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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2511782

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2511782

mercredi 17 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2511782
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSCP E. FORGEOIS & ASSOCIÉS

Résumé IA

Ce référé précontractuel, introduit par la SAS Rouzé devant le Tribunal Administratif de Lille sur le fondement de l'article L.551-1 du code de justice administrative, conteste la procédure de passation d'un marché public de travaux attribué par la commune de Carvin. La société requérante invoque plusieurs manquements aux obligations de publicité et de mise en concurrence, notamment un défaut d'information sur le rejet de son offre, l'absence de garanties suffisantes de l'attributaire et le caractère anormalement bas de son offre. Le tribunal rejette la requête, estimant que le marché ayant été signé le 1er décembre 2025, avant l'introduction du référé le 2 décembre, la requête est irrecevable en application des articles R.2182-4 et R.2182-5 du code de la commande publique, la commune n'étant pas tenue par un délai de "standstill" pour un marché à procédure adaptée. En conséquence, les conclusions à fin d'annulation et d'injonction sont rejetées, et la SAS Rouzé est condamnée à verser 3 000 euros à la commune de Carvin au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 2 et 3 décembre 2025, la société par actions simplifiée (SAS) Rouzé, représentée par Me Éric Forgeois, demande au juge des référés statuant sur le fondement de l’article L.551-1 du code de justice administrative :

1°) d’enjoindre à la commune de Carvin de lui communiquer les motifs détaillés du rejet de son offre, les motifs qui ont conduit à retenir l’offre de la société Decima Aménagement, ainsi que les avantages et caractéristiques de l’offre retenue, au titre du marché portant sur le lot n°1 de l’accord-cadre à bons de commandes mono-attributaire portant sur des travaux de réhabilitation du patrimoine bâti de la commune de Carvin ;

2°) d’annuler la procédure de passation de l’appel d’offres ouvert du marché portant sur le lot n°1 de l’accord-cadre à bons de commandes mono-attributaire portant sur des travaux de réhabilitation du patrimoine bâti de la commune de Carvin, ainsi que toutes les décisions qui s’y rapportent ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Carvin la somme de 2 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- sa requête est recevable, dès lors qu’elle justifie d’un intérêt à agir en sa qualité de candidate ayant présenté une offre rejetée par la commune le 24 novembre 2025, et que le présent référé est formé avant la signature du contrat ;
- il y a lieu d’enjoindre à la commune de lui communiquer les motifs détaillés du rejet de son offre, les motifs qui ont conduit à retenir l’offre de la société Decima Aménagement, ainsi que les avantages et caractéristiques de l’offre retenue, dès lors que l'absence de communication des motifs précis du rejet de son offre, malgré sa demande en ce sens du 1er décembre 2025, établit un manquement aux obligations de transparence lui causant lésion ;
- plusieurs manquements de la commune de Carvin à ses obligations de publicité et de mise en concurrence entachent d’irrégularité la procédure de passation du lot n°1 justifiant son annulation :
- le défaut d’information sur le rejet de son offre et l’attribution de l'accord-cadre à la société Decima Aménagement caractérisent une atteinte manifeste aux obligations de publicité et de mise en concurrence, lui causant lésion ;
- la commune de Carvin a méconnu ses obligations de mise en concurrence en retenant la candidature de la société Decima Aménagement qui, compte tenu de sa création récente le 2 juin 2025, n'a pas pu produire les garanties économiques, financières, techniques et professionnelles exigées par le règlement de la consultation, ce qui aurait dû entraîner son élimination ;
- la commune a méconnu les dispositions de l'article L. 2152-5 du code de la commande publique, l'offre de la société attributaire étant anormalement basse et de nature à compromettre la bonne exécution du marché ; la commune de Carvin aurait dû exiger des précisions et vérifier les justifications, alors que les notes obtenues par les deux sociétés sur le critère du prix vont presque du simple au triple et que la société attributaire installée à environ 30 kms de la commune, contre 10 kms pour la société requérante, a nécessairement des coûts fixes plus importants pour l’exécution du contrat ; ce manquement porte atteinte aux principes d'égalité des candidats et de liberté d’accès à la commande publique.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 décembre 2025, la commune de Carvin, représentée par Me Charles-Eric Thor, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SAS Rouzé au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la requête est irrecevable dans la mesure où elle a été introduite postérieurement à la signature du marché effectuée le 1er décembre 2025 conformément aux dispositions des articles R.2182-4 et R. 2182-5 du code de la commande publique, alors que la commune n’est pas tenue par le délai de « standstill » dans le cadre d’un marché à procédure adaptée ; la décision d’attribution du marché a été notifiée le même jour au contrôle de légalité ;
- les conclusions tendant à la communication des motifs détaillés de rejet de l’offre de la société Rouzé sont irrecevables, car il n’entre pas dans l’office du juge du référé précontractuel d’ordonner la communication de tels éléments ; en tout état de cause, il n’y a plus lieu de statuer sur ces conclusions dans la mesure où la commune communique le rapport d’analyse des offres, avec occultation des mentions protégées par le secret des affaires, et le bordereau d’analyse des prix ;
- les conclusions à fin d’annulation doivent être rejetées : en premier lieu, le moyen tiré du défaut d’information de la société requérante évincée repose sur des faits postérieurs à l’attribution du contrat et est, par nature, insusceptible d’avoir lésé la société requérante ; en deuxième lieu, la création récente de la société attributaire ne l’empêche pas de pouvoir justifier de ses capacités financières, techniques et professionnelles, d’autant moins qu’elle a repris l’actif d’une société anciennement créée justifiant de références importantes ; en troisième lieu, la commune a recouru à une méthode d’évaluation du critère du prix, fondée sur un estimatif de commande très détaillé qui permet, du fait de son degré de précision, de s’assurer du sérieux des hypothèses de prix proposées par les candidats ; l’offre de la société Decima Aménagement n’est pas anormalement basse du seul fait de l’écart de prix important avec celui proposé par la société requérante ; les bordereaux de prix des deux sociétés concurrentes et de celles ayant candidaté au précédent marché, remis au juge des référés en application de l’article R.412-2-1 du code de justice administrative, témoignent de la cohérence de l’offre de la société attributaire alors que l’offre de la société requérante apparaît anormalement haute ; en tout état de cause, à supposer que le critère du prix soit neutralisé, l’application des autres critères aboutit à placer la SAS Rouzé toujours en deuxième position.

Par un mémoire distinct enregistré le 15 décembre 2025, la commune de Carvin, représentée par Me Charles-Eric Thor annonce produire, en application de l’article R.412-2-1 du code de justice administrative, cinq pièces, à savoir le mémoire technique de la société Decima Aménagement, attributaire du lot n°1 du marché, les références de cette société, le rapport d’analyse des offres du lot n° 1, le bordereau de prix du lot n°1 du lot 1 du marché et l'analyse du prix des offres du lot n° 1 du marché 2022-007.
Les pièces annoncées n’ont pas été produites.

Par un mémoire du 16 décembre 2025, la SAS Rouzé, représentée par Me Éric Forgeois, déclare se désister de sa requête.

La requête a été communiquée à la société Decima Aménagement qui n’a pas produit d’observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.


Le président du tribunal a désigné Mme Legrand, vice-présidente, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référés.


Les parties ont été régulièrement averties que l’affaire a été radiée du rôle de l’audience publique du 16 décembre 2025 à 14 heures 30.


Considérant ce qui suit :

Par un avis de marché publié le 16 juillet 2025, la ville de Carvin a lancé une consultation en procédure adaptée sous la forme d’un accord-cadre à bons de commandes mono-attributaire en vue de l’attribution d’un marché public portant sur des travaux de réhabilitation du patrimoine bâti de la commune. La société par actions simplifiée (SAS) Rouzé a présenté une offre le 8 août 2025 pour le lot n°1 « gros œuvre étendu ». Par un courrier du 24 novembre 2025, la société a été informée du rejet de son offre, classée en deuxième position sur deux candidats, et de l’attribution de ce lot, par une décision du 13 novembre 2025, à la société Decima Aménagement. Après avoir sollicité, par un courrier du 1er décembre 2025, des précisions complémentaires sur ce rejet, la SAS Rouzé demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 551-1 du code de justice administrative, d’enjoindre à la commune de Carvin, d’une part, de lui communiquer les motifs détaillés du rejet de son offre, les motifs qui ont conduit à retenir l’offre de la société Decima Aménagement, ainsi que les avantages et caractéristiques de l’offre retenue, d’autre part, d’annuler la procédure de passation de l’appel d’offres ouvert du marché portant sur le lot n°1 de l’accord-cadre à bons de commandes mono-attributaire portant sur des travaux de réhabilitation du patrimoine bâti de la commune de Carvin, ainsi que toutes les décisions qui s’y rapportent.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l’article L.551-1 du code de justice administrative :

Aux termes de l’article L. 551-1 du code de justice administrative : « Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu’il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l’exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d’exploitation, ou la délégation d’un service public. / Le juge est saisi avant la conclusion du contrat ». Aux termes de l’article L. 551-2 du même code : « I. Le juge peut ordonner à l’auteur du manquement de se conformer à ses obligations et suspendre l’exécution de toute décision qui se rapporte à la passation du contrat, sauf s’il estime, en considération de l’ensemble des intérêts susceptibles d’être lésés et notamment de l’intérêt public, que les conséquences négatives de ces mesures pourraient l’emporter sur leurs avantages. Il peut, en outre, annuler les décisions qui se rapportent à la passation du contrat et supprimer les clauses ou prescriptions destinées à figurer dans le contrat et qui méconnaissent lesdites obligations. (…) ». Aux termes de son article L. 551-3 de ce code : « Le président du tribunal administratif ou son délégué statue en premier et dernier ressort en la forme des référés ».

Si, eu égard aux pouvoirs conférés au juge du référé précontractuel par les dispositions précitées, les parties doivent, avant qu’il ne prononce une mesure prévue par celles-ci, être mises à même de présenter, au cours d’une audience publique, des observations orales à l’appui de leurs observations écrites, il en va différemment lorsque, après que cette procédure ait été engagée, intervient un désistement ou un évènement rendant sans objet la requête. Dans ce cas, le juge des référés peut donner acte du désistement ou constater un non-lieu sans tenir d’audience.

4. Par un mémoire du 16 décembre 2025, la SAS Rouzé a déclaré se désister de sa requête. Ce désistement est pur et simple. Rien ne s’oppose à ce qu’il en soit donné acte.

Sur les frais liés au litige :

5. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Carvin présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.




ORDONNE :


Article 1er : Il est donné acte du désistement de la requête de la SAS Rouzé.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Carvin au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.



Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société SAS Rouzé, à la commune de Carvin et à la société Decima Aménagement.


Fait à Lille, le 17 décembre 2025.


La juge des référés,

signé

I. Legrand

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,
La greffière,






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