jeudi 22 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2000297 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | JARRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 février 2020, et des mémoires et pièces complémentaires enregistrés les 4 juin 2020, 25 août 2020, 14 octobre 2020, 24 octobre 2020 et le 5 septembre 2022 (non communiquées), M. A B, représenté par Me Jarre, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler la décision du 14 mai 2019 par laquelle l'Etat a refusé de l'indemniser pour la disparition de vingt-neuf ovins le 3 mai 2019, ainsi que la décision du 16 décembre 2019 en ce que ce refus lui a été confirmé ;
2°) en conséquence, d'ordonner que lui soit versée par l'Etat la somme de 5472 euros sur le fondement de la circulaire du 27 juillet 2011 relative à l'indemnisation des dommages causés par le loup aux troupeaux domestiques, ainsi qu'une indemnité de 5000 euros en réparation de son préjudice moral ;
3°) à titre subsidiaire, de condamner l'Etat à lui payer les mêmes indemnités au titre des mêmes préjudices, sur le fondement de la responsabilité sans faute de l'Etat du fait de la loi, soit pour rupture d'égalité devant les charges publiques, soit pour risque spécial ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- les décisions en litige ont été prises par une autorité incompétente, dès lors que le directeur départemental des territoires (DDT) du Cantal ne bénéficiait d'aucune délégation de signature à effet de les signer, ce que le préfet ne conteste pas ;
- elles ont été prises au terme d'une procédure viciée, le principe du contradictoire et les droits de la défense n'ayant pas été respectés dès lors que :
* les conclusions du dossier technique prises par la DDT et le résultat de l'instruction finalisée par elle ne lui ont été communiqués que postérieurement à la réunion de la commission ;
* les membres du groupe de travail chargé d'étudier les demandes d'indemnisation qui s'est réuni le 4 décembre 2019 n'étaient pas impartiaux et la composition même du groupe de travail lui était défavorable ;
- ce n'est pas la direction départementale des territoires qui a procédé à l'instruction du dossier, mais l'Office nationale de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), dont la mission est normalement limitée à l'établissement du constat, ainsi que le prévoit la circulaire du 27 juillet 2011 ;
- les décisions litigieuses sont insuffisamment motivées, en particulier eu égard à la circonstance qu'il n'a jamais été destinataire du rapport établi par les agents de l'ONCFS qui en constitue le fondement ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit, dès lors qu'il appartenait à l'Etat de démontrer par des éléments de fait incontestables que l'implication du loup dans l'attaque litigieuse devait être exclue, ce qui n'a pas été le cas ; la moindre incertitude ou doute technique doit conduire à une prise de décision favorable à l'éleveur, ainsi que le prévoit la circulaire du 27 juillet 2011 ;
- elles sont entachées d'erreurs de fait, dès lors que :
* la présence du loup a été observée dans le village de Collandres depuis au moins le mois de février 2017, et même plus tôt ainsi qu'il ressort des écritures en défense du préfet ;
* les constatations des services techniques de l'ONCFS ne permettent pas d'exclure la responsabilité du loup et même permettent de l'établir ; la DDT ne justifie pas de l'habilitation et de la formation des agents qui ont procédé au constat ; la présence de chiens errants dans le secteur n'est pas établie ;
- les décisions litigieuses portent atteinte au principe de proportionnalité, dès lors qu'elles mettent en péril son exploitation, alors que le but initial de la circulaire du 27 juillet 2011 est la compensation des dommages, qu'aucune faute ne peut lui être imputée et que le pastoralisme est reconnu comme une activité à forte valeur ajoutée par le code rural et de la pêche maritime et par le code de l'environnement ;
- la responsabilité sans faute de l'Etat du fait des lois peut être engagée ;
- la responsabilité sans faute pour risque peut être engagée. Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2020, le préfet du Cantal conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- la circulaire ministérielle du 27 juillet 2011 relative à l'indemnisation des dommages causés par le loup aux troupeaux domestiques ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Trimouille, rapporteure ;
- les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, exploitant agricole sur la commune de Collandres (Cantal), est éleveur ovin. Dans la nuit du 2 au 3 mai 2019, son troupeau a subi une attaque dont vingt-neuf animaux ont été victimes, pour laquelle un constat de dommages a été réalisé dès le 3 mai par des agents de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS). Par un courrier du 14 mai 2019, un refus d'indemnisation a été opposé à M. B. Celui-ci a demandé le réexamen de son dossier par un courrier du 22 mai 2019, qui a conduit à la réunion d'un groupe de travail le 4 décembre 2019 à l'issue de laquelle, le 16 décembre 2019, le refus d'indemnisation lui a été confirmé. M. B demande l'annulation des décisions du 14 mai 2019 et du 16 décembre 2019, ainsi que l'indemnisation des préjudices financiers et moraux qu'il estime avoir subis.
Sur l'étendue et la nature du contrôle du juge administratif :
2. Les décisions du 14 mai 2019 et du 16 décembre 2019 ont eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de M. B qui, en formulant ses conclusions, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressé à percevoir la somme qu'il réclame, les vices propres dont seraient, le cas échéant, entachées les décisions qui ont lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence du signataire, de l'insuffisance de motivation et du vice de procédure sont inopérants.
Sur le principe de la responsabilité de l'Etat :
3. Il résulte des principes qui gouvernent l'engagement de la responsabilité sans faute de l'Etat que le silence d'une loi sur les conséquences que peut comporter sa mise en œuvre ne saurait être interprété comme excluant, par principe, tout droit à réparation des préjudices que son application est susceptible de provoquer. Ainsi, même si les dispositions de l'article L. 411-1 du code de l'environnement ne le prévoient pas expressément, le préjudice résultant de la prolifération des animaux sauvages appartenant à des espèces dont la destruction a été interdite en application de ces dispositions, doit faire l'objet d'une indemnisation par l'Etat lorsque, excédant les aléas inhérents à l'activité en cause, il revêt un caractère grave et spécial et ne saurait, dès lors, être regardé comme une charge incombant normalement aux intéressés.
4. Le régime d'indemnisation des dommages causés par le loup aux troupeaux domestiques est défini, depuis 1993, par voie de circulaires du ministre en charge de l'écologie. Par la circulaire du 27 juillet 2011 relative à l'indemnisation des dommages causés par le loup aux troupeaux domestiques, régulièrement publiée au bulletin officiel du ministère de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement, le ministre a entendu fixer des lignes directrices aux services placés sous son autorité, c'est-à-dire les mesures qu'il convenait d'adopter pour assurer la mise en œuvre du régime d'indemnisation des dommages causés par le loup. La circulaire énonce notamment, en son point II.2 que " La conclusion de l'analyse technique est ainsi élaborée par recherche des éléments écartant la responsabilité du loup, plutôt que de ceux qui la prouveraient, ces derniers étant souvent aussi observés en cas d'attaque de chiens. La construction même de la décision d'indemnisation tient donc compte de cette incertitude et, en cas de doute technique, l'analyse conduit ainsi à une décision prise à l'avantage de l'éleveur. "
5. Il résulte de l'instruction que pour refuser à M. B l'indemnisation des bêtes dont il impute la disparition au loup lors d'une attaque commise dans la nuit du 2 au 3 mai 2019, le préfet du Cantal s'est fondé sur la circonstance que les conclusions de l'expertise réalisée sur le troupeau a permis d'exclure la responsabilité du loup.
6. Pour établir que la responsabilité du loup est exclue, le préfet du Cantal produit notamment les conclusions du dossier technique, en date du 8 mai 2019, qui retiennent comme " éléments permettant d'écarter la responsabilité du loup " les circonstances que, dans les constats du 3 mai 2019, au chapitre " profondeur des lésions " sont cochées " uniquement des victimes en ligne 16 " et au chapitre " diamètre des perforations ", " uniquement des victimes en ligne 17. " Toutefois, il ressort de ces constats eux-mêmes que, dans le chapitre " profondeur des lésions ", au moins une case a été cochée en dehors de la ligne 16, dans la ligne non numérotée intitulée " très profonde (pénétration dans les plans musculaires de plus de 10 mm ". De même, il ressort de ces mêmes constats que, dans le chapitre " diamètre des perforations ", toutes les victimes ne sont pas cochées dans la ligne 17 (" plus de 50 % des perforations ont un diamètre minimum inférieur ou égal à 3 mm ") mais que 11 d'entre elles sont cochées dans la ligne non numérotée intitulée " examen impossible. " Dans ces conditions, une incertitude subsiste quant au prédateur responsable de l'attaque dont a été victime le troupeau de M. B dans la nuit du 2 au 3 mai 2019, de sorte que celui-ci est fondé à soutenir que le préfet du Cantal n'établit pas que les conditions permettant d'exclure avec certitude la responsabilité du loup sont réunies.
7. Il résulte de ce qui précède, que la situation de M. B correspond à celle que prévoit la circulaire du 27 juillet 2011 pour qu'il soit procédé à l'indemnisation forfaitaire des animaux disparus au cours de l'attaque subie dans la nuit du 2 au 3 mai 2019. Dans ces conditions, l'intéressé est fondé à soutenir qu'en lui refusant tout droit à indemnisation, le préfet du Cantal a méconnu les dispositions de la circulaire du 17 juillet 2011.
Sur l'évaluation des préjudices :
8. Concernant en premier lieu le préjudice économique, M. B soutient sans être contesté que les bêtes victimes de l'attaque litigieuse, en raison de leur nombre et de leur catégorisation au regard des critères établis par la circulaire du 27 juillet 2011, lui ouvrent droit à une indemnisation totale de 5472 euros, aux termes du barème prévu au point I.1 de la circulaire. Dans ces conditions, le préjudice économique subi par M. B pourra être fixé à ce montant.
9. Concernant le préjudice moral, en second lieu, M. B n'apporte aucun élément de nature à en établir la réalité ni à en estimer le montant. Dès lors en outre que la circulaire a vocation à couvrir l'indemnisation de la totalité du préjudice de l'éleveur, le requérant n'apparaît pas fondé à demander la condamnation de l'Etat à l'indemniser du préjudice moral qu'il invoque.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 5 472 euros en réparation des préjudices subis.
Sur l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. Il y a lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. B une somme de 5472 euros.
Article 2 : L'Etat versera à M. B la somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet du Cantal et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.
Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Bader-Koza, présidente,
Mme Jaffré, première conseillère,
Mme Trimouille, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.
La rapporteure,
C. TRIMOUILLE
La présidente,
S. BADER-KOZA
Le greffier,
P. MANNEVEAU
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026