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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2000146

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2000146

vendredi 6 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2000146
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantFABRE & ASSOCIEES, SOCIÉTÉ D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 23 janvier 2020, le 12 décembre 2020, le 1er février 2022 et le 24 janvier 2023, M. C G, représenté par le cabinet DM Avocats, Me Dokhan, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, de condamner le centre hospitalier de Montluçon à lui verser la somme de 1 173 840, 78 euros assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de sa réclamation préalable et des intérêts capitalisés, en réparation des préjudices résultant de l'intervention du 20 juillet 2012 réalisée dans cet établissement ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner le centre hospitalier de Montluçon à lui verser la somme de 1 103 410, 33 euros assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de sa réclamation préalable et des intérêts capitalisés, en réparation des préjudices résultant de l'intervention du 20 juillet 2012 réalisée dans cet établissement après application d'un taux de perte de chance de 94% ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Montluçon la somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la responsabilité du centre hospitalier de Montluçon est engagée sur le fondement des dispositions du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique dès lors que le centre hospitalier de Montluçon a commis une faute résultant d'une part, d'une stratégie opératoire inappropriée dans la prise en charge de sa fracture à l'épaule, et d'autre part, d'un défaut de transfert dans un centre spécialisé compte tenu de la complexité de la fracture ;

- il a été victime d'une infection nosocomiale à la suite de l'intervention chirurgicale du 20 juillet 2012 qui a participé à la survenue du dommage par la perturbation de la consolidation de la tête humérale ;

- la responsabilité du centre hospitalier de Montluçon est engagée à hauteur de 80%, les 20% restant étant la part de responsabilité incombant à l'hôpital Ambroise Paré, établissement dans lequel il a été contaminé par une autre infection nosocomiale et qui a commis une faute en ayant tardé à prendre en charge les infections ;

- le lien de causalité entre les fautes commises par le centre hospitalier de Montluçon et le dommage subi est caractérisé dès lors que le défaut de réduction de la fracture et l'atteinte du nerf circonflexe ont peu de probabilité de survenir avec une technique opératoire recommandée ;

- si une perte de chance devait être retenue, elle ne saurait être inférieure à un taux de 94% au regard des faibles risques encourus avec une technique opératoire recommandée ;

- il appartient au centre hospitalier de Montluçon de réparer les préjudices subis en lui versant la somme de 10 616 euros au titre de l'assistance par tierce personne du 27 septembre 2012 au 1er novembre 2015, la somme de 30 972, 26 euros au titre des pertes de gains professionnels actuels, la somme de 12 944, 57 euros au titre des frais de véhicule, la somme de 121 144, 38 euros au titre de l'assistance par tierce personne définitive, les somme de 86 818, 59 euros et 709 925, 78 euros au titre de la perte de gains futurs, la somme de 80 000 euros au titre de l'incidence professionnelle soit un total de 1 052 421, 58 euros au titre des préjudices patrimoniaux ;

- il appartient au centre hospitalier de Montluçon de réparer les préjudices subis en lui versant la somme de 12 619, 20 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, la somme de 10 400 euros au titre des souffrances endurées qui doivent être évaluées à 3,5 sur une échelle de 1 à 7, la somme de 3 200 euros au titre du préjudice esthétique temporaire qui doit être évalué à 2 sur une échelle de 1 à 7, la somme de 78 400 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, la somme de 4 800 euros au titre du préjudice esthétique permanent qui doit être évalué à 2 sur une échelle de 1 à 7, la somme de 12 000 euros au titre du préjudice d'agrément soit un total de 121 149, 20 euros au titre des préjudices extra patrimoniaux ;

Par des mémoires en défense, enregistrés le 4 novembre 2020, le 15 décembre 2020, le 7 février 2022 et le 25 janvier 2023, le centre hospitalier de Montluçon, représenté par la Selarl Fabre et Associées, Me Fabre, conclut à ce que :

S'agissant de la demande de M. G :

1°) l'indemnisation totale de M. G devant être mis à sa charge soit fixée à la somme de 1 277, 25 euros ;

2°) le surplus des conclusions de la requête soit rejeté ;

3°) à titre subsidiaire, la somme mise à sa charge au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative soit limitée à 1 500 euros.

S'agissant de la demande de la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine :

1°) le remboursement des prestations versée par la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine soit fixé à la somme de 3 815, 55 euros ;

2°) le surplus des conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie soit rejeté.

Il soutient que :

- le rapport d'expertise des docteurs B et D remis le 11 février 2012 est incomplet et empreint de nombreuses contradictions dès lors qu'il ne se fonde sur aucune recommandation s'agissant de la faute commise en ne transférant pas M. G dans un autre établissement ; qu'il ne justifie pas que la voie supéro-externe était contre-indiquée et qu'ainsi il se fonde sur une préférence personnelle de l'un des experts pour affirmer qu'en choisissant cette voie le chirurgien a commis une faute ;

- il n'existe pas de lien de causalité entre l'intervention du 20 juillet 2012, le défaut de consolidation et l'atteinte du nerf circonflexe ;

- aucune faute n'a été commise ;

- la complication neurologique présentée par M. G n'est pas en lien avec la chirurgie ;

- seuls les préjudices imputables à l'infection nosocomiale doivent être pris en charge à hauteur de 50% ;

- il est proposé une indemnisation des préjudices subis à hauteur de 225 euros au titre de l'assistance par tierce personne ; à hauteur de 152, 25 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ; à hauteur de 650 euros au titre des souffrances endurées ; à hauteur de 250 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;

- s'agissant des demandes de la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine la somme qui lui sera allouée ne saurait être supérieure à 3 815, 55 euros.

Par un mémoire enregistré le 15 décembre 2022, la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine, représentée par le cabinet JRF et Associés, Me Dontot demande au tribunal :

1°) à titre principal, de condamner le centre hospitalier de Montluçon à lui verser la somme de 341 721, 26 euros en remboursement des prestations qu'elle a versées en lien avec le dommage subi par M. G, majorée des intérêts de droit au jour de la première demande pour les prestations servies antérieurement à celle-ci et à partir de leur règlement pour les débours effectués postérieurement avec capitalisation de ces intérêts ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner le centre hospitalier de Montluçon à lui verser la somme de 321 217,98 euros si un taux de perte de chance de 94 % est retenu en remboursement des prestations qu'elle a versées en lien avec le dommage subi par M. G, majorée des intérêts de droit au jour de la première demande pour les prestations servies antérieurement à celle-ci et à partir de leur règlement pour les débours effectués postérieurement avec capitalisation de ces intérêts ;

3°) de condamner le centre hospitalier de Montluçon à lui verser la somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Montluçon la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

5°) de condamner le centre hospitalier de Montluçon aux entiers dépens.

Par ordonnance du 20 décembre 2022 la clôture d'instruction a été fixée au 31 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale, ensemble l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2023 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bollon,

- les conclusions de M. Panighel, rapporteur public,

- et les observations de Me Roux, suppléant Me Dokhan, représentant M. G, et de Me Veran, représentant le centre hospitalier de Montluçon.

Considérant ce qui suit :

1. M. C G, né le 13 janvier 1979, a été victime le 19 juillet 2012 d'un accident de quad à la suite duquel il a présenté un traumatisme de l'épaule avec une fracture céphalo-tubérositaire à 4 fragments à grand déplacement. Il a été transporté au centre hospitalier de Montluçon et a subi le 20 juillet 2012 une intervention chirurgicale de l'épaule. Il est sorti de l'hôpital le 26 juillet 2012 et a regagné son domicile en région parisienne. Le 13 septembre 2012, M. G a réalisé un électromyogramme qui a révélé une lésion importante sur le nerf circonflexe gauche avec signes de dénervation active et sans activité volontaire. Il a été constaté que sur le nerf radial gauche la vitesse de conduction motrice était normale mais le potentiel sensitif était très diminué par rapport au côté droit. Le 19 octobre 2012, il a subi une intervention chirurgicale à l'hôpital Ambroise Paré de Boulogne (APHP) aux fins d'ablation du matériel d'ostéosynthèse posé lors de l'intervention du 20 juillet 2012, de reconstruction et d'ostéosynthèse par plaque. Lors de cette intervention des prélèvements opératoires ont été effectués et ont mis en évidence plusieurs bactéries. Le 23 octobre 2012 le requérant a regagné son domicile. Lors des soins postopératoires, l'infirmière à domicile a constaté la présence d'un écoulement purulent et une antibiothérapie a été mise en place. Le 12 novembre 2012, le requérant a été de nouveau admis à l'hôpital Ambroise Paré et a subi une troisième intervention chirurgicale aux fins de biopsie des tissus sous cutanés, excision des lésions infectieuses diffuses et évacuation de collections profondes. Le 26 novembre 2013 M. G a initié une procédure d'indemnisation devant la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales d'Ile-de-France qui a ordonné une expertise confiée au docteur B, chirurgien orthopédiste, et au docteur D, médecin interniste réanimateur. S'estimant insuffisamment informée par le rapport remis le 12 février 2012 par les experts, la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales a sursis à statuer et diligenté une seconde expertise confiée au docteur A, infectiologue, et au docteur E, spécialisé en chirurgie orthopédiste et traumatologique, qui ont rendu leur rapport le 27 décembre 2016. La commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales a rendu son avis le 16 février 2017. Par courrier du 15 juin 2017, le conseil du centre hospitalier de Montluçon a adressé à M. G une offre d'indemnisation qu'il a déclinée. M. G a alors introduit une demande indemnitaire en date du 20 septembre 2019 reçue le 25 septembre 2019 par le centre hospitalier de Montluçon. Le centre hospitalier de Montluçon n'a pas répondu à cette demande. M. G demande au tribunal de l'indemniser des préjudices subis résultant de la faute commise par le centre hospitalier de Montluçon lors de l'intervention du 20 juillet 2012 et de l'infection nosocomiale qu'il a contractée lors de cette prise en charge médicale .

Sur la responsabilité du centre hospitalier de Montluçon :

2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. /() ".

En ce qui concerne la responsabilité pour faute :

S'agissant de la stratégie opératoire et de la conduite de l'intervention du 20 juillet 2012 :

3. D'une part, il résulte de l'instruction et notamment des deux rapports d'expertise que la fracture particulièrement complexe dont a été victime M. G le 19 juillet 2012 devait impérativement faire l'objet d'une intervention chirurgicale et que la stratégie opératoire appropriée consistait en une ostéosynthèse à foyer ouvert. Il résulte également de l'instruction que si le chirurgien du centre hospitalier de Montluçon ayant procédé à l'intervention a souhaité réaliser en première intention un enclouage à foyer fermé, il a, lors de l'intervention et devant l'échec de la mise en œuvre de cette technique, procédé à une ostéosynthèse par enclouage centro médullaire à foyer ouvert conforme aux règles de l'art. Par ailleurs, il ne résulte ni des conclusions des premiers experts qui se bornent à indiquer que la voie delto-pectorale est préconisée pour les fractures complexes sans assortir cette affirmation de données issues de la littérature médicale, ni des études produites par le requérant que la voie d'abord supéro-externe utilisée par le chirurgien lors de l'intervention du 20 juillet 2012 était contre-indiquée dans la situation de M. G.

4. D'autre part, si M. G soutient que lors de l'intervention du 20 juillet 2012 une lésion combinée du nerf circonflexe et du nerf radial s'est produite dès lors qu'une extension antéro-discale a été nécessaire à deux reprises rendant celle-ci très proche du trajet anatomique du nerf circonflexe, la seule proximité du geste chirurgical avec le nerf circonflexe n'est pas de nature en elle-même à établir que les nerfs ont été lésés lors de cette intervention. Il résulte également de l'instruction et notamment du rapport d'expertise remis le 27 décembre 2016 que le risque et en particulier l'atteinte du nerf circonflexe est inhérent à la lésion traumatique initiale à grand déplacement et que s'agissant l'atteinte du nerf radial, celle-ci peut être imputée à une compression par le déplacement du fragment diaphysaire dans le creux axillaire résultant de la chute du quad, ce qui a été confirmé par le scanner réalisé le 19 juillet 2012 avant l'opération.

5. Enfin, et contrairement aux affirmation contenues dans le rapport d'expertise des docteurs B et D indiquant que la réduction des tubérosités (ou trochiter) n'est pas obtenue et qu'aucune fixation de celles-ci (ostéo-suture) n'est réalisée, il résulte de l'instruction et notamment du compte-rendu d'opération, de la lettre adressée par le chirurgien au médecin traitant et au chirurgien orthopédiste et de l'avis rendu sur pièces à la demande du centre hospitalier de Montluçon par le docteur F, que le chirurgien a tenté de procéder à la réduction de la fracture et notamment du massif trochitérien et qu'un enclouage centromédullaire verrouillé a été réalisé. Si la réduction anatomique n'a pu être obtenue lors de l'intervention eu égard à l'importance de la fracture, les docteurs A et E, ont relevé que la technique chirurgicale employée a toutefois permis un alignement correct de l'extrémité proximale de l'humérus et que le geste chirurgical n'est pas à l'origine de la complication neurologique, le risque d'une telle complication étant inhérent à la lésion traumatique initiale.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. G n'est pas fondé à soutenir que le centre hospitalier de Montluçon a commis une faute en ce qui concerne l'indication opératoire et la conduite de l'intervention.

S'agissant du transfert vers un établissement spécialisé :

7. D'une part, il résulte de l'instruction que M. G a été transféré dans le service de chirurgie orthopédique et traumatologique du centre hospitalier de Montluçon après son admission aux urgences. D'autre part, il n'est pas établi que le centre hospitalier de Montluçon ne possédait ni les infrastructures, ni les compétences requises nécessaires à la prise en charge médicale de la fracture complexe dont souffrait M. G. Dès lors, le centre hospitalier de Montluçon n'a pas commis de faute en ne transférant pas M. G dans un autre établissement.

En ce qui concerne l'infection nosocomiale :

8. Les dispositions citées au point 2 font peser sur l'établissement de santé la responsabilité des infections nosocomiales, qu'elles soient exogènes ou endogènes, à moins que la preuve d'une cause étrangère ne soit rapportée. Doit être regardée, au sens de ces dispositions, comme présentant un caractère nosocomial une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était, ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.

9. Il résulte de l'instruction et notamment des rapports d'expertise, dont les conclusions sur ce point ne sont pas contestées, qu'à l'occasion de l'intervention du 19 octobre 2012 au sein de l'hôpital Ambroise Paré des prélèvements per opératoires ont été effectués et ont notamment mis en évidence la bactérie Finegoldia Magna. Par ailleurs, de nouveaux prélèvements ont été effectués lors de la réhospitalisation à Ambroise Paré de M. G le 12 novembre 2012 qui ont mis en évidence la bactérie Finegoldia Magna et un staphylococcus aureus sensible à la méticilline. Il ne résulte pas de l'instruction que ces deux infections étaient présentes ou en incubation lors de l'hospitalisation de l'intéressé le 19 juillet 2012 pour la première et le 18 octobre 2012 pour la seconde. Si les premiers experts n'excluent pas a priori l'existence d'une seconde infection nosocomiale à staphylococcus aureus en relation avec l'intervention du 19 octobre 2012 réalisée au centre hospitalier Ambroise Paré sans, au final, la retenir, ils n'explicitent pas leur raisonnement en se bornant à relever que l'infection nosocomiale constatée est avant tout celle due à Finegolfia Magma alors que le second rapport d'expertise constate la présence de deux infections dont la première à Finegoldia Magna est consécutive à l'intervention au centre hospitalier de Montluçon et la seconde à staphylococcus aureus à l'intervention du 19 octobre 2012. Dans ces conditions, de telles infections, qui trouvent leur origine dans la prise en charge du patient au centre hospitalier de Montluçon pour la première et à l'hôpital Ambroise Paré pour l'autre, constituent, en l'absence de preuve rapportée d'une cause étrangère, une infection nosocomiale.

10. Par suite, M. G est fondé à demander l'indemnisation des préjudices subis en lien avec l'infection à Finegoldia Magna sur le fondement des dispositions du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique.

Sur le lien de causalité :

11. M. G souffre d'un déficit fonctionnel de l'épaule gauche chez un patient droitier en rapport avec une pseudarthrose et une nécrose de l'extrémité proximale de l'humérus associée à une atteinte du nerf axillaire.

12. Si M. G se prévaut des conclusions des premiers experts selon lesquelles le dommage est dû pour partie à l'infection nosocomiale contractée lors de l'intervention du 20 juillet 2012 au centre hospitalier de Montluçon qui a perturbé la consolidation osseuse, il n'apporte au soutien de ces conclusions expertales peu circonstanciées, aucun élément de nature à confirmer cette analyse. En revanche, la seconde expertise, qui ne fait l'objet d'aucune critique de la part de M. G et qui a été réalisée notamment par un médecin infectiologue, retient que le déficit fonctionnel décrit au point précédent présenté par le requérant comme en lien avec des complications mécaniques et neurologiques est relatif à plusieurs facteurs, à savoir la gravité de la fracture initiale, le caractère instable du premier montage avec déplacement secondaire et la nécrose secondaire de la tête humérale et conclut que la survenue des infections nosocomiales n'est pas en relation de causalité directe et certaine avec les complications mécaniques et neurologiques subies par M. G.

13. Il résulte toutefois de l'instruction que la survenue des infections nosocomiales a entraîné pour M. G la nécessité d'une nouvelle intervention qui s'est déroulée le 12 novembre 2012 au sein du centre hospitalier Ambroise Paré en vue d'une excision des lésions infectieuses diffuses et de l'évacuation de collection profonde. Chacune des deux infections nosocomiales porte en elle le dommage subi par M. G consistant en une nouvelle intervention et ses suites à hauteur de la moitié chacune. Il suit de là que M. G est fondé à demander à être indemnisé par le centre hospitalier de Montluçon estimé responsable à hauteur de 50 % des conséquences de l'infection à Finegoldia Magna.

Sur l'évaluation des préjudices :

14. Il résulte de l'instruction que seuls les préjudices consistant en un déficit fonctionnel temporaire, un besoin d'assistance par tierce personne et en des souffrances endurées et consécutifs à l'intervention du 12 novembre 2012 présentent un lien direct et certain avec la survenue de l'infection nosocomiale.

En ce qui concerne l'assistance par tierce personne :

15. Il résulte du rapport d'expertise du 27 décembre 2016 que l'état de M. G a nécessité une aide non spécialisée à raison d'une heure par jour tous les jours pendant une période de quarante-cinq après sa sortie de l'hôpital Ambroise Paré à la suite de son opération du 12 novembre 2012. Ainsi, il y a lieu de calculer la somme due à partir d'un taux horaire moyen de 13 euros et sur une base de 412 jours afin de tenir compte des congés et des majorations de rémunération pour travail du dimanche. Les besoins en assistance par une tierce personne à domicile de M. G doivent, par suite, être évalués sur cette période à la somme de 600 euros. Compte tenu de la part de responsabilité mise à sa charge, le centre hospitalier de Montluçon versera à M. G la somme de 300 euros.

En ce qui concerne le déficit fonctionnel temporaire :

16. Il résulte de l'instruction M. G a subi une période de déficit fonctionnel temporaire total du 12 au 19 novembre 2012, date de son retour à domicile. Il a également subi un déficit fonctionnel temporaire évalué à 30% par les experts entre le 20 novembre 2012 et le 31 décembre 2012. Ainsi, en, tenant compte d'une base mensuelle d'indemnisation de 400 euros par mois pour un déficit fonctionnel total, il sera fait une juste appréciation en condamnant le centre hospitalier de Montluçon à verser à M. G la somme de 138 euros tenant compte de la part de responsabilité retenue.

En ce qui concerne les souffrances endurées :

17. Les souffrances subies par M. G doivent tenir compte de la circonstance que l'intéressé a subi une intervention et une antibiothérapie prolongée. Ces souffrances ont été évaluées par la seconde expertise à 1,5 sur une échelle de 1 à 7. Il y a donc lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Montluçon une somme de 700 euros tenant compte de la part de responsabilité retenue.

18. Il résulte de tout ce qui précède que M. G est fondé à demander que le centre hospitalier de Montluçon soit condamné à lui verser la somme totale de 1 138 euros.

Sur les droits de la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine :

19. D'une part si la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine indique avoir exposé la somme de 2 482,20 euros au titre des indemnités journalières versées au requérant entre le 2 novembre et le 31 décembre 2012, il résulte de l'instruction que, même en l'absence d'infections nosocomiales, M. G n'aurait pas pu reprendre son travail du fait du déficit fonctionnel de l'épaule gauche dont il souffre. Par suite, les indemnités journalières versées par la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine ne présentent pas de lien direct et certain avec la survenue des infections nosocomiales contractées par le requérant.

20. D'autre part, il résulte des pièces produites par la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine, et notamment de l'attestation d'imputabilité établie par son médecin-conseil, qu'elle justifie avoir exposé, en lien avec l'infection nosocomiale, des frais d'hospitalisation pour un montant total de 4 395,28 euros, des frais médicaux à hauteur de 759,99 euros et des frais pharmaceutiques à hauteur de 247,82 euros. Dans ces conditions, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Montluçon la somme totale 2 701,55 euros tenant compte de la part de responsabilité retenue.

Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :

21. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " () En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget, en fonction du taux de progression de l'indice des prix à la consommation hors tabac prévu dans le rapport économique, social et financier annexé au projet de loi de finances pour l'année considérée ". L'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale permet aux caisses d'assurance maladie exerçant leur recours subrogatoire de recouvrer une indemnité forfaitaire de gestion égale au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans des limites fixées par arrêté. L'article 1er de l'arrêté susvisé du 15 décembre 2022 fixe les montants minimum et maximum de cette indemnité forfaitaire de gestion à respectivement 115 euros et 1 162 euros.

22. Eu égard au montant des sommes accordées à la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine, cette caisse a droit à l'indemnité forfaitaire régie par les dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, d'un montant de 900, 52 euros.

Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :

23. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Aux termes de l'article 1343-2 du même code : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". Il résulte de ces dispositions que, d'une part, lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité, et, d'autre part, que la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.

24. M. G a droit aux intérêts au taux légal sur la somme mentionnée au point 18 à compter du 25 septembre 2019, date de réception de sa réclamation préalable par le centre hospitalier de Montluçon. Il y a également lieu de faire droit à sa demande de capitalisation des intérêts à compter du 25 septembre 2020, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

25. La somme mentionnée au point 20 et due par le centre hospitalier de Montluçon à la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine, portera intérêt au taux légal à compter du 15 décembre 2022, date de réception de sa première demande. En revanche, à la date du présent jugement, les intérêts n'étaient pas dus pour une année entière. Par suite, les conclusions tendant à la capitalisation des intérêts ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

26. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Montluçon la somme de 1 500 euros à verser à M. G ainsi que la somme de 1 500 euros à la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

27. La présente instance ne comporte pas de dépens. Par suite, les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine tendant à la condamnation du centre hospitalier de Montluçon aux dépens, ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier de Montluçon est condamné à verser à M. G la somme de 1 138 euros assortie des intérêts de droit à compter du 25 septembre 2019. Les intérêts échus à la date du 25 septembre 2020 seront capitalisés à cette date et à chaque échéance annuelle ultérieure pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : Le centre hospitalier de Montluçon est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine la somme de 2 701,55 euros assortie des intérêts de droit à compter du 15 décembre 2022.

Article 3 : Le centre hospitalier de Montluçon est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine la somme de 900,52 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 4 : Le centre hospitalier de Montluçon versera à M. G la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le centre hospitalier de Montluçon versera à la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. C G, à la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine, à la caisse primaire d'assurance maladie de Seine-Saint-Denis et au centre hospitalier de Montluçon.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2023 .

La rapporteure,

L. BOLLON

La présidente,

R. CARAËS La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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