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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2500953

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2500953

mercredi 12 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2500953
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSCHRYVE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 janvier 2025, le préfet du Nord demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre à Mme F C, M. A D et leur fille B D, de quitter sans délai l'appartement mis à leur disposition par le centre d'accueil pour demandeurs d'asile situé 325 avenue des nations unies à Bailleul (59270) et de l'autoriser à donner toute instruction utile au gestionnaire du lieu d'hébergement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant à défaut pour les occupants irréguliers de les avoir emportés.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 7 février 2025 et le 10 février 2025, Mme F C et M. A D, représentés par Me Schryve :

1°) demandent à être admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle ;

2°) concluent :

- à titre principal au rejet de la requête,

- subsidiairement, à ce que leur soit octroyé un délai de sept mois et à ce qu'il soit enjoint au préfet de mettre à leur disposition un hébergement dans un délai de quarante-huit heures sous astreinte de 300 euros par jour de retard,

- en tout état de cause, au rejet des conclusions tendant à ce que soit autorisé le concours de la force publique et à ce que soit mise à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à leur conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Terme, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer en matière de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, M. Terme a lu son rapport et entendu :

- les observations de Mme E, représentant le préfet du Nord, qui reprend ses conclusions par les mêmes moyens ;

- les observations de Me Schryve, représentant M. D et Mme C, qui fait de même.

La clôture de l'instruction a été reportée au 11 février 2025 à 14h en application des dispositions de l'article R. 522-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ".

2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre Mme C et M. D, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".

4. Aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre État européen ". Aux termes de son article L. 551-11 : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". Aux termes de son article L. 542-1 : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de son article L. 552-15 : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ". Enfin, aux termes de son article R. 552-15 : " Pour l'application du premier alinéa de l'article L. 552-15, si une personne se maintient dans le lieu d'hébergement après la date mentionnée à l'article R. 552-12 ou, le cas échéant, après l'expiration du délai prévu à l'article R. 552-13, le préfet du département dans lequel se situe ce lieu d'hébergement ou le gestionnaire du lieu d'hébergement met en demeure cette personne de quitter les lieux dans les cas suivants : / 1° La personne ne dispose pas d'un titre de séjour et n'a pas sollicité d'aide au retour volontaire ou a refusé l'offre d'aide au retour volontaire qui lui a été présentée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration ; / 2° La personne bénéficie d'un titre de séjour en France et a refusé une ou plusieurs offres de logement ou d'hébergement qui lui ont été faites en vue de libérer le lieu d'hébergement occupé. / Si la mise en demeure est infructueuse, le préfet ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut, après une décision de rejet définitive et dans les conditions prévues à l'article L. 552-15, saisir le président du tribunal administratif afin d'enjoindre à cet occupant de quitter les lieux ".

5. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

6. D'une part, il résulte de l'instruction que Mme C, ressortissante géorgienne née le 25 novembre 1978, et M. D, également ressortissant géorgien, né le 12 avril 1964, ont sollicité l'asile le 3 novembre 2023. Ils ont bénéficié, à compter du 23 octobre 2023, d'un logement dans le centre d'accueil pour demandeurs d'asile situé 325 avenue des nations unies à Bailleul (59270) en vertu d'un contrat de séjour signé le même jour. Leur demande d'asile a été définitivement rejetée par des décisions de la Cour nationale du droit d'asile du 30 avril 204. Par un courrier du 29 mai 2024, le gestionnaire du centre d'accueil les a autorisés à se maintenir dans les lieux jusqu'au 30 juin 2024. Par un courrier du 7 janvier 2025, le préfet du Nord les a mis en demeure de quitter leur logement. La demande d'asile des requérants ayant été définitivement rejetée, et ceux-ci occupant indûment le logement qui avait été mis à leur disposition depuis le 30 juin 2024, soit plus de sept mois, la demande du préfet ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

7. D'autre part, les requérants ne contestent pas sérieusement les affirmations et pièces versées aux débats par le préfet du Nord, dont il ressort que le dispositif d'hébergement des demandeurs d'asile dans le département du Nord, qui dispose de 2 801 places d'hébergement, est saturé, que malgré l'augmentation des moyens mis en œuvre, 558 personnes sur liste d'attente en 2024 n'ont pu se voir proposer d'hébergement, et que 21 personnes se maintiennent indûment dans le centre d'accueil pour demandeurs d'asile de Bailleul ainsi que 128 dans l'ensemble des structures d'accueil du département. Au regard de ces éléments, si Mme C et M. D font valoir que leur fille, B, âgée de 14 ans, est atteinte d'un syndrome de DiGeorge et que son état de santé est précaire, la seule circonstance qu'elle ait subi une tympanoplastie le 10 janvier 2025 et qu'elle doive être opérée d'une scoliose double majeure le 11 mars 2025 n'est pas susceptible de remettre en cause l'urgence ni l'utilité des mesures sollicitées par le préfet, lesquelles résultent de ce que les personnes qui se maintiennent indûment dans les lieux compromettent le fonctionnement normal du service public de l'hébergement en faisant obstacle à ce qu'il assure l'égal accès des demandeurs d'asile aux structures d'hébergement. Dans ces conditions, et alors que la mesure d'expulsion sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse, il y a lieu de considérer que les conditions d'urgence et d'utilité sont remplies. En l'absence d'élément précis concernant la symptomatologie de l'affection de la jeune B et compte tenu du délai depuis lequel les requérants occupent indument leur logement, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions subsidiaires présentées en défense tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de leur proposer un hébergement d'urgence.

8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de faire droit aux conclusions du préfet du Nord tendant à ce qu'il soit enjoint à Mme C et M. D de libérer le logement qu'ils occupent au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile de Bailleul passé un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Faute pour Mme C et M. D et toute personne les accompagnant d'avoir libéré les lieux, le préfet du Nord est autorisé à faire procéder à leur expulsion, au besoin avec le concours de la force publique, à l'expiration de ce délai. Cette autorité est également autorisée, à l'issue du même délai, à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre d'accueil pour demandeurs d'asile de Bailleul afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme C et M. D, à défaut pour eux d'avoir emporté leurs effets personnels.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions des articles L. 761-1 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas dans la présente instance, partie principalement perdante, la somme que demande le conseil des requérants sur leur fondement.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme C et M. D sont admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint à Mme C et M. D, et à toute personne les accompagnant, de libérer le logement qu'ils occupent au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile situé 325 avenue des nations unies à Bailleul (59270) et d'évacuer leurs biens dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : À défaut pour Mme C et M. D de déférer à l'injonction prononcée à l'article 2, le préfet du Nord pourra faire procéder d'office à leur expulsion et, en cas de besoin, requérir le concours de la force publique en vue d'assurer l'exécution de la présente ordonnance.

Article 4 : A l'issue du délai mentionné à l'article 2, le préfet du Nord est autorisé à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre d'accueil afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme C et de M. D, à défaut pour eux d'avoir emporté leurs effets personnels.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme F C, à M. A D et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 12 février 2025.

Le juge des référés,

signé

D. TERME

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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