jeudi 30 juin 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-1901761 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Magistrat Courret |
| Avocat requérant | CMS BUREAU FRANCIS LEFEBVRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 septembre 2019, la société anonyme (SA) Argan, représentée par cabinet CMS Francis Lefebvre, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires de taxe foncière sur les propriétés bâties, ainsi que des taxes annexes, auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2016 et 2017, dans les rôles de la commune de Creuzier-le-Neuf (Allier), ainsi que de toutes les pénalités et intérêts y afférents, soit 183 315 euros au titre de l'année 2016 et 185 510 euros au titre de l'année 2017 à raison de l'établissement à usage d'entrepôt situé ZAC des Ancises ;
2°) de prononcer la réduction de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties ainsi que des taxes annexes auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2018 soit 175 720 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la proposition de rectification et la décision de rejet de l'administration se bornent à relever des caractéristiques de l'exploitation de l'entrepôt en litige ;
- la proposition de rectification ne comportait aucune démonstration que ce soit sur le plan fonctionnel ou bilanciel de la prépondérance du rôle de l'outillage dans le cadre de l'activité de son établissement; en outre, elle comportait des inexactitudes et des approximations qui minorent sa portée ; l'administration évalue les gains de productivité de son site de 2015 à celle d'un autre site en 2003 ;
- le service ne démontre pas en quoi le rôle de l'outillage est prépondérant par rapport à celui du personnel salariés et intérimaires lesquels ont l'entier contrôle de chaque stade de la manipulation des marchandises ;
- l'approche fonctionnelle ne permet pas d'établir le caractère prépondérant, son exploitation n'exigeant pas le recours pour son activité à d'importants moyens techniques ; l'activité de manutention des marchandises n'est nullement automatisée et repose systématiquement sur l'intervention humaine des 37 salariés et intérimaires qui y sont affectés ; l'activité manuelle est importante ; les salariés de la société dirigent les appareils de manutention, ces derniers n'étant pas autonomes ; il s'agit de matériel piloté par l'homme ; le fait que les salariés soient guidés dans leur picking par le logiciel de gestion des stocks ne retire en rien que la composition des colis est réalisée à bras d'hommes ; la tâche est donc bien manuelle ; par conséquent, l'intervention humaine est manifestement prépondérante dans le cadre de la manipulation des marchandises au sein de l'entrepôt ; celle-ci est réalisée par des opérateurs utilisant des engins de manutention standard et non automatisés utilisés dans tous les types de commerces classiques et notamment dans les réserves des magasins ;
- concernant l'approche bilancielle, l'administration ne démontre pas l'importance du matériel utilisé ; l'administration n'a pas recherché à procéder à la comparaison de la valeur brute des installations techniques, du matériel et outillage industriel qu'elle utilise par rapport à la valeur totale des immobilisations corporelles nécessaires à son activité;
- au regard des critères dégagés par le Conseil d'Etat, l'activité qu'elle exerce doit être considérée comme ne nécessitant pas d'importants moyens techniques et ne peut, de ce seul fait, être regardée comme revêtant un caractère industriel au sens de l'article 1499 du code général des impôts.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2020, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction des vérifications nationales et internationales conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société Argan ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 19 octobre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 19 novembre 2021.
En application des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, le 12 janvier 2022, une mesure supplémentaire d'instruction a été adressée à la société Argan afin de lui demander la communication du courrier du 30 août 2017 auquel elle faisait référence dans sa requête. La société Argan n'a pas produit ladite pièce.
En application des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, le 18 mars 2022, une mesure supplémentaire d'instruction a été adressée à la direction des vérifications nationales et internationales afin de lui demander la communication de ce courrier du 30 août 2017. L'administration a produit cette pièce le 21 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- et les conclusions de M. Jurie, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société Argan, venant aux droits de la société Immolog Auvergne, donne en location un entrepôt, dont elle est propriétaire, situé ZAC des Ancises sur le territoire de la commune de Creuzier-le-Neuf (Allier) à la société L'Oréal qui, elle-même, le donne en sous-location à la société Cosmétique Active International (CAI). La société Cosmétique Active International a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au terme de laquelle l'administration fiscale a estimé que cet entrepôt pouvait être qualifié d'établissement industriel, au sens de l'article 1499 du code général des impôts. Par une lettre n° 751 du 30 août 2017, la société Argan a été informée des rehaussements apportés aux bases imposables au titre de la taxe foncière sur les propriétés bâties à raison de cet établissement, rehaussements qui ont été maintenus par courrier du 17 octobre 2017 à la suite des observations présentées par la société le 2 octobre 2017. Des rôles supplémentaires de taxe foncière sur les propriétés bâties concernant les années 2016 et 2017 ont été émis respectivement les 31 décembre 2017 et 31 octobre 2018. De même, un rôle initial rectifié en prenant en compte la nouvelle base pour l'année 2018 a été émis le 31 août 2018. Après rejet par l'administration de ses réclamations contentieuses, la société Argan demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2016 et 2017 ainsi que la réduction de la cotisation de taxe foncière à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2018.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 198-10 du livre des procédures fiscales : " () En cas rejet total ou partiel de la réclamation, la décision doit être motivée () ". L'éventuelle insuffisance de motivation de la décision prise sur la réclamation contentieuse du contribuable demeure toutefois sans influence sur la régularité de la procédure d'imposition. Par suite, le moyen soulevé par la société Argan tiré de l'insuffisante motivation de la décision du 3 juillet 2019 de rejet de sa réclamation contentieuse doit être écarté comme inopérant.
3. En second lieu, il résulte de l'instruction, que par un courrier du 30 août 2017, l'administration a informé la société Argan des modifications apportées aux bases imposables en matière de taxe foncière pour les années 2016 et 2017 au titre des terrains et constructions situés ZAC des Ancises sur le territoire de la commune de Creuzier-le-Neuf, information préalable à la mise en recouvrement des impositions supplémentaires. La société requérante conteste la motivation de ce courrier de rectification au motif qu'il ne comporte aucune démonstration que ce soit sur le plan fonctionnel ou bilanciel de la prépondérance du rôle de l'outillage dans le cadre de l'activité de son établissement. Toutefois, en l'espèce, ce courrier de rectification comporte l'ensemble des constatations effectuées par le service dans la description des relations entre les entités et la visite de l'entrepôt, ainsi que la description détaillée de l'activité exercée dans cet entrepôt. Ce document indique les dispositions applicables en matière d'évaluation des établissements industriels, mentionne les conséquences des observations du service en matière de taxe foncière et, enfin, les conséquences fiscales de l'ensemble de ces constatations en détaillant le nouveau calcul de la valeur locative des biens passibles de taxe foncière du site concerné. Ces motifs étaient suffisants pour permettre au contribuable de comprendre le bien-fondé des rectifications opérées et de présenter utilement ses observations, ce que la société requérante a fait le 2 octobre 2017. Dans ces conditions, alors que la régularité de la proposition de rectification ne dépend pas du bien-fondé de ses motifs, la société Argan n'est pas fondée à soutenir que cette lettre d'information n° 751 du 30 août 2017 n'est pas suffisamment motivée en ce qui concerne les impositions en litige.
Sur le bien-fondé des impositions :
4. Aux termes de l'article 1380 du code général des impôts : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code ". Aux termes de l'article 1499 du même code: " La valeur locative des immobilisations industrielles passibles de la taxe foncière sur les propriétés bâties est déterminée en appliquant au prix de revient de leurs différents éléments, revalorisé à l'aide des coefficients qui avaient été prévus pour la révision des bilans, des taux d'intérêt fixés par décret en Conseil d'Etat () ". Revêtent un caractère industriel, au sens de cet article, les établissements dont l'activité nécessite d'importants moyens techniques, non seulement lorsque cette activité consiste dans la fabrication ou la transformation de biens corporels mobiliers, mais aussi lorsque le rôle des installations techniques, matériels et outillages mis en œuvre, fût-ce pour les besoins d'une autre activité, est prépondérant.
5. La société Argan soutient que l'établissement qui est exploité par la société CAI dans l'entrepôt dont elle est propriétaire situé à Creuzier-le-Neuf ne présente pas un caractère industriel dès lors que les moyens techniques mis en œuvre par sa locataire dans le cadre de son activité ne sont pas importants et n'ont pas un rôle prépondérant.
6. Il résulte de l'instruction que la société Argan donne en location un entrepôt situé à Creuzier-le-Neuf à la société L'Oréal qui, elle-même, le donne en sous-location à la société Cosmétique Active International (CAI). Cet entrepôt est composé d'une partie à usage de bureaux, de salles de réunion, d'espace de restauration et des locaux sociaux d'une superficie de 1 160 m². Il est également composé de cinq cellules dédiées à des marques d'une surface totale de 24 519 m². L'activité exercée dans cet entrepôt consiste en l'exploitation d'une plate-forme logistique destinée à recevoir la marchandise, à la stocker, à préparer les commandes à destination des filiales et à en assurer l'expédition. Dans ces conditions, une telle activité ne revêtant pas un caractère industriel par nature, il y a lieu de rechercher, d'une part, si son activité est poursuivie à l'aide de moyens techniques importants, d'autre part, si leur rôle dans l'activité est prépondérant.
7. Il résulte de l'instruction que pour exercer l'activité logistique de la société CAI, qui ne se limite pas à une simple activité de stockage de la marchandise, l'entrepôt en litige est équipé de 28 quais de chargement / déchargement. Le flux journalier au titre de l'année 2015 est de 13 camions en réception et 15 camions en expédition pour un total de 1 101 palettes par jour. Ces produits concernent l'ensemble des marques de produits cosmétiques de cette société dont 80 % sont exportés vers 47 pays et 90 000 points de vente. Pour ce travail de manutention, la société met en œuvre des installations techniques, matériels et outillages industriels fixes et mobiles, tels que des racks d'une hauteur de 9,5 mètres, des engins de levage et de manutention au nombre desquels figurent onze préparateurs de commandes électriques, cinq chariots frontaux, quatorze chariots rétractables, et une nacelle. Cette société, pour la gestion du stock de marchandises et la préparation des commandes, utilise un système informatique centralisé qui permet d'assurer le suivi et le contrôle de chaque marchandise réceptionnée, le traitement des commandes et leur expédition. Si la société Argan fait valoir que ces installations techniques, matériels et outillages, ne représentent qu'un faible pourcentage du prix de revient des immobilisations servant à l'exploitation, une telle circonstance n'est pas de nature à remettre en cause leur caractère prépondérant pour les besoins de l'activité. En effet, il résulte de l'instruction que l'activité de la société ne pourrait pas être exercée dans les mêmes conditions sans de tels moyens matériels. La circonstance qu'ils nécessitent l'intervention d'une main d'œuvre pour les actionner, et qu'elle est présente dans la réception, dans le stockage et la réexpédition des marchandises, n'est pas de nature à remettre en cause leur caractère prépondérant.
8. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration fiscale a considéré que l'entrepôt dans lequel la société CAI exerce son activité revêtait un caractère industriel au sens et pour l'application des dispositions de l'article 1499 du code général des impôts et qu'elle a, par suite, procédé à l'évaluation de sa valeur locative suivant la méthode comptable définie par ces dispositions et a établi, sur cette base, des cotisations supplémentaires de taxe foncière sur les propriétés bâties mises à la charge de la société propriétaire du site au titre des années 2016 et 2017 ainsi que l'imposition primitive de l'année 2018.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la société Argan n'est pas fondée à demander la décharge des cotisations supplémentaires de taxe foncière sur les propriétés bâties émises au titre des années 2016 et 2017 ainsi que la réduction de celle émise au titre de l'année 2018.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la société Argan demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SA Argan est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société anonyme Argan et à l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction des vérifications nationales et internationales.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2022.
La magistrate désignée,
C. ALa greffière,
J. VILLENEUVE
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026