vendredi 3 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2000798 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | SELARL LAWREA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 mai 2020, et des mémoires complémentaires, enregistrés les 11 janvier et 24 février 2021, la société par actions simplifiée (SAS) JET CUT, représentée par la Selarl d'Avocats Lawrea, Me Lallemand, demande au tribunal :
1°) de prononcer la réduction des cotisations foncières des entreprises auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2018 et 2019 à raison de l'établissement qu'elle exploite zone industrielle de Lavée à Yssingeaux (Haute-Loire) ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- dans un arrêt du 11 décembre 2020, n° 422418, le Conseil d'Etat a jugé que l'exonération était applicable pourvu que les outillages et autres installations et moyens matériels d'exploitation soient spécifiquement adaptés aux activités susceptibles d'être exercées dans un établissement industriel même s'ils font corps avec des éléments d'assiette entrant dans le champ de la taxe ;
- s'agissant des aménagements n'ayant pas la nature d'accessoires immobiliers qui doivent être intégrés dans le prix de revient des constructions, les portes Nergeco sont des portes souples s'ouvrant au passage des ouvriers, n'ont pas le caractère fixe des fermetures et ne peuvent être qualifiées d'accessoires immobiliers ; les cloisons ne constituent pas des aménagements faisant corps avec le bâtiment puisqu'il s'agit de cloisons démontables, non fixes et spécifiquement adaptées à l'exercice de son activité industrielle ; l'exonération prévue au 11° de l'article 1382 doit bénéficier à toute installation destinée à l'exploitation d'un établissement industriel sans exiger qu'elle soit spécifiquement adaptée au processus industriel mis en œuvre ;
- s'agissant des biens d'équipements spécialisés, bénéficient de l'exonération prévue au 11° de l'article 1382 du code général des impôts, la métallerie Sotiag pour un prix de revient total de 22 065 euros dès lors qu'il ne s'agit pas d'installations destinées à abriter des personnes ou des éléments faisant corps avec les bâtiments ou d'installations destinées à stocker des produits ou d'ouvrages en maçonnerie présentant le caractère de véritables constructions et que ces éléments participent directement et matériellement à son activité ; les fosses machines Sigobat dès lors que ces fosses s'intègrent aux machines qu'elle utilise et font partie intégrante des machines de découpage, qu'elles ne sont pas destinées à stocker des produits au sens du 1° de l'article 1381 du code général des impôts, que ces installations sont démontables et adaptées à l'exercice de son activité industrielle ; la fosse extérieure destinée à la réception du contenu de la piscine dès lors qu'il ne s'agit pas d'un ouvrage en maçonnerie présentant le caractère de véritable construction et qu'elle participe directement et matériellement à son activité ; les honoraires BBZ à hauteur de 20 479 euros dès lors qu'ils se rapportent aux aménagements recensés ;
- le paragraphe 70 de la doctrine BOI-IF-TFB-10-10-20 prévoit que n'ont pas la qualification d'ouvrages en maçonnerie les biens de faible dimension, ce qui est le cas des fosses machines Sigobat et de la fosse extérieure.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 2 novembre 2020, 4 février et 23 mars 2021, le directeur départemental des finances publiques du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 31 janvier 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 2 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Caraës,
- et les conclusions de M. Panighel, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS Jet Cut, qui exerce son activité industrielle de découpe au jet d'eau dans un immeuble appartenant à la société CM-CIC Lease, devenue Crédit Mutuel Real Estate Lease, loué à la SARL Jet Cut Immobilier en vertu d'un contrat de crédit-bail immobilier, a été assujettie à des cotisations foncières des entreprises au titre des années 2018 et 2019 à raison de l'établissement qu'elle sous-loue et exploite zone industrielle de Lavée à Yssingeaux (Haute-Loire). Par la présente requête, la SAS Jet Cut demande au tribunal de prononcer la réduction de ces impositions.
Sur le bien-fondé des impositions :
En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :
2. D'une part, aux termes de l'article 1380 du code général des impôts : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code. " Selon l'article 1381 du même code : " Sont également soumis à la taxe foncière sur les propriétés bâties : 1° Les installations destinées à abriter des personnes ou des biens ou à stocker des produits ainsi que les ouvrages en maçonnerie présentant le caractère de véritables constructions tels que, notamment, les cheminées d'usine, les réfrigérants atmosphériques, les formes de radoub, les ouvrages servant de support aux moyens matériels d'exploitation ; / 2° Les ouvrages d'art et les voies de communication () ". Selon l'article 1382 du code général des impôts dans sa rédaction applicable au litige : " Sont exonérés de la taxe foncière sur les propriétés bâties : () 11° Les outillages et autres installations et moyens matériels d'exploitation des établissements industriels à l'exclusion de ceux visés aux 1° et 2° de l'article 1381 ; () ". Aux termes de l'article 1495 de ce code : " Chaque propriété ou fraction de propriété est appréciée d'après sa consistance, son affectation, sa situation et son état, à la date de l'évaluation. () ". Aux termes du II de l'article 324 B de l'annexe III au même code : " Pour l'appréciation de la consistance il est tenu compte de tous les travaux équipements ou éléments d'équipement existant au jour de l'évaluation. "
3. Pour apprécier, en application de l'article 1495 du code général des impôts et de l'article 324 B de son annexe III, la consistance des propriétés qui entrent, en vertu de ses articles 1380 et 1381, dans le champ de la taxe foncière sur les propriétés bâties, il est tenu compte, non seulement de tous les éléments d'assiette mentionnés par ces deux derniers articles mais également des biens faisant corps avec eux. Sont toutefois exonérés de cette taxe, en application du 11° de l'article 1382 du même code, ceux de ces biens qui font partie des outillages, autres installations et moyens matériels d'exploitation d'un établissement industriel, c'est-à-dire ceux de ces biens qui relèvent d'un établissement qualifié d'industriel au sens de l'article 1499, qui sont spécifiquement adaptés aux activités susceptibles d'être exercées dans un tel établissement et qui ne sont pas au nombre des éléments mentionnés aux 1° et 2° de l'article 1381.
4. D'autre part, aux termes de l'article 1467 du code général des impôts : " La cotisation foncière des entreprises a pour base la valeur locative des biens passibles d'une taxe foncière situés en France, à l'exclusion des biens exonérés de taxe foncière sur les propriétés bâties en vertu des 11°, 12° et 13° de l'article 1382, dont le redevable a disposé pour les besoins de son activité professionnelle pendant la période de référence définie aux articles 1467 A et 1478, à l'exception de ceux qui ont été détruits ou cédés au cours de la même période. ( ) ".
5. Il résulte des textes précités que les biens exonérés de taxe foncière sur les propriétés bâties en vertu du 11° de l'article 1382 du code général des impôts ne sont pas compris, depuis 2010, dans les bases de la cotisation foncière des entreprises en application de son article 1467.
S'agissant de la charge de la preuve :
6. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si la situation du contribuable entre dans le champ de l'assujettissement à l'impôt ou, le cas échéant, s'il remplit les conditions légales d'une exonération.
7. Le prix de revient des immobilisations industrielles passibles de la taxe foncière, évalué selon la méthode comptable, est celui qui est inscrit à l'actif du bilan. L'administration peut se fonder sur les énonciations comptables opposables à la société pour inclure dans la valeur locative des immobilisations le montant des travaux inscrits en tant qu'immobilisations, sauf pour la société à démontrer que ces travaux constitueraient en réalité des charges déductibles.
S'agissant des immobilisations en litige :
8. Il est constant que les immobilisations en litige relèvent de l'établissement situé zone industrielle de Lavée à Yssingeaux qu'elle sous-loue et exploite et qu'il doit être regardé comme un établissement industriel au sens de l'article 1499 du code général des impôts.
9. La SAS Jet Cut soutient que les fosses machines et la fosse extérieure ne sont pas des ouvrages en maçonnerie présentant le caractère de véritable construction au sens du 1° de l'article 1381 du code général des impôts et que ces immobilisations doivent bénéficier de l'exonération prévue au 11° de l'article 1382 du code général des impôts.
10. Il n'est pas contesté que les travaux de constructions des fosses machines pour un montant de 93 023,44 euros ont consisté à procéder au décaissement, à l'empierrement, à la mise en place et au scellement d'un socle en béton et que ces fosses sont destinées à recevoir des machines. Il s'ensuit qu'il s'agit d'ouvrages maçonnés faisant corps avec la construction visés au 1° de l'article 1381 du code général des impôts et ne pouvant donc entrer dans le champ d'application du 11° de l'article 1382 du même code quand bien même ces fosses font partie intégrante des machines de découpage. Il en est de même de la fosse extérieure dont il n'est pas contesté que la contenance est supérieure à 100 m3.
11. Si la SAS Jet Cut soutient que les portes Nergeco sont des portes souples s'ouvrant au passage des ouvriers et n'ont pas de caractère fixe, que les cloisons mobiles sont démontables et que ces aménagements ne font pas corps avec le bâtiment, elle ne produit au soutien de ces allégations aucune élément tendant à l'établir. Par suite, dès lors que ces immobilisations ont été portées au compte n° 2135 " installations générales, agencements et aménagements des constructions " du bilan de la société, la SAS Jet Cut n'est pas fondée à demander leur exclusion de la base imposable.
12. Si la SAS Jet Cut soutient que les éléments de métallerie Sotiag pour un prix de revient de 22 065 euros, constitués, selon ses écritures, de gardes corps pour un montant de 12 500 euros, d'aménagements des postes de travail consistant en des gardes corps et des mains courantes pour un montant de 3 500 euros et de grilles de caniveaux pour un montant de 10 330 euros, participent directement et matériellement à l'activité mise en œuvre par l'établissement industriel, elle ne produit au soutien de ces allégations aucun élément permettant d'apprécier avec suffisamment de précision qu'ils sont spécifiquement adaptés aux activités susceptibles d'être exercées dans un établissement industriel.
13. Si la SAS Jet Cut demande que les honoraires du cabinet d'architecte BBZ pour un montant de 20 479 euros en tant qu'ils concernent les aménagements entrant dans la base de la cotisation foncière des entreprises soient exclus de la base d'imposition, elle ne produit aucune facture ou pièce justificative au soutien de son moyen. Par suite, elle n'est pas fondée à demander l'exclusion de ces frais d'honoraires de la base imposable à la cotisation foncière des entreprises.
En ce qui concerne l'interprétation administrative de la loi fiscale :
14. En tout état de cause, la SAS Jet Cut n'est pas fondée à invoquer, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, le paragraphe 70 de la doctrine BOI-IF-TFB-10-10-20 aux termes duquel " d'une manière générale, ne peuvent être qualifiés d'ouvrage de maçonnerie présentant le caractère de véritables constructions, les biens de très faibles dimensions, tels, par exemple, les dés en béton dans lesquels sont fixés des pylones " dès lors que les fosses en litige ne peuvent être qualifiées de biens de très faibles dimensions.
15. Il résulte de ce qui précède que la SAS Jet Cut n'est pas fondée à demander la réduction des cotisations foncières des entreprises auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2018 et 2019 à raison de l'établissement qu'elle exploite. Le rejet des conclusions aux fins de décharge entraîne, par voie de conséquence, le rejet de ses conclusions présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL Jet Cut est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée (SAS) Jet Cut et au directeur départemental des finances publiques du Puy-de-Dôme.
Délibéré après l'audience du 5 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Caraës, présidente,
M. Jurie, premier conseiller,
Mme Bollon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mai 2024.
La présidente-rapporteure,
R. CARAËS
L'assesseur le plus ancien,
G. JURIE La greffière,
F. LLORACH
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026