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Le cas échéant, la commission tient compte des droits à hébergement ou à relogement auxquels le demandeur peut prétendre en application des dispositions des articles L. 521-1 et suivants, des articles L. 314-1 et suivants du code de l'urbanisme ou de toute autre disposition ouvrant au demandeur un droit à relogement ;
/ -avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement ; / -être hébergées dans une structure d'hébergement ou une résidence hôtelière à vocation sociale de façon continue depuis plus de six mois ou logées temporairement dans un logement de transition ou un
logement-foyer depuis plus de dix-huit mois, sans préjudice, le cas échéant, des dispositions du IV de l'article L. 441-2-3 ; / -être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. / La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. ».

Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation et satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande.

En l’espèce, pour refuser de reconnaître la situation de Mme D... comme prioritaire et urgente, la commission de médiation du Nord s’est fondée sur les circonstances qu’elle n’était pas en mesure d’apprécier si le fils de Mme D..., C... D..., pouvait accéder à un logement social faute de disposer de son avis d’imposition sur les ressources perçues au titre de l’année n-2 ou d’un document équivalent et de ce que la requérante avait de manière récurrente omis de respecter les obligations essentielles du locataire compte tenu du paiement irrégulier voire partiel du loyer et des charges lorsqu’elle était locataire chez Vilogia à Lille, sans apporter la preuve d’évènements indépendants de sa volonté susceptibles d’expliquer ces circonstances. Si Mme D... justifie par la production d’une copie de son avis d’imposition de 2022 que son fils C... né en 1995 figure en qualité de personne invalide à charge vivant sous son toit, en revanche, en se bornant à produire une proposition de plan d’apurement sur
trente-six mois émise par la caisse d’allocations familiales du Nord du 20 février 2024 non suivi d’un protocole d’accord signé avec le bailleur et un courrier de la commission de surendettement des particuliers du Nord du 3 juillet 2023 mentionnant un effacement total de ses dettes le
10 mai 2023 alors que d’autres documents versés par la requérante établissent que son bailleur lui a signifié à tout le moins jusqu’au 31 octobre 2023 de nouvelles dettes locatives auxquelles elle n’a pas déféré, elle n’apporte pas davantage d’éléments visant à établir sa bonne foi.
Dans ces conditions, et alors au demeurant, que Mme D... a été expulsée de son logement avec le concours de la force publique le 15 avril 2025, la commission de médiation a pu à bon droit considérer que Mme D... ne remplissait pas les conditions prévues par les dispositions des articles L. 441-2-3 et R. 441-14-1 du code de la construction et de l’habitation pour que sa demande de logement soit considérée comme présentant un caractère prioritaire et urgent.




D E C I D E :


Article 1er : La requête de Mme D... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... D... et au ministre de la ville et du logement.

Copie en sera adressée au préfet du Nord.



Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 janvier 2026.



La magistrate désignée,
Signé
J. Féménia
La greffière,
Signé
O. Monget


La République mande et ordonne au ministre de la ville et du logement, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,
La greffière,



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