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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2502092

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2502092

jeudi 15 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2502092
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formationjuge unique (5)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a été saisi par le préfet du Pas-de-Calais d’une contravention de grande voirie à l’encontre de la société Luut De Boer Beheer B.V., propriétaire du navire « Luut Senior », pour avoir déposé des déchets d’exploitation sur le quai Traverse Sud du port de Boulogne-sur-Mer. La décision retient que ces faits constituent une violation des dispositions des articles L. 5335-2, L. 5333-18, et R. 5337-1 du code des transports, ainsi que de l’article 18 du règlement particulier de police du port. En application des articles L. 2132-2 et L. 2132-4 du code général de la propriété des personnes publiques, le tribunal constate l’infraction et condamne la société à une amende, tout en ordonnant le remboursement des frais de constatation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une saisine, enregistrée le 3 mars 2025, le préfet du Pas-de-Calais défère au tribunal, comme prévenue d’une contravention de grande voirie, la société Luut De Boer Beheer B.V., propriétaire du navire « Luut Senior » immatriculé UK 124, pour avoir déposé des déchets d’exploitation sur le quai Traverse Sud et conclut à ce que le tribunal constate que les faits établis par le procès-verbal constituent la contravention prévue et réprimée aux articles
R 5333-18, L 5334-7, L 5334-8, L 5335-2, L 5335-3, et L 5337-1 du code des transports et à l’article 18 de l’arrêté n°18006329 portant application du règlement particulier de police du port de Boulogne-sur-Mer.


La clôture d’instruction a été fixée au 2 décembre 2025 par une ordonnance du
17 novembre 2025.
Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code des transports ;
- le code pénal ;
- le code de justice administrative.


Le président du tribunal a désigné Mme Féménia, vice-présidente, en application de l’article L. 774-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique du 18 décembre 2025 :
- le rapport de Mme Féménia,
- et les conclusions de Mme Bonhomme, rapporteure publique.


Considérant ce qui suit :

Le préfet du Pas-de-Calais défère au tribunal comme prévenue d’une contravention de grande voirie, la société Luut De Boer Beheer B.V., propriétaire du navire
« Luut Senior » immatriculé UK 124, pour avoir déposé des déchets d’exploitation sur le quai Traverse Sud, dans les limites administratives du port de Boulogne-sur-Mer.

Sur l’action publique :

Aux termes de l’article L. 2132-2 du code général de la propriété des personnes publiques : « Les contraventions de grande voirie sont instituées par la loi ou par décret, selon le montant de l'amende encourue, en vue de la répression des manquements aux textes qui ont pour objet, pour les dépendances du domaine public n'appartenant pas à la voirie routière, la protection soit de l'intégrité ou de l'utilisation de ce domaine public, soit d'une servitude administrative mentionnée à l'article L. 2131-1. / Elles sont constatées, poursuivies et réprimées par voie administrative. ». Aux termes de l’article L. 2132-4 de ce code :
« Les atteintes à l'intégrité ou à l'utilisation du domaine public maritime des ports maritimes sont définies au titre III du livre III de la cinquième partie du code des transports. ».
L’article R. 5337-1 du code des transports dispose que : « Constitue une contravention de grande voirie la violation des interdictions ou le manquement aux obligations prévues par le règlement général de police défini au chapitre III et par les règlements locaux le complétant. Sauf disposition législative contraire, ces contraventions sont punies de l’amende prévue par le premier alinéa de l’article L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques ». Aux termes de l’article L 5335-2 du même code : « Il est interdit de porter atteinte au bon état et à la propreté du port et de ses installations, notamment de jeter dans les eaux du port tous déchets, objets, terre, matériaux ou autres. ». Aux termes de l’article L. 5334-8 de ce code : « La présente section s'applique aux navires vraquiers faisant escale à un terminal pour charger ou décharger des cargaisons solides en vrac, à l'exclusion des grains, en utilisant des moyens de chargement ou déchargement autres que les seuls équipements de bord.
Pour l'application des articles R. 5334-8 à R. 5334-14 : 1° Les navires vraquiers sont les navires comptant un seul pont, des citernes supérieures et des citernes latérales en trémies dans ses espaces à cargaison, et qui sont destinés essentiellement à transporter des cargaisons sèches en vrac, ou les minéraliers, c'est-à-dire des navires de mer à un seul pont comportant deux cloisons longitudinales et un double fond sous toute la tranche à cargaison, qui sont destinés au transport de minerais dans les cales centrales uniquement, ou des transporteurs mixtes tels que définis dans la règle II-2/3.27 de la convention internationale pour la sauvegarde de la vie humaine en mer faite à Londres le 1er novembre 1974 (SOLAS), quel que soit leur pavillon ; 2° Un terminal est une installation fixe, flottante ou mobile, équipée et habituellement utilisée pour le chargement ou le déchargement de navires vraquiers ;
3° Le chargement ou le déchargement ne comprend pas les opérations accessoires, telles que le stockage, le relevage, le criblage et le concassage ; 4° Le responsable à terre des opérations de chargement ou de déchargement est la personne désignée en son sein par l'entreprise de manutention, que cette entreprise utilise ou non ses propres outillages. ». Aux termes de l’article L. 5334-7 de ce code : « Les navires exemptés de la redevance sur les déchets d'exploitation des navires en application du deuxième alinéa de l'article R. 5321-39 sont dispensés des obligations prévues aux articles R. 5334-4 et R. 5334-6. » L’article L. 5333-18 de ce code dispose que : « Lorsque les opérations de déchargement ou de chargement sont terminées, le revêtement du quai devant le navire, bateau ou engin flottant sur une largeur de vingt-cinq mètres et sur toute la longueur du navire, bateau ou engin flottant augmentée de la moitié de l'espace qui le sépare des navires, bateaux ou engins flottants voisins sans obligation de dépasser une distance de vingt-cinq mètres au-delà des extrémités du navire, bateau ou engin flottant doit être laissé propre. ». Enfin aux termes de l’article 18 de l’arrêté du règlement particulier de police du port de Boulogne-sur-Mer : « Nettoyage des quais et terre-pleins / (…) les dépôts d’ordures et de détritus sont réglementés dans le cadre de plan de réception et de traitement des déchets d’exploitation des navires et des résidus de cargaison (annexe 2).
Tout dépôt en dehors de ce cadre est interdit. Les entreprises qui participent aux opérations telles que manutentions, conditionnement, vérification etc. sur les marchandises, y compris dans les zones définies, doivent conduire leurs chantiers de façon à provoquer le moins possible de salissures. Les entreprises qui sont autorisées à occuper un terre-plein situé en dehors des zones définies pour y déposer des marchandises, doivent en assurer la propreté, notamment en faisant procéder régulièrement, à leurs frais, au balayage et à l’enlèvement des déchets, détritus, marchandises avariées, matériaux divers, etc. Les entreprises de réparation, construction, travaux publics … effectuant des travaux sir les terre-pleins doivent maintenir leurs chantiers propres et assurer l’enlèvement, à leurs frais, de tous déchets, déblais, etc. à la fin du chantier. »

3.
La personne qui peut être poursuivie pour contravention de grande voirie est, soit celle qui a commis ou pour le compte de laquelle a été commise l’action qui est à l’origine de l’infraction, soit celle sous la garde de laquelle se trouvait la chose qui a été la cause du dommage.

4.
Il résulte de l’instruction et notamment des mentions du procès-verbal dressé le
29 mars 2024 par la capitainerie du port de Boulogne-sur-Mer que la société Luut De Boer Beheer B.V., propriétaire du navire « Luut Senior » immatriculé UK 124, a déposé des déchets d’exploitation sur lesquels figurent son enseigne sur le quai Traverse Sud, alors même que des conteneurs pour déchets se trouvaient non loin de sa position à quai. Le procès-verbal, dont les mentions font foi jusqu’à preuve du contraire, établit ces faits, dont la matérialité n’est pas contestée et qui sont constitutifs d’une contravention de grande voirie réprimée par les dispositions mentionnées au point 2.

Sur le montant de l’amende :

5.
Aux termes de l’article L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques : « Sous réserve des textes spéciaux édictant des amendes d’un montant plus élevé, l’amende prononcée pour les contraventions de grande voirie ne peut excéder le montant prévu par le 5° de l’article 131-13 du code pénal. (…) ». Aux termes de l’article 131-13 du code pénal : « Constituent des contraventions les infractions que la loi punit d’une amende n’excédant pas 3 000 euros. Le montant de l’amende est le suivant : (…) 4° 750 euros au plus pour les contraventions de la 4e classe ; / 5° 1 500 euros au plus pour les contraventions de la 5e classe (…) ».


6.
Lorsqu’il retient la qualification de contravention de grande voirie s’agissant des faits qui lui sont soumis, le juge est tenu d’infliger une amende au contrevenant, alors même que les dispositions précitées ne prévoient pas de modulation des amendes, le juge, qui est le seul à les prononcer, peut toutefois, dans le cadre de ce contentieux répressif, moduler leur montant dans la limite du plafond prévu par la loi et du plancher que constitue le montant de la sanction directement inférieure, pour tenir compte de la gravité de la faute commise, laquelle est appréciée au regard de la nature du manquement et de ses conséquences.

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de condamner la société Luut De Boer Beheer B.V. à payer à l’Etat une amende de 500 euros pour l’infraction relevée à son encontre.


Sur l’action domaniale :

8. En l’espèce, le préfet n’allègue pas avoir engagé des frais pour réparer des dommages au domaine public qui auraient été commis par la société Luut De Boer Beheer B.V. Dans ces conditions, aucune condamnation de cette dernière ne peut être prononcée à ce titre.


D E C I D E :


Article 1er : La société Luut De Boer Beheer B.V.est condamnée à payer une amende de
500 (cinq cents) euros.

Article 2 : Le présent jugement sera adressé au préfet du Pas-de-Calais pour notification à
la société Luut De Boer Beheer B.V., dans les conditions prévues à l’article L. 774-6 du code de justice administrative.

Copie sera transmise, pour information, au directeur régional des finances publiques des
Hauts-de-France et du département du Pas-de-Calais.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 janvier 2026.


La magistrate désignée,


Signé
J. Féménia
La greffière


Signé

O. Monget


La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,


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