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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2000844

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2000844

vendredi 24 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2000844
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantSEBAN AUVERGNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 mai 2020 et 12 septembre 2022, la société La Médicale de France et M. C A, représentés par Me Rouchouse, demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de surseoir à statuer dans l'attente de l'issue de la procédure judiciaire en cours ;

2°) d'annuler la décision du 8 avril 2020 par laquelle la directrice qualité, gestion des risques et des droits des usagers a rejeté la demande de M. A tendant à ce que le centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand le garantisse des condamnations qui pourraient être prises à son encontre à l'issue de la procédure devant le tribunal judiciaire de Cusset ;

3°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand à garantir M. A de toutes condamnations prononcées à son encontre dans le cadre de la procédure pendante devant le tribunal judiciaire de Cusset ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- en l'absence de possibilité d'attraire à la cause le centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand devant le juge judiciaire, le tribunal de céans doit prononcer un sursis à statuer en attendant une décision statuant définitivement sur la responsabilité de M. A ;

- la juridiction administrative est compétente pour statuer sur la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand ;

- la requête est recevable ; les conclusions à fin d'annulation de la décision du 8 avril 2020 n'ont été formulées que pour identifier la décision liant le contentieux ;

- la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand se trouve engagée dès lors que la prise en charge de Mme B au sein de cet établissement doit être considérée comme fautive ; en effet, il n'y avait aucune urgence à réaliser un pontage avant une tentative de rééducation ; l'utilisation d'une veine saphène interne droite variqueuse comme substrat de pontage est critiquable ; l'échec du pontage a entrainé le passage au stade d'ischémie permanente qui a conduit à l'amputation ;

- la responsabilité de M. A ne peut être engagée ; la prise en charge de Mme B par ce dernier ne peut être considérée comme fautive ;

- il n'existe aucun lien de causalité direct et certain entre les reproches que Mme B formule à l'encontre de M. A et son amputation qui a pour seule cause certaine la thrombose dont elle a été victime ;

- la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand devant être engagée, il doit garantir M. A et son assureur la société La Médicale de France de toute condamnation qui pourrait être prononcée à leur encontre devant le juge judiciaire.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 juillet 2020 et 18 octobre 2022, ce dernier n'ayant pas été communiqué, le centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand, représenté par la Selas Seban Auvergne, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 200 euros soit mise à la charge de M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les conclusions à fin d'annulation de la décision du 8 avril 2020 sont irrecevables dès lors que cette décision n'a pour seul effet que de lier le contentieux ;

- la demande de M. A tendant à ce que le tribunal reconnaisse d'une part son absence de responsabilité dans la prise en charge de Mme B et d'autre part la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand est portée devant une juridiction incompétente ;

- en l'absence de faute commise, sa responsabilité ne peut être engagée ; il est intervenu dans une situation de sauvetage de la jambe de Mme B et l'indication de traitement de revascularisation chirurgicale par pontage ainsi que la réalisation du geste sont conformes aux recommandations scientifiques ; en revanche des manquements peuvent être imputés à l'encontre du docteur A.

La procédure a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme.

Par ordonnance du 15 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 6 octobre 2022.

Par une lettre du 26 octobre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions des requérants dès lors que ceux-ci n'apportent pas la preuve du versement d'une indemnité à la victime et que, par suite, ils n'ont pas d'intérêt à agir.

Par un mémoire en réponse au moyen d'ordre public, enregistré le 9 novembre 2023, M. A indique qu'il a sollicité un sursis à statuer dans l'attente de la décision prochaine du tribunal judiciaire.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des assurances ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bollon,

- les conclusions de M. Panighel, rapporteur public,

- et les observations de Me Amela-Peloquin, représentant M. A et la société La médicale de France, et de Me Bardy, représentant le centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, radiologue au centre d'imagerie médicale de Vichy, a pris en charge entre les mois de février et mai 2017 Mme B atteinte d'un athérome fémoro-poplité bilatéral avec une sténose significative relativement ponctuelle au tiers supérieur de la poplitée droite. Afin d'y remédier, M. C A a procédé à l'implantation d'un double stent le 4 avril 2017 et, devant une récidive douloureuse, une angioplastie de recanalisation du stenting a été effectuée le 18 avril 2017. Cette dernière intervention ayant échoué, Mme B a alors consulté au centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand où elle a subi les 12, 16 et 21 juin 2017 des interventions chirurgicales consistant en deux pontages fémoro-poplité bas gauche et une thrombectomie de pontage. Présentant un tableau d'ischémie dépassée du membre inférieur gauche avec déficit neurologique sensitivo-moteur du pied gauche, le 22 juin 2017, il a été décidé d'une amputation de la cuisse gauche qui a été réalisée le 24 juin 2017. Le 8 novembre 2017, Mme B a assigné M. A en référé devant le tribunal de grande instance de Cusset aux fins de désignation d'un expert judiciaire. Celui-ci a déposé son rapport le 4 mars 2019. Mme B a alors assigné M. A devant le tribunal de grande instance de Cusset afin de le voir condamner à réparer les préjudices qu'elle estime avoir subis. Par courrier du 10 janvier 2020, M. A a demandé au centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand de le garantir de son éventuelle condamnation à indemniser les préjudices subis par Mme B dans le cadre de la procédure judiciaire devant le tribunal judiciaire de Cusset. Le 8 avril 2020, le centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand a rejeté sa demande. Par la présente requête, M. A et la société La Médicale de France doivent être regardés comme demandant au tribunal d'une part, de surseoir à statuer en attendant la fin de la procédure devant le juge judiciaire, et d'autre part, de condamner le centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand à les garantir toutes condamnations prononcées à leur encontre dans le cadre de la procédure pendante devant le tribunal judiciaire de Cusset.

Sur l'exception d'incompétence soulevée en défense par le centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand :

2. Le centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand soutient en défense que la juridiction administrative est incompétente pour connaître du présent litige dans la mesure où d'une part, les requérants demandent à la juridiction de reconnaître l'absence de responsabilité de M. A et d'autre part, l'appel en garantie présenté par les requérants concerne d'éventuelles condamnations qui seraient prononcées à leur encontre devant un autre ordre de juridiction.

3. Toutefois, eu égard au contenu, au sens de leurs écritures et à leurs conclusions, les requérants ont entendu saisir la juridiction administrative d'un recours en vue de faire supporter la charge de la réparation, qu'ils pourraient être amenés à supporter en cas de condamnation par le juge judiciaire, par le centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand qu'ils estiment co-auteur du dommage. Or, une telle action relève de la compétence de la juridiction administrative. Par suite, l'exception d'incompétence telle que soulevée par le centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand ne peut qu'être écartée.

Sur l'action engagée par M. A et la société La Médicale de France :

4. D'une part, l'auteur d'un dommage, condamné par le juge judiciaire à en indemniser la victime, qui saisit la juridiction administrative d'un recours en vue de faire supporter la charge de la réparation par la personne publique co-auteur du dommage, exerce une action subrogatoire et non une action récursoire.

5. D'autre part, aux termes des dispositions du premier alinéa de l'article L. 121-12 du code des assurances : " L'assureur qui a payé l'indemnité d'assurance est subrogé, jusqu'à concurrence de cette indemnité, dans les droits et actions de l'assuré contre les tiers qui, par leur fait, ont causé le dommage ayant donné lieu à la responsabilité de l'assureur ".

6. Il résulte de ce qui a été aux deux points précédents qu'il incombe à l'auteur d'un dommage qui entend bénéficier de la subrogation comme à l'assureur qui entend bénéficier de la double subrogation d'apporter la preuve du versement de l'indemnité à la victime, et ce, par tout moyen.

7. M. C A et la société La Médicale de France demandent la condamnation du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand à les garantir de toutes indemnités qui pourraient être mises à leur charge dans le cadre de la procédure introduite par Mme B et pendante devant le juge judiciaire. Toutefois, M. A et son assureur ne seront subrogés dans les droits de la victime qu'à compter du versement effectif d'une indemnité à celle-ci. Par suite, et en l'absence du versement d'une quelconque indemnité, les requérants ne disposent présentement d'aucun intérêt à agir pour demander la condamnation du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand.

8. Il en résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin ni d'examiner la fin de non-recevoir soulevée en défense, ni de surseoir à statuer, que la demande des requérants tendant à la condamnation du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand à les garantir de toutes condamnations qui pourraient être mises à leur charge dans l'instance les opposant à Mme B devant le tribunal judiciaire de Cusset doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le paiement de la somme demandée par M. A et la société La Médicale de France. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants une somme de 1 200 euros à verser au centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A et de la société La Médicale de France est rejetée.

Article 2 : M. A et la société La Médicale de France verseront au centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société La Médicale de France, première dénommée des requérants en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme et au centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2023.

La rapporteure,

L. BOLLON

La présidente,

R. CARAËS La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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