mercredi 20 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2000747 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | CHEVALIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 avril 2020, et des mémoires enregistrés les 11 décembre 2020 et 2 février 2021, M. A B et l'EARL de la Pereire, représentés par Me Chevalier, demandent au tribunal, au dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler la décision de retrait de la décision d'engagement d'aide au maintien en agriculture biologique (MAB) du 30 novembre 2017 et les décisions de récupération de l'ordre de recouvrement du 28 novembre 2019 [ordre de recouvrer notifié le 3 février 2020 pour un reste dû de 5730,87 euros sur dette initiale de 27592,65€] ;
2°) d'enjoindre à l'agence de services et de paiement de reverser à l'EARL de la Pereire la somme de 132252,03 euros ;
3°) en tout état de cause, de condamner l'Etat et la Région Auvergne-Rhône Alpes à verser, solidairement, à l'EARL de la Pereire, une somme de 137982,90 euros, et à lui-même une somme de 20296,31 euros ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat, de l'agence de services et de paiement et de la région Auvergne-Rhône-Alpes la somme de 3000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision de retrait, qui impose une sujétion et retire une décision créatrice de droits, n'est pas motivée en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- cette décision méconnaît l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- cette décision méconnaît le principe général du droit de sécurité juridique et le principe communautaire de confiance légitime ;
- les titres exécutoires ne respectent pas les dispositions de l'article 24 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- en tout état de cause le versement fautif est exclusivement imputable à la carence de l'Etat ou de la Région ; le préjudice est constitué par la perte d'une espérance légitime de percevoir 137982,90 euros, par le fait qu'il n'a pas pu bénéficier d'un crédit d'impôt au titre de la campagne 2015, soit 5000 euros, et a dû supporter des charges fiscales et sociales de 8829,64 euros et 4966,67 euros, enfin par des troubles dans les conditions d'existence chiffrables à 1500 euros.
Par un courrier enregistré le 30 juin 2020, le ministre de l'agriculture et de l'alimentation fait savoir qu'il ne produira pas d'observations dès lors qu'il a délégué l'instruction et le paiement des aides.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 décembre 2020, la région Auvergne-Rhône-Alpes conclut au rejet de la requête et demande 1000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la requête est irrecevable [requête du 13 mars 2020 (sic) sur décision explicite de rejet du 26 juin 2019 -il s'agit en fait pièce 7 requérant de la décision d'engagement " annule et remplace " celle pour 2015-] et mal fondée.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 septembre 2021, l'agence de services et de paiements conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3000 euros soit mise à la charge des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés ou inopérants.
Par lettre du 31 mai 2022, les parties ont été informées de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen tiré de ce que la contestation de l'ordre de recouvrer notifié le 3 février 2020 est forclose à la date d'introduction de la requête.
Par lettre du 28 juin 2022, M. A B, représenté par Me Chevalier a produit des observations en réponse à cette communication.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le règlement (CE) n° 796/2004 de la Commission du 21 avril 2004 ;
- le règlement (CE) n° 555/2008 de la Commission du 27 juin 2008 ;
- le règlement (UE) n° 1306/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013 relatif au soutien au développement rural par le Fonds européen agricole pour le développement rural ;
- le règlement délégué (UE) n° 640/2014 de la Commission du 11 mars 2014 complétant le règlement (UE) n °1306/2013 du Parlement européen et du Conseil en ce qui concerne le système intégré de gestion et de contrôle, les conditions relatives au refus ou au retrait des paiements et les sanctions administratives applicables aux paiements directs, le soutien au développement rural et la conditionnalité ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 2014-58 du 27 janvier 2014 de modernisation de l'action publique territoriale ;
- l'ordonnance n° 2020-305 du 25 mars 2020 ;
- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;
- le décret n° 2017-1286 du 21 août 2017 relatif aux paiements agroenvironnementaux et climatiques, aux aides en faveur de l'agriculture biologique, aux paiements au titre de Natura 2000 et de la directive-cadre sur l'eau et modifiant le code rural et de la pêche maritime ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Coquet, rapporteur,
- les conclusions de Mme Bentéjac, rapporteure publique,
- et les observations de Me Bonnefont, représentant M. B.
Une note en délibéré présentée pour M. B a été enregistrée le 1er juillet 2022.
Considérant ce qui suit :
1. Il ressort des pièces du dossier que M. B, exploitant agricole, a présenté le 11 juin 2015 une " demande d'engagement " en vue de bénéficier d'une aide au maintien en agriculture biologique dans le cadre d'un programme de développement financé sur fonds de l'Union européenne. L'instruction de la demande s'est terminée le 6 novembre 2017 par une décision favorable dite " AU-MAB ".
2. Toutefois un contrôle aléatoire dit de " supervision " achevé en février 2019 a conduit l'autorité administrative à estimer que cet engagement n'aurait pas dû être accepté, au motif que M. B et l'EARL à laquelle il participe ne satisfaisait pas aux critères d'éligibilité précisés par l'arrêté du 29 juillet 2015 du président de la région Auvergne-Rhône-Alpes relatif aux engagements en agriculture biologique en région Auvergne, non plus qu'aux critères de l'arrêté préfectoral n° 2015-116 relatif aux engagements en agriculture biologique soutenus par l'Etat en 2015 en région Auvergne du 31 juillet 2015. Une procédure contradictoire de révision a été engagée par lettre du 15 février 2019. En suite de cette procédure, une nouvelle décision d'engagement AU-MAB a été prise le 26 juin 2019.
3. Le 18 novembre 2019, M. B a contesté les conclusions du courrier du 15 février 2019 annulant les décisions d'engagement du 30 novembre 2017 et demandait " la conservation des sommes perçues au titre de [son] engagement juridique MAB 2015 ", tendant ainsi également à l'annulation des ordres de recouvrement émis par l'agence des services et de paiement, précisant au surplus " sans sollicitation d'indemnisation des préjudices financier et moral subis ". Ce recours gracieux a été rejeté le 26 novembre 2019 par le préfet du Puy-de-Dôme. M. B vient tout-à-la-fois demander l'annulation de cette décision, l'indemnisation de préjudices provoqués dans les suites de la " supervision " et la décharge de l'obligation de payer la somme de 5730,87 euros figurant sur un ordre de recouvrer émis par l'agence des services et de paiement accompagné d'une lettre de notification datée du 31 janvier 2020.
Sur les conclusions en annulation :
Sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le Région en défense ;
4. En premier lieu, quant au moyen tiré de la méconnaissance de l'obligation de motivation, la décision attaquée comporte les références à des considérations de droit et l'exposé de considérations de fait. Le moyen doit être écarté.
5. En deuxième lieu, quant au moyen tiré de l'erreur de droit tirée du retrait illégal de la décision du 27 octobre 2017 : il résulte des dispositions combinées de l'article 97 du règlement (CE) n° 555/2008 du 27 juin 2008 et de l'article 63 du règlement (CE) n° 1306/2013 que les montants d'aides peuvent faire l'objet d'une action en répétition, lorsqu'il est constaté qu'un bénéficiaire ne respecte pas les critères d'admissibilité, les engagements ou les autres obligations relatifs aux conditions d'octroi de l'aide ou du soutien prévus par la législation agricole sectorielle. Les dispositions de l'article 73 de du règlement (CE) n° 796/2004 du 21 avril 2004 énoncent que l'action en répétition, lorsque le bénéficiaire est de bonne foi, s'applique dans le délai de quatre ans à compter du jour de la mise en paiement des sommes litigieuses et, lorsque la bonne foi du bénéficiaire est écartée, dans le délai de dix ans à compter de cette même date. Ces dispositions trouvent donc à s'appliquer aux modalités de récupération de l'aide indûment perçue, que cet indu résulte du fait du bénéficiaire ou de celui de l'organisme ayant procédé à son versement, à l'exclusion des règles nationales relatives au retrait des décisions créatrices de droit. Le moyen tiré de l'illégalité du retrait de la décision de versement d'acomptes, au regard des règles de droit interne régissant le retrait des actes administratifs créateurs de droit, doit donc être écarté comme inopérant.
6. En troisième lieu, s'agissant du moyen tiré de l'atteinte au principe de confiance légitime et de sécurité juridique, ce principe a trouvé une application dans le droit positif interne, notamment par l'application de la doctrine de l'acte créateur de droit. Son application doit toutefois être écartée en l'espèce, dès lors que comme il vient d'être dit au point 5 s'applique une règle de droit communautaire qui en fait exclusion expresse.
7. Les conclusions en annulation doivent être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
8. La décision attaquée n'étant pas illégale, ainsi qu'il résulte des points 4 à 6 ci-avant, elle n'est pas susceptible d'engager la responsabilité de la puissance publique en l'espèce. L'administration n'ayant par ailleurs et contrairement à ce qui est allégué commis aucun retard à se rendre compte de l'illégalité du versement de l'aide, dès lors qu'elle a effectué ses contrôles dans le délai légal, les conclusions dont il s'agit doivent être rejetées.
Sur les conclusions en décharge de l'obligation de payer la somme figurant sur l'ordre de recouvrer :
9. Aux termes du deuxième alinéa de l'article 24 du décret n° 2012-1246 précité : " Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". En application de ces dispositions, la personne publique ne peut mettre en recouvrement un prélèvement sans indiquer, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels elle se fonde pour mettre les sommes en cause à la charge des redevables.
10. En l'espèce, l'ordre de recouvrer a été émis le 28 novembre 2019 pour un montant de 27592,65 euros. Il a été notifié par lettre datée du 31 janvier 2020 pour un montant différent. Les bases descriptives de la créance mentionnent une " aide Bio MAB " en nature " Bio-Auvergne aide " d'un montant initial de 20684,48 euros et de " MAE Etat MAAF Aide " d'un montant initial de 6898,17 euros. L'item pré-imprimé " reste à recouvrer la somme de " comprend deux mentions manuscrites, la première biffée " 8712 ,60 euros ", la seconde " 5730,87 euros " sans autre décompte des versements opérés par le débiteur ou compensations imputées par l'agence. Il n'y a pas trace de renvoi à des documents précédemment adressés au débiteur indiquant ses versements ou les compensations effectuées. Dans ces conditions le moyen de méconnaissance des dispositions précitées au point 9 doit être accueilli et les conclusions en inter-titre ci-dessus également accueillies.
Sur les frais de l'instance :
11. Il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions croisées des parties dans les circonstances de l'espèce.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est déchargé de l'obligation de payer la somme de 5730,87 euros figurant sur l'ordre de recouvrer émis le 28 novembre 2019 par l'agence de services et de paiement.
Article 2 : Le surplus des conclusions de M. B est rejeté.
Article 3 : Les conclusions de l'agence de services et de paiement d'une part, de la région Auvergne-Rhône-Alpes d'autre part, tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, premier dénommé pour l'ensemble des requérants, à l'agence de services et de paiement, à la région Auvergne-Rhône-Alpes et au préfet du Puy-de-Dôme.
Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.
Délibéré après l'audience du 30 juin 2022 à laquelle siégeaient :
M. Gazagnes, président,
M. Coquet, président assesseur,
Mme Trimouille, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2022.
Le rapporteur,
F. COQUET
Le président,
Ph. GAZAGNES Le greffier,
P. MANNEVEAU
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026