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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2000447

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2000447

vendredi 8 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2000447
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantCABINET FIDAL CLERMONT-FERRAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une requête, enregistrée le 5 mars 2020 sous le n° 2000447 et des mémoires complémentaires, enregistrés les 17 mars et 26 avril 2021, ce dernier n'ayant pas été communiqué, M. B A, représenté par la SELAS Fidal, Me Moutardier, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015 et 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- son activité consiste en la vente de biens meubles corporels au sens du II de l'article 256 du code général des impôts dès lors que son chiffre d'affaires repose exclusivement sur la vente de guides et cartes qui constituent des biens meubles corporels contre un prix entraînant de ce fait le transfert du pouvoir de disposer au sens de l'article 544 du code civil et que le contrat de franchise stipule que le franchisé déclare avoir les moyens nécessaires à la vente des produits ; il vend un guide dont aucune modification ne peut être demandée par le client et il ne retire aucun bénéfice sur la remise ;

- la vente de guides ne peut pas être considérée comme une prestations de publicité au sens du 3° de l'article 259 B du code général des impôts dès lors qu'en l'absence d'un but relatif à l'augmentation des ventes des professionnels référencés, la cession des guides ne peut être considérée comme une prestation de publicité ; le référencement des professionnels dans le guide a uniquement pour objet l'information des possesseurs du guide ; il ne fournit pas des prestations de publicités aux acheteurs du guide dès lors que ce sont les professionnels référencés dans le guide qui bénéficient de la prestation de publicité qui est nécessairement indirecte et que cette prestation de publicité est rendue à titre gratuit aux professionnels référencés.

Par des mémoires en défense, enregistré les 19 janvier et 7 avril 2021, le directeur départemental des finances publiques du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 8 avril 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 26 avril 2021.

II - Par une requête, enregistrée le 5 mars 2020 sous le n°2000449 et des mémoires complémentaires, enregistrés les 17 mars et 27 avril 2021, ce dernier n'ayant pas été communiqué, M. B A, représenté par la SELAS Fidal, Me Moutardier, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des droits de taxe sur la valeur ajoutée qui ont été mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- son activité consiste en la vente de biens meubles corporels au sens du II de l'article 256 du code général des impôts dès lors que son chiffre d'affaires repose exclusivement sur la vente de guides et cartes qui constituent des biens meubles corporels contre un prix entraînant de ce fait le transfert du pouvoir de disposer au sens de l'article 544 du code civil et que le contrat de franchise stipule que le franchisé déclare avoir les moyens nécessaires à la vente des produits ; il vend un guide dont aucune modification ne peut être demandée par le client et il ne retire aucun bénéfice sur la remise ;

- la vente de guides ne peut pas être considérée comme une prestation de publicité au sens du 3° de l'article 259 B du code général des impôts dès lors qu'en l'absence d'un but relatif à l'augmentation des ventes des professionnels référencés, la cession des guides ne peut être considérée comme une prestation de publicité ; le référencement des professionnels dans le guide a uniquement pour objet l'information des possesseurs du guide ; il ne fournit pas des prestations de publicités aux acheteurs du guide dès lors ce sont les professionnels référencés dans le guide qui bénéficient de la prestation de publicité qui est nécessairement indirecte et que cette prestation de publicité est rendue à titre gratuit aux professionnels référencés ;

- à titre subsidiaire, et dans l'hypothèse où le tribunal estimerait que l'activité est soumise de plein droit au régime simplifié d'imposition en matière de taxe sur la valeur ajoutée, la taxe sur la valeur ajoutée payée sur les différentes dépenses engagées doit être déduite ; le montant de la taxe sur la valeur ajoutée déductible s'élève à 2 340 euros pour l'exercice 2015, 2 161 euros pour l'exercice 2016 et 2 388 euros pour l'exercice 2017.

Par des mémoires en défense, enregistré les 19 janvier et 7 avril 2021, le directeur départemental des finances publiques du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le moyen tiré de ce que la taxe sur la valeur ajoutée payée sur les différentes dépenses engagées doit être déduite n'est pas recevable dès lors que cette demande n'a pas été examinée dans le cadre de la réclamation déposée auprès de l'administration le 18 octobre 2019 ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 8 avril 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 26 avril 2021.

Vu les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Caraës,

- et les conclusions de M. Panighel, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes de M. A, enregistrées sous les numéros 2000447 et 2000449, présentent à juger des questions semblables. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

2. M. B A, qui exerce à titre individuel une activité de conception, fabrication et vente de guides touristiques et cartes vendus sous la marque commerciale Passtime selon un contrat de franchise conclu avec la société HPCR Entreprises SARL et dont le siège social est situé à Neuilly le Réal (Allier), a déclaré son chiffre d'affaires selon le régime des micro-entreprises de l'article 50-0 du code général des impôts pour une activité de vente de marchandises au titre des années 2015, 2016 et 2017 et a bénéficié du régime de la franchise de taxe sur la valeur ajoutée en application de l'article 293 B du code applicable aux contribuables dont le chiffre d'affaires n'excède pas certaines limites. A l'issue d'un examen de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017, l'administration a estimé que son activité relevait non pas de la vente de marchandises mais de prestations de services. Après avoir constaté que le montant de ses recettes excédait le seuil lui permettant de bénéficier du régime de franchise de taxe sur la valeur ajoutée et l'avoir vainement mis en demeure de souscrire des déclarations annuelles CA 12 de taxe sur la valeur ajoutée, l'administration l'a taxé d'office à la taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017 sur le fondement du 3° de l'article L. 66-3 du livre des procédures fiscales. Par ailleurs, ayant constaté que le chiffre d'affaires réalisé par M. A excédait dès 2013 le seuil fixé par l'article 50-0 du code général des impôts et après avoir vainement mis en demeure l'intéressé de souscrire des déclarations annuelles de résultats, l'administration a évalué d'office, sur le fondement du 1° de l'article L. 73-1 du livre des procédures fiscales, ses bénéfices industriels et commerciaux des années 2015 et 2016 et l'a en conséquence assujetti à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, assorties de pénalités, au titre de ces mêmes années. M. A demande au tribunal administratif de prononcer la décharge de ces impositions

Sur le bien-fondé des impositions en litige :

En ce qui concerne la nature de l'activité en litige :

3. Aux termes de l'article 50-0 du code général des impôts, dans sa rédaction alors applicable, : " 1. Sont soumises au régime défini au présent article pour l'imposition de leurs bénéfices les entreprises dont le chiffre d'affaires hors taxes, ajusté s'il y a lieu au prorata du temps d'exploitation au cours de l'année de référence, respecte les limites mentionnées au 1° du I de l'article 293 B, s'il s'agit d'entreprises relevant de la première catégorie définie au dernier alinéa du présent 1, ou les limites mentionnées au 2° du même I, s'il s'agit d'entreprises relevant de la deuxième catégorie. () Pour l'application du présent 1, les entreprises relevant de la première catégorie sont celles dont le commerce principal est de vendre des marchandises, objets, fournitures et denrées à emporter ou à consommer sur place, ou de fournir le logement, à l'exclusion de la location, directe ou indirecte, de locaux d'habitation meublés ou destinés à être loués meublés, autres que ceux mentionnés aux 1° à 3° du III de l'article 1407. Les entreprises relevant de la deuxième catégorie sont celles qui ne relèvent pas de la première catégorie ".

4. Aux termes du II de l'article 256 du code général des impôts : " I. - Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. / II. - 1° Est considéré comme livraison d'un bien, le transfert du pouvoir de disposer d'un bien meuble corporel comme un propriétaire () IV - 1° Les opérations autres que celles qui sont définies au II, notamment la cession ou la concession de biens meubles incorporels, le fait de s'obliger à ne pas faire ou à tolérer un acte ou une situation, les opérations de façon, les travaux immobiliers et l'exécution des obligations du fiduciaire, sont considérés comme des prestations de services ; () ".

5. Aux termes de l'article 293 B du code général des impôts dans sa rédaction applicable aux années 2015 et 2016 : " I.- Pour leurs livraisons de biens et leurs prestations de services, les assujettis établis en France, () bénéficient d'une franchise qui les dispense du paiement de la taxe sur la valeur ajoutée, lorsqu'ils n'ont pas réalisé : 1° Un chiffre d'affaires supérieur à : a) 82 200 € l'année civile précédente ; b) Ou 90 300 € l'année civile précédente, lorsque le chiffre d'affaires de la pénultième année n'a pas excédé le montant mentionné au a ; 2° Et un chiffre d'affaires afférent à des prestations de services, hors ventes à consommer sur place et prestations d'hébergement, supérieur à : a) 32 900 € l'année civile précédente ; b) Ou 34 900 € l'année civile précédente, lorsque la pénultième année il n'a pas excédé le montant mentionné au a. " En application de l'article 293 B du même code, dans sa rédaction applicable à l'année 2017, les limites de chiffre d'affaires applicables aux entreprises relevant de la deuxième catégorie définie au dernier alinéa du 1 de l'article 50-0 du code général des impôts s'élèvent respectivement à 33 200 et 35 200 euros.

6. Doivent être regardées comme des prestations de publicité toutes les opérations, quels qu'en soient les auteurs, la nature ou la forme, dont l'objet est de transmettre un message destiné à informer le public de l'existence et des qualités d'un produit ou service dans le but d'en augmenter les ventes, ou qui, faisant indissociablement partie d'une campagne publicitaire, concourent, de ce fait, à cette transmission.

7. M. A soutient que la vente de guides ne peut pas être considérée comme une prestation de publicité.

8. Pour qualifier l'activité exercée par M. A de prestation de service au sens du IV de l'article 256 du code général des impôts, l'administration a relevé que son activité constituait une opération unique et que l'intérêt des clients de M. A était de bénéficier des réductions associées à la vente du guide Passtime et non de les détenir en tant qu'objets. Dans la décision de rejet de la réclamation, l'administration a également indiqué que M. A commercialisait des supports publicitaires constitutifs d'une prestation de publicité assimilée à la réalisation d'une prestation de service selon les dispositions du 3° du B de l'article 259 du code général des impôts. Compte tenu des chiffres d'affaires déclarés par M. A pour les années 2013, 2014, 2015, 2016 et 2017 qui s'élevaient respectivement à 48 843 euros, 48 914 euros, 54 751 euros, 70 992 euros et 40 619 euros et sont supérieurs aux seuils fixés au a) et b) du 2° du I de l'article 293 B du code général des impôts, l'administration a soumis l'activité exercée par M. A à titre individuel au régime réel simplifié en matière de bénéfices industriels et commerciaux pour les exercices clos en 2015 et 2016 et à la taxe sur la valeur ajoutée selon le régime réel simplifié d'imposition prévue à l'article 302 septies A I du code général des impôts au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017.

9. Il est constant que l'activité exercée par M. A se compose de deux phases distinctes, une phase de partenariat qui ne fait l'objet d'aucune facturation et consiste à proposer à des établissements (restaurants, commerces, loisirs) de les référencer au sein d'un guide publié en septembre dans lequel ils bénéficient d'une publicité gratuite en contrepartie d'une réduction accordée aux clients se présentant avec le guide ou la carte passtime, M. A faisant ensuite imprimer les guides chez un imprimeur, commandant les cartes au siège social de la franchise et stockant ces produits, et une phase de commercialisation qui débute en septembre pour s'achever au mois d'avril de l'année suivante durant laquelle M. A prospecte les associations, amicales de personnel, entreprises et particuliers en vue de leur vendre les guides et cartes leur permettant de bénéficier de réductions auprès des partenaires. Si cette activité se compose donc de deux phases, elles sont indissociables l'une de l'autre formant ainsi une opération unique sur le plan économique.

10. Il résulte de l'instruction et notamment de la décision de rejet de la réclamation que le site internet du franchiseur Passtime indique que le guide répond au besoin des commerçants d'attirer davantage de clients, que le commerçant voit sa visibilité augmenter, ce qui se traduit par une hausse significative de la fréquentation dans son établissement et la fidélisation de la clientèle et précise également que les professionnels référencés bénéficient d'une publicité gratuite multisupports (guide, internet, application) qui se fonde nécessairement sur les éléments fournis par ces derniers. En achetant le guide ou la carte passtime, les clients de M. A cherchent à bénéficier des remises et réductions dans les établissements référencés. A ce titre, si les clients de M. A bénéficient des réductions associées à l'achat du guide, l'activité en litige concourt à promouvoir l'existence et les qualités d'un produit ou service, conformément aux indications des professionnels référencés, dans le but d'en augmenter les ventes. Par suite, le guide passtime ainsi que les autres moyens de communication associés (site internet et application) constituent un support publicitaire pour les professionnels référencés, peu important la circonstance que la prestation de publicité ne leur soit pas facturée. Il en résulte que, pour ce motif, M. A doit être regardé comme commercialisant des supports publicitaires. Par suite, l'activité exercée à titre individuel par M. A constitue une prestation de service au sens et pour l'application de l'article 293 B du code général des impôts.

En ce qui concerne la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée :

11. Aux termes de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales : " Sont taxés d'office : () 3° aux taxes sur le chiffre d'affaires, les personnes qui n'ont pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'elles sont tenues de souscrire en leur qualité de redevables des taxes () ". M. A, qui n'a pas déposé dans le délai légal ses déclarations annuelles de taxe sur la valeur ajoutée au titre des périodes en litige, a été, en application de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales, taxé d'office. En vertu des articles L. 193 et R. 193-1 du même livre, il supporte la charge de la preuve du caractère exagéré des impositions contestées.

12. Aux termes de l'article 271 du code général des impôts, dans sa rédaction alors applicable : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. / 2. Le droit à déduction prend naissance lorsque la taxe déductible devient exigible chez le redevable. () / II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : / a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures ; () ".

13. M. A fait valoir qu'il a engagé différentes charges pour des montants de 2 340 euros pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2015, de 2 161 euros pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2016 et de 2 388 euros pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2017. S'il produit des factures en annexe de son mémoire enregistré le 17 mars 2021, il ne verse au débat aucun document établissant qu'il se serait effectivement acquitté de la taxe sur la valeur ajoutée. Par suite, M. A ne peut donc prétendre à la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée afférente à ces factures.

14. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander la décharge des impositions en litige. Par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur des finances publiques du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 9 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 mars 2024.

La présidente-rapporteure,

R. CARAËS

L'assesseur le plus ancien,

G. JURIE La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2 et 2000449

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