mardi 12 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-1902407 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | CABINET FIDAL BELLERIVE SUR ALLIER |
Vu la procédure suivante :
I.- Par une requête, enregistrée sous le n° 1902407 le 3 décembre 2019, M. B A, représenté par Me Arnal, demande au tribunal :
1°) de " prononcer le dégrèvement partiel de l'impôt sur le revenu et des cotisations sociales mis à sa charge au titre de l'année 2014 " ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision de rejet du 1er octobre 2019 est motivée par le défaut de production des justificatifs afférents à sa déclaration rectificative jointe à sa réclamation du 29 octobre 2015 ; il produit les justificatifs nécessaires dans la présente instance ; les taxes foncières sont à la disposition de l'administration qui en est l'émettrice ; la réclamation porte également sur le refus de prise en compte d'un déficit foncier antérieur de 25 394 euros remis en cause par les propositions de rectification relatives aux années 2012 et 2013.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juin 2020, le directeur départemental des finances publiques du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la réclamation du 29 octobre 2018 est irrecevable en raison de sa tardiveté, dès lors que le requérant avait formé une réclamation déjà rejetée par décision du 18 août 2017 ; sa réclamation n'est pas motivée et n'est pas liée aux rectifications réalisée pour les années 2012 et 2013.
Par une ordonnance du 30 septembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 novembre 2021.
II.- Par une requête, enregistrée sous le n° 2101730 le 12 août 2021, M. B A, représenté par Me Arnal, demande au tribunal :
1°) de " prononcer le dégrèvement partiel de l'impôt sur le revenu et des cotisations sociales mis à sa charge au titre des années 2012 et 2013 " ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- pour l'année 2012 :
- le revenu foncier brut tel qu'il a été rectifié par l'administration doit être diminué de 17 203 euros correspondant à des indemnités d'assurance perçues en recettes brutes diverses ;
- pour l'année 2013 :
- le montant rectifié des loyers bruts perçus en 2013 ne tient pas compte des honoraires de gestion déductibles ;
- le montant des charges déductibles au titre des travaux réalisés est justifié par les pièces qu'il produit ; il n'est pas tenu de faire la preuve de l'identité des destinataires des paiements ;
- il justifie du caractère déductible et du paiement des travaux facturés par l'entreprise Kaminski ;
- une somme de 2 200 euros versée par la société Lapalisse Immo doit être rectifiée au titre de ses indemnités kilométriques au lieu de la catégorie des revenus des capitaux mobiliers ;
- la somme de 50 000 euros versée par la SARL Sehilee correspond à son activité de marchand de biens et non à des revenus de capitaux mobiliers.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 janvier 2022, le directeur départemental des finances publiques du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les conclusions de M. Jurie, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a fait l'objet d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle à compter du 24 avril 2015 pour les années 2012 et 2013, suite à la vérification de comptabilité de son activité de marchand de biens. Par courriers en date des 18 décembre 2015 et 7 juillet 2016, l'administration lui a notifié des rectifications en matière de revenus fonciers et de revenus des capitaux mobiliers, puis a fait partiellement droit à ses réclamations, par des décisions de dégrèvement partiel en date des 6 septembre 2019 et du 8 juin 2021. Par une requête introduite sous le n° 2101730, le requérant doit être regardé comme demandant la décharge des impositions supplémentaires restant à sa charge au titre de l'impôt sur le revenu de 2012 et de 2013, pour un montant de 267 284 euros, dont 188 705 euros en droits.
2. Par une requête enregistrée sous le n° 1902407, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement, le requérant a également demandé la décharge partielle de son imposition sur le revenu de 2014, faisant suite à la décision de rejet de sa réclamation datée du 1er octobre 2019.
Sur les conclusions à fin de décharge de l'imposition sur le revenu de 2012 :
3. Il résulte de l'instruction que l'administration a remis en cause le montant déclaré par M. A au titre des loyers bruts perçus en 2012, de 104 780 euros, en considérant que les encaissements figurant sur ses comptes bancaires s'élevaient à une somme totale de 156 482 euros, ce qui n'est pas contesté. Si le requérant soutient qu'il a également déclaré un montant total de 17 203 euros au titre des recettes diverses, correspondant à des indemnités d'assurance de sinistres, dont il conviendrait de tenir compte pour l'appréciation du montant du rehaussement, l'administration a seulement remis en cause le montant total des loyers encaissés, déclarés dans la catégorie des loyers bruts perçus, et non la catégorie des recettes brutes diverses déclarées par l'intéressé. Ainsi, il n'est pas fondé à réclamer que le rehaussement de 51 702 euros pratiqué au titre des recettes de loyers soit diminué de cette somme, ni à critiquer la " méthode " employée par l'administration.
Sur les conclusions à fin de décharge de l'imposition sur le revenu de 2013 :
En ce qui concerne les recettes brutes de loyers :
4. Aux termes de l'article 28 du code général des impôts : " Le revenu foncier est égal à la différence entre le montant du revenu brut et les charges de la propriété ". Aux termes de l'article 31 de ce code : " I. Les charges de la propriété déductibles pour la détermination du revenu net comprennent : / 1° Pour les propriétés urbaines : / a) Les dépenses de réparation et d'entretien effectivement supportées par le propriétaire ; / () ; / b) Les dépenses d'amélioration afférentes aux locaux d'habitation, à l'exclusion des frais correspondant à des travaux de construction, de reconstruction ou d'agrandissement ; () e) Les frais de gestion, fixés à 20 € par local, majorés, lorsque ces dépenses sont effectivement supportées par le propriétaire, des frais de rémunération des gardes et concierges, des frais de procédure et des frais de rémunération, honoraire et commission versés à un tiers pour la gestion des immeubles ".
5. Il résulte de l'instruction que l'administration a constaté une différence de 22 663,43 euros entre le montant des loyers reçus de la société Gestion Concept, déclarés par M. A au titre de l'année 2013, et les montants réels encaissés sur ses comptes bancaires. Si le requérant soutient que la différence constatée correspond aux frais de gestion des biens dont cette société est gestionnaire pour son compte, il résulte des dispositions précitées du code général des impôts que le contribuable doit, d'une part, inscrire en recettes le montant brut des revenus perçus et, d'autre part, inscrire en charges les frais en cause. Il lui revient également de justifier du montant et de la réalité de tels frais. Ainsi, il ne résulte d'aucun élément de l'instruction que l'administration aurait commis une erreur en reconstituant à la somme de 152 263,43 euros le montant des recettes de loyers bruts perçues par M. A de la société Gestion Concept, sans inscrire en charges déductibles la différence constatée, pour laquelle aucun justificatif n'est, au demeurant, produit par le requérant.
En ce qui concerne les charges déductibles pour travaux :
6. Les dépenses de réparation, d'entretien ou d'amélioration doivent notamment, pour être admises en déduction, avoir été effectuées par le propriétaire, réellement payées au cours de l'année d'imposition, et il appartient au contribuable de justifier de la réalité, de la consistance et, par suite, du caractère déductible de ces charges en produisant des pièces justificatives, qui sont constituées de factures, de plans, de photographies et de tous autres éléments permettant d'établir avec précision la nature, le montant et la réalité de la charge supportée.
7. Il résulte de l'instruction que l'administration a remis en cause une somme de 71 243 euros déclarée en charges déductibles, correspondant à dix-neuf factures fournies par le contribuable se rapportant à des travaux dans onze immeubles. Elle a considéré que M. A n'a pas justifié du caractère probant de ces dépenses et de leur lien exclusif avec la gestion de son patrimoine personnel alors qu'il exerce également une activité de marchand de biens. En effet, l'intéressé a produit des relevés bancaires où des paiements par chèques ou retraits d'espèces étaient mentionnés, mais ne permettant pas d'identifier les bénéficiaires des paiements, ni d'établir le lien entre les sommes et les dates correspondant aux factures. De même, dans la présente instance, le requérant produit deux factures de travaux émanant des sociétés " JET " et " De Bastos " pour un montant total de 34 034,80 euros, déjà présentées dans la procédure contradictoire préalable, sans rapporter la preuve de l'acquittement de ces dépenses pour l'entretien ou l'amélioration de ses biens. Dès lors qu'il ne justifie pas davantage de ces dépenses, il n'est pas fondé à soutenir que les sommes en cause devraient être réintégrées en charges déductibles de son revenu foncier de 2013.
En ce qui concerne les revenus de la SCI DB A MK :
8. Il résulte de l'instruction que l'administration a remis en cause une somme de 33 180 euros au titre de travaux non justifiés dans le cadre du rehaussement de la société SCI DB A MK, dont le requérant est associé en 50 % et personnellement imposable sur la part lui revenant dans les résultats de cette société. Si le requérant produit une facture de l'entreprise Kaminski d'un tel montant ainsi que trois factures d'acompte et un bordereau de remise de chèque en son nom propre pour le paiement du premier acompte, ces seuls éléments ne sont pas suffisamment probants pour remettre en cause les motifs opposés par l'administration tenant à l'absence de preuve que M. A a supporté personnellement ces dépenses.
En ce qui concerne les revenus des capitaux mobiliers :
9. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / () 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices. ". Il résulte de ces dispositions que les sommes inscrites au crédit d'un compte courant d'associé d'une société soumise à l'impôt sur les sociétés ont, sauf preuve contraire apportée par l'associé titulaire du compte, le caractère de revenus imposables dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.
10. D'une part, l'administration a pratiqué des rehaussements liés à des revenus perçus de sociétés dans lesquelles M. A détient des participations, qu'elle a requalifiés en revenus des capitaux mobiliers. Si, par ses décisions du 6 septembre 2019 et du 8 juin 2021, elle a partiellement fait droit à ses demandes en admettant le caractère de remboursement de frais kilométriques correspondant à des versements pour 2012 et 2013, le requérant n'apporte aucun élément supplémentaire de nature à justifier que la somme de 2 200 euros versée par la société Lapalisse Immo en 2013 aurait le caractère de remboursement de frais kilométriques.
11. D'autre part, M. A conteste également la réintégration dans la catégorie des revenus des capitaux mobiliers d'une somme de 50 000 euros qu'il a perçue de la SARL Sehilee, dont il est associé, en soutenant qu'il s'agit d'une commission versée pour la vente d'un terrain, selon la facture produite par ses soins en date du 16 mai 2012. Toutefois cette seule pièce, déjà produite devant l'administration, laquelle avait relevé que cette somme avait été comptabilisée cinq mois plus tard dans le compte bancaire d'associé de l'intéressé et sans référence à cette vente, n'est pas davantage de nature à justifier dans la présente instance du caractère probant d'une telle qualification.
12. Le requérant n'est dès lors pas fondé à demander la décharge des impositions supplémentaires mises à sa charge au titre des années 2012 et 2013.
Sur les conclusions à fin de décharge de l'imposition sur le revenu de 2014 :
13. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. / Il en est de même lorsqu'une imposition a été établie d'après les bases indiquées dans la déclaration souscrite par un contribuable ou d'après le contenu d'un acte présenté par lui à la formalité de l'enregistrement. ". Aux termes de l'article R. 197-3 du même livre : " Toute réclamation doit à peine d'irrecevabilité : a) Mentionner l'imposition contestée ; b) Contenir l'exposé sommaire des moyens et les conclusions de la partie () ".
14. L'imposition contestée ayant été établie conformément aux énonciations des déclarations de M. A, ce dernier supporte la charge de la preuve, en application des dispositions de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales.
15. Pour demander le " dégrèvement partiel " de son imposition sur le revenu de 2014, le requérant se borne à se prévaloir de la réclamation adressée à l'administration par lettres du 15 septembre 2015 et du 29 octobre 2015 à laquelle il avait joint une déclaration rectificative, réitérée par une réclamation du 29 octobre 2018, sans préciser le montant des sommes en cause ni appuyer cette demande par aucun moyen, ni justificatif de nature à établir le caractère exagéré de l'imposition en litige. Le requérant n'établit pas non plus le lien entre sa demande et la procédure de rectification précitée sur ses impositions des années 2012 et 2013. Dès lors, M. A n'apporte aucun élément permettant d'établir la preuve de l'exagération de l'imposition à laquelle il a été assujettie. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, les conclusions présentées par M. A au titre de l'année 2014 doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans le présent litige.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 1902407 et n° 2101730 de M. A sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur départemental des finances publiques du Puy-de-Dôme.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Courret, présidente,
Mme Luyckx, première conseillère,
M. Panighel, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.
La rapporteure,
N. C
La présidente,
C. COURRET La greffière,
F. LLORACH
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souverainement industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 1902407, 2101730
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026