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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-1901839

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-1901839

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-1901839
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantCABINET CORNET VINCENT SEGUREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 19 septembre 2019, le 25 mai 2020, le 18 février 2021, le 20 octobre 2021 et le 2 juin 2022, Mme I G et M. B G, agissant en leurs noms propres et en leur qualité de représentants légaux de leurs enfants E, A, D et C G, représentés par Me Letang, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de condamner solidairement le centre hospitalier universitaire (CHU) Estaing de Clermont-Ferrand et son assureur, la SHAM, à leur verser la somme totale de 22 725 euros en réparation des préjudices temporaires subis par leur fille E, ainsi que la somme totale de 25 980,23 euros en réparation des préjudices subis par ses proches et la somme de 5 000 euros au titre d'un défaut d'information ;

2°) de mettre à la charge solidaire du CHU Estaing et de la SHAM, une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Ils soutiennent que :

- le CHU Estaing est responsable de manquements qui ont été établis par les experts désignés par la Commission régionale d'indemnisation des victimes d'accidents médicaux (CCI), dans la gestion des suites de la sténose consécutive à la pyéloplastie réalisée le 29 avril 2016, et du fait de l'absence d'information et de concertation avec la famille, et de la survenue de quatre infections urinaires ;

- ils sont ainsi fondés à réclamer au CHU l'indemnisation du déficit fonctionnel subi par E, du 22 mars au 4 juillet 2016, à hauteur de 2 525 euros, des souffrances endurées à hauteur de 18 000 euros, dont sera déduite la somme de 800 euros allouée par la Cour d'appel de Riom au titre de la responsabilité du Dr H de la clinique de la Chataigneraie, et le préjudice esthétique temporaire à hauteur de 3 000 euros ;

- le préjudice d'affection de ses parents sera évalué à 6 000 euros chacun, et à 1 200 euros concernant chacun de ses trois frères, ces préjudices étant établis par les attestations versées au dossier ;

- les frais divers supportés pendant cette période, y compris ceux exposés dans la procédure suivie devant la CCI, doivent être évalués à la somme de 7 209,19 euros ;

- M. G a subi une perte de revenus de 3 171,04 euros ;

- ils sont également fondés à réclamer une somme de 5 000 euros au titre du défaut d'information ;

- les conclusions dirigées contre la SHAM sont recevables dès lors que le contrat d'assurance est un contrat de droit public par détermination de la loi " Murcef " du 11 décembre 2001.

Par des mémoires, enregistrés le 7 février 2020, le 4 février 2021, le 4 mars 2021 et le 24 mai 2022, la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme, représentée par Me Nolot, conclut, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à condamner le CHU Estaing à lui payer la somme provisoire de 271 879,08 euros, compte tenu de l'absence de consolidation de l'état de l'enfant ;

2°) d'assortir cette condamnation des intérêts au taux légal à compter de l'enregistrement de son premier mémoire, avec capitalisation des intérêts à chaque échéance annuelle ;

3°) à condamner le CHU Estaing à lui verser la somme de 1 114 euros sur le fondement de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale et la somme de 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que le condamner aux entiers dépens.

Elle soutient que :

- elle est fondée à réclamer la somme totale de 271 879,08 euros suivant la notification provisoire des débours en date du 8 février 2021, dans l'attente de la consolidation de l'état de santé de l'enfant ;

- l'état de ses débours sur la période allant du 12 mai au 4 juillet 2016 s'élève à la somme de 35 796,15 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 30 avril 2020 et le 12 janvier 2021, le centre hospitalier universitaire Estaing de Clermont-Ferrand et la Société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM), représentés par la SELAS Seban Auvergne, concluent à :

1°) " dire ce que de droit " sur la responsabilité du CHU ;

2°) ramener les prétentions indemnitaires à de plus justes proportions, en appliquant un taux de responsabilité qui ne saurait excéder 75 % ;

3°) rejeter le surplus des conclusions des requérants et de la CPAM.

Il soutient que :

- les conclusions dirigées contre la SHAM sont portées devant une juridiction incompétente pour en connaître ;

- le CHU ne remet pas en cause les manquements retenus à son encontre ; son taux de responsabilité ne saurait excéder 75 % compte tenu des responsabilités du Dr H ;

- le déficit fonctionnel temporaire imputable au CHU ne peut être calculé qu'à compter du 12 mai 2016, et ne saurait excéder 636 euros ;

- l'indemnisation pour les souffrances endurées doit être ramenée à 9 750 euros, celle du préjudice esthétique temporaire à 375 euros ;

- le préjudice d'affection des proches n'est pas établi en l'absence de séquelles permanentes ;

- seuls les frais de reproduction des dossiers médicaux, des frais de garde d'enfants, d'essence et de péage, sont justifiés ; une somme de 2 250 euros pourra ainsi être allouée au titre des frais divers ;

- la perte de revenus pourra être indemnisée à hauteur de 2 378,28 euros selon un taux de 75 % de responsabilité ;

- le manquement au devoir d'information n'est pas établi ;

- s'agissant des frais exposés par la CPAM, le CHU ne doit être tenu au remboursement que dans la limite de 75 %, et sur la période du 12 mai au 4 juillet 2016 ; l'existence de frais futurs n'est pas démontrée.

Par une ordonnance du 1er juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 2001-1168 du 11 décembre 2001 ;

- l'arrêté du 14 décembre 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F,

- les conclusions de M. Jurie, rapporteur public,

- les observations de Me Penet, représentant M. et Mme G, et celles de Me Lantero, représentant le CHU de Clermont-Ferrand et la SHAM.

Considérant ce qui suit :

1. Mme G a accouché de sa fille E, le 20 mars 2016 à la clinique de la Chataigneraie à Beaumont, après qu'une pathologie au rein droit ait été diagnostiqué chez le fœtus durant la grossesse. Le 24 mars 2016, l'enfant a été transféré au CHU Estaing de Clermont-Ferrand pour une insuffisance rénale aigüe obstructive, et opérée le 25 mars pour réaliser une dyalise et poser une dérivation des urines. Le 29 avril, E a été de nouveau opérée en raison d'un syndrome de la jonction pyélo-urétérale gauche, avec mise en place d'une sonde blue-stent, cette intervention ayant été à l'origine d'une sténose du bas uretère gauche, suivie de plusieurs infections urinaires et d'autres interventions pour l'installation d'une dérivation au CHU de Lyon, hôpital femme-mère-enfant de Bron. Ayant été saisie par M. et Mme G, le 13 octobre 2016, la commission régionale de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales a conclu, par un avis du 27 mars 2017, d'une part, que le Dr H, de la clinique de la Chataigneraie, était responsable d'un retard de diagnostic de l'insuffisance rénale aigüe qui s'est déclarée à la naissance, et d'autre part, que dans les suites de la prise en charge de cette maladie au CHU Estaing " après la chirurgie pratiquée le 29 avril 2016 et consistant dans une pyéloplastie gauche avec mise en place d'une sonde blue-stent, l'enfant a présenté une sténose du bas uretère gauche qui peut s'analyser en un accident médical non fautif, cette intervention étant également suivie de quatre infections urinaires ". S'agissant de la prise en charge de cette sténose, les experts ont retenu un manquement imputable au CHU de Clermont-Ferrand puisque le 12 mai 2016 la sonde a été retirée sans mise en place d'une nouvelle dérivation alors qu'il existait toujours des problèmes urinaires. Estimant toutefois que l'accident médical non fautif ne présentait pas le caractère de gravité exigé par le code de la santé publique, la commission a rejeté la demande de M. et Mme G. Par une lettre du 8 juillet 2019, les requérants ont adressé une réclamation préalable au CHU Estaing à raison des manquements qui lui sont imputables, laquelle a été rejetée par décision du 23 juillet 2019. Par la présente requête, ils demandent au tribunal de condamner solidairement le CHU Estaing et son assureur, la SHAM, à les indemniser des préjudices subis par leur fille et par eux-mêmes et leurs trois autres enfants.

Sur l'exception d'incompétence :

2. Il est constant que le contrat d'assurance liant le CHU Estaing et la SHAM est un contrat administratif, par application de l'article 2 de la loi du 11 décembre 2001 portant mesures urgentes de réformes à caractère économique et financier et de l'article 29 du code des marchés publics. Dès lors, l'action en responsabilité contre l'assureur de cet établissement relève de la juridiction administrative, et par suite, la CPAM du Puy-de-Dôme n'est pas fondée à soutenir que les conclusions des requérants dirigées contre l'assureur du CHU seraient portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Sur les conclusions aux fins de condamnation :

En ce qui concerne la responsabilité du CHU Estaing et la perte de chance :

3. Aux termes de de l'article L. 1141-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. ".

4. Il résulte de l'instruction, et notamment de l'expertise diligentée par la CCI à la demande des requérants, dont les conclusions ne sont d'ailleurs pas contestées en défense, qu'Eléana G est née avec une pathologie rénale congénitale. Si le Dr H, médecin libéral exerçant à la clinique de la Chataigneraie, a été jugé responsable d'un retard de diagnostic de l'insuffisance rénale aïgue qu'elle présentait à la naissance, les experts ont estimé que " quel que soit le délai de diagnostic une dérivation des urines par néphrostomie aurait été nécessaire compte tenu des éléments présentés depuis la naissance ", la faute du chirurgien de la clinique de la Chataigneraie n'ayant ainsi été à l'origine que de la nécessité de pratiquer une dialyse, ainsi que l'a jugée en dernière instance la Cour d'appel de Riom dans son arrêt du 13 octobre 2021. Les experts ont considéré la néphrostomie réalisée le 29 avril 2016 comme légitime et conforme aux règles de l'art, et que la sténose du bas uretère survenue à sa suite était constitutive d'un aléa thérapeutique non fautif, ce qui n'est pas contesté. Ils ont toutefois estimé que l'équipe chirurgicale du CHU Estaing a commis des manquements fautifs dans le traitement de cette sténose, en levant le drainage le 12 mai 2016 sans nouvelle dérivation, ce qui a conduit à une nouvelle insuffisance rénale aigüe, situation qui n'a pu être traitée de manière satisfaisante qu'après son transfert au CHU de Lyon, le 4 juillet 2016. En revanche, il résulte de ces mêmes conclusions expertales que les quatre épisodes infectieux subis par l'enfant à la suite de ces interventions, dont un seul est considéré comme nosocomial, ont été traités " tôt et de façon adaptée ", sans conséquences dommageables sur son état de santé à long terme.

5. Il résulte de ce qui précède que la faute commise par le CHU est dès lors indépendante de la première faute commise par le Dr H et que ses conséquences doivent en tout état de cause être évaluées sans considération de l'indemnisation mise à la charge de ce chirurgien par le juge judiciaire. En revanche, les manquements commis par le CHU étant consécutifs à un accident médical non fautif, le préjudice en lien direct avec cette faute est la perte de chance d'éviter que le dommage corporel advienne ou s'aggrave, et non le dommage corporel lui-même, lequel demeure tout entier en lien direct avec l'accident non fautif, de même que, en l'espèce, avec l'état de santé de l'enfant à la naissance. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de fixer ce taux de perte de chance à 75 %, non contesté en défense.

En ce qui concerne le défaut d'information :

6. Aux termes de l'article L. 1111-2 du même code : " I. - Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. () / Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser. () ".

7. Il résulte de ces dispositions que doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l'accomplissement d'un acte médical, les risques connus de cet acte qui, soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence. En cas de manquement à cette obligation d'information, si l'acte de diagnostic ou de soin entraîne pour le patient, y compris s'il a été réalisé conformément aux règles de l'art, un dommage en lien avec la réalisation du risque qui n'a pas été porté à sa connaissance, la faute commise en ne procédant pas à cette information engage la responsabilité de l'établissement de santé à son égard, pour sa perte de chance de se soustraire à ce risque en renonçant à l'opération. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction, compte tenu de ce qu'était l'état de santé du patient et son évolution prévisible en l'absence de réalisation de l'acte, des alternatives thérapeutiques qui pouvaient lui être proposées ainsi que de tous autres éléments de nature à révéler le choix qu'il aurait fait, qu'informé de la nature et de l'importance de ce risque, il aurait consenti à l'acte en question. Pour apprécier si l'absence d'information préalable d'un patient sur la possible survenance du syndrome dont il reste atteint méconnait cette obligation d'information, il y a lieu également de rechercher si le risque en question ne pouvait advenir que par l'effet d'un geste chirurgical contraire aux bonnes pratiques médicales.

8. Il résulte de l'instruction que l'intervention en cause du 12 mai 2016, ayant abouti au retrait de la sonde de drainage et au traitement fautif de ses suites, était rendue indispensable par l'apparition d'une sténose obstructive. Il ne résulte d'aucun élément de l'instruction qu'il existait une possibilité de s'y soustraire. Comme il a été dit, les conséquences dommageables survenues après cette intervention n'ont pu advenir qu'en raison des erreurs et insuffisances dans le traitement des suites de la sténose, caractérisant une faute médicale. Les requérants ne sont ainsi pas fondés à soutenir que le CHU de Clermont-Ferrand est responsable au surplus d'un manquement au devoir d'information à leur égard. En outre, si l'expertise met en cause le manque de communication de l'équipe chirurgicale concernant " l'absence de deadline ou d'échéancier " auprès de la famille, et sa réticence à un deuxième avis médical, ces circonstances ne sont pas de nature à établir un manquement au devoir d'information prévu à l'article L. 1111-2 du code de la santé publique, mais doivent être pris en compte dans l'évaluation globale du préjudice moral des parents de la victime.

Sur l'évaluation des préjudices :

En ce qui concerne les préjudices d'Eléana G, victime directe :

9. En premier lieu, les requérants demandent l'indemnisation du déficit fonctionnel temporaire subi par leur fille lors de ses périodes d'hospitalisation, du 22 mars au 4 juillet 2016. Toutefois, comme il a été dit précédemment, le CHU Estaing ne peut être tenu pour responsable d'un dommage avant le 12 mai 2016. Par suite, il y a lieu d'indemniser ce chef de préjudice, pour une durée courant du 12 mai 2016 au 4 juillet 2016, soit 53 jours, au taux journalier de 16 euros, en mettant à la charge du CHU 75 % du total, soit 636 euros.

10. En second lieu, il résulte de l'expertise que le niveau de souffrances endurées par E a été évalué à 5/7 durant sa période d'hospitalisation. La somme de 13 000 euros n'est pas contestée par le CHU comme assurant une juste réparation de ce poste de préjudice. Par suite, il y a lieu de fixer l'indemnisation que doit le CHU à ce titre à la somme de 9 750 euros, dont il n'y a pas lieu de retrancher la somme de 800 euros allouée par l'arrêt de la Cour d'appel de Riom du 13 octobre 2021 au titre de la réparation que doit le Dr H pour sa part.

11. En troisième lieu, si l'expert a estimé l'existence d'un préjudice esthétique à 2/7, il a seulement relevé à ce titre un " aspect de déhiscence pariétale gauche en rapport avec une atteinte nerveuse concomitante de pyéloplastie, qui devrait régresser dans les années à venir " et que ses diverses cicatrices dues aux interventions " sont présentes mais peu visibles ". Ainsi, il ne résulte pas de l'instruction que la victime ait eu à subir un préjudice esthétique même temporaire en lien direct avec la faute imputable au CHU de Clermont-Ferrand.

En ce qui concerne les préjudices des proches de la victime directe :

S'agissant des préjudices d'affection et les troubles de toute nature :

12. Les requérants de la victime doivent être regardés comme demandant la réparation du préjudice d'affection lié à la connaissance des souffrances endurées par E, et plus généralement, de troubles dans leurs conditions d'existence. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice, subi par les parents de la jeune E durant cette période, en le fixant à la somme de 6 000 euros pour chacun, en ce compris le préjudice moral dû aux insuffisances relevées par l'expert relatives à la communication avec la famille. Par suite, il y a lieu de fixer la réparation que doit le CHU, compte tenu du taux de perte de chance, à la somme de 4 500 euros pour chaque parent.

13. Il résulte également de l'instruction que les frères d'Eléana ont été perturbés psychologiquement par les difficultés de prise en charge de leur sœur et les absences de leurs parents. Il sera fait une juste appréciation de la réparation incombant au CHU en la fixant, après application du taux de perte de chance, à la somme de 750 euros pour chacun de ses trois frères, A, D et Ruben.

S'agissant des préjudices patrimoniaux :

14. En premier lieu, si M. G fait valoir qu'il a subi une perte de revenu de 3 171,04 euros en raison d'un arrêt de travail du 25 avril au 1er juillet 2016, la perte ainsi alléguée n'est pas établie.

15. En second lieu, M. et Mme G demandent le remboursement de divers frais qu'ils allèguent avoir supportés du fait de la situation de leur fille du mois d'avril au mois de juillet 2016, pour un montant total de 7 209,19 euros. Toutefois, les frais exposés pour des frais de cantine et de garde supplémentaire de leurs garçons, pour des séances de kinésithérapie et d'ostéopathie non remboursées par la sécurité sociale ou leur mutuelle et deux séances de psychothérapie pour Ruben en juin 2017, ne présentent pas un lien suffisamment direct et certain avec la faute commise par le CHU. Par ailleurs, la somme demandée au titre des frais de parking, de 6 euros par jour sur 98 jours, et de déplacement jusqu'au CHU Estaing, sur la base de quatre aller-retour quotidien, n'est pas justifiée et apparaît excessive compte tenu de la période considérée et des montants des débits de carte bancaire apparaissant sur les relevés de compte du couple. En outre, les honoraires du médecin qui les a assistés durant la procédure d'expertise, d'un montant de 2 400 euros, ont été facturés à la compagnie PACIFICA et non aux requérants. Les frais d'avocats sont quant à eux uniquement compensés au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dès lors, il sera fait une juste appréciation de la réparation mise à la charge du CHU au titre des frais divers supportés par les époux G du fait de la faute commise, comprenant les divers frais de parking et de déplacement au CHU de Clermont-Ferrand et au CHU de Lyon, et de reproduction de dossiers médicaux, en la fixant à la somme de 800 euros, compte tenu du taux de perte de chance de 75 %.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme G sont fondés à demander que le CHU de Clermont-Ferrand soit condamné à leur verser la somme totale de 22 436 euros.

Sur les débours de la CPAM du Puy-de-Dôme :

17. La CPAM du Puy-de-Dôme expose une somme de 271 879,08 euros au titre des frais de santé qu'elle indique avoir supportée pour E G. Ces débours comprennent des " frais futurs occasionnels " consistant en des consultations spécialisées en urologie et des imageries. Toutefois, il résulte de l'expertise que l'enfant ne présente pas de séquelles permanentes en rapport avec la faute commise par le CHU. Dès lors, la demande relative à de futurs frais, de même que celle tendant à fixer une réparation seulement provisoire, doivent être en tout état de cause rejetées.

18. Comme il a été dit, le remboursement mis à la charge du CHU concernant les frais exposés par la caisse doit être limité aux actes pris en charge sur la période du 12 mai au 4 juillet 2016, date à laquelle la sténose urétérovésicale a été considérée comme adaptée par l'expertise. Il ressort du nouveau décompte produit par la caisse primaire d'assurance maladie que le montant de ces frais sur cette période s'élève à la somme de 35 796,15 euros. En conséquence, il y a lieu de condamner le CHU de Clermont-Ferrand à verser à la CPAM du Puy-de-Dôme une somme de 26 847,11 euros, correspondant au taux de perte de chance de 75 %.

Sur les intérêts et leur capitalisation :

19. La somme due à la CPAM portera, comme elle le demande, intérêts au taux légal à compter du 7 février 2020, date d'introduction de son premier mémoire. Ces intérêts porteront eux-mêmes intérêts à chaque échéance annuelle à compter du 7 février 2021.

Sur l'indemnité forfaitaire de gestion de la CPAM :

20. Il y a lieu de faire droit à la demande de la CPAM du Puy-de-Dôme en condamnant le CHU de Clermont-Ferrand à lui verser la somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, en application de l'arrêté du 14 décembre 2021 susvisé.

Sur les dépens :

21. Il résulte de l'article L. 1142-12 du code de la santé publique que, dans le cas où l'expertise est missionnée par la commission régionale d'indemnisation des accidents médicaux, l'Office national d'indemnisation prend en charge le coût de cette expertise, sous réserve du remboursement prévu aux articles L. 1142-14 et L. 1142-15. En l'espèce, il n'y a dès lors pas lieu de statuer sur les dépens.

Sur les frais liés au litige :

22. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du CHU Estaing de Clermont-Ferrand, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le versement d'une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés dans l'instance par les requérants, et d'une somme de 800 euros au profit de la CPAM du Puy-de-Dôme.

D E C I D E :

Article 1er : Le CHU Estaing de Clermont-Ferrand et la SHAM sont condamnés solidairement à verser à Mme I G et M. B G, en leurs noms propres et en leur qualité de représentants légaux de leurs enfants, la somme totale de 22 436 euros.

Article 2 : Le CHU Estaing de Clermont-Ferrand et la SHAM sont condamnés solidairement à verser à la CPAM du Puy-de-Dôme une somme de 26 847,11 euros, laquelle portera intérêts à compter du 7 février 2020, lesquels porteront eux-mêmes intérêts à chaque échéance annuelle à compter du 7 février 2021.

Article 3 : Le CHU Estaing de Clermont-Ferrand et la SHAM verseront solidairement une somme de 1 500 euros à M. et Mme G en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le CHU Estaing de Clermont-Ferrand et la SHAM verseront solidairement à la CPAM du Puy-de-Dôme une somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi qu'une somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme I G, à M. B G, au CHU Estaing de Clermont-Ferrand, à la société hospitalière d'assurances mutuelles et à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Courret, présidente,

Mme Luyckx, première conseillère,

M. Panighel, premier conseiller.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

La rapporteure,

N. F

La présidente,

C. COURRET La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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