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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2602408

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2602408

mardi 24 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2602408
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantLAPORTE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a statué sur une demande en référé concernant le refus implicite de délivrer un titre de séjour « parent d’enfant réfugié ». Le juge a constaté un non-lieu à statuer sur les conclusions à fin de suspension et d’injonction, au vu de la production d’une attestation de prolongation d’instruction par la préfecture. Cependant, il a mis à la charge de l’État une somme au titre des frais exposés par le requérant, en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 mars 2026, M. D... B..., représenté par Me Laporte, demande au juge des référés :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) de suspendre, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, l’exécution de la décision implicite par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour « parent d’enfant réfugié » ;

3°) d’enjoindre, sous astreinte, au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « parent d’enfant réfugié » ;

4°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l’aide juridictionnelle, sur le fondement de l’article L 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, à défaut d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de lui verser cette somme sur le fondement du seul article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- sa requête est recevable ; une décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour est née du silence gardé par le préfet du Nord sur sa demande du 3 octobre 2025 ; un recours en annulation a été préalablement déposé devant le tribunal administratif ;
- la condition d’urgence est remplie ; la rupture de ses droits sociaux et l’impossibilité d’accéder à l’emploi le privent de ressources pour subvenir aux besoins de ses trois enfants ; il fait l'objet d'une procédure d'expulsion de son logement avec une audience fixée le 9 avril 2026 devant le juge des contentieux de la protection de Lille ;
- il existe des moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- la décision contestée est entachée d’un défaut de motivation ; ses demandes de communication des motifs du 3 février 2026 sont restées sans réponse alors que l’administration a connaissance de sa qualité de parent d’enfants réfugiés ;
- elle méconnaît les termes des articles L. 424-1, L. 424-3 4°, L. 424-4 et R. 424-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ; sa demande de titre de séjour en qualité de parent d’enfant réfugié, déposée par courrier complet le 3 octobre 2025, n’a donné lieu à la délivrance d’aucune attestation de dépôt ni de prolongation d’instruction ; le préfet avait connaissance de la protection accordée à ses filles dès le mois d’octobre 2025, date à laquelle il a abrogé un précédent refus de séjour ; son compte sur le téléservice est bloqué ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et le paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ; compte tenu de la durée de son séjour, de ses attaches familiales liées à ses deux filles réfugiées et de son insertion professionnelle, elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ; l’absence de documents de séjour provisoires l'empêche d'accéder à l'emploi et de percevoir les prestations sociales nécessaires pour subvenir aux besoins de ses trois enfants mineurs ; son maintien en situation irrégulière l’expose à une procédure d’expulsion de son logement.

Le préfet du Nord a produit le 20 mars 2026 une lettre indiquant que l’instruction de la demande de M. B... se heurte à un problème informatique et que des pièces complémentaires lui ont été demandées pour faciliter la prise en charge de celle-ci.

Le préfet du Nord a produit le 23 mars 2026 une attestation de prolongation d'instruction délivrée à M. B..., valable du 20 mars au 19 juin 2026.

Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 9 mars 2026 sous le numéro 2602449 par laquelle M. B... demande l’annulation de la décision attaquée.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Legrand, vice-présidente, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer en matière de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique qui s’est tenue le 23 mars 2026 à 11 heures 30 :

- le rapport de Mme Legrand ;

- les observations de Me Sylvie Laporte avocate de M. B... qui invite le juge à constater le non-lieu à statuer sur les conclusions à fin de suspension et d’injonction au vu de l’attestation de prolongation d'instruction produite et maintient ses conclusions en remboursement de ses frais d’instance.


Elle soutient que :
- M. B... s’est déjà vu opposer un refus de titre de séjour en 2024 que le préfet a abrogé le 17 octobre 2025 ; sa situation a changé entretemps puisqu’il est devenu père de deux jumelles qui ont obtenu le statut de réfugié ; il a déposé son dossier de demande de titre le 3 octobre 2025 et le préfet est défaillant depuis 4 mois ;
- il y a urgence à statuer compte tenu du risque d’expulsion auquel il est exposé ;
- il existe un moyen de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- il a vocation à obtenir une carte de séjour en tant que père de filles réfugiées ; l’attestation de prolongation d'instruction n’est valable que trois mois ; le préfet n’agit que lorsqu’il est saisi d’un référé.


Le préfet du Nord n’étant ni présent ni représenté.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

1. M. D... B..., né le 30 juillet 2002 à Conakry (Guinée) et de nationalité guinéenne, a sollicité le bénéfice de l'asile pour ses deux filles mineures, C... et A... B..., nées le 9 mars 2025 à Lens. Par une décision du 15 septembre 2025, le directeur général de l’office français de protection des réfugiés et apatrides a reconnu la qualité de réfugiées à ses deux filles. Le 3 octobre 2025, M. B... a sollicité auprès du préfet du Nord la délivrance d’une carte de séjour en tant que père d’enfants mineurs ayant obtenu la qualité de réfugiés. Par un arrêté du 17 octobre 2025, le préfet a abrogé un précédent arrêté de refus de séjour et d’obligation de quitter le territoire français opposé à l'intéressé le 27 septembre 2025, motivant le désistement, acté par une ordonnance n°2411331 du 22 décembre 2025 du président du tribunal, de la requête introduite par M. B... contre cet arrêté. Le silence gardé par l'administration sur la nouvelle demande de titre de séjour présenté par M. B... le 3 octobre 2025 a fait naître une décision implicite de rejet, dont M. B... a vainement sollicité la communication des motifs par un courriel et une lettre recommandée le 3 février 2026. Par la présente requête, M. B... demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de cette décision implicite de rejet.


Sur l’aide juridictionnelle provisoire :

Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée (…) par la juridiction compétente (…) ».

Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu d’admettre M. B..., à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.




Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (…) ».

5. Il résulte de l’instruction que, postérieurement à l’introduction de la requête, le préfet du Nord a délivré à M. B... une attestation de prolongation d'instruction valable du 20 mars au 19 juin 2026 en faisant valoir que l’instruction de sa demande demeurait en cours mais s’était heurtée à un problème informatique. En concluant au non-lieu à statuer, alors que cette attestation ne répond pas à sa demande principale, M. B... doit être regardé comme se satisfaisant de ce document et comme se désistant de sa requête. Ce désistement est pur et simple. Rien ne fait obstacle à ce qu’il en soit donné acte.

Sur les frais liés au litige :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve qu’elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État, de mettre à la charge de l’État le versement à Me Sylvie Laporte de la somme de 800 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant par le bureau d’aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à M. B... au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.




O R D O N N E :

Article 1er : M. B... est admis à l’aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Il est donné acte à M. B... du désistement de ses conclusions à fin de suspension et d’injonction.

Article 3 : L’État versera la somme de 800 euros à Me Sylvie Laporte, conseil de M. B..., en application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Sylvie Laporte renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant par le bureau d’aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à M. B... au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.



Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D... B..., à Me Sylvie Laporte et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 24 mars 2026.

La juge des référés,

Signé,

I. Legrand

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.


Pour expédition conforme,
La greffière





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