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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2412864

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2412864

mercredi 8 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2412864
TypeDécision
RecoursPlein contentieux

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. A, ressortissant algérien, qui demandait une injonction au préfet du Nord de le convoquer pour déposer une demande de titre de séjour "vie privée et familiale". Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas caractérisée, l'intéressé s'étant maintenu irrégulièrement en France pendant plus de quatre ans et n'ayant entrepris ses démarches de régularisation qu'en février 2024, sans justifier de circonstances particulières. La solution retenue s'appuie sur l'absence d'urgence au sens de la jurisprudence constante relative aux demandes de premier titre de séjour.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 décembre 2024, M. B A, représenté par Me Doré, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de le convoquer en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 2 000 euros qui sera versée à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour ce conseil de renoncer à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle ou, dans le cas où il ne serait pas admis au bénéfice de cette aide, de mettre à la charge de l'Etat la même somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie en ce qu'il est privé de la possibilité de travailler légalement en France, ce qui l'empêche de subvenir pleinement aux besoins de son enfant et ne peut circuler librement sur le territoire sans être soumis au risque de se faire contrôler et d'être soumis à une mesure d'éloignement ; il est maintenu depuis une durée anormalement longue dans une situation précaire ;

- la mesure sollicitée présente un caractère utile dès lors qu'il ne dispose d'aucune autre voie de recours ; elle ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative ; l'absence de réponse de l'administration pour une durée anormalement longue lui porte gravement préjudice alors qu'il a été diligent dans ses démarches.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 décembre 2024, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la situation d'urgence n'est pas caractérisée dès lors que le requérant s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français pendant plus de quatre années au-delà de la validité de son visa et ne justifie avoir débuté les démarches en vue de régulariser sa situation que le 21 février 2024 ; la situation du requérant n'est pas distincte de celle d'autres demandeurs de titre de séjour ; au surplus, la première demande de titre de séjour respectant les modalités de dépôt en vigueur n'a été introduite que le 25 juin 2024 ;

- le requérant étant convoqué le 21 janvier 2025 afin de procéder à la prise d'empreinte et à la délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction, la mesure sollicitée est devenue sans objet.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Stefanczyk, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 9 octobre 1984, est entré en France le 24 janvier 2020 muni de son passeport revêtu d'un visa de court séjour. Par courriel du 21 février 2024, il a demandé au préfet du Nord de le convoquer en préfecture afin de lui permettre de déposer une demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Il a réitéré cette demande les 13 mai et 25 juin 2024 et s'est vu remettre le 27 juin 2024 une confirmation du dépôt d'une pré-demande. Son conseil a sollicité, en vain, par courriels des 26, 27, 30 septembre puis par courriels des 2 et 3 octobre 2024 une demande de rendez-vous en vue du dépôt de la demande de titre de séjour. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une convocation en vue de l'enregistrement de sa demande de titre de séjour.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France, et dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable. Il appartient au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir la mesure sollicitée.

4. Pour justifier l'urgence qui s'attache, selon lui, à ce qu'il soit enjoint au préfet de lui délivrer une convocation afin de lui permettre de déposer sa demande de titre de séjour, M. A se borne à faire valoir qu'en l'absence de document lui permettant de justifier de la régularité de son séjour sur le territoire français, il ne peut pas travailler pour subvenir aux besoins de son enfant et se trouve dans une situation de précarité l'exposant au risque de faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Toutefois, la situation dont se prévaut le requérant, qui au surplus, s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français pendant plus de quatre années au-delà de la validité de son visa, n'est pas distincte de celles d'autres demandeurs de titre de séjour et ne permet pas, en l'absence de circonstances particulières propres à l'intéressé, de caractériser l'urgence justifiant l'usage des pouvoirs que le juge des référés tient de l'article L. 521-3 du code de justice administrative.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il y ait lieu d'admettre provisoirement l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle, que la requête de M. A doit être rejetée.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Copier en sera adressée au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 8 janvier 2025.

La juge des référés,

signé

S. STEFANCZYK

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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