mardi 12 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-1900657 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | NOVA PARTNERS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 avril 2019 et le 18 décembre 2019, la société par actions simplifiée (SAS) Motorspeed Racing Products, représentée par la SELARL Nova Partners, demande au tribunal :
1°) de prononcer la restitution d'une somme de 40 041 euros correspondant à une créance de crédit d'impôt recherche acquise à raison des dépenses qu'elle a engagées en 2017 liées à l'élaboration de ses nouvelles collections ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle remplit l'ensemble des conditions posées au h) du II de l'article 244 quater B du code général des impôts et à l'article 199 ter B du même code dès lors, d'une part, qu'elle exerce une activité industrielle de confection de vêtements pour motocycles dans le secteur du textile-habillement-cuir et que, d'autre part, les dépenses engagées en 2017 constituent bien des dépenses d'élaboration de nouvelles collections au sens du h) du II de l'article 244 quater B du code général des impôts ;
- les travaux à façon confiés à des tiers remplissent les conditions posées au paragraphe 30 de la doctrine administrative BOI-BIC-RICI-10-10-40 ;
- ni l'article 244 quater B, ni la jurisprudence ne permettent de conclure qu'une entreprise élaborant de nouvelles collections ne serait pas éligible au bénéfice du crédit d'impôt recherche " collections " au motif qu'elle circonscrirait la fabrication industrielle d'une partie de ses productions à la réalisation uniquement d'un état intermédiaire ou semi-fini ;
- le rôle de l'outillage industriel mobilisé pour la fabrication des pièces est prépondérant pour son activité de production.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 juillet 2019 et 3 janvier 2020, le directeur départemental des finances publiques du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société Motorspeed Racing Products ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 5 novembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les conclusions de M. Jurie, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée (SAS) Motorspeed Racing Products a sollicité, le 17 octobre 2018, le remboursement d'un crédit d'impôt pour des dépenses de recherche constatées au titre de l'année 2017 d'un montant de 40 041 euros. L'administration a estimé, par une décision du 29 janvier 2019, que les dépenses engagées n'étaient pas éligibles à ce crédit d'impôt et lui a refusé le remboursement réclamé. La société Motorspeed Racing Products demande au tribunal de prononcer la restitution de ce crédit d'impôt.
Sur l'application de la loi fiscale :
2. Aux termes du II de l'article 244 quater B du code général des impôts : " Les dépenses de recherche ouvrant droit au crédit d'impôt sont : / () h) Les dépenses liées à l'élaboration de nouvelles collections exposées par les entreprises industrielles du secteur textile-habillement-cuir et définies comme suit : / 1° Les dépenses de personnel afférentes aux stylistes et techniciens des bureaux de style directement et exclusivement chargés de la conception de nouveaux produits et aux ingénieurs et techniciens de production chargés de la réalisation de prototypes ou d'échantillons non vendus ; / 2° Les dotations aux amortissements des immobilisations créées ou acquises à l'état neuf qui sont directement affectées à la réalisation d'opérations visées au 1° ; / 3° Les autres dépenses de fonctionnement exposées à raison de ces mêmes opérations ; ces dépenses sont fixées forfaitairement à 75 p. 100 des dépenses de personnel mentionnées au 1° ; () ". En adoptant ces dispositions, le législateur a entendu, par l'octroi d'un avantage fiscal, soutenir l'industrie manufacturière en favorisant les systèmes économiques intégrés qui allient la conception et la fabrication de nouvelles collections. Il en résulte que le bénéfice du crédit d'impôt recherche est ouvert sur le fondement de ces dispositions aux entreprises qui exercent une activité industrielle dans le secteur du textile, de l'habillement et du cuir lorsque les dépenses liées à l'élaboration de nouvelles collections sont exposées en vue d'une production dans le cadre de cette activité. Revêtent un caractère industriel, au sens de ces dispositions, les entreprises du secteur textile-habillement-cuir exerçant une activité de fabrication ou de transformation de biens corporels mobiliers qui nécessite d'importants moyens techniques.
3. Il appartient au juge de l'impôt de constater, au vu de l'instruction dont le litige qui lui est soumis a fait l'objet, qu'une entreprise remplit ou non les conditions lui permettant de se prévaloir de l'avantage fiscal institué par l'article 244 quater B du code général des impôts.
4. Il résulte de l'instruction, en particulier du dossier de demande de remboursement du crédit d'impôt recherche en litige et du descriptif des tâches retenues au titre de cette demande, que la société Motorspeed Racing Products a procédé à la réalisation, en 2017, par l'intermédiaire de ses deux co-gérants et de trois employés, de travaux d'élaboration de gammes de vêtements et accessoires pour les pilotes de motos et de vélos exerçant des activités sportives d'enduro, trail, moto-cross ou BMX. Il résulte en particulier de ces documents, notamment des relevés de temps de travail de ces personnes liées à l'élaboration de nouvelles collections, que les tâches réalisées portent essentiellement sur l'étude et la réalisation de dessins, la recherche de nouvelles matières et techniques d'assemblage, des travaux de sublimation, de prototypage et de patronage. Dans ces conditions, et en l'absence de contestation sérieuse de l'administration, la société requérante, qui soutient également produire elle-même une partie des articles qu'elle conçoit et élabore, doit être regardée comme exerçant une activité concourant à la fabrication de biens corporels mobiliers dans le secteur du textile, de l'habillement ou du cuir. Compte tenu des pièces produites par la requérante, celle-ci peut également être considérée comme ayant exposé des dépenses liées à l'élaboration de nouvelles collections au sens du h du II de l'article 244 quater B du code général des impôts.
5. Toutefois, s'il résulte des documents comptables produits par la société Motorspeed Racing Product qu'elle dispose, pour l'exercice de l'ensemble de son activité, de diverses installations techniques, matériels et outillages tels que des cercleuses, cisailles, des piqueuses, un plan de travail, une table élévatrice, des machines à coudre et outils d'impression comme une calandre d'impression thermique, la valeur de son outillage global s'élevait à la clôture de ses exercices le 30 juin 2017 et le 30 juin 2018 à 72 062 euros et 107 812,45 euros, et il ne résulte pas de l'instruction que l'intégralité de ces éléments était liée à l'élaboration de collections. Contrairement aux allégations de la requérante, il n'y a lieu de prendre en compte, pour apprécier l'importance des moyens techniques mis en œuvre, que les installations techniques, matériels et outillages, et non les solutions logicielles invoquées par la requérante, que cette dernière n'a d'ailleurs pas inscrit dans le compte 215 relatif à ces installations techniques, matériels et ouvrages. Par ailleurs, si la société requérante soutient que ses machines ou outillages ont permis de fabriquer 40 000 pièces en 2017 et auraient permis d'en produire 100 000 si la demande avait été plus forte, elle ne justifie pas en tout état de cause de ces montants, alors qu'elle indique en outre avoir eu recours à la sous-traitance d'une partie de sa production pour laquelle elle ne disposait pas du matériel nécessaire et que la facturation totale de la sous-traitance s'élevait, au titre des exercices clos les 30 juin 2017 et 30 juin 2018, à 128 069 euros et 178 995 euros. Il résulte de ce qui précède que le rôle des installations techniques, matériels et outillages mis en œuvre par la société Motorspeed Racing Products n'est pas prépondérant dans son activité concourant à la fabrication de biens corporels mobiliers. Par suite, son activité, qui ne nécessite pas d'importants moyens techniques, ne revêt pas un caractère industriel au sens du h) du II de l'article 244 quater B du code général des impôts. Elle ne peut dès lors prétendre au bénéfice du crédit d'impôt recherche à raison des dépenses exposées pour l'élaborations de nouvelles collections sur le fondement de ces dispositions.
Sur l'interprétation administrative de la loi fiscale :
6. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. / Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente. () ".
7. Les paragraphes 20 et 30 de l'instruction référencée BOI-BIC-RICI-10-10-40 du 12 septembre 2012 énoncent : " 20 : " Sont seules concernées les entreprises du secteur textilehabillement-cuir qui exercent une activité industrielle. Les activités industrielles s'entendent de celles qui concourent directement à l'élaboration ou à la transformation de biens corporels mobiliers. Ces activités consistent en la transformation de matières premières ou de produits semi-finis en produits fabriqués ; le rôle du matériel ou de l'outillage y est prépondérant. " ; 30 : " Ne sont donc pas concernées les entreprises du secteur textile-habillement-cuir qui n'exercent aucune activité de production : cabinets de stylistes, entreprises qui créent de nouvelles collections mais qui concèdent la fabrication à d'autres entreprises / En revanche, les entreprises industrielles qui sous-traitent leur fabrication à des tiers peuvent bénéficier du crédit d'impôt. Le bénéfice du dispositif ne peut donc être refusé aux entreprises ayant recours à la sous-traitance dès lors qu'elles sont propriétaires de la matière première et qu'elles assurent tous les risques de la fabrication et de la commercialisation. En revanche, les entreprises qui concèdent leur droit de fabrication sont exclues du dispositif. Ces précisions s'appliquent au règlement des litiges en cours. ".
8. Si la société Motorspeed Racing Products se prévaut, sur le fondement des dispositions du premier alinéa de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des paragraphes 20 et 30 de la documentation administrative BOI-BIC-RICI-10-10-40 du 12 septembre 2012, la garantie prévue par ces dispositions ne peut être invoquées que pour contester les rehaussements d'impositions auxquels procèdent l'administration. La décision refusant de rembourser un crédit d'impôt ne constituant pas un rehaussement d'imposition, la société requérante n'est pas fondée, en tout état de cause, à invoquer le bénéfice de la doctrine administrative pour contester le refus de remboursement de crédit d'impôt recherche en litige.
9. A supposer que la société Motorspeed Racing Products se prévale du deuxième alinéa de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, les énonciations de l'instruction fiscale précitée s'appliquent aux entreprises industrielles, dont elles ne donnent pas une définition différente de celle, rappelée au point 2, résultant des dispositions de l'article 244 quater B du code général des impôts. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 que l'activité de la société requérante ne revêt pas un caractère industriel au sens de ces dispositions. Dès lors, la société Motorspeed Racing Products n'est pas fondée à invoquer le bénéfice de la doctrine administrative précitée, dans les prévisions de laquelle elle n'entre pas.
10. Il résulte de ce qui précède que la société Motorspeed Racing Products n'est pas fondée à demander la restitution d'un crédit d'impôt pour des dépenses de recherche constatées au titre de l'année 2017. Par suite, les conclusions aux fins de restitution de ce crédit d'impôt doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Motorspeed Racing Products est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Motorspeed Racing Products et au directeur départemental des finances publiques du Puy-de-Dôme.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Courret, présidente,
Mme Luyckx, première conseillère,
M. Panighel, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.
Le rapporteur,
L. A
La présidente,
C. COURRETLa greffière,
F. LLORACH
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026