mardi 12 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-1900505 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | CABINET VINCENT LE FAUCHEUR |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, enregistrée sous le n° 1900505 le 14 mars 2019, et un mémoire, enregistré le 25 août 2021, la société à responsabilité limitée (SARL) Déclic intérim, représentée par la SELARL Le Faucheur Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 21 janvier 2019 par laquelle le directeur départemental des finances publiques du Cantal a rejeté sa réclamation dirigée contre les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de ses exercices clos en 2013, 2014, 2015 et 2016 ;
2°) d'annuler la mise en demeure du 29 juin 2018 d'un montant de 150 833 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'article 44 quindecies du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige, ne prévoit pas le décompte des salariés titulaires d'un contrat de mission dans les effectifs des entreprises de travail temporaire ;
- le paragraphe n° 340 de l'instruction fiscale BOI-BIC-CHAMP-80-10-70-10, applicable aux impositions en litige, ne retient, pour ce décompte, que les seuls salariés titulaires d'un contrat de travail à durée déterminée ou à durée déterminée de six mois ou moins et exclut, de ce fait, les contrats de travail temporaire dont le régime juridique est distinct des contrats de travail à durée déterminée ;
- l'administration fiscale ne peut se fonder sur le paragraphe n° 345 de cette instruction, dans sa version modifiée à compter du 4 janvier 2017, qui n'était pas en vigueur à la date des impositions en litige et ne saurait avoir un effet rétroactif ;
- la prise en compte de l'intégralité des contrats de mission d'intérim conclus par les entreprises de travail temporaire pour le décompte du nombre de salariés employés par ces sociétés revient à traiter différemment la situation objectivement identique existant entre ces sociétés et les autres entreprises recourant à la conclusion de contrats à durée déterminée dès lors que, pour le même décompte, seuls les contrats à durée déterminée de six mois ou plus sont pris en compte et non l'intégralité de ces contrats, alors que les motifs de recours au travail temporaire et à un contrat à durée déterminée sont identiques ;
- l'article 44 quindecies du code général des impôts ne prévoit pas, pour le décompte du nombre de salariés, de prendre en compte la durée de la relation de travail mais seulement la durée des contrats conclus ; les dispositions de cet article, qui ne prévoient pas la prise en compte des salariés présents depuis plus de six mois mais des salariés titulaires d'un contrat dont la durée est supérieure à six mois, doivent être interprétées comme s'appliquant au contrat de mission individualisé et non pas à un ensemble cumulé de contrats de mission ;
- à titre subsidiaire, aucun des contrats de mission qu'elle a conclus ne dépasse la durée de six mois prévue par l'article 44 quindecies du code général des impôts ;
- les impositions en litige reposent sur des éléments globaux erronés qui ne tiennent pas compte de la durée de chaque contrat de mission, ni du motif de conclusion de chaque contrat ; or, l'instruction fiscale alors en vigueur à la date de ces impositions précise que les contrats à durée déterminée ne contenant pas de terme précis ou de durée exacte ne doivent pas être décomptés ;
- les dispositions de l'article L. 1251-54 du code du travail relatives au calcul des effectifs des entreprises de travail temporaire ne sont pas applicables au litige, relatif à l'appréciation du décompte de ses effectifs au sens de l'article 44 quindecies du code général des impôts, et étranger à la mise en œuvre de dispositions du code du travail ;
- la décision du 21 janvier 2019 rejetant sa réclamation est inconventionnelle dès lors qu'en vertu de l'article 5 de l'annexe I au règlement (CE) n° 800/2008 du 6 août 2008, relatif au calcul des effectifs des petites et moyennes entreprises, les travailleurs intérimaires liés à une entreprise de travail temporaire ne doivent pas être pris en compte.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 2 août 2019 et le 23 septembre 2021, le directeur départemental des finances publiques du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société Déclic intérim ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 27 septembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 octobre 2021.
II. Par une réclamation adressée au directeur départemental des finances publiques du Cantal, transmise au tribunal par application de l'article R. 199-1 du livre des procédures fiscales, et enregistrée sous le numéro 2000676 le 2 avril 2020, et un mémoire, enregistré le 25 août 2021, la société à responsabilité limitée (SARL) Déclic intérim, représentée par la SELARL Le Faucheur Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 7 octobre 2019 par laquelle le directeur départemental des finances publiques du Cantal l'a informé qu'il a décidé de soumettre d'office au tribunal sa réclamation dirigée contre les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de ses exercices clos en 2017 et 2018 ;
2°) d'annuler la mise en demeure du 31 juillet 2019 d'un montant de 58 359 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'article 44 quindecies du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige, ne prévoit pas le décompte des salariés titulaires d'un contrat de mission dans les effectifs des entreprises de travail temporaire ;
- le paragraphe n° 340 de l'instruction fiscale BOI-BIC-CHAMP-80-10-70-10, applicable aux impositions en litige, ne retient, pour ce décompte, que les seuls salariés titulaires d'un contrat de travail à durée déterminée ou à durée déterminée de six mois ou moins et exclut, de ce fait, les contrats de travail temporaire dont le régime juridique est distinct des contrats de travail à durée déterminée ;
- l'administration fiscale ne peut se fonder sur le paragraphe n° 345 de cette instruction, dans sa version modifiée à compter du 4 janvier 2017, qui n'était pas en vigueur à la date des impositions en litige, et ne saurait avoir un effet rétroactif ;
- la prise en compte de l'intégralité des contrats de mission d'intérim conclus par les entreprises de travail temporaire pour le décompte du nombre de salariés employés par ces sociétés revient à traiter différemment la situation objectivement identique existant entre ces sociétés et les autres entreprises recourant à la conclusion de contrats à durée déterminée dès lors que, pour le même décompte, seuls les contrats à durée déterminée de six mois ou plus sont pris en compte et non l'intégralité de ces contrats, alors que les motifs de recours au travail temporaire et à un contrat à durée déterminée sont identiques ;
- l'article 44 quindecies du code général des impôts ne prévoit pas, pour le décompte du nombre de salariés, de prendre en compte la durée de la relation de travail mais seulement la durée des contrats conclus ; les dispositions de cet article, qui ne prévoient pas la prise en compte des salariés présents depuis plus de six mois mais des salariés titulaires d'un contrat dont la durée est supérieure à six mois, doivent être interprétées comme s'appliquant au contrat de mission individualisé et non pas à un ensemble cumulé de contrats de mission ;
- à titre subsidiaire, aucun des contrats de mission qu'elle a conclus ne dépasse la durée de six mois prévue par l'article 44 quindecies du code général des impôts ;
- les impositions en litige reposent sur des éléments globaux erronés qui ne tiennent pas compte de la durée de chaque contrat de mission ni du motif de conclusion de chaque contrat ; or, l'instruction fiscale alors en vigueur à la date de ces impositions précise que les contrats à durée déterminée ne contenant pas de terme précis ou de durée exacte ne doivent pas être décomptés ;
- les dispositions de l'article L. 1251-54 du code du travail relatives au calcul des effectifs des entreprises de travail temporaire ne sont pas applicables au litige, relatif à l'appréciation du décompte de ses effectifs au sens de l'article 44 quindecies du code général des impôts, et étranger à la mise en œuvre de dispositions du code du travail ;
- la décision du 21 janvier 2019 rejetant sa réclamation est inconventionnelle dès lors qu'en vertu de l'article 5 de l'annexe I au règlement (CE) n° 800/2008 du 6 août 2008, relatif au calcul des effectifs des petites et moyennes entreprises, les travailleurs intérimaires liés à une entreprise de travail temporaire ne doivent pas être pris en compte ;
- en tout état de cause, en vertu du b) du II de l'article 44 quindecies du code général des impôts, le dépassement du seuil d'effectif ne lui fait pas perdre le bénéfice de l'exonération mentionnée au I de l'article 44 quindecies pour l'exercice au cours duquel ce dépassement est constaté ainsi que pour les deux exercices suivants.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 2 avril 2020 et le 23 septembre 2021, le directeur départemental des finances publiques du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société Déclic intérim ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 27 septembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 octobre 2021.
III. Par une réclamation adressée au directeur départemental des finances publiques du Cantal, transmise au tribunal par application de l'article R. 199-1 du livre des procédures fiscales, et enregistrée sous le numéro 2100371 le 22 février 2021, et un mémoire, enregistré le 25 août 2021, la société à responsabilité limitée (SARL) Déclic intérim, représentée par la SELARL Le Faucheur Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 14 décembre 2020 par laquelle le directeur départemental des finances publiques du Cantal l'a informé qu'il avait décidé de soumettre d'office au tribunal sa réclamation dirigée contre les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de son exercice clos en 2019 ;
2°) d'annuler la mise en demeure du 15 octobre 2020 d'un montant de 13 834 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'article 44 quindecies du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige, ne prévoit pas le décompte des salariés titulaires d'un contrat de mission dans les effectifs des entreprises de travail temporaire ;
- le paragraphe n° 340 de l'instruction fiscale BOI-BIC-CHAMP-80-10-70-10, applicable aux impositions en litige, ne retient, pour ce décompte, que les seuls salariés titulaires d'un contrat de travail à durée déterminée ou à durée déterminée de six mois ou moins et exclut, de ce fait, les contrats de travail temporaire dont le régime juridique est distinct des contrats de travail à durée déterminée ;
- l'administration fiscale ne peut se fonder sur le paragraphe n° 345 de cette instruction, dans sa version modifiée à compter du 4 janvier 2017, qui n'était pas en vigueur à la date des impositions en litige, et ne saurait avoir un effet rétroactif ;
- la prise en compte de l'intégralité des contrats de mission d'intérim conclus par les entreprises de travail temporaire pour le décompte du nombre de salariés employés par ces sociétés revient à traiter différemment la situation objectivement identique existant entre ces sociétés et les autres entreprises recourant à la conclusion de contrats à durée déterminée dès lors que, pour le même décompte, seuls les contrats à durée déterminée de six mois ou plus sont pris en compte et non l'intégralité de ces contrats, alors que les motifs de recours au travail temporaire et à un contrat à durée déterminée sont identiques ;
- l'article 44 quindecies du code général des impôts ne prévoit pas, pour le décompte du nombre de salariés, de prendre en compte la durée de la relation de travail mais seulement la durée des contrats conclus ; les dispositions de cet article, qui ne prévoient pas la prise en compte des salariés présents depuis plus de six mois mais des salariés titulaires d'un contrat dont la durée est supérieure à six mois, doivent être interprétées comme s'appliquant au contrat de mission individualisé et non pas à un ensemble cumulé de contrats de mission ;
- à titre subsidiaire, aucun des contrats de mission qu'elle a conclus ne dépasse la durée de six mois prévue par l'article 44 quindecies du code général des impôts ;
- les impositions en litige reposent sur des éléments globaux erronés qui ne tiennent pas compte de la durée de chaque contrat de mission ni du motif de conclusion de chaque contrat ; or, l'instruction fiscale alors en vigueur à la date de ces impositions précise que les contrats à durée déterminée ne contenant pas de terme précis ou de durée exacte ne doivent pas être décomptés ;
- les dispositions de l'article L. 1251-54 du code du travail relatives au calcul des effectifs des entreprises de travail temporaire ne sont pas applicables au litige, relatif à l'appréciation du décompte de ses effectifs au sens de l'article 44 quindecies du code général des impôts, et étranger à la mise en œuvre de dispositions du code du travail ;
- la décision du 21 janvier 2019 rejetant sa réclamation est inconventionnelle dès lors qu'en vertu de l'article 5 de l'annexe I au règlement (CE) n° 800/2008 du 6 août 2008, relatif au calcul des effectifs des petites et moyennes entreprises, les travailleurs intérimaires liés à une entreprise de travail temporaire ne doivent pas être pris en compte ;
- en tout état de cause, en vertu du b) du II de l'article 44 quindecies du code général des impôts, le dépassement du seuil d'effectif ne lui fait pas perdre le bénéfice de l'exonération mentionnée au I de l'article 44 quindecies pour l'exercice au cours duquel ce dépassement est constaté ainsi que pour les deux exercices suivants.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 22 février 2021 et le 23 septembre 2021, le directeur départemental des finances publiques du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société Déclic intérim ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 27 septembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 octobre 2021.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les conclusions de M. Jurie, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société Déclic intérim, créée en avril 2011, est une entreprise de travail temporaire qui exerce son activité sur le territoire de la commune de Saint-Flour (Cantal). Aux termes de la vérification de sa comptabilité dont elle a fait l'objet au titre de ses exercices clos les 31 mars 2013 à 2016, l'administration fiscale a remis en cause l'exonération d'impôt sur les sociétés prévue au I de l'article 44 quindecies du code général des impôts dont elle a bénéficié au titre de ses exercices clos en 2013, 2014, 2015 et 2016. Les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés en résultant ont été mises en recouvrement par avis du 16 janvier 2018 pour un montant total de 150 833 euros. Ce premier avis de recouvrement ayant été annulé, l'administration a ensuite adressé un nouvel avis de mise en recouvrement le 15 juin 2018. La société Déclic intérim a présenté une réclamation contre ces impositions supplémentaires. Cette réclamation a été rejetée par décision du 21 janvier 2019 de l'administration fiscale. La société Déclic intérim demande au tribunal, aux termes de sa requête enregistrée sous le numéro 1900505, l'annulation de la décision du 21 janvier 2019 rejetant sa réclamation ainsi que l'annulation d'une " mise en demeure du 29 juin 2018 d'un montant de 150 833 euros ". La décision rejetant la réclamation d'un contribuable ne constituant pas un acte détachable de la procédure d'imposition, et la mise en demeure du 29 juin 2018, correspondant en réalité à une mise en demeure du 31 janvier 2018 faisant référence à l'avis de mise en recouvrement du 16 janvier 2018 ultérieurement annulé par l'administration fiscale ainsi qu'il vient d'être dit, les conclusions de la requête n° 1900505 doivent être interprétées comme tendant à la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles a été assujettie la société Déclic intérim au titre de ses exercices clos les 31 mars des exercices 2013, 2014, 2015 et 2016.
2. Par une proposition de rectification du 25 janvier 2019, l'administration fiscale, tirant les conséquences de la remise en cause du bénéfice du régime d'exonération prévu au I de l'article 44 quindecies du code général des impôts, a assujetti la société Déclic intérim à des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre de ses exercices clos les 31 mars 2017 et 2018. Ces suppléments d'imposition ont été mis en recouvrement par un avis du 28 juin 2019, pour un montant total de 58 359 euros. La société Déclic intérim a présenté une réclamation tendant à la contestation de cet avis de mise en recouvrement du 28 juin 2019 ainsi que de la mise en demeure de payer la somme de 58 359 euros. L'administration fiscale a soumis d'office cette réclamation au tribunal, qui a été enregistrée sous le numéro 2000676. Par cette réclamation, la société requérante doit être regardée comme demandant, d'une part, la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de ses exercices clos en 2017 et 2018, d'autre part, la décharge de l'obligation de payer la somme de 58 359 euros correspondant à ces suppléments d'imposition.
3. Enfin, par une proposition de rectification du 30 janvier 2020, l'administration a également informé la société Déclic intérim qu'elle envisageait de l'assujettir à des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre de son exercice clos le 31 mars 2019. Les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés ont été mises en recouvrement par un avis du 30 septembre 2020. Par une réclamation du 20 novembre 2020, la société Déclic intérim a contesté l'avis de mise en recouvrement du 30 septembre 2020. L'administration a soumis d'office cette réclamation au tribunal. Par cette réclamation, enregistrée sous le numéro 2100371, la société requérante doit être regardée comme demandant la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de son exercice clos en 2019. Demandant également, aux termes de son mémoire en réplique, l'annulation de la décision de la mise en demeure de payer la somme de 13 834 euros correspondant à ces suppléments d'imposition en droit et pénalités, elle doit également être regardée comme demandant la décharge de l'obligation de payer cette somme.
4. Les requêtes n° 1900505, 2000676 et 2100371 présentent à juger des questions semblables, présentent un lien connexe, concernent la situation d'un même contribuable et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu, par suite, de joindre ces trois requêtes pour y statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions aux fins de décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés :
En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :
5. Aux termes du I de l'article 44 quindecies du code général des impôts : " Dans les zones de revitalisation rurale mentionnées à l'article 1465 A, les entreprises qui sont créées ou reprises entre le 1er janvier 2011 et le 31 décembre 2013, soumises de plein droit ou sur option à un régime réel d'imposition de leurs résultats et qui exercent une activité industrielle, commerciale, artisanale au sens de l'article 34 ou professionnelle au sens du 1 de l'article 92, sont exonérées d'impôt sur le revenu ou d'impôt sur les sociétés à raison des bénéfices réalisés, à l'exclusion des plus-values constatées lors de la réévaluation des éléments d'actif, jusqu'au terme du cinquante-neuvième mois suivant celui de leur création ou de leur reprise et déclarés selon les modalités prévues à l'article 53 A. ".
6. Aux termes du II de ce même article, dans sa rédaction applicable aux impositions en litige : " Pour bénéficier de l'exonération mentionnée au I, l'entreprise doit répondre aux conditions suivantes : () / b) L'entreprise emploie moins de dix salariés bénéficiant d'un contrat de travail à durée indéterminée ou d'une durée d'au moins six mois à la date de clôture du premier exercice et au cours de chaque exercice de la période d'application du présent article ; si l'effectif varie en cours d'exercice, il est calculé compte tenu de la durée de présence des salariés en cause pendant l'exercice () ". Ce même paragraphe, dans sa version applicable à compter du 1er janvier 2016, issue de l'article 15 de la loi n° 2015-1785 du 29 décembre 2015 de finances pour 2016, prévoit que l'entreprise doit employer moins de onze salariés bénéficiant des mêmes contrats de travail.
7. En premier lieu, il résulte de l'instruction, notamment de la proposition de rectification du 20 décembre 2016, que, pour fonder les impositions en litige, l'administration fiscale s'est principalement fondée sur les dispositions de l'article 44 quindecies du code général des impôts pour apprécier la condition de seuil d'effectif posée par le b) du II de cet article et procéder aux rehaussements en litige. Dans ces conditions, à supposer même que la requérante entende soulever un moyen en faisant état de ce que l'administration ne pouvait appliquer le paragraphe n° 345 de l'instruction fiscale référencée BOI-BIC-CHAMP-80-10-70-10, qui n'a été publié au bulletin officiel - impôts qu'à compter du 4 janvier 2017, un tel moyen ne peut qu'être écarté.
8. En deuxième lieu, il résulte des dispositions du II de l'article 44 quindecies du code général des impôts, éclairées par les travaux parlementaires ayant précédé l'adoption de l'article 129 de la loi n° 2010-1657 du 29 décembre 2010 de finances pour 2011 dont elles sont issues, que le bénéfice de l'exonération prévue au I de cet article est limité aux entreprises de moins de dix salariés, ultérieurement porté à onze, par l'article 15 de la loi n° 2015-1785 du 29 décembre 2015 de finances pour 2016, aux fins de maitrise budgétaire des conséquences de l'institution de ce nouvel avantage et de l'intention d'en faire bénéficier en priorité les petites et très petites entreprises situées en zone de revitalisation rurale.
9. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 1251-1 du code du travail : " Le recours au travail temporaire a pour objet la mise à disposition temporaire d'un salarié par une entreprise de travail temporaire au bénéfice d'un client utilisateur pour l'exécution d'une mission. / Chaque mission donne lieu à la conclusion : / 1° D'un contrat de mise à disposition entre l'entreprise de travail temporaire et le client utilisateur, dit "entreprise utilisatrice" ; / 2° D'un contrat de travail, dit "contrat de mission", entre le salarié temporaire et son employeur, l'entreprise de travail temporaire ". Il résulte de cet article que les personnes mises à la disposition d'une entreprise utilisatrice par une entreprise de travail temporaire sont liées à cette dernière par un contrat de travail et ont ainsi la qualité de salarié de cette entreprise.
10. Il résulte de ce qui précède que la société Déclic intérim n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, pour apprécier la condition du nombre de salariés employés par elle au titre des exercices en litige, l'administration a pris en compte ses salariés liés avec elle par les contrats de mission prévus à l'article L. 1251-1 du code du travail. Par ailleurs, contrairement à ses allégations, les entreprises de travail temporaire recrutant leurs salariés par contrats de mission pour les mettre à disposition d'entreprises utilisatrices ne sont pas dans une situation objectivement identique à celle d'autres sociétés recourant à la conclusion de contrats à durée déterminée.
11. L'administration fait par ailleurs valoir, sans être sérieusement contestée, que, compte tenu de son activité d'entreprise de travail temporaire, l'effectif de la société Déclic intérim a varié en cours d'exercice. Le service des impôts a ainsi pu, en application des dispositions du b) du II de l'article 44 quindecies du code général des impôts, procéder au calcul de cet effectif compte tenu de la durée de présence de l'ensemble des salariés en cause au cours de son exercice clos en 2013. Il résulte des mentions non sérieusement contestées de la proposition de rectification du 20 décembre 2016 que, pour procéder à ce calcul, l'administration a déterminé le nombre d'heures travaillées par les travailleurs temporaires mis à disposition par la requérante sur la base des fiches de paies établies au titre de cet exercice et précisant le nombre d'heures travaillées par chacun d'eux. Après avoir déterminé la durée horaire de travail correspondante à six mois, soit 928 heures, chiffrage non contesté par la requérante, l'administration a pu constater que 19 de ses salariés en contrat de mission étaient présents plus de six mois au sein de ses effectifs au cours de son exercice clos en 2013. Si la requérante produit des contrats de mission de deux de ses salariés conclus au titre des exercices respectivement clos en 2014 et 2015, ces seuls éléments ne permettent pas de remettre en cause l'appréciation de l'administration selon laquelle, à la date de la clôture du premier exercice au sens du b) du II de l'article 44 quindecies, soit le 31 mars 2013, elle ne remplissait pas la condition d'effectif prévue par ces mêmes dispositions.
12. En troisième lieu, la société Déclic intérim se prévaut des dispositions du dernier alinéa du b) du II de l'article 44 quindecies, issues de la loi n° 2016-1785 du 29 décembre 2015 selon lesquelles " () au titre des exercices clos entre le 31 décembre 2015 et le 31 décembre 2018, lorsqu'une entreprise bénéficiant déjà de l'exonération mentionnée au I constate, à la date de clôture de l'exercice, un dépassement du seuil d'effectif mentionné au premier alinéa du présent b, cette circonstance ne lui fait pas perdre le bénéfice de cette exonération pour l'exercice au cours duquel ce dépassement est constaté ainsi que pour les deux exercices suivants ".
13. Toutefois, il résulte de ce qui précède que la société requérante ne remplissait pas la condition relative au seuil d'effectif à la clôture du premier exercice au cours duquel elle a bénéficié du régime d'exonération, soit dès le 31 mars 2013. En outre, le dépassement de seuil d'effectif n'a pas été constaté au titre des exercices clos entre le 31 décembre 2015 et le 31 décembre 2018. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à se prévaloir des dispositions de l'article 44 quindecies citées au point 12.
14. En dernier lieu, la société requérante soutient, dans chacune des instances en litige, que la décision du 21 janvier 2019 par laquelle l'administration fiscale a rejeté sa réclamation relative aux suppléments d'impôt sur les sociétés mis à sa charge au titre de ses exercices clos entre 2013 et 2016 est inconventionnelle dès lors qu'en vertu de l'article 5 de l'annexe I au règlement (CE) n° 800/2008 du 6 août 2008, relatif au calcul des effectifs des petites et moyennes entreprises, les travailleurs intérimaires liés à une entreprise de travail temporaire ne doivent pas être pris en compte. Toutefois, et en tout état de cause, les vices qui entachent la décision de l'administration rejetant une réclamation du contribuable sont dépourvus d'incidence tant sur la régularité de la procédure d'établissement des impositions que sur le bien-fondé de celles-ci. Par suite, le moyen invoqué par la requérante doit être écarté comme inopérant.
15. Il résulte de ce qui précède qu'au titre de son exercice clos en 2013, la société Déclic intérim ne remplissait plus les conditions d'effectif pour bénéficier de l'avantage fiscal prévu au I de l'article 44 quindecies. Par suite, elle n'est pas fondée à demander, sur le terrain de la loi fiscale, la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2013, 2014, 2015, 2016, 2017, 2018 et 2019.
En ce qui concerne l'interprétation administrative de la loi fiscale :
16. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration () ".
17. La société Déclic intérim doit être regardée comme se prévalant, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, du paragraphe n° 310 de l'instruction publiée au bulletin officiel - impôt sous la référence BOI-BIC-CHAMP-80-10-70-10 relatifs au décompte du nombre de salariés, qui énonce que " Le décompte des salariés s'opère en retenant les seuls salariés titulaires d'un contrat de travail à durée indéterminée ou à durée déterminée de six mois au moins. / Ainsi sont écartés : / - les travailleurs temporaires et les stagiaires qui n'ont pas la qualité de salarié de l'entreprise utilisatrice ; / - les salariés dont le contrat à durée déterminée ne contient ni terme précis, ni durée exacte (par exemple, contrat conclu pour le remplacement d'un salarié absent ". Toutefois, ce paragraphe, qui prévoit notamment l'absence de prise en compte, dans le décompte des effectifs salariés, des travailleurs temporaires, ne trouve à s'appliquer qu'en cas de recours à ce personnel par une entreprise "utilisatrice" au sens de l'article L. 1251-1 du code du travail et ne saurait s'appliquer aux entreprises de travail temporaire qui mettent à disposition leurs salariés avec lesquels elles sont liées par un contrat de travail. Par suite, ce paragraphe, dont les références invoquées par la requérante n'ont au demeurant été publiées qu'à compter du 6 juillet 2016, ne donne pas de la loi fiscale applicable au litige une interprétation différente de celle qui résulte du présent jugement.
Sur les conclusions aux fins de décharge de l'obligation de payer les sommes respectives de 58 359 euros et de 13 834 euros :
18. Les moyens relatifs à la régularité ou au bien-fondé des impositions dont le recouvrement est poursuivi par l'administration ne peuvent être utilement invoqués à l'appui d'une demande tendant à la décharge de l'obligation de payer résultant d'un acte de poursuite formée dans les conditions prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales.
19. La société Déclic intérim, qui demande la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de ses exercices clos en 2017, 2018 et 2019, doit également être regardée, en ce qu'elle demande également " l'annulation " des actes de poursuite ainsi qu'il a été dit aux points 2 et 3, comme demandant la décharge de l'obligation de payer les sommes respectives de 58 359 et 13 834 euros. Toutefois, au soutien de ces conclusions, elle n'invoque que des moyens relatifs à la régularité ou au bien-fondé de ces impositions. Ces moyens étant inopérants à l'appui de la demande de décharge de l'obligation de payer les sommes en litige, cette demande ne peut qu'être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, les sommes demandées par la société Déclic intérim au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 1900505, 2000676 et 2100371 de la société Déclic intérim sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Déclic intérim et au directeur départemental des finances publiques du Puy-de-Dôme.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Courret, présidente,
Mme Luyckx, première conseillère,
M. Panighel, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.
Le rapporteur,
L. A
La présidente,
C. COURRETLa greffière,
F. LLORACH
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 1900505, 2000676, 2100371
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026